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un certain regard sur Paris

Passage de la Duée. | 06 mai 2012

Passage de la Duée - Paris 20ème_ Juillet 1995

Ce n'est pas une ruelle, ni même une allée, … un sentier peut-être ? 
En tout cas, cet étroit passage a longtemps été en compétition pour le titre de la "voie la plus étroite de Paris". Ses concurrents avaient alors pour nom: le sentier des Merisiers dans le 12e arrondissement et la rue du Chat-qui-Pêche, dans le 5e.

Avant que, dans les années 2000, des travaux de restructuration en modifient profondément le tracé, le Passage de la Duée avait une largeur d'environ seulement 80 centimètres; mais aujourd'hui, la petite venelle a beaucoup changé: sa largeur est de plusieurs mètres et, en son centre, on a supprimé son escalier.

Plus rien à voir donc avec le lieu qui, il y a encore une dizaine d'années, avait une allure de vraie séquence de film noir.  Avec sa cordonnerie d'angle, ce passage était si rétréci qu'en passant normalement rue de Pixérécourt, il était invisible, et il fallait vraiment avoir le sens de la promenade pour se dire: "Tiens, qu'est-ce-que c'est, que cet interstice ?".

Le passage donnait alors sur une cour centrale avec un immeuble de logements ouvriers et une petite coursive dans un état désastreux, l'herbe poussait au milieu des pavés ... Ensuite, dans le prolongement d'un court escalier, le passage allait, par une autre allée, rejoindre la rue de la Duée.

C'est là, au débouché sur la rue de la Duée, que Mesnager, le graffiteur de bonhommes blancs avait installé son atelier. Pas étonnant que, sur le nouvel immeuble du passage réaménagé, une farandole de personnages blancs peints par l'artiste, anime la façade de bois et de béton.
Enfin un peu de fantaisie dans ce nouveau paysage urbain bien monotone car trop souvent uniformément gris et outrageusement bétonné.



>> Le passage n'avait pas échappé à l'œil des "Grands" …

>> Le passage vu de la rue de la Duée. (Juillet 1995)

>> Mesnager, graffiteur urbain (Site officiel).

>> Passage de la Duée : une farandole de personnages blancs peints par Mesnager.

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Avis de décès".

 

 

Publié par barreteau à 08:51:57 dans 75020 | Commentaires (1) |

Le Belleville des années 70, vu par François-Xavier BOUCHART. | 20 avril 2012

Terrain Vague près de la rue Vilin, 1970 F. X. Bouchart, © Nadine BEAUTHEAC-BOUCHART


Dans les années 70, François-Xavier Bouchart est l'un des seuls, avec Henri Guérard, à quadriller systématiquement Belleville pour prendre des photographies de l'ensemble du quartier, et en particulier de certaines rues et passages aujourd'hui disparus : le passage des Faucheux, le passage Kuzner, la rue Vincent …

Ses photographies montrent des façades d'habitations, d'anciens commerces, des enfants du quartier, des terrains vagues après les destructions d'immeubles... Les bulldozers et les immeubles éventrés, ont aussi, au travers du viseur de son appareil photo,  retenu son attention.

Son travail propose un regard personnel sur ce quartier populaire si bien mis en images par Willy Ronis, dans les années 50, alors que Belleville et Ménilmontant étaient encore intacts.
François-Xavier Bouchart a voulu photographier ces mêmes lieux en phase de mutation urbaine, économique et sociale. Il voulait aussi poursuivre cet inventaire que menait également à cette époque Georges Perec pour son documentaire "En remontant la rue Vilin", et fixer dans le bromure d'argent, les restes de ce Paris populaire qui alors disparaissait.


>> Impasse du 34 rue Henri Chevreau, 1973 par F. X. Bouchart, © Nadine BEAUTHEAC-BOUCHART

>> Le passage Kuzner Paris 20ème © Willy Ronis

>> Belleville'70 par Jean-Louis Penel.

>> Le livre collectif "Belleville-Belleville", aux Editions Créaphis, (1994), consacre un chapitre à François-Xavier Bouchart, avec 7 de ses photos. L'ouvrage lui est dédié.

 

 

Publié par barreteau à 10:00:35 dans 75020 | Commentaires (1) |

Guide de survie en pays bobo. (3/3) | 29 mars 2012

Carrefour stratégique: 84 rue des Cascades / 43 rue des Envierges _Paris 20ème - Juillet 1997


Le 20ème arrondissement commencera pour vous, au métro Pyrénées où vous trouverez l'insolite cour de la Métairie, n'hésitez pas à vous y enfoncer, elle garde un charme réel même si on y a beaucoup (trop) construit.

Bientôt vous allez atteindre un lieu stratégique du haut Belleville : le carrefour en étoile à six branches qui donne accès aux rues des Envierges, des Couronnes, des Cascades, et de la Mare …
Toutes ces rues ont peu changé et révèlent encore, pour qui sait regarder, de belles pépites.
Rue des Envierges, le bistrot "Au vieux Belleville" est l'une d'elles, avec sa petite salle, son zinc véritable, son sol carrelé encore nettoyé à la sciure de bois, et des tables d'une autre époque que l'on pousse chaque soir pour guincher sur la Java bleue ou sur d'autres airs tout aussi populaires …. : un vrai "rade" parigot.

A Ménilmontant, on ne manquera pas le "Piston Pélican", un bar mi-classique, mi-tendance qui a su garder une certaine authenticité car dans la journée, "on peut apporter son manger" et le soir, profiter de la musique. Tout près de là, rue de Buzenval, arrêtez-vous au bistrot "Les Pères Populaires", un bar pour étudiants fauchés dans un décor de brocante avec canapé déglingué, chaises d’écolier, formica et papier peint psychédélique. La moyenne d'âge de la clientèle est vivifiante …

Un petit pèlerinage pour terminer : au 46 de la rue de Lagny, face au square Sarah Bernhardt.
Il y a quelques années encore, c'est là que j'allais, timide comme un jeune écolier, rendre visite à un maître de la photographie : Willy Ronis.

