Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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En arrivant à l’entrée principale de la Faculté des Sciences de Jussieu, par l’esplanade donnant sur la rue Linné, et après avoir gravi quelques marches, on aperçoit instantanément la tour centrale avec au premier plan, deux tours annexes identiques qui ferment la perspective.
Ces deux blocs offrent chacun une face où l’on peut, ou plus exactement où l’on ne peut plus, lire des inscriptions datant des années soixante-dix, et dont le texte était bien dans le droit fil des apostrophes militantes qui fleurissaient un peu partout, sur les murs de la capitale au temps de la "chienlit" du Général.
Pour tracer ces inscriptions, les intervenants ont forcément dû utiliser des cordes pour descendre en "rappel". Le lendemain même, le comité directeur de Jussieu décide de recouvrir les graffitis en repeignant intégralement les deux façades en blanc. Le plus surprenant intervient alors: les inscriptions réapparaissent le jour suivant ! Les instances dirigeantes se rendent à l’évidence, mais il n’est plus question d’offrir une nouvelle page blanche à la morgue estudiantine. L’espace est tentant, vous en conviendrez. Que faire alors, sinon travestir, détourner, maquiller le cri … pour le rendre inaudible ?
Aujourd'hui, le décryptage du message représente une véritable gageure.
Prenons, par exemple, le libellé du somment de la face droite:
QW
A/88IAI88WB
AA/RABES
BM HMW
REOT8
OPVH89
Ligne suivante nous trouvons une variante de la deuxième ligne avec:
W88W88HMFI
Reprenons la ligne 1. Le QW ne peut être (excusez le côté péremptoire de mes déductions) qu’un ON. La ligne suivante me semble lisible grâce aux quatre 8 qu’on identifie immédiatement comme des S. Les A sont terriblement mal maquillés, on en isole deux, dont un au début, on obtient donc ASSASSINE. Sous le RABES de la ligne trois, nous isolons le mot PARIS. La suite m’échappe…
Alors, à cette époque-là, on assassinait à Paris. Qui ? Quand ? Pourquoi ? Le reste de la façade nous le révèle sans doute. Mais, là, je m’incline, et … j’appelle à l’aide.
Alors, si vous savez décrypter la suite, merci d'en faire part à Parisperdu, à ce Contact.
Reste toutefois un point intrigant: on sait que la durée moyenne de vie d’un tag, d’un bombage sauvage, est souvent très courte, surtout sur les monuments publics, car les services Techniques de la ville y remédient dare-dare à coups de détergents spéciaux.
Alors pourquoi, à votre avis, ces inscriptions défient-elles le temps et maculent-elles à jamais les colonnes métaphoriques de ce portique universitaire par ailleurs élégamment habillé des céramiques de Léon Gischia?
Parce que … personne n’est plus capable de savoir ce qu’elles signifient. Et parce que tout le monde "s’en fout un peu", si je peux me permettre. Elles ont perdu la totalité de leur sens (Assassine-t-on à Paris !?!), pour acquérir, depuis bientôt un bon quart de siècle, une autre fonction, celle bien sûr plus décorative et bien moins problématique, d’œuvre d’art.
Œuvre d’art tendance conceptuelle, évidemment, voire arte povera, dirons certains.
A l’instar du codex de Dresde, du calendrier Maya, voir du testament de Nicolas de Staël … l'énigme fera toujours rêver.
>> De chaque coté de la Tour Zamansky, que l'on voit ici, après les travaux de désamiantage et sa rénovation en février 2009, on peut découvrir les deux tours annexes aux fameux "messages cryptés".
>> Zoom sur le message de la tour de droite.
>> Jussieu : le campus nouveau est arrivé.
Publié par barreteau à 09:18:20 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
Novembre 2008, il y a tout juste un an, Willy Ronis me fait parvenir un exemplaire de "Ce jour-là", l'un de ses ouvrages qui vient d'être réédité. Il y ajoute une dédicace, comme toujours très touchante car je sais qu'elle vient d'un homme profondément sincère.
Bien sûr, je n'ai pas manqué de remarquer, que cette fois-ci, le tracé de son écriture était terriblement hésitant … mais rien d'extraordinaire, quel sera le tracé de votre écriture à 98 ans ?
Lorsque je téléphone à Willy, pour le remercier de sa délicieuse attention, je lui dis combien ses photos créent en moi des ondes de nostalgie, surtout celles captées dans ce Belleville-Ménilmontant aujourd'hui disparu et que nous aimions tant.
Comme souvent, sa réponse est emprunte de cet humour désarmant que je lui connais bien.
Et c'est avec un brin de malice qu'il me rétorque : " Non moi, je ne suis pas nostalgique … mais j'aimerais bien que ça recommence".
Depuis, Willy nous a quittés … et je me remémore souvent ce message d'espoir, de soif de vie … émanant d'un jeune homme de presque cent ans.
>> Voir aussi : "Au revoir et merci Monsieur Ronis".
