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Marc Lavoine & Souad Massi "Paris"
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De sa fenêtre, Mehdi porte un regard pensif sur sa rue. Et comme il peut le constater, elle vit le martyr.
Depuis plusieurs mois déjà, son ami Henri, le coiffeur qui tenait le salon du rez-de-chaussée, a quitté le quartier. Henri a laissé son 20ème arrondissement, où il est né, pour aller terminer ses vieux jours, à Romainville, près de sa fille.
Et chaque soir, en rentrant du travail, Mehdi est confronté à un spectacle qui le désole. Celui de la porte et de la devanture du salon de coiffure d'Henri, totalement murées.
Alors, invariablement, à cet instant, lui arrive à l'esprit un flot d'images où Henri, emmuré dans son salon, semble l'appeler au secours en poussant des cris que Mehdi ne peut percevoir...
Bientôt, Mehdi devra lui aussi partir. Il voudrait bien ne pas y penser. Mais les bulldozers qui œuvrent plus haut, rue Gasnier Guy, dans un vacarme incessant se chargent bien vite de le lui rappeler.
Mehdi et Henri, habitaient la rue des Partants, une rue au nom sans doute prédestiné...
>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ...
>> Voir aussi dans Parisperdu: Murs abattus et baignoires rémanentes ...
Publié par barreteau à 09:46:17 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
>> Charles Marville, Photographe de la ville de Paris de 1851 à 1879 ...
>> Eugène Atget, le "Photographe archéologue".
>> Voir aussi sur Parisperdu: "Démolition des murs, démolition des vies ..."
Publié par barreteau à 13:52:43 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens
5 et 7 rue Clavel Paris 20ème
"Belleville de l'an 2000 sera celui des tours, des résidences et des grands ensembles. Un Belleville de béton qui pousse déjà comme de la mauvaise herbe. Très vite. Chaque jour des promoteurs mal intentionnés assassinent un peu plus le quartier de mon enfance où il faisait bon vivre.
Oui, par la grâce des technocrates de l'urbanisation à outrance, la démolition de Belleville est en route. Gagné par la gangrène du ciment armé, Belleville n'a pas fini de payer son tribut à la rage des hommes, toute une population de petites gens se retrouvant la proie de la répression économique d'un pouvoir sans âme. C'est inhumain. Je m'insurge. Je dénonce et j'accuse les destructeurs de mon quartier.
Je veux mes vieux pavés usés, patinés, roux et brillants au soleil d'été. Je veux mes amis, vieux copains du bitume qui n'étaient pas cultivés comme aujourd'hui chacun le prétend, mais ... généreux et le cœur intelligent.
Et si Belleville coule ainsi dans mes veines c'est qu'il est le Paris que j'aime; oui, comme une femme. Je l'ai dit cent fois et le rabâche : Paris, je t'ai dans la peau.
Paris d'avant bien-sûr, pas le Paris de maintenant que des décisions scélérates du plus haut niveau ont enlaidi." © Clément Lépidis. "Belleville au cœur", éditions Vermet (1997)
>> Clément Lépidis, l'enfant de Belleville devenu écrivain.
>> "Je me souviens du 20ème arrondissement" par Clément Lépidis.
>> Voir aussi sur Parisperdu: Portrait d'un monde disparu ...
Publié par barreteau à 09:43:43 dans 75020 | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par barreteau à 11:08:49 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
De Belleville, de Ménilmontant, et de Charonne, maintes représentations ont été données, mais toutes soulignent le côté typiquement "populaire" de ces hauts quartiers de l'Est parisien.
Des hommes aussi différents qu'Edgar Morin, Raoul Girardet ou Mouloudji ont vécu sur ces hauteurs ... et tous en ont en vanté l'esprit singulier. Tous ont attesté de cette personnalité radicale et indépendante qui s'exprime dans la "vue" que l'on prend ici de la capitale et de la société. Les gens de Belleville contemplent - en effet - la capitale de loin, depuis le "rebord" du plateau de la rue Piat. Edgar Morin parle même "d'une culture de la rue de Ménilmontant".
Henri Calet dans ses textes (Le tout sur le tout, Acteur et témoin, Les deux bouts) met en valeur la stabilité, la permanence des stéréotypes, des expressions employées pour caractériser l'Est parisien que l'on évoque volontiers par le panorama et par des lieux-souvenirs, comme le Mur des Fédérés.
Willy Ronis et René-Jacques contribuent par leurs images à mettre en valeur ces "traits urbains", tout comme le fait l'œuvre d'un autre photographe moins connu, Henri Guérard qui a réalisé - en cinquante ans - 24 000 photographies de Belleville !
Les années 1960 sont des années de mutation au terme desquelles se met en place la rénovation de ces quartiers. Une rénovation souvent brutale et qui introduit une rupture dans l'urbanisme. Des protestations - dans lesquelles la nostalgie n'est pas absente - s'élèvent contre la destruction de Belleville voire même contre sa simple rénovation. Ainsi, en 1975, Christine Rochefort publie un "Requiem pour Belleville" et la même année, Georges Perec publie "W ou le souvenir d'enfance" où il évoque la mémoire douloureuse de la rue Vilin. Puis les récits, les souvenirs du passé se multiplient: ainsi, jusqu'à sa disparition en 1997, l'écrivain "local" Clément Lépidis dénoncera sans cesse la destruction du cadre de son enfance.
L'évocation du passé rebelle bellevillois, de son modèle de métissage, de la tolérance, du bien-vivre devient finalement un argument politique.
Le 20ème arrondissement est celui qui, à Paris, compte en effet la plus forte densité d'associations (600). Les projets de rénovation du bas Belleville se sont toujours heurtés à la volonté conservatrice de ces associations qui cherchent à préserver la convivialité de ce "belvédère populaire".
Oui décidément, Belleville, Ménilmontant, et Charonne, ces hauts quartiers de l'Est sont bien les "conservatoires du Paris populaire".
Mais pourront-ils le rester encore longtemps ?
>> Evelyne Cohen, "Jean El Gammal, Les hauts quartiers de l'est parisien, Paris, Publisud, 1998"
>> Voir aussi : Revue d'histoire (1999-19).
Publié par barreteau à 15:47:01 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens



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