Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Outils de travail

méthode - conseils - textes - corrections

Novembre

DiLuMaMeJeVeSa
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930     

Glossaire

Rechercher

Compteur

Depuis le 11-11-2005 :
37756 visiteurs
Depuis le début du mois :
594 visiteurs
Billets :
17 billets

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03

<< Les enfants d'immigrés | tyrannie du nouvel ordre sexuel | thèmes sanitaires et sociaux >>

tyrannie du nouvel ordre sexuel | 14 novembre 2005

La tyrannie du nouvel ordre sexuel

 

 

Lors de récents procès de mineurs impliqués pour des viols collectifs, les confrontations entre victimes et accusés ont montré qu'outre l'effet d'entraînement du groupe, la représentation de la sexualité dans les films pornographiques avait biaisé leur perception de la sexualité. Pourtant, il y a toujours négation de l'influence qu'un tel étalage et matraquage audiovisuel peuvent avoir sur les individus, et en particulier sur des enfants et des adolescents. Deux journalistes branchées du Québec, Collard et Navarro, soutiennent que « personne ne peut faire la preuve de liens entre la violence et la pornographie » (12) et s'opposent en conséquence aux féministes dites orthodoxes qui affirment que la pornographie constitue une atteinte aux droits des femmes, aussi bien que « la déshumanisation, l'exploitation sexuelle, la prostitution et la violence physique ». D'autres soutiennent même que la pornographie n'a qu'un effet aphrodisiaque : elle alimenterait les fantasmes de personnes - surtout les mâles - qui aiment se masturber. Enfin, pour certains, la pornographie n'aurait que des effets bénéfiques : elle servirait à protéger les femmes des agressions sexuelles mâles et, même, permettrait une plus grande harmonie sexuelle dans le couple ! À l'évidence, les analyses sur la pornographie et ses effets sont éminemment contradictoires. Qu'en est-il réellement après plus de trente ans de libéralisation pornographique ?

À la fin des années soixante, des commissions d'enquête gouvernementales sur la pornographie et l'obscénité ont conclu que la pornographie était inoffensive. Elles n'ont trouvé aucune preuve à l'effet que l'exposition à du matériel sexuel explicite jouait un rôle significatif pour provoquer des comportements criminels. Le rapport de la Commission présidentielle américaine sur l'obscénité et la pornographie (1971) est encore considéré comme l'une des références fiables sur la question relative à l'absence de conséquences néfastes dues à la consommation de pornographie. (...)

Seule une minorité de psychologues prétend que la pornographie mène à la violence sexuelle. L'idée que la pornographie affaiblit les inhibitions masculines face à la violence sexuelle et que la pornographie conditionne l'orgasme masculin est au cœur de certaines analyses sur les liens entre la consommation de pornographie et le viol. Les psychologues qui sont persuadés de l'existence d'un rapport entre la pornographie et la violence sexuelle s'appuient, entre autres, sur ce qu'ils appellent les réactions positives des victimes dans la pornographie. Selon cette perspective, puisque la pornographie met en scène des femmes qui semblent aimer vivre une situation dégradante et subir la violence et la domination sexuelles, les hommes finissent par croire que les femmes aiment la domination et la violence sexuelles. En conséquence, des hommes agissent violemment pendant des rencontres sexuelles.

Au cours des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, des psychologues, lors d'expériences en laboratoire, ont montré que la consommation de pornographie banalisait, chez les sujets exposés, le viol et stimulait l'agression. D'autres recherches en laboratoire ont conclu que la pornographie, dans certaines circonstances, peut créer des effets spécifiques chez les hommes : on a constaté, entre autres, un renforcement de la croyance que les femmes sont insignifiantes et sans valeur, une acceptation plus importante des mythes du viol ; on a assisté également à une augmentation du nombre d'hommes qui pensaient pouvoir commettre un viol dans certaines circonstances. Bref, même si ces recherches ne prouvent pas que la pornographie cause le viol ou que la pornographie n'a aucun rôle dans la violence sexuelle, une bonne partie des études conclut que la pornographie crée des changements d'attitude chez des hommes qui en consomment. (...)

