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Demos, le blog...

Le modèle Français en danger

Considérations sur le CPE | 02 février 2006

Mes chers amis, je ne veux pas écrire sur la notion de contrat comme un pouacre de juriste le ferait à peu près aussi bien que moi, s'il s'agissait seulement de lui donner une définition, à faire du par coeur sans aucune réflexion de philosophie juridique, flanchard de ce qu'il est censé défendre face à la cupidité des fous furieux qui nous gouvernent comme le font actuellement les avocats et autres complices d'un système en pleine déconfiture...
Je souhaite évoquer l'utilité du contrat pour mettre en lumière les dangers du CPE, sans douter de la vérité de notre modèle unique, avec la considération que j'aie à l'égard de notre système de société comme si l'on pouvait parler de civilisation là où la démocratie fait défaut...
A quoi sert le contrat ...?
Pourquoi est il si important dans une démocratie?



1. Mes chers amis, parmi les raisons pour lesquelles la philosophie s'est emparée dès le XVIIème siècle de la notion de contrat, il en est une essentielle qui nous interesse au plus haut point dès qu'il s'agit de jeter un regard critique sur le CPE.
Le contrat contient, en effet, l'idée d'une obligation, le plus souvent une obligation réciproque, mais toujours, une obligation que l'on se fait à soi-même, comme celle de tenir une promesse ou de s'engager à donner quelque chose à quelqu'un.
La pratique du contrat, par conséquent, implique et favorise la prise de conscience de l'individualisme, de l'Homme en tant que sujet de droit libre de ses engagements.
C'est Rousseau qui l'écrit, c'est aussi ce demi-bête de Hobbes, et c'est toute la philosophie qui a embrassé cette conception, surtout la pensée libérale.
L'obligation contractuelle est la conception moderne de la liberté car c'est par le contrat que le siècle des Lumières a inventé l'outil par excellence de reconnaissance de l'individu.
Non mes chers amis, la communauté des citoyens n'est pas naturelle; elle n'est pas la réalité première; ce qui est premier, au contraire, c'est l'individu.
On est Homme avant d'être un citoyen ... Aristote s'est encore trompé...
Comprenez mes chers amis, qu'il n'y a pas de contrat dans les communautés primitives, là où l'individu n'a pas d'existence en dehors d'un groupe structuré en ordres ou en castes qui lui assigne la place à laquelle il doit se tenir dans les rapports juridiques qu'il entretient avec les tiers.
L'utilité du contrat, par conséquent, est bien qu'il rend les hommes libres en favorisant l'exercice de leur liberté.
Je peux contracter, donc je suis libre ... Fort bien...



Libre certes, mais à condition de me tenir dans un rapport contractuel, car un contrat ne peut pas tout légitimer. Rousseau a bien montré les limites de ce qui pouvait faire l'objet d'un contrat.
L'exemple emblématique est bien le contrat par lequel on se donnerait tout entier à un maître, aliénant ainsi une liberté que la convention est elle-même censée protéger ou plutôt exprimer...
Vous devez vous convaincre, mes chers amis, qu'il y aura toujours une énorme différence entre l'esclave antique et l'ouvrier moderne même si les tâches effectuées sont aussi pénibles, aussi socialement dévalorisantes pour ceux qui les exécutent car l'ouvrier moderne n'est pas attaché à un maître pouvant tout exiger de lui...
Dans le cadre du CPE, l'employeur ne pourra certes pas tout exiger du salarié et la question n'est pas là; mais il pourra à tout moment pendant l'exécution de la convention décider unilatéralement de reconsidérer sa contre-partie pour jauger si elle valait la peine...
Est ce que ça valait le coup?
Est ce que ça vaut le coup le labeur d'un jeune?
Est ce que ça vaut le coup de s'engager ... de tenir sa parôle fusse dans un rapport contractuel ...?
Voilà l'état de bassesse où le néolibéralisme réduit notre civilisation car une valeur sur laquelle assurément nous pouvons tous nous fédérer; c'est qu'un contrat est un contrat, une parole est une parole ou bien notre société est en pleine déconfiture....



