Les jours diminuaient sensiblement. Pierre me manquait terriblement. Trop de fausses occupations, trop de pensées vagabondes, trop d'absences obscènes.
Il aurait pu me téléphoner, passer me voir... Je reçus seulement une carte . C'était un poème de Victor Hugo ...
" Ma voix s'élève aux cieux comme la tienne
abîme ! Mer, je rêve avec toi ! Monts je
prie avec vous ! La nature est l'encens,
pur, éternel, sublime : Moi, je suis
l'encensoir intelligent et doux . "
Les derniers mots précisaient :
" J 'espère que ces vacances t' auront apporté force
pour la nouvelle année scolaire.
Je t'embrasse très affectueusement - Pierre "
Quelle tiédeur, quelle désillusion, quelle nullité ! De l'amitié , sans plus ... Tous ces jours à l'attendre pour rien, toutes ces envies refoulées, tous ces rêves cassés... J'aurais dû me détacher de cet Arsouille, sortir, faire d'autres rencontres ! Je n'y arrivais pas . Lina, en bonne instit', fortifia ma raison ...
" So... ne te frotte pas à ce qui te fait trop mal... Allez, allez, petite Sosso, on continue à s'entraîner...et telles les "pros" du sport (quel sport ! ) on sera un jour sur le podium du bonheur ! Hum ... comme ce sera bon ! Je t'embrasse très fort . Ta Lina "
Podium du bonheur, je n'en étais même pas à la première marche ! Pierre se complaisait dans l'éloignement et moi, je faisais tout pour me rapprocher de lui .
J'avais besoin de le "sentir"...Alors, je me dirigeais sur Annecy, sa ville. Je flanais dans les rues qu'il connaissait, je respirais l'air qu'il respirait.De détour en détour, les agréments de la cité médiévale, si pittoresque, me captivaient immanquablement . Tout m'enchantait ... Les ruelles étroites qui serpentaient autour du château, le pont de l' Isle sur le canal, les réverbères, les cygnes graciles, légers, même sous le pinceau des aquarellistes...
Cette " Venise savoyarde" grouillait de vie sous le Mont Veyrier .
Aux fenêtres, pétunias, lierres et géraniums explosaient de couleurs et participaient à la féerie estivale . Les gargotes bruyantes sentaient bon les diots et la tartiflette. Nous aurions été si heureux ici ... Ce bonheur, tout simple, je n'y avais pas droit . Je dérivais entre les prom'neurs, absente, pensive ...Mes pas m'amenaient toujours au bord du lac, vers les jardins verdoyants, les bancs de bois posés sous les grands saules pleureurs . Invariablement, " La Libellule " s'apprêtait à prendre le large ... La croisière embarquait des couples enlacés, des familles unies, des visages paisibles . J'imaginais les repas raffinés et les photophores vacillant sous les paroles de leurs convives ...
Sur le chemin du retour, pour chasser la mélancolie, je m'arrêtais souvent chez Marianne. Elle s'était inventé un autre univers. Elle s'exerçait à la pâtisserie, son nouveau don . Ma chère Marianne...pour rien au monde, j'aurais râté tes tartes Tatin ...
Elles me nourrissaient comme l' amour d'une mère !
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 18:42:47 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Le daïmon de galatée ...
La dernière toile de Cendrine ( Rovini...bien sûr ! )
quel talent ! et quelle nana !!!!
Little Stella
( hum ...une créature pour Christophe Borhen...elle a une couronne sur la tête !! )
Publié par little stella à 12:39:44 dans Découverte | Commentaires (0) | Permaliens
( Les copines d'Alfredo Lopez)
Elle avait ses problèmes.
Je l'avais rencontrée quelques mois avant, dans un restaurant aixois bien en vogue : " Le Baladin" , où elle dînait avec Sabine et où j'avais le même soir moi aussi, convié Lina.
La salle était si exigüe que nos tables se touchaient presque . Les réflexions des unes étonnaient les autres dans un premier temps. Puis, entendre deux femmes inconnues parler "des mecs" et en rire jusqu'à s'étouffer...franchement ça m'avait fait un bien fou .
" Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es"...( vous connaissez...)eh bien, ces deux-là, on ne les fréquentait pas encore mais on savait déjà qui elles étaient ! Tant et si bien que deux heures après, notre connivence dérangea tout le monde: jeux de mots, éclats de rire à s'en faire mal au ventre...larmes et reniflements... que du bon temps entre "nanas" !
Le "quatuor" était né autour d'une fondue à l'emmenthal et de quelques profiteroles au chocolat.Il allait en vivre des variétés dans sa cuisante unité !
