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Lettres de coeur

depuis Mogador

Premières déceptions | 08 janvier 2006

Trois mois après...Pierre m'appelait de moins en moins

Nos "corps à corps" se raréfiaient.

Les attentes entre deux rendez-vous m'étaient aussi cruelles que délicieuses. J' appris douloureusement à les accepter, pour l'amour de Pierre, pour les miettes de tendresse qu'il m' accordait de temps en temps . A chacune de ses venues, je le recevais comme la manne tombée du ciel. Immense pardon...Plus de stress...Plus de déprime...Qu'un indescriptible apaisement .

Ma raison ne fonctionnait plus...Certains de ses propos tout de même me déstabilisaient ... 

         " Accepte les choses comme elles se présentent...

                  Vis au gré des évènements ..."

Je croyais comprendre ; sa vie à lui s'écoulait comme "un long fleuve tranquille" et la mienne devait faire de même. Il me laissait donc entièrement libre, sans la moindre restriction . Jamais aucune question sur mes amis, mes loisirs, mes intentions ...Etait-ce pour mieux m' abuser ? Son laxisme me vexait...Pourquoi cette étanchéité parfaite ? La jalousie ne l'atteignait donc pas ? Se moquait-il de moi ?

Chez lui...dans la salle à manger...une grande mouette grise tournoyait au-dessus de la table... Dans sa chambre, une malle, un casque colonial et un matelas à deux places posé sur le sol... Froideurs de désillusions ? Attente d'un nouveau départ ? Dans la salle de bains, sur la tablette du lavabo, deux tubes de Lexomil...Anxiété professionnelle ou ...affective ?

Sa physionomie avenante ne me dupait pas, ses expressions non plus. Pierre pouvait passer de l'ironie à la gravité . Il avait dû avoir sa part d'ennuis, d'échecs, de "mauvaises expériences" lui aussi...Il ne parlait jamais de son passé, n' émettait aucun regret, aucune sentence, ce qui me convenait tout à fait . Je savais seulement qu'il avait deux enfants âgés de dix-huit et vingt ans, vivant chez leur mère, et qu'il était divorcé pour la deuxième fois . En apparence, il restait enthousiaste, ouvert à tout, comme un jeune conquérant .

Alors pourquoi ces précautions ...ces "boucliers" autour de lui  ? Oui, ce personnage m' intriguait. Sa carapace ne montrait qu'une seule faille : la féminité l' attirait trop. Il finirait bien par succomber "au charme d'une douce geôlière"...le mien peut-être ?

Forte de cette hypothèse, je me donnais sans retenue, entière et naturellement fidèle. Je l'avais vu heureux, tout à moi dans l'instant. Mais à chacun de ses départs, souvent théâtral, le vide m'absorbait . Je vivais un tragique abandon. Je ne connaissais ni l'heure, ni la date, ni le lieu de nos prochaines retrouvailles . 

Un samedi soir, il lui était même arrrivé de se décommander, en dernière minute, par téléphone, sans grandes excuses, me plantant avec mes chandelles, mes p'tits plats préparés et ma "sonate au clair de lune" ... Le "terrier" n'avait rien compris ! Il était passé de la lumière au tombeau !

La colère surgissait, bien sûr, mais ne durait pas . Et à nouveau ...cette attente, cette attente qui captait toute mon énergie, élevait de plus en plus haut mes sentiments, les sublimait .

Il me fallait défier le temps, l'annihiler...pour ne pas le voir éteindre cette folle passion qui me tenait à fleur d'eau . Je l'aimais à ce prix-là .

                                 ( à suivre )

                                                    Solange Arcamone

Publié par little stella à 16:01:10 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

La séduction | 08 janvier 2006

         Pierre me fit la cour ...

Coups de fil répétés, attentions renouvelées, paternalisme judicieusement exercé...

Au début, je le trouvais trop âgé. Sept ans de plus que moi .

Puis, son expérience de la vie, cette façon qu'il avait de deviner mes états d'âme...me conquirent peu à peu . N'avais-je pas toujours voulu un homme mûr et réfléchi ?

