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Demos, le blog...

Le modèle Français en danger

Intégrisme de la pensée néolibérale | 30 mai 2006

Mes chers amis, je débuterai cette courte analyse par quelques interrogations légitimes propres à éclairer le champs de mes incertitudes. La liberté politique consiste t-elle à s'affranchir de toutes contraintes normatives : c'est le concept de liberté formelle; ou consiste t-elle, sous réserve de certaines obligations, à mettre à disposition des individus les moyens de satisfaire effectivement leurs aspirations : c'est le concept de liberté réelle ? Parallèlement, traduite au plan purement économique, la libre-concurrence, synonyme de liberté économique, doit elle être totale (concurrence formelle) - quitte à qualifier encore de concurrentiel un marché dans lequel apparaissent des entreprises d'une telle dimension qu'elles exercent de fait un monopole absolue - ou bien la libre-concurrence consiste t-elle à ériger des normes destinées à empêcher toute forme de monopole y compris celui d'une entreprise objectivement plus performante que feu ses concurrentes (concurrence réelle ou plus communément appelée « concurrence parfaite ») ? Le choix de l'une ou l'autre branche de cette alternative ne distingue en aucun cas le libéralisme du socialisme. En politique, comme en économie, cette distinction entre liberté formelle et liberté réelle se pose, en réalité, au sein même de la pensée libérale sans considération des courants opposés à l'économie capitaliste.

Depuis le crevard Reagan et la vieille peau Thatcher, il apparaît que le concept de liberté formelle domine la pensée libérale. Et durant les quarante dernières années, force est de constater la césure immense qui s'est opérée au sein de la famille libérale; césure que le clivage traditionnel « gauche-droite » a complètement éclipsé. Je le répète : c'est au sein même de la pensée libérale que s'est produit un renversement fondamental au point que les formes de capitalisme pratiquées il y a 40 ans pouvaient comporter des préoccupations sociales ou éthiques devenues complètement désuètes aujourd'hui. Pour en saisir la portée, il est nécessaire de brosser un rapide historique de la pensée libérale.

Au cours de la révolution industrielle du XIXè siècle, au moins en Europe, les libéraux définissaient la liberté politique dans son acception formelle, et le célèbre « laissez faire, laissez aller » prôné par Adams Smith, traduisait économiquement le même concept de liberté formelle au mépris de la théorie de la « concurrence parfaite ». Logiquement, l'état d'injustice généré par cette utopie capitaliste provoqua les réactions sociales les plus radicales et les plus dangereuses; l'anarchisme - et surtout, la version la plus agressive du socialisme: le communisme - ont failli autant que le nazisme engloutir définitivement l'Europe et son capitalisme sauvage dans l'abîme universel. C'est exactement ce qui nous guette quoique l'histoire ne ressert jamais le même plat..

Dans les années 50, à cause de l'échec cuisant du capitalisme sauvage (ce que nous appelons péjorativement aujourd'hui néolibéralisme), le courant Smithien fut complètement discrédité au sein de la famille libérale. Les néolibéraux étaient considérés dans leur propre famille philosophique comme des utopistes au même titre que les phalanstères de ce brave Proudhon symbolisent l'utopie socialiste. Ils étaient même, à jute titre, assimilés à des illuminés dangereux, à des idéalistes de la première heure, vielles carnes théoriciennes incapables de se réformer. Des années 50 aux années 1980, les néolibéraux se sont organisés en véritables sectes, ouvrant partout dans le monde des écoles, des instituts et toutes sortes de fondations diverses destinées à promouvoir leur idéaux. Il n'entre pas dans le champs de cette analyse d'expliquer comment une minorité d'économistes hystériques est parvenue à une réussite aussi éclatante, mais il est évident qu'ils n'ont pu triompher qu'en s'emparant des consciences : c'est à dire en utilisant les mêmes armes que ceux qu'ils prétendent combattre. Je le dis de la manière la plus abrupte : le néolibéralisme est à la pensée libérale ce que l'évangélisme pentecotiste est au catholicisme et l'intégrisme musulman au Coran : une lecture dans le texte de la pensée Smithienne, de surcroît en la radicalisant, en la travestissant. C'est un retour aux sources rigides et primitives d'un courant qui était pourtant parvenu à se transformer, qui commençait à apporter aux sociétés occidentales le meilleur après des décennies de luttes et d'injustices. Je prétends bien que Smith, lui même, a posé les limites de sa propre théorie sinon, il conviendrait de parler de paléo-libéraux plutôt que de néolibéraux lorsque l'on évoque les théories fumeuses du chafouin Sarko et de sa ribambelle de traites à la nation.

