Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Au détour d'une célèbre avenue, c'est le choc …
Le choc d'une photo aussi monstrueuse par ses dimensions… que par son esthétisme.
Pourquoi cette actrice se donne-t-elle des allures de King Kong dans notre paysage urbain ? …
Pour les besoins de la sacro-sainte "Pub", … bien sûr. Mais ici, cette ambassadrice d'une marque de cosmétiques semble véritablement hanter la ville … tel le célèbre gorille.
Laissons finalement, la belle et la bête au rayon des horreurs … urbaines !
>> Voir l'animal monstrueux, dans le même registre …
Publié par barreteau à 09:04:09 dans Hommes et Métiers | Commentaires (0) | Permaliens
Pour les photographes parisiens, la rue du Javelot serait-elle devenue "la nouvelle rue Watt" ?
Peut-être bien, car on y retrouve l'atmosphère particulière des rues sous-terraines, à la fois glauques mais envoûtantes, effrayantes mais terriblement esthétiques.
La rue du Javelot est une vraie rue de la ville de Paris. Souterraine, ses entrées ressemblent plutôt à des entrées de parkings, l'éclairage y est médiocre... et partout fleurissent des panneaux de stationnement interdit, avec l'immanquable pictogramme signalant l'enlèvement du véhicule en cas d'infraction.
Dans cette rue, beaucoup de petites choses qui seraient, ailleurs, sans importance deviennent ici complètement hallucinantes. Ainsi, vous y rencontrez des gens qui préfèrent faire leur jogging dans ce lieu clos et sinistre plutôt que dans le parc de Choisy à seulement quelques minutes de là, ou des amoureux qui passent leurs après-midi dans ce souterrain, à coté des poubelles …
Les enseignes des boutiques ressemblent peu à celles d'une rue commerçante, et pourtant, contrairement aux apparences, la rue du Javelot est une rue commerçante, et même très commerçante. Seulement ici, les commerces n'ont pas conquis le droit à des vitrines, à des néons, à de pimpantes couleurs … Rien n'est fait pour inciter le client à pousser la porte …
Ainsi, au 44, c'est le "Sieu-Thi Viet Nam", l'entrée d'un supermarché vietnamien, sa porte en tôle ondulée n'encourage pas à venir y faire ses courses.
Puis, au 58, c'est "Pasta et Basta", un restaurant italien sans doute caché derrière une porte au fond d'un sas faïencé; mais là non plus, on n'a pas très envie de s'attarder.
Plus loin, deux portes: l'une pour l'escalier, l'autre pour l'ascenseur, à moitié dissimulées derrière des containers-poubelle : c'est l'entrée du "47, rue du Javelot, 75013 Paris". Tout près, une boîte à lettre pour cette adresse improbable, située au milieu de nulle part …
Enfin, au 42, l'atmosphère ne semble pas très saine non plus, c'est pourtant l'adresse de la crèche collective. Mais elle est en travaux de déconstruction et de désamiantage !
Certaines démarches d'urbanistes érigent parfois la modernité en absurdité la plus totale …
Si vous n'en n'êtes pas convaincus, allez donc faire un tour rue du Javelot.
>> Voir aussi : "Dalle ou dédale des Olympiades ?"
Publié par barreteau à 10:45:15 dans 75013 | Commentaires (1) | Permaliens
Photos:
1. Bernard quitte définitivement son atelier.
2. Rue des Partants, béance des terrains vagues et commerces fermés.
3. L'Atelier de Bernard, luthier, 26 rue des Partants Paris 20ème(1996).
Aujourd'hui, Bernard quitte son atelier, le cœur lourd.
Ce soir est le dernier soir … c'est le "clap" de fin.
Demain il reviendra, mais ce sera uniquement pour terminer le déménagement de son atelier. Et il n'y aura plus de luthier, rue des Partants.
Bernard était "théoriquement" expulsé depuis déjà deux ans. Il savait bien que ce jour finirait par arriver … Il savait bien que le quartier était condamné, que son atelier allait être rasé, comme tout le côté pair de la rue Gasnier-Guy et de la rue des Partants.
Aujourd'hui, ce jour est arrivé, et cela fait encore plus mal qu'il aurait pu le croire.
Pourtant longtemps, avec ses voisins, il a lutté pour repousser l'échéance. Il a adhéré à plusieurs associations de défense : celle du quartier des Amandiers dans les années 70, celle de la rue des Mûriers dans les années 80, puis enfin celle de la rue des Partants dans les années 90 … Mais, au bout du compte tout cela a été vain, le résultat a toujours été le même : inéluctablement les bulldozers ont toujours eu raison des immeubles et … des associations de défense du quartier.