Tout en lui n'était que particule de séduction, parfois savamment et habilement recherchée, ce qui trahissait un net besoin de plaire, donc d'être aimé .

Il s'habillait "Burton", col de chemise ouvert, mains toujours libres, souvent dans les poches de son large imper mastic... Semelles de crêpe, allure sport-chic, un rien désabusée . Il avait du style et ...de l'humour ! Ses jeux de mots enjolivaient tout .

Il savait se taire aussi . Ses silences révélaient qu'il avait encore des énigmes à résoudre, à quarante deux ans...ça me rassurait . Comme moi, il repartait à zéro. Naufragé de l'amour, il se débattait dans son océan...

En fait, il se dégageait de cet être un tel mélange de vie et de désespoir qu'il possédait à mes yeux tous les atouts nécessaires à la capture de la gente féminine. Son charme m'avait happée imperceptiblement...

Nos première "vélléités sexuelles" ne furent pas une réussite . Pierre ne comprenait pas...Il avait pourtant tellement de désir ! Néanmoins, on continuait à se voir et les choses s'arrangèrent.

L'attachement s'affirmait de jour en jour...Mon coeur se liait au sien infailliblement...Inertie de béatitude ... La vie me comblait, ses "bienfaits" accéléraient ma "cicatrisation".

Pierre devint mon unique secours. Je ne vivais qu'à travers lui, esclave de mes sentiments amoureux, redécouvrant même ..."la beauté des choses et des êtres".

Moral au beau fixe, épanouïssement confirmé par Lina...sur sa carte envoyée de La Toussuire...au mois de février 87...Elle était en "classe de neige"... 

                 " Salut... ma So...

               Je peux même pas me plaindre...la neige est extra ! On touche le ciel d'un bleu...hum... super ! Un nouveau "merle" peut-être, mais difficile à apprivoiser...On verra... Nouveau départ pour toi ?...

        Je t'embrasse en espérant que tu maintiennes ta forme olympique !!

                                                   Lina    "

Je ne voyais plus mon psy. Un vent nouveau soufflait sur ma vie. Il me poussait vers des hauteurs inespérées...un nouvel éden !

Et si je me remariais ?...L'idée me trottinait dans la tête.

                                      ( à suivre )

                                            Solange Arcamone

 

Publié par little stella à 09:45:13 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

La rencontre | 07 janvier 2006

( au pied du Revard ...)

Mon identité de "femme divorcée" pesait lourd sur mes trente cinq ans ...

Mais qu' importe !  J'avais trouvé de nouveaux repères, reconstruit ma tour d'ivoire, bien décidée à refaire ma vie, ou, du moins, à la continuer coûte que coûte.

Mes toutes nouvelles responsabilités de directrice d'école à Saint Offenge et ma classe à trois cours remplissaient largement mes journées . Peu à peu, la solitude m'apprivoisait mais le mal de vivre ne me quittait plus, tapi au plus profond de moi-même, imprimant chaque jour davantage la ligne désormais brisée de ma vie affective .

Assumer le quotidien, sourire à ma fille, je n'y arrivais pas toujours, parfois plus du tout . Psychothérapie, anti-dépresseurs, soutien mutuel entre copines, mages et cartomanciennes, j' errais vers l'un ou l'autre de ces "remèdes", honteuse de ma faiblesse, cherchant désespérément un nouveau chemin, quelqu'un ou quelque chose qui pût en ce temps-là me redonner tout simplement le goût de vivre .

Le découragement ne m'épargnait pas non plus . Combien de fois, au plus bas de mes effondrements, n'avais-je pas souhaité ne plus être, sans déranger l'ordre du monde, sans faire souffrir, disparaître, oui, docile et résignée cette fois à retourner au néant ...

Un dimanche , ( le jour le plus dur de la semaine...) en début d'après-midi, l' âme plombée au fond de mon lit à une place, dans la pénombre de la chambre...j' entendis retentir la sonnette de l'appartement.

J' allai ouvrir...Marianne jubilait derrière la porte, un projet en tête . Brave fille...elle ne m'oubliait pas dans ses sorties ...