A partir de 1945, devant la nécessite impérieuse de réformer le capitalisme, trois économistes : Léon Walras, John Maynard Keynes et Paul Samuelson ont contribué miraculeusement à orienter le capitalisme dans une voie susceptible d'espérer un relatif consensus, et surtout, de le mettre au service du plus grand nombre. Comprenez, mes chers amis, que le keynesianisme fut la réponse imparable apportée par les libéraux aux attaques légitimes du socialisme radical ... cet économiste et ses promoteurs ont sauvé les modèles occidentaux (y compris aux USA) en proposant des solutions intelligentes aux erreurs générées par une interprétation radicale des mécanismes de l'économie capitaliste. En aucun cas, l'Etat dit péjorativement « providence » s'apparente à de la planification économique. Keynes était un partisan du capitalisme et ceux qui prétendent que l'Etat providence s'assimile à du communisme nous trompent délibérément. D'ailleurs, au moment du triomphe des économies keynésiennes, jamais les sociétés occidentales n'ont été aussi libres, joyeuses et optimistes.Certes, elles avaient sans doute plus d'inflation qu'aujourd'hui, mais elles n'avaient pas plus de déficits, beaucoup moins de chômeurs, moins de disparités entre les classes sociales, et elles jouissaient d'un taux de productivité à faire rêver les pitres qui prétendent nous représenter.

Aujourd'hui, comme dans le système stalinien, ceux qui contestent le néolibéralisme sont accusés de tous les mots et de toutes les tares. Discrédités, ridiculisés et calomnier comme le fit Friedrich Hayek, - le plus représentatif des néolibéraux « modernes », défenseur du capitalisme sauvage, à ses yeux, la seule forme de vrai libéralisme - lorsqu'il traitait les keynésiens de « faux libéraux ». De quel droit me traiter de « faux-libéral » pour l'unique raison que je critiquerais un système qui génère de plus en plus de pauvreté et d'injustices? Il y a une ironie insupportable à entendre des individus comme Madelin ou Sarkozy accuser la France d'immobilisme, à qualifier de propositions innovantes et de réformes ambitieuses le retour à des théories archaïques vielles de plus de 100 ans qui, par deux fois, ont échouées, non sans entraîner, à chaque fois, les sociétés occidentales dans la décadence et l'autoritarisme. Nous y sommes aujourd'hui comme à la veille de la Seconde guerre mondiale alors que nous avons les moyens de résister à cette construction surnaturelle de l'économie comme nous avons toujours eu les moyens de résister à toute dictature fusse t-elle la plus radicale et la plus déterminée...

Publié par demos à 22:01:24 dans Car une 3ème voie existe. | Commentaires (3) |

Vertu néolibérale | 22 mai 2006

 


" C'est notre travail de vanter l'inégalité et de faire en sorte qu'on laisse cours aux talents et aux compétences pour s'exprimer, pour le bénéfice de nous tous".


Margaret Thatcher 1979 

Publié par demos à 12:58:40 dans L'autoritarisme néolibéral. | Commentaires (0) |