Il va de soit qu'il ne s'agit en aucun cas d'ignorer le principe de droit selon lequel l'on ne peut pas s'engager "vitae eternum"  fusse dans un contrat de travail, là encore, ce n'est pas la question; mais de dénoncer un « contrat » dans lequel l'obligation principale de l'employeur est vidée de sa substance.
L'un s'engage avec une proportion à s'engager plus, l'autre s'engage avec une proportion à s'engager moins.
L'un est stable, l'autre et interchangeable...
Insécurité juridique; aujourd'hui  "précarité"», (1)aux siècles des Lumières ce qu'appelait Rousseau « un faux-contrat » impliquant un faux sujet libre de droit, des relations faussées, une chimère d'obligation, le contrat disparaissant face à l'insécurité juridique comme dans l'état de nature.
Nous reculons jusqu'à Aristote mes cher amis, c'est une régression inimaginable....



2. La seconde utilité du contrat est proprement française.
C'est une conception que les néolibéraux qualifient sournoisement de communiste, d'étatisme envahissant ou de gauchisme démagogue; que l'on appelle socialisme aujourd'hui, mais qui existait déjà dans le Droit romain; qui existera toujours parce qu'il y a Aristote et Platon point final...
On trouve une excellente illustration de cette utilitarisme du contrat dans l'ouvrage de J. Rawls, un philosophe étasunien qui a proprement copié le modèle de jurisprudence des Cours suprêmes françaises, pour en faire le centre de sa « théorie de la justice contractuelle ».
Il ne s'agit pas comme avec Rousseau de concevoir le contrat sous l'angle d'une reflexion sur la souveraineté et le pouvoir politique, mais sur une pratique de société juste.
Cette conception du contrat considère que la justice est la première vertu des institutions sociales, et par conséquent, qu'une société juste devrait reposer sur des concepts approuvés à l'hunanimité, des valeurs fondamentales qui nous fédèreraient sans exception.(2)
Cela revient à dire que la société juste repose sur un contrat ou un consentement de ses membres.
Ainsi, la répartition de l'extraordinaire production de richesses de nos sociétés modernes, incomparable dans toute l'histoire de l'humanité, doit être telle qu'elle puisse entrainer la coopération de tous, volontairement, sans containte, y compris des défarovisés.



Mes chers mais, le contrat sert aussi à réaliser le plus beau des projet humain : la Justice...
La théorie de la « justice contractuelle » n'a rien de comparable au communisme puisque l'un consiste à charger l'Etat tout puissant de répartir les richesses (de façon forcement injuste au demeurant); l'autre agit entre les liens contractuels des individus afin de rendre plausible et concret le concept de Justice.
Le concept c'est la Justice; le contrat est son outil; l'un est du domaine de la philosophie, l'autre de la politique; l'un réfléchit, l'autre agit.
Voilà le mouvement que nous devons promouvoir au contraire des néolibéraux qui reculent...
C'est bien parce que le contrat est le modèle idéal de Justice que les néolibéraux tentent de saper ses fondements, qu'ils cherchent à lui ôter toute valeur dans les rapports entres individus; sachant parfaitement que sans contrat, nous sommes isolés et vulnérables; sans la sécurité juridique que nous assure le contrat, nous ne sommes plus des hommes libres.



Il ne faut pas livrer le contrat aux néolibéraux, mes chers amis, parce si l'on peut encore douter d'en avoir définitivement fini avec le despotisme politique, restons convaincus que nous n'en avons pas encore fini avec l'injustice...



“la vie, la santé, l'amour sont précaires donc... Pourquoi le travail ne le serait-il pas ?”
L.Parisot, MEDEF, 09/2005



 

Publié par demos à 17:05:54 dans DOSSIER ARCHIVES CPE | Commentaires (98) |