" Viens, habille-toi ! Je t'emmène au Vieux Garage ! Je t'attends en bas...dans la voiture y'a trois copains...dépêche-toi ! "

Toilette rapide...corsage , pantalon, bottines en daim et talons  hauts...après tout, il valait mieux changer d'air .

 Je me retrouvai, un quart d'heure après, assise dans une renault 18, à côté d'un conducteur noir, inconnu, avec à l'arrière, Marianne flanquée de deux antillais !

Le Vieux Garage se situait à l'extérieur d' Annecy, dans une zone à vous donner le blues . L'intérieur était sombre, on s'y perdait...et soudain...

je LE vis ... Un mètre quatre-vingts, barbu, soigné, classe et distinction . Il s'avança vers notre table, calmement, sûr de lui, pour m'inviter à danser . Avait-il perçu ma détresse, dans ma tenue de petit page, en noir et blanc ? Je lui en fus reconnaissante sur le champ !

Avec un sourire timide, je me laissai conduire...Le "Gigolo", mon rock préféré, m'aida à cacher mes incompétences ...La magie du rythme opéra...Qu'il était facile de se changer les idées !!!

 Nous dansions avec plaisir, soulevés par la gaieté ambiante, quand ...je m'aperçus que mon cavalier surveillait en coin Marianne et ses trois acolytes, hilare !

" Tu en penses quoi ?" me demanda-t-il...

 Ma réponse fut nette : " Je prends chez les gens ce qu'ils ont de meilleur ."

 Ma phrase sembla lui convenir...Il me trouva spirituelle et sensible. Le courant passait bien ... En ce jour d' Epiphanie, mon destin se voulait-il plus clément ? Ma bonne étoile m'envoyait-elle un cadeau ?

J'avais eu dès les premières secondes de notre rencontre, l'inexplicable impression d'avoir déjà connu Pierre...Il me parla de la force du "non-dit", on se comprenait à demi-mots, quel stratège !

Notre complicité s'affichait mais ...les heures tournaient. Gladys rentrait à vingt heures et il fallait partir . Marianne gérait son trio à merveille, ravie d'avoir autant de succès . Il n'avait pas été difficile de la laisser.

Une 2O5 GTI, blanche et rapide comme l'éclair, me ramena chez moi le soir même .

                                 ( à suivre )

                                                Solange Arcamone

Publié par little stella à 21:48:20 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Le départ | 07 janvier 2006

(Aix-les-Bains et son lac)

Ce "revers de fortune" s'appelait "divorce"...

Utopique, je n'avais jamais voulu louvoyer dans ma vie conjugale ou me fourvoyer.

On me disait "bien mariée", avec un homme beau, riche et intelligent...excepté que...juriste et Président de l' Equipe de France Féminine de Basket, c'était un vrai courant d'air ! Les procédures judiciaires et les "challésiennes" remplissaient abondamment son agenda.

L'amour bientôt ne rima plus avec "toujours" et la séparation remplaça vite le "glamour " .

J'avais préféré les affrontements aux compromis et les renoncements à la résignation .

Au terme du divorce, mon ex-mari devait assurer la garde et l'éducation de  notre fils ...Luc...quinze ans ... et restait propriétaire de nos acquêts, moi n'ayant rien réclamé . Enfants partagés, maison abandonnée, pour accepter ça, il me fallut un mois d' hôpital psychiatrique...

Qui ...dans ces moments-là...comptait le plus ? Mon thérapeute et ses tranquillisants ou ...Lina...mon amie d'enfance  ? Elle m'écrivait...

" Dis-moi, ma p'tite Sosso...comment se passe ce séjour aux Bahamas ? La mer est belle ? Le soleil brille ? Les messieurs sont virils et intelligents...et doux ...et fidèles et ...affectueux ? Impossible, ils ne peuvent être tout ça à la fois ! J'espère que je ne te fatigue pas trop ...ça m'emmerde...j'ai vraiment envie de te voir...pour de vrai... Je vais sauter dans le premier avion et j'arrive !