Des études hors laboratoire ont tenté de mesurer la corrélation entre le taux de violence sexuelle dans des villes et la consommation de pornographie. Certaines enquêtes n'ont trouvé aucune différence significative dans les taux de violence sexuelle avant et après la légalisation de la pornographie. Ces mêmes études ont constaté que, dans des villes où la pornographie semble être liée à de hauts taux de violence sexuelle, il existe d'autres facteurs, comme celui de l'hypermasculinité, qui expliquerait à la fois les nombreux crimes sexuels et le haut taux de consommation de la pornographie. L'univers idéologique masculin dans la pornographie est régi par le concept de virilité. Ce concept renvoie à ceux de puissance sexuelle et de réussite sociale, de possession et de domination. Pour posséder et dominer les femmes, pour prouver leur virilité, des hommes violent. Hypermasculinité, virilité, puissance et domination sexuelle sont des questions étroitement liées dans la pornographie. Comment séparer l'une de l'autre et expliquer l'une par l'autre ? Ces questions doivent être considérées comme un ensemble, comme une constellation de facteurs explicatifs de comportements sexuels pouvant mener à la violence.

Un certain nombre de recherches ont porté sur les attitudes et les pratiques de contrevenants sexuels comparées à celles d'hommes non-contrevenants. Il semble que les prédateurs sexuels n'ont pas eu plus tôt que les hommes en général ni de façon anormale des expériences avec la pornographie. La différence entre les deux populations tiendrait au fait que les hommes reconnus coupables de viol aiment à la fois les images de relations sexuelles consenties et non consenties, comparativement aux autres hommes qui préfèrent surtout les images où il y a consentement. Selon Winick et Evans (1996), les contrevenants sexuels sont plus enclins à aimer la pornographie violente que la pornographie non violente. Des recherches ont également montré que plus de violeurs ont consommé de plus grandes quantités de pornographie que l'échantillon d'hommes non-contrevenants et qu'après consommation de pornographie violente, ils ont senti un plus grand désir de réaliser les scènes vues.

La conclusion qui résulte de ces dernières études sur les consommateurs est que la pornographie n'aurait aucun effet sérieux et durable sur la population masculine générale ; elle n'aurait d'effets que sur des hommes particuliers, à savoir des hommes enclins à la violence sexuelle, des hommes souffrant d'hypermasculinité.

Mais si l'on change la perspective de recherche et on s'intéresse aux personnes qui subissent la violence sexuelle, alors là les résultats révèlent une autre réalité.

Une enquête réalisée à San Francisco, en 1978, estimait que 10 % des femmes avaient été « indisposées par des hommes qui, ayant lu quelque chose dans un médium pornographique, ont essayé de les amener à faire ce qu'ils avaient vu » (Russell, 1983 : 256-260). Ce pourcentage est une estimation minimale puisque de très nombreuses femmes peuvent ignorer que leur partenaire consomme de la pornographie. Ce pourcentage augmente de façon importante (à 74 %) quand les femmes échantillonnées ont été victimes de viol. Selon une enquête de Bergen et de Bogle (2000), 32 % des femmes victimes de viols enregistrés à la police ont été obligées par leurs abuseurs de poser à des fins pornographiques. Dans une étude de Cramer, McFarlane, Parker, Soeken, Silva et Reel (1998), 24 % des prostituées qui ont été violées ont fait mention de l'utilisation par leur assaillant de pornographie au cours de l'assaut. L'enquête du Centre-Femmes de Beauce, La pornographie n'est pas sans conséquences, révèle que 13 % des femmes ont subi des pressions de la part de leur conjoint et 8 % ont posé des gestes contre leur gré ou qui les ont rendues mal à l'aise en rapport avec la pornographie. Une étude californienne a révélé que 57 % des délinquants sexuels interrogés ont pratiqué sur leurs victimes des actes vus dans des films pornographiques. Enfin, en France, l'anthropologue Daniel Welzer-Lang (1988) a tiré des conclusions similaires à la suite de son enquête auprès d'hommes accusés de viol.

