Il était passé maître dans l' art de séduire et les femmes le flattaient bien . Lui, les appréciait trop pour ne se limiter qu' à une seule . Par contre, il les traitait sans indulgence...
" Je m' appuie sur deux choses : mon travail et mes enfants...les femmes c'est pas intéressant !"
Il avait dû en connaître des batailles et des défaites, cet aventurier ! Quelques belles victoires aussi ! Quelles étaient réellement ses raisons de vivre ? Etre vrai ? Etre faux ? Etre exceptionnel ? N' était-il pas finalement qu' un grand égoïste ?
Il devait pourtant compter assez de succès pour BIEN choisir sa femme. Choisir ? Le pouvait-il ? Le voulait-il ? Il ne s' était jamais informé sur mon vécu. Pourquoi lui avais-je plu ? Pourquoi m' infligeait-il ses caprices ? Comme un malin génie, il se volatilisait, se réincarnait , là où il voulait, quand il voulait .
Grâce à lui, allais-je découvrir un nouveau paradygme de l' Amour...qui me ferait préférer la rareté à la permanence, la frivolité au respect, le mensonge à la vérité et ...le plaisir à l' engagement ?
Pouvait-on le taxer de légèreté ? Non .
Une métaphore de Spinoza lui collait à la peau : la plaque de cire ! Tout laissait trace, tout s' imprégnait en lui . Rien ne le laissait indifférent ...un détail vestimentaire, un geste, une posture, une coquetterie, mes soucis ... Pour régler mes découverts bancaires, il m' avait laissé un chèque de dix mille francs alors qu'on se connaissait à peine ! Sa générosité m' avait touchée ...
" On l'a fait pour moi, je le fais pour toi. "
Sa "complexité" ressemblait à une grande humanité . Quel personnage ! Pourtant, je n'arrivais pas à le situer dans une logique de comportements .
Quand ses incohérences me décourageaient trop, il me jetait à la face :
" Je ne peux pas changer ! Je suis comme Napoléon...J' ai des fonctionnements à tiroirs ." C' était donc ça !! Non, vraiment, je ne l'aurais jamais trouvé toute seule !!!
A la réflexion, je le pensais assez adroit pour donner à chaque femme le sentiment d' être unique tout en ne la rassurant jamais complètement . Il gardait une marge de manoeuvre qui lui permettait tous les paradoxes .
Il pouvait soutenir et se détacher, aimer et garder ses distances. Il réclamait peu. Cette non-demande me faisait mal .
Dans mon "transport", j' étais fière d' être aux côtés d'un homme peu ordinaire, mais dans mon désarroi, je ne retenais de cette relation........... "d' alcôve" que l'insatisfaction que je connaissais .
Pierre gardait son énigme, insupportable pour moi, à la fin !
Ses talents de "tombeur" ressemblaient trop à des abus de pouvoir ! Il fallait me protéger, désormais, sans lui permettre de me détruire .
Au moment de la séparation, je fus peu éloquente . L ' Arsouille s'en aperçut. Il stipula, pour mieux me perdre : " J' existe toujours ".
Je ne répondis rien . Il s'en alla.
Son " Carpe Diem" avait enflammé le bûcher de mon enfer .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 19:45:22 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Tout au long de la route, des flocons papillonnaient sur son pare-brise. La nature s'endormait dans le silence de janvier. Silence rédempteur ?
Le "terrier" ne s'attendait pas à revoir ses amants . Ils étaient là, oui...après les argumentations difficiles, les mots assassins, les coups ... Ils étaient là, simplement, comme un homme et une femme qui ne voulaient pas encore se quitter .
" Il n' est remède, ni breuvage quelconque, ni charme, ni chant, ni paroles qui guérissent le mal d'amour, sinon, le baiser, embrasser, coucher ensemble nue à nu "...c'était vrai ...
Emouvante capitulation de deux corps réunis dans un ultime recours en grâce . Effluves passionnels...repos purificateur ...
Ma lucidité revint au grand jour. Pierre dormait... Je m'écoeurais, j'avais cédé .