 

>> L'insolite Cour de la Métairie.

>>  Minelle au "Vieux Belleville".

>> Le Piston Pélican, déjà sur Parisperdu.

>> Sur le banc avec Willy Ronis ...

>> Au 46 rue de Lagny, chez Willy Ronis.

 

 

Publié par barreteau à 08:09:40 dans 75020 | Commentaires (1) |

La cour de la Métairie. | 17 mars 2012

403 de la rue des Pyrénées, 75020 Paris 


A la jonction des 92-94 rue de Belleville et du 403 de la rue des Pyrénées, un porche s'ouvre, c'est la "cour de la Métairie". Jusqu'à l'aube de la première guerre mondiale, se tenaient là, les dépendances d’un métayer, dernières traces de la vocation paysanne de la colline de Belleville.

A cette époque, les terres du métayer vont être vendues pour accueillir des activités industrielles. Et, dans la Cour, c'est la société Continsouza, qui implante une usine. Elle va employer jusqu'à un millier d’ouvriers, et devenir ainsi l’une des plus importantes usines de Belleville.

Continsouza produit alors du matériel cinématographique pour Gaumont et Pathé, mais à la fin du mois de février 1928, un terrible incendie ravage ses installations. Pendant de longs mois les ouvriers seront au chômage. Continsouza remontera en partie les bâtiments détruits et recentrera son activité sur la fabrication de machines à écrire, une production qui demeura en place jusqu’en 1948. Ses installations furent alors partagées entre plusieurs sociétés, dont le fabricant de chaussures Berthelot, (on voit encore l’inscription du nom de cette société sur notre photo).

En 1952, c'est la division impôts du ministère des Finances qui vient loger, dans une partie des anciens ateliers industriels de la Cour de la Métairie, son service d’enregistrement mécanographique des déclarations au fisc. (On voit également l’inscription du nom du ministère sur la photo).  
"Les impôts" vont quitter la Cour dans les années 1990, libérant ainsi des terrains pour la construction d’immeubles modernes.

Quant aux "Chaussures Berthelot", elles vont quitter leur immeuble en 1992 et c'est l'Etablissement Public de Santé Maison Blanche qui en fait l’acquisition. Toutefois, les travaux de réaménagement tardent, laissant le champ libre à tout un peuple de squatters. Le centre de postcure Maison Blanche n’ouvrira qu’en 2000.

Dans la "cour de la Métairie", seules subsistent aujourd’hui quelques petites sociétés occupant le 5 bis, mais ce lieu conserve un charme indéniable dû sans doute à la rémanence encore forte de son prestigieux passé industriel …


>> Pierre-Victor Continsouza, pionnier du matériel cinématographique. 

>> Chaussures Berthelot, réclame de l'époque …

>> L'Etablissement Public de Santé Maison Blanche.

 

 

Publié par barreteau à 10:22:39 dans 75020 | Commentaires (1) |

Buzenval | 10 février 2012

Cour du 79 rue des Haies 75020 Paris, (juin 1995)

Buzenval, le nom sonne comme celui d'un général d'empire victorieux, mais c'est plutôt d'une défaite dont il s'agit. Une cuisante défaite contre les Prussiens, en 1871, au hameau de Buzenval, tout près de Saint-Cloud.

 A Paris, près du métro Buzenval, dans le 20ème arrondissement, au cours des années 90, vous étiez dans l'un des derniers no man's land parisien, une friche urbaine alliant souvent le sordide au sublime. Car, en maints endroits, la laideur de la friche urbaine était rattrapée par l'exubérance de mère nature …
Un juste retour en arrière, en quelque sorte, car dans ce secteur, les patronymes des rues: rue des Haies, rue des Maraîchers, … rappellent le caractère champêtre de cet endroit, caractéristique des "villages " qui ceinturaient l'ancien Paris.

La rue des Haies est une longue rue, étroite, très calme. On peut la trouver aujourd'hui bien morne mais autrefois elle était fort animée.
Au tournant des années 70, elle a compté jusqu'à 71 bars, alimentés en grande partie par les travailleurs de l'usine "Létang et Rémy" qui occupait à l'époque plusieurs numéros de la rue.
 
Au 79 de la rue des Haies, il y avait un bar bien mystérieux. Dans ce petit café sympathique d'où souvent s'échappaient les voix d'Oum Khaltoum ou de Farid El Atrach, la patronne a longtemps fait de la résistance face aux promoteurs aux dents longues. Mais la pression foncière était trop forte, les lobbies de la Mairie trop puissants …

Tout cela n'existe plus, le vent a tourné … aujourd'hui les bobos ont envahi Buzenval, il parait même que c'est un nom qui plait à leurs oreilles. Et c'est tout un pan de l'Est Parisien qui s'est vidé de ses anciens habitants.
Oui, à Buzenval, c'est bien d'une défaite dont il s'agit: celle de toute une partie de la population originelle … poussée dehors par de nouveaux arrivants …

 

La Rue des Haies, déjà sur Parisperdu:

>> Un squat, rue des Haies.

>> La fillette aux gants de boxe.

 

 

Publié par barreteau à 09:29:57 dans 75020 | Commentaires (1) |

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Pourquoi Parisperdu ... ?

ParisPerdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "cette certaine vision" de l'Est de Paris s'est définitivement évanouie, c'est qu'elle a été dérobée au regard par toutes les "avancées de la modernité".

Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.


Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...

"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini


  
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