De l'Immigration choisie à la résistance civique | 16 mai 2006

Mes chers amis, l'Assemblée nationale votera mercredi 17 mai 2006, l'adoption définitive en première lecture du projet de loi sur l'immigration choisie. Le texte sera présenté au Sénat à partir du 9 juin. L'urgence est déclarée. Il n'y aura pas de seconde lecture.
Nous devons nous mobiliser contre ce projet inique en exprimant collectivement notre opposition à une immigration jetable comme l'ont exprimé dignement les 35.000 manifestants rassemblés samedi à Paris.(1) Mais nous devons aussi élever plus haut notre désapprobation en nous opposant à la politique inquiétante menée depuis plusieurs mois par le gouvernement français à l'encontre des immigrés réguliers et des sans-papiers. Une politique migratoire sectaire et autoritaire qui vise à exposer les immigrés au vandalisme de la médiocrité des préjugés en les présentant au mieux comme une charge économique, au pire comme une harde d'envahisseurs criminels. C'est une honte de stigmatiser ainsi l'étranger pour les seules raisons qu'il est économiquement faible et que nous traversons une crise; alors que d'autres, violent le droit international, torturent au nom de la liberté, tout en continuant de jouir, eux, de la considération générale et de l'aval des puissants de ce monde. Et ça continue ! Dans quelques semaines, plus de 10.000 enfants inscrits illégalement à l'école de la République seront purement et simplement expulsés vers leur pays d'origine. Au nom de la dictature économique, pingres, cupides, égoïstes, non seulement nous voilà entrain de planifier le sort d'individus dans une surenchère de plus en plus ignoble (de 10.000 expulsions en 2002 à 25.000 programmées pour fin 2007) mais après la violation des églises, la traque du clandestin entre avec la police jusque dans les écoles de la République ! Il semble que plus rien n'est de valeur devant l'utopie capitaliste au sein d'une société qui s'engouffre malgré elle dans la décadence et le parjure. Des enfants dont la plupart ne parlent que le Français, qui n'ont connu que la France, qui sont une richesse certaine pour notre pays et non une charge, ces enfants deviendront soudain étrangers une seconde fois dans leur pays d'origine, inutiles et abandonnés à leur funeste destin derrière la pudeur indécente du mot « reconduite » pour qualifier ce qu'il y a lieu de nommer expulsion. Au nom de fondamentaux au dessus de toute considération, nous avons le droit et le devoir de résister à cette guerre ouverte que les civilisations occidentales ont déclaré à l'Humanité toute entière.

Résister à des lois scélérates est un droit naturel

Nous en avons le droit parce que l'historique de la démocratie a constamment conditionné la légitimité du pouvoir politique au respect de lois non écrites disposées au sommet de la hiérarchie des normes, au dessus de toute législation de circonstance, échappant même à la désinvolture criminelle du droit positif (2). Ces principes sont applicables en toutes circonstances. Ce sont des fondamentaux au nombre de 4 : le respect des vivants et des morts, l’hospitalité, l’inviolabilité de l’être humain, l’imprescriptibilité de la vérité. Par conséquent, dans une démocratie, tout pouvoir n'est tolérable qu'à la double condition de ne pas entrer en contradiction avec ces principes sacrés, de les défendre à tout prix lorsqu'ils sont menacés, en mettant si besoin, la puissance publique au service de la justice et du progrès quand bien même devrait-elle pour cela, s'attaquer à la dictature des « faits » avec autant de conviction que s'il s'agissait d'abattre une tyrannie ordinaire. De surcroît, il appartient aux citoyens, seuls responsables de leur liberté et méprisant le pouvoir, d'élever la contestation jusque dans la rue, s'ils constatent collectivement l'existence d'incompatibilités insurmontables entre le respect de ces principes supérieurs et les lois positives de l'Etat.

Ce droit à la résistance que les néolibéraux qualifient « d'épidémie populiste », de « jacquerie populaire » ou encore de «  gouvernement de la rue » est d'une telle évidence qu'il est consacré par les textes fondamentaux les plus importants . Ainsi, le Préambule de la Déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948 dispose " il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'Homme ne soit pas contraint suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression". En France, l'article 2 de la Déclaration des droit de l'Homme et du citoyen énonce le principe naturel de la résistance à l'oppression, principe élevé à la hauteur d'un droit constitutionnel par les Sages dans leur décision de 1982 sur les nationalisations. Enfin, il arrive de plus en plus souvent à la jurisprudence d'invoquer l'existence de principes supérieurs non écrits et d'application absolue pour étendre une liberté, ou pour écarter l'application d'une sanction pénale. C'est ainsi que dans l'affaire Albert Jacquard, la Cour d'appel de Paris a reconnu la primauté de la conscience individuelle sur le droit positif (3) et que le tribunal de Boulogne-sur-Mer a refusé de condamner les personnes poursuivies pour leur aide aux sans-papiers parce qu'ils « servaient une cause humanitaire »(4)