Marianne donc, au retour de Tunisie, passa trois jours à débusquer la dépouille de son chien. Elle la trouva, sur la route de Sonnaz, entre Chambéry et Aix-les-Bains, à la lisière d'un champ de maïs, méconnaissable ...Gandy ayant échappé à la "surveillance de Jany" s'était fait écraser par un chauffard, sans doute. Il n'en restait rien, qu'un fin collier de cuir et une médaille à son nom . Marianne recueillit pieusement les reliques.
Une peine de plus pour elle qui en avait déjà tant ! Son mari faisait des siennes. Il entretenait une autre femme depuis cinq ans. Vie fichue, divorce en cours, disputes permanentes dans le couple . Maison en vente, enfants pénibles, adolescents déchirés.
Trompée, bafouée, sans métier, un soir de doutes, Marianne craqua . Elle avala tous ses somnifères .Sa fille la sauva in extremis. C'est à l'hôpital que je la revis, entubée, muette, le regard fixe, les joues mouillées ... Je la ramenai chez elle un peu plus tard, plus jamais elle ne recommença .
Sa santé revint peu à peu dans le jardin de sa gentilhommière. Bêcher, semer, planter, arracher, ratisser, récolter...la terre l'accaparait, la régénérait, lui insufflait les bonnes énergies .
Les graines semées au printemps firent des miracles aux temps chauds . Le potager n'avait jamais été aussi productif !
Salades, haricots verts, courgettes, aubergines, tomates, poivrons, persil, ail, oignons, "les filles" repartaient les paniers pleins et se régalaient par la suite à la même marmite de ratatouille !
Maigre consolation cependant ... Un jour la maison de Marianne fut belle et bien vendue. Adieu fruits, fleurs, légumes !
Notre malheureuse dut chercher un nouveau logis. Elle finit par dénicher un petit appartement à Chambéry, en plein centre ville, place de l'horloge .
Elle laissait les prés pour l'asphalte...
" A coeurs vaillants rien d' impossible !" Nos bras et nos voitures l'aidèrent à déménager et à emménager .
Toutes en mal d'amour, nous avions chacune nos déboires mais nous étions liées comme les doigts de la main.
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 00:20:52 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Directeur d'un centre médico-pédagogique et responsable d'une maison de vacances en Vendée, il abusait outrageusement de ses alibis . Peu clair sur la gestion de son temps, il me laissa sans nouvelles le restant de l'été . Les jours passaient, s'alourdissaient. Interminables soirées en solitaire, "traquage" permanent du téléphone et toujours ce silence inacceptable !
Que faisait mon "bien-aimé" dans ses heures libres ?
Je l'imaginais souvent à Paris . La capitale le fascinait... Il me l'avait bien fait comprendre au mois d'avril ...
" Un p'tit bonjour de Paris où des journées d'étude m'ont amené une nouvelle fois . Toujours aussi dingue d'ici ! Je me glisse dans les rues, les quartiers, la vie de Paris ...
Tendrement - Pierre "
Effectivement, Paris de tous les possibles pour cet oiseau de passage ! Le Paris de Paul Eluard, le Paris des poètes...En était-il un ?
Dans mon attente, j'avais besoin d'entendre sa voix, son souffle, mais je ne l'appelais pas . La peur de me montrer "collante" me bâillonnait. Parfois, une curiosité malsaine me tenaillait, celle de vérifier s'il était chez lui .
Alors Lina ne refusait jamais de me rendre service. Entre filles, on s'aidait ... Elle composait le numéro de téléphone de Pierre... S'il répondait, elle prenait une voix enjôleuse et tentait vainement de l'intéresser aux ...cuisines Mobalpa ou ... Vogica...selon son inspiration . Parfois, elle démarrait une enquête sur la qualité de l'air...comptant bien sur l'exaspération de son interlocuteur ! Elle savait conclure rapidement !
Son audace et ses talents de comédienne en avaient dupé plus d'un ! Au bord du fou-rire, je me mordais les lèvres mais j'étais furieuse.
S'il ne répondait pas, c'est donc qu'il était absent. J'attendais alors les cinq sonneries habituelles et j'écoutais inlassablement son "annonce personnalisée". La dernière ne manquait pas d'à propos...
" Je viens d'acheter un four à micro-ondes ! J'aurai plus de temps pour vous...Parlez-moi ...attention... c'est à vous ! "
Il me provoquait ce farfelu, ce comédien, ce facétieux bouffon ! Plus de temps pour les autres, oui, mais pas pour moi !