Ma quête d' amour piétinait, se perdait dans des méandres trop compliqués pour moi . Pierre narguait mes lois . Il avait tout bouleversé avec son comportement libertaire . Je devais changer sans doute, revoir mon idéologie sentimentale qui m'avait déjà présenté une si lourde facture, assouplir mes exigences, être plus conforme au monde moderne, changeant et superficiel, devenir plus tolérante ... Quel message mon présent voulait-il me faire passer ? Etais-je en train de vivre les désordres d'une jeunesse que je n'avais pas eue ?
Je venais d'une famille traditionnelle, française mais de souche latine, marquée d'une forte morale judéo-chrétienne : " Travail, Famille, Patrie"...avec comme avatars...interdits et pudibonderies .
Des dialogues, à la maison, il y en avait peu. Pas de cajoleries non plus, on cachait sa tendresse . Des libertés ? A peine et au lycée, l' éducation sexuelle n' existait pas ! Aucune crise à l' adolescence, pas de revendication particulière . Scolarité bonne dans l'ensemble .
Enfant, je n' aimais pas "faire semblant", ma poupée de porcelaine ne m'avait pas amusée longtemps . Ma grand-mère chantait Mouloudji et ...je l'écoutais ..." Un jour, tu verras, on se rencontrera...quelque part n'importe où, guidés par le hasard..." Le hasard c'était quoi ?
A sept ans, Barbe Bleue me terrifiait mais Alice au pays des Merveilles m' accordait mon premier envol . A treize ans , Sissi impératrice m' enlevait de palais en palais et à dix-sept ans Platon me faisait rencontrer le modèle des hommes : Socrate ! Il y avait là, en prémices, toute la dialectique de ma vie de femme .
Du merveilleux et trop de sérieux à la fois, sans recul, sans "prises de terre" . J'avais la tête dans les étoiles !
Mariage précoce, un douze août mille neuf cent soixante et onze, dans ma vingtième année...Lucien naissait trois mois après ...Quel beau bébé ! Malgré ce départ sur les chapeaux de roue, ma vie se profilait "bien dotée", avec, en poche, un certificat de fin d'études normales et, pour mon mari, une maitrîse de droit . La route s' annonçait belle, sans trop d'obstacles . Une seule ombre au tableau : l' inexpérience, trop peu d' " essais "... Idéal classique, conformiste, nourri par l'imagination et la sensibilité .
Le bouddhisme m' interpellait, l' impressionnisme m'intéressait, le chant choral m' élevait et la poésie me subjuguait .
Je filmais tout en rouge et noir. Un amour sans passion, non, je n'en voulais pas ! Après quinze ans de mariage et un divorce douloureux, j' attendais encore le "Prince Charmant" !
Pierre ne voulait pas de ce rôle d'un autre âge .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 17:40:49 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Elle qui devait reprendre son travail en début d'après-midi !
Nous "causions" depuis cinq heures . Pierre avait fini la bouteille de champagne à lui tout seul. Il s'entendait si durement critiqué...
Ne l'avions-nous pas qualifié, en définitive, d ' homme dangereux, de "couratier" ?
" Je refuse de faire partie de ton harem ! " lui avait crié Sabine .
Sentant la partie perdue, il me déclara froidement...
" Tu ne réalises pas ce qui t'arrive...Tu es aimée à la fois par un homme et par une femme! " Le rusé ! J' étais la médiatrice rêvée, il avait tout compris ! Il modifiait son langage pour mieux gagner Sabine et lui extirper son ralliement. Il s' acharna d' autant plus fort qu 'il connaissait son histoire ...
Elle, ne dit rien, mais ses traits se durcirent et ses yeux s'assombrirent .
Sabine avait eu, quelques années auparavant, une relation particulière, aussi intense que destructive, avec une collègue de travail . Elle s' était laissée initier, elle découvrait tout ... L' amour possessif d'une femme, les extases répétées, l 'excitation des caresses, le plaisir mutuellement partagé et reconnu, redoublé encore par le troublant constat d' être l' autre et soi-même .
N' avait-elle jamais atteint cette communion des corps avec l' homme qui partageait sa vie ?
Marco, pendant longtemps, avait essayé de comprendre...Pourquoi ce détachement progressif, pourquoi cette nouvelle soif de vivre chez son épouse si docile jusqu'ici, si pleinement " mère au foyer", si besogneuse avec son C.A.P de couturière ?...Pourquoi ? Un autre la tentait sûrement. Il l'observa...en vain ! Alors quoi ?