Résister à des lois scélérates est un devoir de conscience

Mais nous avons aussi le devoir de résister à ces projets et politiques macabres quitte à choisir en citoyens responsables de violer délibérément une loi scélérate. La loi est faite pour libérer et non pour contraindre. Quand elle interdit, c'est seulement pour protéger. Elle ne pourrait, en aucun cas, servir d'outil à un régime d'injustice, ou servir de prétexte à l'abnégation de la dignité humaine. En violant une loi scélérate, on ne viole pas la loi, au contraire, on la défend , mais en conservant à l'esprit qu'elle est au service de la Justice, sans être en soi la Justice. C'est pour cela qu'il n'est pas nécessaire de faire dire à la loi que la torture est illégale pour condamner légitimement la torture. C'est pour cela que le projet de loi sur « l'immigration choisie » fait l'unanimité des Eglises contre lui; parce qu'il s'attaque à des valeurs universelles.

Expulsons ces enfants illégalement scolarisés au nom du respect de la loi, expulsons-les puisqu'ils ne peuvent prétendre à un droit qu'ils n'ont jamais eu. Mais en vérité, à défaut de nationalité française légalement reconnue, tant qu'ils auront vécu sur le sol français, leur temps de présence effective sera leur histoire en même tant que la nôtre. Cette histoire, disais-je, devrait interpeller les consciences sur des notions à la fois simples et évidentes de justice car le droit peut tout décréter, mais il lui est impossible de remettre les choses en l'état étant incapable de parvenir à effacer les pans de vie des êtres humains ... Effacer la vie, effacer l'histoire, effacer le vécu rétroactivement, en les renvoyant chez eux, le droit peut le dire, mais la justice ne peut pas le faire. Le gouvernement néolibéral peut le dire, mais les Français ne laisseront pas faire. La mémoire l'interdit puisqu'elle est fidélité et qu'aucune vertu n'est possible sans la fidélité. Ainsi, le souvenir qui restera gravé dans la mémoire de ces enfants sera le témoin de notre fidélité ou pas aux valeurs d'assistance et d'asile qui ont fait notre pays et qui sont, sans doute, les seules raisons pour lesquelles, nos ennemis étasuniens hésitent encore à nous exterminer.

Le navrant de ces politiques migratoires fondées sur la bio-politique est qu'elles s'attaquent aux valeurs universelles. Or, il est de l'essence de la pensée nazi de s'attaquer aux valeurs universelles. C'est pour cela que le néolibéralisme est une forme de nazisme; parce qu'il viole les lois universelles de l'Humanité. Voyez comment se trame le fil conducteur qui relie notre réalité néolibérale avec celle des juifs français de la période noire d'occupation déchus rétroactivement de leur nationalité sur plusieurs générations. Hier les convois de train pour acheminer, aujourd'hui des règlements à l'échelle européenne pour organiser ce que l'on nomme « reconduite » comme une pudeur indécente. Quand on a de la réalité plein la bouche, il est important que les mots ne manquent pas à leur fonction de désignation adéquate des choses sans la honte d'exprimer clairement le mot qui convient à chaque cas d'espèce. Et demain, irons-nous jusqu'à abandonner les sans-papiers comme les autorités marocaines ont abandonné des dizaines d’immigrés africains en plein désert du Sahara Occidental ? Nous perdrions toute crédibilité. La France serait traînée dans la boue du macadam et notre résistance à la mondialisation néolibérale deviendrait inutile et indécente.