Je t'embrasse...ma Sosso... J'ai hâte qu'on s'éclate ensemble car, je sais que tu vas me revenir toute neuve et toute légère !

                        A très très bientôt . Lina "

J'étais donc partie...résolument non-matérialiste...ma fille "sous l'bras"...déterminée à vivre autre chose mais sans savoir quoi exactement. Aix-les-Bains m'ouvrait les bras !

Au coeur de cet été 86, le parc du Splendide me ravissait... Harmonie des lieux...qui invitait au repos et à la rêverie ... Romances musicales...Escarpins furtifs sous les crinolines de ...Sissi ?

Du haut de son rocher et trônant dans son bassin, Neptune m'accueillit avec son trident ! Je vis là...le signe d'une protection... céleste ...

                                               ( à suivre )

                                      Solange Arcamone

Publié par little stella à 16:54:51 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Zoom arrière...Juin 86 | 07 janvier 2006

( Un flacon à parfum ...ancien ...)

J'habitais Aix-les-Bains...charmante ville thermale avec ses écrins de verdure, ses fontaines, ses gloriettes fleuries et ...son passé prestigieux !

Au XIX siècle, cette "Reine des Eaux" accueillait aristocrates et bourgeois venus de l' Europe entière pour prendre l'air, soigner leurs rhumatismes et surtout s'amuser !

On s'y habillait comme à Paris, on s'y promenait comme à Naples et on y dansait comme à Vienne...avait dit Jean-Marie Jeudy .

Cette ville gardait encore l'empreinte de la "Belle Epoque", avec son Casino, ses concours hippiques, ses régates sur le lac et son kiosque à musique. Dès le printemps, les curistes y apportaient leurs désirs d'évasion et la "Petite Causette" de la place de la mairie ne désemplissait pas .

Le théâtre non plus d'ailleurs ...où, pendant le festival d'opérettes, Offenbach attirait les coeurs légers ... " Les yeux de velours de la Belle de Cadix" faisaient toujours autant de ravages !

Dans les rues...quelques jolies dames pressaient le pas pour ne pas râter le thé dansant et, au bord du lac, Lamartine hantait encore les rives ...

Entre le Revard et La Dent du Chat, la vie s'écoulait, douce et paisible, dans son air désuet.

C'est ce qu'il me fallait pour voir clair dans mes confusions.

Je logeais au Splendide, somptueux palace vendu en appartements, monument historique très visité par les amateurs de grand art . Tapis d' Aubusson, parquets vernis, salon flamboyant aux cheminées sataniques, larges fresques, colonnes ioniques en marbre bleu du Pakistan, Aphrodites en écussons dorés, miroirs aux rubans croisés...et parc dessiné par Lenôtre ! 

Ces splendeurs impériales allégeaient ma ...déchéance . Ma vie avait chaviré.

Mon studio n'avait pas quarante mères carrés. Orienté plein nord, le soleil n'y pénétrait jamais. J'en fis "mon terrier". Une rénovation hâtive l'avait transformé en deux pièces .

Seul le séjour convenait car tout avait été conservé : l'espace, la hauteur du plafond, les corniches de plâtre, les boiseries anciennes et le plafonnier de bronze Napoléon III. Le rose saumon de la moquette, la nacre des rideaux de velours et le noir laqué du mobilier rayonnaient ici, secrètement, un tout p'tit peu d'amour ... La bibliothèque et le bureau tenaient une place de choix. Le soir, la douce lumière des abat-jours accentuait la chaleur de ce décor que j'avais planté de mes propres mains .

La "chambre à coucher" était borgne . Je la partageais avec Gladys...ma fille âgée de onze ans. Deux lits superposés sous une fenêtre en trompe l'oeil, voilà tout le luxe que nous chérissions, après avoir bien connu les commodités . 

C'est dans cette pauvreté d'existence que notre équilibre allait se jouer . Notre coquette maison neuve ne nous avait pas suivies ... Elle était restée à Chignin, dans les vignobles .

Un revers de fortune nous l'avait prise sans pitié .

                                                        ( à suivre )

        

                           Solange Arcamone

                                   

Publié par little stella à 11:18:38 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

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