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Dessin de Crepax
Extrait n°1 de la Vénus en fourrure :
la naissance d'une idée
Masoch ou le soumis manipulateur
Je poursuis ma petite étude de cet auteur que j'adore, j'ai nommé le grand Léopold Von Sacher Masoch... Reportez vous à la rubrique « Sacher Masoch » pour lire la présentation que j'ai faite de cet auteur ainsi que le début de mon analyse. Dans l'extrait que je vous propose, le premier d'une série visant à faire connaître les écrits de Léopold Sacher Masoch, j'ai aimé l'habileté de l'écrivain à nous faire croire que l'idée de réduire Séverin en esclavage est née de Wanda elle-même. Une idée très moderne et très excitante. Quel soumis n'a jamais rêvé de se voir devancé dans ses fantasmes par celle qu'il aime ! Parvenir à mener sa partenaire où on le désire sans que celle-ci ne s'en rende compte, l'obliger à se dévoiler alors qu'il ne s'agit de répondre qu'au désir de l'autre. Séverin n'attend que cela, mais c'est Wanda qui formule l'idée et son cortège d'exigences qui va avec.
Remarquons que Séverin est appelé Séverine... Féminiser le soumis, lui ôter sa masculinité, première étape vers la soumission et l'abandon de son statut d'homme.
Remarquons également que Wanda envisage déjà l'esclavage de Séverin comme la possibilité de le tromper sans qu'il n'ait rien à redire. Nous avons ici les bases d'une soumission établie sur le cocufiage de l'homme par sa maîtresse.
***

« Enfin, voici une soirée en tête-à-tête. Wanda est si bonne, si cordiale, si gracieuse, qu'il semble qu'elle ait réservé pour cette seule délicieuse soirée tout l'amour dont elle m'a privé.
Quelles délices de me pendre à ses lèvres, de mourir entre ses bras et de plonger mes yeux ivres de joie dans les siens, alors que, toute défaillante de plaisir, complètement livrée à moi, elle repose sur mon sein !
Je ne puis encore y croire, je ne puis concevoir que cette femme soit à moi, toute à moi.
- Sous un rapport elle a encore raison, commença Wanda, sans s'émouvoir, sans seulement ouvrir les yeux, comme si elle dormait.
- Qui ? Elle se tut. Ton amie ?
Elle inclina la tête.
- Oui, elle a raison, tu n'es pas un homme ; tu es un rêveur, un séduisant adorateur, et serais certes un esclave inestimable, mais, comme époux, je ne puis penser à toi pour moi.
Je fus épouvanté.
- Qu'as-tu ? tu trembles ?
- Je frémis en songeant combien facilement je puis te perdre, répondis-je.
- Eh bien, es-tu pour cela actuellement moins heureux ? reprit-elle ; cela t'enlèverait-il quelque part de ta joie, que j'aie devant toi appartenu à un autre, qu'un autre me possède après toi, et ta jouissance aurait-elle été moindre si, comme toi, un autre avait été heureux ?
- Wanda !
- Vois-tu, continua-t-elle, ce serait un expédient. Tu ne veux jamais me perdre, tu m'es cher et tu me dis fort moralement que tu voudrais me voir toujours vivre avec toi, quand auprès de toi je...
- Quelle idée ! m'écriai-je, je commence à éprouver une sorte d'aversion pour toi.
- Et m'en aimes-tu moins ?
- Au contraire.
Wanda s'était soulevée sur son bras gauche.
- Je crois, dit-elle, que, pour subjuguer à jamais un homme, on doit, avant tout, oser lui être infidèle. Quelle honnête femme est aussi adorée qu'une hétaïre ?
- En effet, l'infidélité d'une femme aimée possède un charme douloureux, c'est la plus haute volupté.
- Pour toi aussi ? demanda vivement Wanda.
- Pour moi aussi.
- Si toutefois je te fais ce plaisir ! s'écria Wanda railleusement.
- J'en souffrirais alors affreusement, mais je t'en adorerais davantage, repris-je ; seulement, si tu osais jamais me tromper, tu devrais avoir la diabolique grandeur de me dire : "Je t'aimerai toujours, mais je rendrai heureux qui bon me semblera." »
Wanda secoua la tête.
- La trahison me répugne, je suis loyale, mais quel homme ne succombe pas sous le poids de la vérité ? Si je te disais : "Cette pure vie sensuelle, ce paganisme constituent mon idéal", aurais-tu la force de le supporter ?
- Certainement. Je veux tout supporter de toi, mais je ne veux pas te perdre. Je sens vraiment combien peu je t'appartiens.
- Mais... Séverine.
- C'est cependant ainsi, dis-je, et c'est même pour cela...
- Pour cela, tu pourrais... elle sourit malicieusement - l'ai-je deviné ?