Pour toutes ces raisons, dans la plus parfaite légalité, DEmos lance un appel à la désobéissance civique en attendant de prôner s'il le fallait, la résistance par tout moyen. En effet, si la désobéissance civique suppose l'action non violente, la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, seule norme positive que nous revendiquons en l'état, ne le précise pas. Résistons sans violence en commençant par signer la pétition du Réseau éducation sans frontières (RESF). Cette pétition s'intitule «Nous les prenons sous notre protection». Elle émane d'enseignants, de parents d'élèves et de lycéens qui appellent «tous ceux qui se sentent concernés par la défense des droits de l'homme» à «s'opposer aux expulsions massives de jeunes et de familles entières».

                    http://www.educationsansfrontieres.org/article.php3?id_article=24

Aujourd'hui, les néolibéraux soutenus par les médias tentent de nous convaincre de voter pour l'extrême droite en 2007, ils ne le disent pas comme ça, ils disent : devant ce désastre politique la tentation des extrêmes est très fortes. Mais ils disent cela parce qu'ils méprisent le Peuple. Ils veulent faire croire au Peuple qu'il n'est pas capable de prendre son destin en main en votant pour la ruine universelle. Ils se trompent encore comme ils se trompent en imaginant que nous les laisserons commettre un tel crime ...

1. Samedi 13 mai 2006
2.
Le droit positif, c'est l'ensemble des normes juridiques en vigueur dans l'espace, dans l'instant,  toutes sources confondues.
http://www.ldh-toulon.net/article.php3?id_article=273
4.
http://www.ldh-toulon.net/article.php3?id_article=328.

 

Publié par demos à 13:06:37 dans L'autoritarisme néolibéral. | Commentaires (8) |

Avant que le coq ne chante | 09 mai 2006

Mes chers amis, avant que le coq ne chante, nous nous serons parjuré trois fois. Car dans ce pays, tout est fait pour stigmatiser le clandestin auprès de l'opinion publique. On le traite pire qu'un vulgaire criminel, quoiqu'un détenu dispose, lui, de garanties, fort heureusement; et qu'un assassin a droit à un défenseur. Tandis que le clandestin, sur lequel la gente honnête ne jette pas même un regard de pitié supérieur, lui, est dépouillé de ses droits, déshumanisé. Désormais, le langage des politiques s'exécute aux ordres de guerre, et c'est à la lutte contre « le fléau de l'immigration clandestine » que nos élus préparent l'avenir de la France et celle de nos enfants. Beau projet ! Belle perspective ! Le top ! Dorénavant, les projets « ambitieux » du pourri Sarko, consistent à établir des quotats sans les nommer, à fixer, à court ou moyen terme, ses objectifs chiffrés d'expulsables, et nous, de l'écouter comme si l'on parlait de bétail, de troupeaux, en oubliant qu'il s'agit bien d'êtres humains. Mais en les oubliant; nous nous oublions nous même; oubliant que nous parlons d'individus jouissant de la personnalité juridique, et lentement, nous tissons un fil commun entre notre vision des clandestins, et le regard jeté par l'entre-deux guerre sur tous les juifs d'Europe. Nous perdons de vue l'absolue des droits de l'Homme. Nous trahisons notre Révolution, nous trahissons la Déclaration des droits de l 'Homme dans ce quelle a d'unique, dans ce qui fait sa particularité : son Universalité. Ainsi, nous nous parjurons une première fois.

De quel droit traiter la clandestinité comme un agissement criminel ? Je m'y oppose de toutes mes forces et je m'y opposerai toute ma vie. Est-ce la Justice qui décrète de préjuger criminel l'espoir, la contrainte de la nécessité vitale et le plus incroyable à tenter pour la survie et la protection de sa famille ? Je suis persuadé qu'il n'en est rien. Le droit le dit, parce que le droit dit ce qu'on lui dit de dire; mais la Justice sûrement pas. La Justice condamne une telle ignominie. La Justice est absolue. Et que dire de la multiplication et de l'aggravation alarmante des atteintes aux droits les plus élémentaires des sans-papiers dans notre pays; jusqu'à encourager la délation. Sommes-nous tombés à ce point au fond du caniveau pour honorer les délateurs ? Allons ! Croyez-vous qu'en liquidant les droits des immigrés et des sans-papiers, nous sauverons ce qui reste de nos acquis, pauvre épave qui résiste péniblement aux rouleaux de la mondialisation néolibérale? Si tel était le cas, ce serait un parjure, il nous affaiblirait parce que l'injustice affaiblit plus l'injuste que sa victime, et nous perdrions de tous les côtés.

