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Voilà donc l'école une nouvelle fois otage de la polémique
politique et de l'implacable guérilla à laquelle se livrent le premier ministre
et son ministre de l'intérieur dix-huit mois avant l'élection présidentielle de
2007. Décidé à répondre à la crise des banlieues en s'attaquant, notamment, aux
inégalités scolaires dont souffrent les jeunes des quartiers en difficulté,
Dominique de Villepin entend, en effet, engager une vaste réforme de l'éducation.
Après avoir rouvert, à la hussarde, le chantier de l'apprentissage, il a posé,
mardi 29 novembre, la question des zones d'éducation prioritaires (ZEP) en
assurant qu'il "faut faire plus et mieux" en leur faveur.
Mais vingt-quatre heures plus tard, sans attendre que le chef du
gouvernement détaille ses intentions, Nicolas Sarkozy s'est à son tour emparé
du sujet. Avec son sens habituel de la provocation, il a assuré qu'il faut "déposer
le bilan des ZEP", puisque "cette politique a échoué".
Et d'enfoncer le clou en assurant que l'effort engagé depuis une vingtaine
d'années en faveur des écoles, collèges et lycées des quartiers difficiles "est
très en deçà de nos besoins", qu'il ne représente qu'une part
dérisoire du budget de l'éducation nationale, enfin qu'il faut "prendre
au mot la loi Jospin de 1989, c'est-à-dire mettre effectivement les élèves au
centre du dispositif", une loi que le gouvernement Raffarin s'était
pourtant employé à abroger.
Or l'avenir de l'école mérite mieux que cette nouvelle empoignade entre les
deux ténors de la droite. Ce n'est un mystère pour personne que la politique
des ZEP l'une des premières politiques publiques fondées sur le principe de
la discrimination positive, cher au ministre de l'intérieur n'a pas eu les
moyens de ses ambitions initiales et qu'elle n'a que marginalement renforcé
l'égalité des chances. Mais la bonne foi devrait conduire les responsables
politiques à reconnaître qu'elle a suscité un engagement et un travail souvent
remarquables des enseignants et des établissements concernés. Sans les ZEP, à
l'évidence, la fracture scolaire se serait creusée encore plus gravement.
Ce n'est donc pas en cassant les outils, même modestes, mis en place depuis
vingt ans, ce n'est pas en décourageant les efforts, parfois vains, entrepris
sur le terrain, ce n'est pas en s'enfermant dans une approche exclusivement
individuelle de la réussite et de l'échec scolaires que l'on pourra commencer à
résoudre le problème. L'inégalité devant l'école est, à la fois, le prélude et
la conséquence des inégalités sociales et territoriales. L'enjeu, pour les
présidentiables que sont Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, devrait être
de proposer un projet éducatif digne d'un projet de société. Et d'en fixer les
moyens. C'est sur ce terrain qu'on les attend et, à ce jour, ils en sont loin.
LE MONDE | 01.12.05 |
15h27
Publié par Lourme à 16:33:11 dans Textes Adonis | Commentaires (0) | Permaliens
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