- Être ton esclave ! m'écriai-je, ta propriété absolue et sans volonté propre, avec laquelle tu pourrais agir à ta guise et qui, pour cela, ne saurait t'être à charge. Je pourrais - pendant que tu savoures la vie à longs traits, que, plongée dans un luxe somptueux, tu goûtes le pur bonheur, l'amour de l'Olympe - te servir, te chausser et te déchausser.
- En somme, tu n'as pas tort, reprit Wanda, car seulement comme mon esclave pourrais-tu supporter que j'en aimasse un autre ; d'ailleurs la liberté de jouissance, à la façon du monde antique, ne peut s'imaginer sans esclavage. Oh ! ce doit être une sensation quasi divine que de voir devant soi des hommes s'agenouiller, trembler !... Je veux avoir des esclaves, entends-tu, Séverine ?
- Ne suis-je pas ton esclave ?
- Écoute-moi aussi, dit Wanda exaltée et me serrant la main, je veux être à toi tant que je t'aimerai.
- Un mois ?
- Peut-être aussi deux.
- Et puis ?
- Alors tu seras mon esclave.
- Et toi ?
- Moi ? que demandes-tu encore ? Je suis une déesse, et je descends parfois légèrement, fort légèrement, furtivement de mon Olympe vers toi. Mais que signifie tout cela ? » dit Wanda, appuyant sa tête sur ses deux mains, le regard perdu dans le vide, « un rêve doré qui n'aura jamais de réalité ».
Une mélancolie latente, inquiétante était répandue sur tout son être ; je ne l'avais jamais vue ainsi.
- Et pourquoi irréalisable ? commençai-je.
- Parce que l'esclavage n'existe pas chez nous.
- Allons donc dans un pays où il existe encore, en Orient, en Turquie, fis-je vivement.
- Tu voudrais, Séverine, sincèrement ? répondit Wanda. Ses yeux brûlaient.
- Oui, je veux sincèrement être ton esclave, continuai-je, je veux que ta puissance sur moi soit consacrée par la loi, que ma vie soit entre tes mains, que rien au monde ne me protège ou me défende contre toi. Oh ! quelle volupté quand je sentirai que je dépens tout entier de ton caprice, de ton bon plaisir, d'un seul de tes gestes ! Et puis, quels délices ! si tu es parfois assez gracieuse pour permettre à l'esclave de baiser la lèvre de laquelle dépend son arrêt de vie ou de mort !
Je me jetai à ses pieds et appuyai mon front brûlant sur son genou.
- Tu as la fièvre, Séverine, dit Wanda surexcitée, et tu m'aimes vraiment d'un amour infini.
Elle me serra sur sa poitrine et me couvrit de baisers.
- Tu le veux ? reprit-elle hésitante.
- Je te jure ici, devant Dieu et sur mon honneur, je serai ton esclave, où, et quand tu voudras, aussitôt que tu l'ordonneras, m'écriai-je, me possédant à peine.
- Et si je te prenais au mot ? s'écria Wanda.
- Fais-le.
- C'est pour moi un charme sans pareil, dit-elle, là-dessus, de savoir qu'un homme qui m'adore et que j'aime de toute mon âme, se donne complètement à moi pour dépendre de ma volonté, de mon caprice, pour devenir mon esclave, tandis que moi...
Elle me considéra d'un air singulier.
- Si je deviens très frivole, la faute en sera à toi, continua-t-elle ; je crois presque, maintenant, que tu as déjà peur de moi, mais j'ai ton serment.
- Et je le tiendrai.
- Laisse-moi, ce soir, répondit-elle. Maintenant j'y prends plaisir ; maintenant, j'en prends Dieu à témoin, cela ne restera plus dans le domaine du rêve. Tu deviens mon esclave, et moi... je vais essayer de devenir la Vénus à la fourrure. »
Voilà, que pensez vous de ce dialogue, je le trouve profondément sensuel et érotique... Deux amants se découvrent, et définissent leurs rôles, posent les jalons de leur relation future, qui s'avèrera des plus tumultueuse et passionnée...

Publié par lindasm à 00:53:28 dans Sacher Masoch | Commentaires (2) | Permaliens
04-11-2008 16:03
De Suzanne Sujet:
Attention
03-11-2008 15:41
De Benedicte Sujet:
Superbe texte Url: [Liens]
Comment une femme de 44 ans, mariée et dominatrice dans son couple, est tombée sous la coupe d'une jeune étudiante en âge d'être sa fille, puis de sa propre soubrette... C'est ma vie intime depuis 3 ans que je relate ici : bourgeoise je suis et je reste, par mon éducation, mon attitude et le confort dans lequel je vis, mais de Maîtresse, je suis devenue soumise... Un ordre de Sora, ma toute jeune femme de ménage, et la cadre sup BCBG que je suis se transforme en un claquement de doigt, en une femelle docile, une chienne lubrique, une esclave obéissante...
Me joindre : smlinda@hotmail.fr
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