Les néolibéraux déplorent une France qu'ils jugent racornie, une France qui se refermerait sur elle-même au lieu de s'ouvrir à la mondialisation en se réformant.. Balivernes ! Quand il s'agit d'ouvrir béantes nos frontières aux prédateurs maffieux, aux escrocs qui sévissent sur les marchés financiers, à toutes sortes d'entités commerciales qui accaparent les profits sans les redistribuer comme la règle du jeu capitaliste le présuppose; les néolibéraux applaudissent en exigeant davantage. Mais quand il s'agit d'hommes, de solidarité, de fraternité, de justice; les néolibéraux ne s'offusquent nullement de barricader la France, d'ériger un mur de contraintes, invisible mais réel, pour violer, pour piétiné le droit à la vie et bafouer notre culture d'asile historique sans autres explications qu'un déterminisme économique affligeant. Et d'entre-bailler les portes de notre pays à ceux qui sont utiles. Attendez de voir demain, après l'immigré inutile, le français inefficace dépouillé, lui aussi, de ses droits naturels. D'ailleurs, n'est ce pas déjà le cas ?. Comprenez que l'inutile est celui qui ne rapporte rien à la cupidité de cette économie de guerre que rien n'oblige d'accepter sinon l'épouvantail de la ruine totale brandît comme une apocalypse pentecotiste qui terrorise tout le monde.  « Si la Justice n'était qu'un courant d'utilité, il pourrait être juste, pour le bonheur de presque tous, de sacrifier les pays pauvres, d'en sacrifier quelques-uns sans leur accord et fussent-ils parfaitement innocents et sans défense. Or, c'est ce que la justice interdit. S'il fallait, pour sauver l'humanité, condamner un innocent faudrait-il s'y résigner ? Non pas, répondent Kant, mais aussi Dostoïevski, Bergson, Camus. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, ou plutôt ce serait pas un jeu mais une ignominie. L'utilitarisme touche ici sa limite » (1).  Au nom de quoi devrions-nous sacrifier la Justice puisque sans elle il n'y aurait ni légitimité, ni illégitimité. Rien ne vaudrait absolument, pas même l'amour. Sans la Justice, sans elle, le monde ne peut pas exister absolument. Il n'aurait aucun sens. Or, dans l'indifférence générale, l'Assemblée nationale codifie le plus naturellement du monde la xénophobie comme les étasuniens ont naturellement codifié la torture, mais en faisant de notre pays et de son peuple les complices d'une législation au service de la barbarie. Ainsi, nous nous parjurons une seconde fois.

J'aime à penser que la France s'est enorgueillie, malgré la sape néolibérale, d'avoir su résister au CPE, cette régression sociale intolérable que les autres pays n'ont pas pu éviter,(ou n'ont pas voulu éviter que nous importe...) et se déshonore, au contraire, en donnant le spectacle affligeant d'une société qui tombe le masque de l'égoïsme contre une promesse de futur meilleur que les néolibéraux n'ont pas même l'audace de lui faire.Quant à ceux qui viendront offrir le troisième baiser, le dernier parjure, il n'y a pas loin de penser qu'ils seront étiquetés socialistes. Ceux qui se prétendent socialistes mais qui valent à la fidélité socialiste ceux que mon chien m'est fidèle à travers son écuelle quotidienne; ils seraient bien capable d'oublier de saisir le Conseil constitutionnel. 60 députés suffiraient, peut-être, pour sauver l'honneur de la France, de son Assemblée nationale et de ses petits commerçants mesquins. Prenons-garde que demain, l'on décide de crucifier fièrement et sans complexe sur les portes de nos entreprises une pancarte où serait inscrits « Arbeit macht frei » ...

1) le passage entre guillemets est du philophophe André Comte-Sponville.