Heureusement "les filles " étaient là . Sabine, Marianne et Lina, mes trois anges gardiens . On vivait sagement. On tuait le temps des (trop longues) vacances comme on pouvait. Pique-niques à la plage du Bourget du lac, anniversaires des enfants, invitations chez les unes, chez les autres, randonnées à vélo, concours de clafoutis aussi, histoire de se passer le cafard .
Temps bien rempli mais ...coeurs ...si ...lourds .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 19:01:48 dans Arsouille ! | Commentaires (2) | Permaliens
Rien en vue pour le mois de juillet...Bel ennui en perspective !
Gladys faisait la connaissance de Pétra, sa future belle-mère, une basketteuse polonaise hors-pair, venue prêter main forte à l'équipe challésienne...La coupe d' Europe pointait son nez !
Et Marianne, toujours inspirée par "l' étranger", m'entraîna finalement à Nabeul... C'était la première fois que je prenais l'avion. J'entends encore ses éclats de rire mal contenus quand les turbulences me donnaient la nausée et que je disparaissais la tête dans un sac !
Huit jours "Au Prince"... de quoi se refaire une petite santé, dans de nouvelles senteurs, celles d'un autre espace-temps . Les hibiscus, les lauriers roses et les bougainvillées nous émerveillaient, la mer et le soleil nous doraient . Pédalos, calèches, henné, narguilé, on esssayait tout . Dans l'hôtel, on nous prenait pour de drôles de touristes ...
Il est vrai qu'on mangeait ensemble, qu'on sortait ensemble, qu'on dormait ensemble et que chaque matin, on nous apportait le p'tit déj au ...lit ! On pouffait !!! Notre chambre n'avait qu'un lit à deux places, normal, les vacances, dans ce paradis bleu, c'était pour les couples de tourtereaux !
Nous, nous remplacions les tête à tête amoureux par de folles poursuites dans les souks... Mon pays natal était là, avec toutes ses odeurs, toutes ses couleurs, toutes ses richesses . Les monticules de poteries, les étals de cuivres, de paniers, d'épices, de tissus, de confiseries (bien caloriques !), de babouches...les orfèvres au travail , les bijoux touaregs...les femmes voilées et les vacanciers dénudés !
Je m'amusais à perdre Marianne dans le labyrinthe de la Médina . Elle n'en pouvait plus ! Oh ! Elle n'était pas malheureuse...Je la retrouvais souvent devant l'échoppe d'un marchand de tapis, sirotant joyeusement un thé à la menthe, entourée d'une bruyante compagnie... Marianne avait le sens du contact et les Tunisiens, celui de l'accueil. Ils étaient faits pour s'entendre!
Le soir, flûtes et tam-tams précipitaient nos tourments de femmes délaissées dans les danses bédouines et le couscous royal. Les "Belles du Sérail" nous emportaient dans leurs arabesques de mousseline tandis que les mâles, excités, se laissaient enchaîner à leurs colliers d'argent .
Sous le ciel étoilé, la fête animait tous les corps . Celui de Marianne, au bout de trois jours, donna des signes de dérangement . " Tourista" oblige, la belle blonde dut par la suite se confiner . A chacune sa faiblesse !!
En fin de semaine, un boeing nous transita ,de nuit, vers Lyon/Satolas.
Marianne, aux côtés des pilotes, assista en direct à l'atterrissage tandis que moi, collée à mon siège, je grelottais sous une couverture de laine, tant la clim était mal réglée . Le sol français nous amena bien des désagréments .
Nos "très chers amis" respectifs avaient quand même eu l'élégance de venir nous chercher à l'aéroport. La joie de les revoir fut de courte durée . Marianne, sans ménagement, apprit avec horreur la mort accidentelle de son petit caniche...Cris, sanglots, nous étions trois à la consoler. Je la vis partir au bras de Jany, les yeux sanguins et les lèvres tremblantes . Je savais combien elle tenait à "son fidèle compagnon", elle, qui, comme moi, sortait des affres d'un divorce .
La 2O5 GTI de Pierre me fit du bien . Vitres baissées, elle fendait l'air frais à toute vitesse, sûre de son aérodynamisme . J'étais attristée par ce retour ubuesque...
Mais... la route me divertit un peu , mes soupirs s'espacèrent et la proximité de l' Arsouille me réconforta. Nos mains se cherchaient ...
Le crissement des pneus nous arrêta net devant l'entrée du Splendide .
Au bout du long couloir, le "terrier" attendait ses amants . Leur étreinte, cette nuit-là...valait bien tous les délices de l' Orient !
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 11:57:59 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
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