Il fallait sans tarder (re)conquérir cette compagne qui lui échappait. L' épater ? Comment ? Il était simple ouvrier et le confirmait en se fermant sciemment à toute ouverture culturelle. Sa richesse à lui se contenait dans ses mains, ses mains qui avaient installé Sabine dans une maison confortable, ses mains qui rapportaient à la fin de chaque mois le modeste salaire sur lequel toute la famille comptait, ses "mains en or" qui savaient tout faire . Il ne s' efforçait pas de trouver une autre manière de vivre . Chaque jour, les mêmes tâches dans l 'entreprise de maçonnerie qui l'employait ... Economiser quelques sous pour retaper une maison secondaire à la mer ou à la montagne, c'était tout ce qu'il pouvait faire miroiter à Sabine .
Elle... berçait d' autres rêves . Elle travaillait dans la confection industrielle, à Chambéry, chez Pilotaz . Assidue aux cours du soir, elle obtint son baccalauréat à quarante ans ! Dès lors, de nouvelles curiosités l' habitèrent .
Sabine recouvrait sa liberté, philosophait, courait aux conférences, fréquentait les salles de cinéma, de concert, voyait des amis, SON amie ... Elle s' épanouissait, se donnant à la joie de vivre et à la fantaisie .
Mais son plus grand exploit, elle le réussit le jour où elle s'offrit une nouvelle orientation professionnelle. Elle quitta l'usine pour rentrer dans le monde de l'Education .
Parcours d'une combattante ? Oui, car chez elle , la lecture lui était interdite.
Marco n' aimait pas les livres. Son certificat d'études ne lui avait pas laissé de bons souvenirs ... Sabine s'était fait offrir son premier dictionnaire par sa soeur. Elle le feuilletait en cachette...C' était une distraction bourgeoise !
Les époux ne se firent aucune concession, ni l'un, ni l'autre . Marco dressa sa dernière arme, la plus pernicieuse . " Un jour, je partirai...pour de bon...
- facile à dire, difficile à faire ! "lui répondit Sabine . Mais le projet misérable s' était ancré solidement dans la tête du moribond . Il affronta sa femme une dernière fois, en lui tirant la langue comme un enfant taquin, pour mieux s'octroyer le droit de la faire souffrir .
Il se donna la mort le soir-même, dans "leur" chambre. On le retrouva un pied lié à la gâchette de son fusil de chasse.
Marco laissait à Sabine un immense repentir et une profonde aversion pour l'homosexualité.
Pierre l' avait tranquillisée, à l'époque où il l'avait rencontrée ... " Prétentieuse, lui avait-il lancé, on ne se tue jamais pour quelqu'un ! " Parlait-il en connaisseur ?
Sabine s' était sentie momentanément apaisée, déculpabilisée.
Or, cette nuit, comprenant le dessein de notre "diable", la nausée la reprit . Ce n' était pas moi qu' elle rejetait, mais plutôt le souvenir atroce d' un drame qui faillit ruiner sa raison .
L ' Arsouille, le coeur en chamade, comprit sa faute . Trop tard ...
Sabine se leva brusquement du canapé, remit son manteau sans même me regarder.
Ma partenaire me lâchait. On la raccompagna chez elle dans la clarté blafarde du petit matin .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 09:46:51 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
"Ce mot-là revenait sans cesse dans sa bouche. L' employait-il par décence, par négligence de langage ou à bon escient ?
Les femmes pourtant, il les connaissait toutes sur "le bout des doigts"...
De son oeil expert, il épiait sans merci... la belle, la laide, la grossière, la raffinée, la délicate, la provocante ou l'ingénue . Il discernait... l'épouse, la maîtresse, l'amie, la camarade, la fille, la mère, la catin . Il flairait ingénieusement l'esseulée ou la convoitée .
Ce soir-là, il avait installé le quiproquo entre nous, insidieusement .
Le bavard s' enlisait dans sa confusion ... Aimer, désirer, là encore, il ne faisait plus la différence . Il mélangeait tout . Mes sentiments n'avaient rien à voir avec ceux de Sabine, mais il s' en fichait royalement .