Alors aujourd'hui, Bernard quitte sa rue des Partants, une rue au nom prédestiné …
Et, il n'est pas étonnant qu'il parte ainsi, le dos voûté, l'esprit songeur, morose, désabusé…
Demain ou après-demain, tout sera détruit … son atelier, son travail, ses souvenirs, une grande partie de sa vie, … tout va disparaître en un instant.
>> Autre lieu, autre luthier …
Publié par barreteau à 09:56:03 dans Portraits Incertains | Commentaires (3) | Permaliens
Quartier du Plateau –Paris 19ème – Juin 1995
Dans certains quartiers de l'Est parisien, le paysage est parfois majoritairement composé de friches et de bâtis condamnés. Ces deux formes de scarification de la cité - qui sont les causes autant que les symptômes d’un certain malaise - déstabilisent l’œil du citadin.
Les friches, parfois immenses, creusent alors de larges béances et mettent à mal la définition de Georges Perec, " l’alignement parallèle de deux séries d’immeubles détermine ce que l’on appelle une rue ". Les rues de Belleville, de Ménilmontant ou d'ailleurs … doivent se débrouiller autrement.
Ces friches résultent souvent d’immeubles d’habitation tombés les uns après les autres au cours d'un long processus s'étalant parfois sur une dizaine années, et semblent constamment menacer les immeubles plus ou moins dégradés qu’elles encadrent.
Les fenêtres aveugles, les portes condamnées, et les grilles abaissées de commerces abandonnés, sont l’exact pendant des friches. Car l’obstruction verticale de ce bâti clos répond à la béance et à l’horizontalité des terrains vagues.
Il est difficile de connaître ce qui, dans l’histoire de chacun de ces immeubles, a conduit à sa fermeture partielle, totale, puis à sa démolition. La question “ À qui le tour ? ” semble rebondir entre les pans des constructions demeurées debout. Ces murs mis à nu, dévoilant leurs flancs de tapisseries intimes, sont, au-delà de leur fragilité, d’une indécence criarde.
Néanmoins le paradoxe est que ces friches constituent souvent les rares zones de respiration et parfois les seuls espaces verts de la ville …
Dans les secteurs où il reste encore des immeubles debout, des ménages très modestes s’y entassent. Tous sont dans des logements souvent exigus, dégradés, partiellement murés et parfois dénués du confort sanitaire le plus élémentaire. Cela n’empêche pas les loyers d’être exorbitants puisque ces appartements sont loués à des tranches de population qui n’ont concrètement aucune possibilité de se loger ailleurs …
Jusqu'au jour où ce bâti, condamné, sera finalement détruit et où il faudra bien y aller … ailleurs, … et souvent cet ailleurs est loin, très loin de la ville.
>> Parisperdu et les démolitions urbaines.
>> "Démolition, reconstruction, la ville en chantier ..."
>> "Démolition des murs ... démolition des vies."
>> "De l'autre côté de l'amer."
Publié par barreteau à 09:48:49 dans 75019 | Commentaires (1) | Permaliens
Sur les quais de la Seine, Petit Pont. Crédits photo : © IZIS Bidermanas
Avec cette exposition-rétrospective de l'œuvre de IZIS, un accrochage de quelques 270 photographies, la Mairie de Paris entend rendre hommage à un photographe encore trop méconnu. Pourquoi ce titre "Paris des rêves" ? Pour moi, indiscutablement c'est parce que Izis rime avec onirisme …
L'exposition présente toute la palette de celui qui fut à la fois artiste et reporter, grand portraitiste et flâneur aux aguets. De son œuvre protéiforme, on retiendra surtout le volet parisien - qui fait l'éloge du rêve et de la lenteur au cœur de sa ville d'adoption, une œuvre qui révèle la diversité, l'originalité et la modernité de son travail.
Izis nous donne une image poétique du Paris populaire : les rues et les quais de la Seine, les enfants et les amoureux, les fêtes foraines et les gens du cirque, les ouvriers et les vendeurs de muguet, etc ... On l'aura compris c'est un photographe humaniste qui nous est dévoilé à l'Hôtel de Ville, un photographe à l'égal des plus grands photographes-amoureux de Paris: Willy Ronis et Robert Doisneau.
Mais trente ans après sa disparition, en 1980, Izis demeure moins célèbre que ses compagnons d’alors. Willy Ronis, lui-même se scandalisait de "cette mise au purgatoire" des photographies d’Izis dont il vantait la démarche esthétique.
A voir absolument.
>> "Izis, Paris des rêves". A l'Hôtel de Ville - Paris 4ème, jusqu'au 29 Mai 2010.
>> Visite virtuelle de l'expo.
>> Déjà sur Parisperdu: "Izis, de Paris et d'ailleurs" …
>> … et aussi, "Sur les pas d'Izis".
Publié par barreteau à 12:09:16 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
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