Selon une étude de Farley et de Barkan (1998) 64 des 130 prostituées interrogées (49,2 %) ont participé à une production pornographique et 42 (32,3 %) ont subi une ou plusieurs tentatives de clients de les contraindre à reproduire ce qu'ils avaient vu dans la pornographie. Quelque 56 % des prostituées interrogées en Afrique du Sud, 48 % en Thaïlande et 47 % en Zambie ont également subi des tentatives de contrainte dans le but de reproduire des scènes pornographiques prisées par les clients, 38 % des 200 prostituées interviewées ont été l'objet d'une utilisation pornographique dans leur enfance. Dans l'étude de Weisberg (1985), c'était également le cas de 27 % des adolescents mâles. (...)

 

L'étalement pornographique

 

Il y a trente ans, il était peut-être possible de ne pas subir l'imagerie pornographique ; aujourd'hui cela semble impossible. Radio, clips, bande dessinée, télé, Internet montrent le corps, le sexe et la jouissance. Cet empire des images régit les représentations. Un adolescent a, aujourd'hui, accès à tout le visuel accessible. Cela nourrit son imaginaire, avant même son entrée dans l'âge de la sexualité.

Non seulement le capitalisme libéral est-il devenu un nouveau régime libidinal faisant la promotion d'un nouvel imaginaire sexuel, basé sur l'érotisation outrancière et la consommation sexuelle, mais il y a un nouveau régime des images. Ce régime d'images, fixes ou animées, s'avère de plus en plus dégradant, extrême et violent tant psychiquement que physiquement : les gens qui produisent des films pornographiques ont déjà tout montré. Qu'est ce qu'il leur reste à montrer ? Des femmes prises par trois hommes, puis quatre, puis cinq, puis jusqu'à six en même temps ! Des gang bang où des dizaines, voire des centaines d'hommes pénètrent de toutes les façons possibles une femme et éjaculent sur elle, de préférence sur sa figure (13). La pornographie déréalise les atrocités qu'elle engendre.

Ce nouvel ordre sexuel traduit, à l'aube du XXIe siècle, les paradoxes d'une libération sexuelle des plus équivoques. Si les scènes de nudité et d'accouplements sexuels envahissent les moyens de communication, de toute évidence, ces images ne participent pas à une libération sexuelle, mais plutôt à l'enfermement de la sexualité dans des rapports de sujétion. Pour Tony Anatrella, « [l] a révolution sexuelle n'a pas eu lieu dans le sens d'un plus grande qualité dans les relations entre les hommes et les femmes : elle a surtout libéré la sexualité infantile, celle des pulsions partielles - l'exhibitionnisme, le voyeurisme, le masochisme, le sadisme, [...] ».

La pornographie est une industrie à la poursuite de fantasmes et de névroses. La pornographie ne dérange pas l'ordre social, elle ne fait que le renforcer ; elle intensifie plus particulièrement l'ordre marchand et l'ordre sexiste. Elle est un facteur de renforcement de l'homogénéité sociale. Aussi longtemps que l'ordre marchand et sexuel sera florissant, des trafiquants en tout genre s'ingénieront à l'alimenter de chair fraîche, car là où il y a d'énormes bénéfices disparaissent les sentiments humains. La métamorphose des fantasmes sexuels en transactions commerciales ne laisse pas de place à la philanthropie.

 

 

Richard Poulin, sociologue à l'université d'Ottawa, article paru dans Sisyphe, décembre 2003

Publié par Lourme à 10:46:49 dans Textes Adonis | Commentaires (0) |

Ajouter un commentaire

Nom :
Email :
Url :
Sujet :
Texte :
Code :
si vous n'arrivez pas à voir le code Cliquez ici