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Lettres de coeur

depuis Mogador

La cure de santé | 15 décembre 2007

     

Une fois par semaine, c' est la longue marche en bordure des plages, avec des amies.

 Le dimanche matin souvent, après avoir avalé un bon cocktail de jus d' oranges et de mandarines au Café de la Baie.
Pieds nus, panta court et casquette, le soleil déjà bien en place au-dessus de nos têtes.
Pas de coquillages sur les plages d' Essaouira. L' océan déverse ses déchets, ses bois flottés et ses algues...
Eternel mouvement de ressac, odeur marine qui nous comble d' iode.
Planchistes et wind-surfeurs s' adonnent à de périlleuses pirouettes tandis que quelques baigneurs téméraires luttent avec plaisir au milieu des rouleaux. Eau fraîche, bien trop fraîche pour moi , mais peu importe...
Pendant deux à trois heures, le visage balayé par des alizés tenaces mais vivifiants, nous avançons sur ce sable mouillé qui dessine ses ombres bleutées entre les vagues mourantes. Quelques chameliers attendent patiemment les touristes égarés pour les ramener à la civilisation, puis, plus rien.
Nos yeux se perdent à l' infini, entre les brumes du ciel, de la mer et des terres chaudes. Désertitude intemporelle, vide tangible... Là, nos bavardages s' arrêtent comme pour mieux partager les minutes d' extase. Le silence nous emplit jusqu' à la plus petite de nos cellules, l' heure présente devient méditation, contemplation de ces beautés africaines.
Puis le vent devenu plus fort, nous rappelle à la réalité. Saoules de trop d' oxygène, nous cherchons au plus vite, la dune qui nous abritera le temps du pique-nique. Le sandwich sera vite gobé. Il ne faudra plus traîner.
La tempête peut se lever d' un moment à l' autre. Nous pressons le pas...La marche devient plus lourde.
Le retour se fera avec du sable partout, dans les cheveux, les oreilles, la bouche, les yeux, mais c' est encore... notre sourire qui l' emportera !


Publié par little stella à 12:57:13 dans Radio médina | Commentaires (2) |

Sous la plume de Rutebeuf | 13 décembre 2007

            

                    « Que sont mes amis devenus
                    Que j' avais de si près tenus
                    Et tant aimés... »

                    Sous la plume de Rutebeuf
                    Ma jeunesse j' ai abolie
                    Et j' ai gémi, et j' ai pleuré...
                    Moi, lycéenne au cœur tout neuf

                    « Ils ont été trop clairsemés
                    Je crois le vent les a ôtés
                    L' amour est morte... »

                    J' ai compati et j' ai pâli
                    Sur nos détresses insupportées
                    Sur nos larmes introverties
                    Sur nos mains en vide fermées

                    « Ce sont amis que vent emporte
                    Et il ventait devant ma porte
                    Les emporta... »

                    Sous la plume de ce chantre
                    J' ai vu cent amis me trahir...
                    Obligée de lever l' ancre
                    Loin de moi l' idée d' en finir

                   « Pauvre sens et pauvre mémoire
                    M' a Dieu donné le roi de gloire
                    ...Le vent me vient, le vent m' évente »

                    C' est sous la plum' de Rutebeuf
                    Que j' ai trouvé meilleur appât
                    Moi, quinquagénair' au cœur veuf
                    En tourmente jusqu' à trépas.

 

                                 Solange Arcamone


 

Publié par little stella à 16:39:09 dans Intimité | Commentaires (4) |

Toujours bon de le lire | 10 décembre 2007

       

            "   Et quand un homme et une femme...

        se réunissent, unis dans l' amour, ils créent. Ils offrent une semence

        de lumière issue de leurs coeurs.