Publié par barreteau à 09:19:12 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
Jardin, Villa Emile Loubet - Paris 19ème (1996)
Crée en 1972, "Le petit jardin" est une chanson bien dans la tonalité de Parisperdu.
Les deux Jacques: Dutronc et Lanzmann nous délivrent, à leur manière, un peu de tendresse et de poésie.
Pour ceux qui ne connaisse pas cette œuvre finalement assez intimiste, vous pourrez la découvrir, ci-dessous.
Une onde de nostalgie parcourra sans doute les autres …
C'est aussi beau que Paris, enfin … ce qu'il en reste !
" C'était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C'était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d'une cour à la Chaussée-d'Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta
De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
De grâce, de grâce, préservez cette grâce
De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
Ne coupez pas mes fleurs
C'était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
A la place du joli petit jardin
Il y a l'entrée d'un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée-d'Antin".
>> "Le petit Jardin", chanté par Jacques Dutronc (Vidéo)
Publié par barreteau à 09:42:09 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
Parisperdu a inspiré un lecteur chinois, … de surcroît poète.
Celui-ci reprend sur son blog ces quatre photos,
et nous livre quelques pages de son journal intime, sous une rubrique intitulée "Mélancolie à Paris".
En voici une version française, avec les approximations linguistiques dues à l'automatisation de la traduction …
" Matin de printemps dans le Paris perdu".
La nuit est passée et le vent d'ouest a défraîchi l'arbre bleu.
Seul un grand bâtiment regarde la route à l'horizon.
Le matin tôt,
Lentement je marche sur cette route près de Paris.
Le cœur semble se réveiller, il doit se réveiller,
Sombre et agile rêveur.
La route se prolonge.
Le jour est comme écrasé par la peine,
Et pour la première fois, la pluie soyeuse se disperse soudainement.
Le ciment des blocs de maisons alignées
Est d'un blanc grisâtre qui brille sur l'émigré.
Un sourire sur mon visage couvre l'Histoire.
Pathétique.
La route se prolonge.
Des étudiants passent par ici,
Leur jeunesse s'exprime gaiement.
Et ma condition d'étranger, disparaît dans
Les coins insouciants de leurs yeux.
La route se prolonge.
Par dessus un mur,
La tache jaune d'une fleur jette un coup d'œil
Pour accueillir
La bruine fraîche qui recouvre le piéton.
Le temps passé a disparu au loin
Mon humeur est comme une maladie d'amour.
Le matin tôt,
Je me promène sur la route qui sort de Paris.
Le scintillement de mes pensées tient le premier rôle,
Mon humeur va se calmer maintenant.
Le vent a soufflé, la fleur s'est envolée,
La route se prolonge,
Imprévue, perdue .........
>> Version originale … 在迷失的巴黎
Les sinophones ont la possibilité de proposer une traduction plus fidèle … en la postant ici
Merci d'avance.
Publié par barreteau à 12:10:48 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
Le terme "gazomètre" fut créé par William Murdoch, l'inventeur de l'éclairage au gaz, dans les années 1800. En dépit des objections de ses associés, qui lui expliquaient que son "gazo-mètre" ne mesurait rien, contrairement à ce que semblait indiquer son suffixe, le terme fut retenu et passa dans l'usage courant.
Pourtant, le terme de "réservoir à gaz" aurait été plus exact car ces immenses structures métalliques sont utilisées pour conserver le gaz sous une cloche, dont la hauteur varie en fonction de la quantité de gaz présente.
La révolution industrielle du 19ème siècle vit fleurir les gazomètres aux abords des villes.
A Paris, la plus forte concentration de ces réservoirs se trouvait à la périphérie Nord: de La Plaine, au Landy, en passant par La Villette et la rue de l'Evangile. On en dénombra jusqu'à 61 en 1907.
Ces "énormes cloches en fer boulonné" dont les plus grosses, hautes de 65 m, mesurent 75 m de diamètre, ont marqué durant plusieurs décennies le paysage industriel urbain. Les pulsations de leurs calottes bombées étaient le signe tangible du fonctionnement de l’usine à gaz. L’alternance levée-abaissement de leurs couvercles signalait le mouvement remplissage-émission et permettait de distinguer les variations diurne et nocturne de la distribution du gaz. A Paris, les gazomètres alimenteront plus de 40 000 réverbères, surtout abondants aux abords des bâtiments publics, des halles, des théâtres et … en y ajoutant les vitrines illuminées, ils vont faire de Paris, la fameuse "ville lumière".
Mais en 1951, on découvre, dans un petit village des Pyrénées du gaz naturel. Le méthane de Lacq arrivera à Paris juste dix ans plus tard, et cette arrivée sonnera le glas des gazomètres car le gaz naturel peut se stocker dans des poches souterraines.
Devenus inutiles, les gazomètres disparaissent peu à peu du paysage urbain, …
A Paris, tous seront démolis, le dernier en 1982.
>> Déjà sur Parisperdu : "Carrefour de l'Evangile".
>> Déjà sur Parisperdu : "Usine à Gaz !"
Publié par barreteau à 09:51:58 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
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