Publié par demos à 23:03:33 dans L'autoritarisme néolibéral. | Commentaires (0) |

Creer des liens | 07 mai 2006

 

Mes chers amis, le projet de loi sur « l'immigration choisie » discuté à l'Assemblée nationale est-il susceptible d'apporter quelques solutions à la question de l'immigration clandestine ? Une réponse négative s'impose. Cette loi va causer une augmentation du nombre de clandestins dans notre pays. Les conséquences de cette législation sont d'une telle évidence, qu'on peut se demander légitimement si le but poursuivi par les néolibéraux n'est pas, précisément, de générer et de favoriser l'immigration clandestine. Car partout dans le monde, là où règne le carcan de l'économie néolibérale, on retrouve le même projet. Voyez les USA; pays de répression, pays de délateurs, où l'on condamne à vie les malades mentaux, où se cache un flic derrière chaque église et autant d'armuriers que de Mac Do; eh bien, dans ce pays de justiciers, il y aurait 32 millions de clandestins ! Certes, il y a la géographie, le pays est riche - quoique ses habitants pitoyables à tout point de vue - il est normal qu'il attire ses voisins pauvres du Sud. ... Mais ces millions de clandestins travaillent pour des cacahouètes, ils sont embauchés sur le trottoir, au vu et au su de tout le monde, y compris des autorités, ils n'ont pratiquement aucun droit sinon celui d'être expulsable, ils ne se plaignent pas et pour cause, c'est une population fragilisée, une aubaine pour les besoins de l'économie cupide de ce pays.

Comprenez, mes chers amis, qu'une stratégie néolibérale oeuvre depuis 30 ans et atteint tranquillement ses objectifs parce que nous tardons à prendre collectivement conscience de sa pernicieusité. Le projet de loi d'immigration par le travail s'inscrit dans cette stratégie. Il s'ajoute au projet de Feu la constitution européenne, à l'instauration du CNE, au mort-né CPE, au désastre extravagant de nos hommes politique .. bref c'est toujours le même schéma au service d'un idéal capitaliste qui vire à l'utopie. La mondialisation néolibérale présente l'état comme un ennemi du peuple, et c'est un mensonge éhonté . Grâce aux institutions internationales qu'ils contrôlent, les néolibéraux élaborent des règlements à l'échelle de la planète qui finissent par affaiblir dangereusement la puissance publique (je pense à la libre-concurrence par exemple). Ces législations s'imposent et favorisent le désengagement de l'Etat aux profits d'entités privées cotées sur les plus grands marchés boursiers, dirigées par une poignée de familles détenant une majorité de contrôle sur des millions d'actionnaires, et qui n'ont, de surcroît, aucune religion, aucun pays, aucune éthique. Mais en s'attaquant à l'Etat, le néolibéralisme s'attaque aussi à la démocratie car il vise l'individu à travers la ruine universelle du pouvoir régulateur de la volonté générale. Il n'agit pas seulement sur son statut de salarié, il s'attaque à ses droits fondamentaux, il ébranle son universalité et l'universalisme des droits de l'Homme. C'est la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen qui est ainsi jetée au pilon; qu'on ne s'y trompe pas.

Mes chers amis, l'objectif de la pensée néolibérale est d'isoler l'humanité, de dépouiller l'individu de ses droits, de mater ses revendications, de refréner ses passions et ses enthousiasmes. Le but est d'opposer les intérêts de chacun avec l'espoir de créer un conflit pour mieux fragiliser. Tout cela à dessein de mettre l'individu au service d'une poignée de capitalistes cupides et déresponsabilisés. Voyez comment se met en place insidieusement au plan économique un libéralisme effréné, et au plan politique l'instauration d'un véritable Etat policier.Voyez comment le néolibéralisme a ruiné l'idéal européen, comment il défraternise les continents partout dans le monde, comment il criminalise le clandestin et culpabilise l'immigré comment il fonctionne constamment en désunissant.

En s'attaquant à l'immigré, mes chers amis, les néolibéraux s'attaquent aux Français comme le CPE s'attaquait aux jeunes parce que le statut de non-droit du clandestin est cet idéal de précarité vanté par la pensée néolibérale. Parce que l'immigration clandestine ne doit pas être un laboratoire du néolibéralisme. Nous devrions y penser et nous mobiliser pour faire échouer ce projet misérabiliste. Un projet qui comme pour le CPE ne pourrait pas voir le jour si nous prenions collectivement conscience du danger qu'il représente pour notre société.

 

Publié par demos à 22:03:06 dans L'autoritarisme néolibéral. | Commentaires (0) |

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