        Ils la donnent à l' Univers, qui la prend pour générer une nouvelle

        forme de Vie . "

                                                 SORIA ( Paroles et Semences de Vie )

 

Publié par little stella à 17:07:28 dans Se-xy | Commentaires (6) |

Ramdam dans l' atelier de couture | 07 décembre 2007

             

        Rien que des têtes cachées sous des foulards colorés...

des regards attentifs. L' entrée dans l' atelier nous intimida toutes les quatre.
Elles étaient là, les quarante élèves du cours de français ouvert bénévolement par Jacqueline, Brigitte et Josiane, dans la nouvelle ville d' Essaouira.
Embrassades, remerciements, gratitude mille fois exprimés, renouvelés. La gêne devenait palpable...
Tout avait été préparé avec tellement de minutie : les nappes brodées, les verres dorés, les beignets, les crêpes, les cakes et le magnifique gâteau-souvenir qui trônait dans sa crème pâtissière et sous ses copeaux de chocolat.
Je dois avouer que nous appréhendions un peu ce débordement de sucreries. Et pourtant, il a fallu faire honneur à tout ! Gavage inévitable mais... place à la fête !
Le thé fumant coulait à flots et les plateaux circulaient entre les tables. La température ambiante montait au rythme régulier d' une tarbouka. Les pieds frappaient la cadence, des femmes lançaient leur you-you à s' étrangler. Puis, les corps se lâchèrent...
Des hanches se balançaient, des fesses tressaillaient sous les djellabas, des mains dessinaient en l' air de savantes arabesques.
La danse enfiévrait ces musulmanes, la danse oeuvrait à la libération de ces femmes-enfants mariées très jeunes pour la plupart et déjà mères au foyer.
Analphabètes, bachelières, étudiantes, modélistes, brodeuses, couturières, employées de maison...avaient-elles assez ri, s' étaient-elles assez amusées avant de porter l' alliance ? Elles faisaient peine et en même temps plaisir à voir.
Quatre heures durant, c' est à dire tout un après-midi, elles avaient oublié le joug de leur famille, de leur mari, pour n' exister que par elles et pour elles, le temps d' un hommage, le temps d' un au revoir à leurs enseignantes.
Jacqueline, Brigitte et Josiane croulaient sous les cadeaux de reconnaissance : bijoux, babouches, écharpes, tableaux, petits coffrets de bois...L' émotion perlait aux yeux de tous.
Un avion pour la France devait les emporter quelques heures plus tard mais en attendant elles donnaient encore d' elles-mêmes et de leur tendresse.
Elles laisseraient un album-photos rempli d' instants précieux, de visages heureux et souriants.
Les dédicaces qu' elles signaient dans les cahiers en disaient long sur les liens d' affection qui s' étaient tissés au sein de cet atelier, en deux mois de travail. Un atelier qui avait d' ailleurs obtenu onze ans plus tôt, le premier micro-crédit du monde arabo-africain, mille dhirams ou cent euros !
Moi j' étais la quatrième relève...Un bref moment de doute m' envahit mais l' enthousiasme reprit le dessus.
La fête s' égrena dans la rue, avec des « bon voyage » qui n' en finissaient plus. La nuit tombait.
                          Je venais de vivre une communion d' âmes.

                                  Solange Arcamone

 

 

Publié par little stella à 01:58:57 dans Radio médina | Commentaires (2) |

Makayene mouchkil... | 05 décembre 2007

             

   ...une expression qui clôture toutes les conversations...

   ici à Essaouira et dans tout le Maroc d' ailleurs.
Pour preuve, je viens de la retrouver dans ce livre remarquable...

« Quand on lui demandait de définir son pays, il partait dans des considérations générales agrémentées de quelques petites vérités : au Maroc, il faut faire comme tout le monde, égorger de ses propres mains le mouton de l' Aïd-el-Kébir, épouser une vierge, passer des heures au café à dire du mal des gens, ou dans le meilleur des cas comparer les prix des dernières voitures allemandes, parler de la télé, arrêter de boire de l' alcool trois jours avant et après le ramadan, cracher par terre, essayer de passer avant les autres, intervenir sur tout, dire oui quand on pense non, et ne pas oublier de ponctuer ses phrases par un « y a pas de problème », makayene mouchkil, et puis rentrer le soir après avoir bu quelques bières avec les copains, s' installer devant la table et s' empiffrer comme un cochon.
Pour bien finir la journée, ce cochon se mettra au lit et attendra que sa femme termine de ranger pour la pénétrer, mais elle tardera un peu, il finira par s'endormir en ronflant. »

                                                        TAHAR BEN JELLOUN : "Partir" (2006)

(Une expression qui traduirait un tempérament flegmatique ou une pensée résolument positive ?
Je cherche encore...)


 

Publié par little stella à 21:34:56 dans Radio médina | Commentaires (4) |

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