Il tenta l'autorité... " ça suffit, on dort ! ..." Le grossier !
Nous le regardions , médusées. Nous étions ici pour nous expliquer, pas pour baiser et encore moins pour dormir !! Son empressement me mortifiait . Il osa de surcroît, parler de ... CONFIANCE !
Lui, ce casse-coeur qui transgressait tout avec ses mains baladeuses et sa suffisance insolente ! Il changeait le sens des mots, il en jouait à sa guise . Nous vivions un vrai vaudeville ! Mon esprit cartésien n'y résista pas .
Je voulus partir, le laisser à Sabine. Celle-ci me désapprouva vivement, d'un mouvement de tête qui en disait long ... Le mec aurait beau parfaire son numéro, nous ne céderions pas !
Notre soupirant se justifia ...Il nous enseigna que les hommes se comportaient avec leur libido autrement que nous . Il spécifia même que beaucoup prisaient la compagnie de très jeunes amantes, à un certain âge . Il en avait donc une, lui aussi, ou plusieurs !
Des visions tyranniques me lacéraient l'esprit . Pour mieux les chasser, je pris la tête de l 'Arsouille entre mes mains ...
" Tu sais ce que nous pensons toutes les deux ? ...Que tu seras un mec super à cinquante ans, quand tu auras fait le tour de tes folies..." Il répondit spontanément...
" Je veux quelqu' un de neuf mais qui aurait aussi le même vécu que moi."
J' avoue m' être reconnue dans ce profil. N' étions-nous pas deux divorcés ? Pierre ne m' identifiait pas encore...voilà !
Idiote !! Il m' avait parlé crûment, je l'avais à peine entendu. Je restais prisonnière d' un obscurantisme opiniâtre.
J'adaptais ses aveux aux exigences de ma passion.
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 20:43:51 dans Arsouille ! | Commentaires (2) | Permaliens
Dans mon énervement, ma colère, j ' avais bousculé Pierre, je le battais !!
Il répétait ... " encore ...encore..." Sa satisfaction était au comble. Par instants, ses yeux brillants ne me quittaient plus. Odieux, il palpait mes seins sous mon pull trop large, réfugiait sa main dans la mienne, entourait de l'autre les hanches de Sabine .
Je le voyais disposé à nous "consommer" toutes les deux ! Moi, parce que je lui avais montré une dépendance dont il n'avait jamais deviné l'ampleur, Sabine, parce qu'il se projetait en elle, devenue son égale .
Dès lors, il se fit plus pressant. Il posa mon bras autour du cou de mon alliée. Cette image de deux femmes enlacées lui plaisait .
Pour nous, c'était le symbole d'une solidarité inconditionnelle, pour lui, c'était l'accession à un fantasme de mec, posséder deux nanas à la fois.
Ces deux femmes, il les avait aimées, l'une après l'autre...Ce soir-là, il les voulait en même temps . Il se servit de ses belles capacités de pédagogue pour nous faire admettre le privilège de cette relation triangulaire . Pourquoi ne pas adhérer à ses voluptés ?
L' Arsouille, maintenant, parlait indifféremment d' amour et d'amitié .
" Aimer... c'est apprécier..." disait-il (seulement) ! Dans mon dépit, je tolérai mal cette perception réductrice . Je perdais mes illusions et on voulait me raccrocher à autre chose, à un nouveau "credo" qui m'éviterait de souffrir, à l'avenir, comme si l'on pouvait aimer avec économie, sans l'inévitable don de soi . J'ai failli croire à l'échange !
L' Amitié s' érigeait en grande panacée. ll importait de tout miser sur elle puisqu' elle cautionnait tous les comportements . Pourquoi n'étais-je pas capable de recevoir cette offrande ? Je ne comprenais plus .
Le souvenir d'une lecture de Jacques Salomé me fit sourire ...
" Dans toute relation triangulaire qui est trompé ? Soi-même, soi-même et personne d'autre que soi-même. Quelle que soit la position occupée sur le triangle !"
Cette analyse résumait parfaitement notre situation .
Le scepticisme ne me lâchait plus ...
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 12:40:42 dans Arsouille ! | Commentaires (5) | Permaliens
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