Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Grand Paris, "Projet de l'Atelier Castro Denissof Casi" 2009 /DR
Après tout le "ramdam" politico-médiatique sur les dix projets du Grand Paris, je me suis longuement interrogé sur la question : Parisperdu doit-il aborder le sujet ?
Ma première réaction a été qu'il valait mieux ne rien en dire … Mais beaucoup de mes amis, de mes lecteurs m'ont relancé, … un peu sur le ton : "Alors le Grand Paris, encore un pari perdu ?" Alors je m'y suis lancé.
Il ressort, de tout ce que j'ai pu lire sur ces projets, que l'on cherche surtout à copier certaines capitales, alors que souvent, celles-ci … souhaiteraient plutôt nous ressembler !
Que nous propose-t-on? Eh bien, des tours, encore des tours, ... beaucoup de tours !
Mais si l'on regarde ce qui a déjà été fait un peu partout, je n'ai pas souvenir d'un quartier de tours d'habitation, dans le monde, qui soit agréable à l'œil et où il fait bon vivre, sauf bien sûr… sur la plaquette promotionnelle du projet.
Laissons donc les tours à ceux qui, comme Abu Dhabi ou Dubaï, n'ont pas reçu le passé en d'héritage et dont les émirs, d'ailleurs, veulent importer "clé-en-main" les trésors culturels de Paris, que sont La Sorbonne ou le musée du Louvre.
De surcroît, dans les projets du Grand Paris, on met surtout en avant des objets architecturaux, en oubliant les territoires. Tous les dysfonctionnements urbains de la région Ile de France n'ont donc pas servi de leçon... Les urbanistes ne devraient-ils pas, enfin, précéder les ateliers d'architecture qui certes ont d'immenses qualités, mais pas celle de penser un espace global.
Je conseille aux "architectes" qui se penchent sur le "Grand Paris du futur" de rendre visite au projet du "Grand Paris des années 50" : La Défense. Qu'ils interrogent les gens qui aujourd'hui y travaillent. Que pensent-ils des transports en commun qui les conduisent ici ? Avec leurs pannes incessantes, leurs retards, les grèves à répétition et une gare désuète, dangereuse … D'ailleurs, combien de temps met-on pour sortir de cette foutue gare, et même, … comment en trouvez les sorties ?
Avant d'envisager des projets théoriques, penchons-nous sur ce qui existe.
Quant à Antoine Grumbach qui veut faire aller Paris jusqu'au Havre, je lui conseil d'établir au plus vite un partenariat avec Renault, dont les sites industriels jalonnent la vallée de la Seine. Ils pourront, ensemble, réfléchir à la reconversion des usines d'automobiles déjà fermées, quasiment fermées ou prochainement en voie de fermeture : de l'ile Seguin à Sandouville, en passant par Flins et Cléon … Avec tout ce bâti, bientôt inoccupé, … la moitié du projet est déjà réalisé !
De grâce, Messieurs les Architectes ne vous appropriez pas le nom prestigieux de Paris pour nous vendre une pseudo-nouvelle "Architecture Grand-Parisienne"!
Allez plutôt montrer vos talents ailleurs, comme le fit Niemeyer en sortant du néant une ville toute neuve, un vrai défi... ! Ou comme le génial Gaudí, qui sût créer sans renier le passé, tout en conservant la démarche intime entre l'Art et l'Artisanat. Cette approche a l'avantage d'éloigner toute tentation d'échapper à l'échelle humaine, tout en respectant cet allié incomparable qu'est le monde végétal, où les grands arbres doivent rester grands et ne pas ressembler à des buis...
Laissons donc Paris et ses alentours en paix, tout comme l'ont fait Rome, Venise, Florence, et j'en passe... Il s'agît là, de villes déjà faites... et bien faites !
Après New York, "Big Apple", on espère éviter un autre "gros fruit" pour Paris, ce qui n'est pas sûr, tant on semble prendre les parisiens … pour des poires !
Avant que tout cela ne vire au cauchemar,... vite, pincez-moi, je rêve …
>> Le grand Paris, site officiel.
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Le Grand Paris ou comment changer … d'aire ?"
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Des tours à Paris : pour quoi faire ? "
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Jean Nouvel conservera l'ancien …"
Publié par barreteau à 09:16:42 dans Hommes et Métiers | Commentaires (5) | Permaliens
Place des Fêtes Paris 19ème - Juin 2005
En sortant du métro "Place des Fêtes", on débouche sur cette fameuse place, et là, ce n’est vraiment pas la fête … !
Quelque soit l'endroit où vous portez le regard, vous vous sentez littéralement écrasé par toutes ces tours … qui vous entourent.
Franchement, cette grande place sans âme est laide, sinistre, sur-bétonnée … et de surcroît l’atmosphère n'y est pas des plus légères, tant les incidents de voisinage ou inter-bandes y sont nombreux.
Construite en 1836 pour les réjouissances des Bellevillois, nombreux sont ceux, aujourd'hui, qui estiment que la place des Fêtes a été assassinée par de pseudo-urbanistes.
Dans les années 70, la place sera en effet, défigurée par le courant de "rénovation" qui déferle sur certains quartiers de Paris. On assiste alors à la destruction des immeubles modestes et des ilots caractéristiques de l'habitat populaire, les espaces verts disparaissent sous une marée de béton, de tours, de barres et de parkings … Cet urbanisme forcené va définitivement défigurer la place des Fêtes, et la multiplication des tours de 18 à 24 étages, va lui donner un aspect architectural pas très flatteur.
La place sera réaménagée en 1995. L'aménagement final résultera d'un compromis bancal, entre certains commerçants qui ne voulaient pas de bancs (pour éviter les indésirables), le maire qui voulait des arbres, les riverains qui ne voulaient pas des gradins de l'architecte qui les avaient conçu comme une agora pour organiser des … fêtes ! On y ajoutera une fontaine en forme de labyrinthe (encore du béton …) et un pseudo-obélisque translucide et illuminé la nuit … Bref, là encore, rien de très … festif.
Le charme résiduel de la place des Fêtes réside dans le marché qui s'y tient trois matinées par semaine, et par quelques immeubles anciens qui évoquent encore, au sud-ouest de la place, la physionomie disparue d'un coin de Paris, très populeux et populaire.
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Place des Fêtes"
Publié par barreteau à 12:01:38 dans 75019 | Commentaires (4) | Permaliens
Rue Jean Dolfus - Paris 18ème / Démolition de l'ilôt : Rue Bonnet / Cité Durel – Juin 1997.
A Paris, entre la porte de Saint-Ouen et la porte de Montmartre, "la Moskowa" désigne un secteur qui a connu une longue et difficile restructuration. Les urbanistes ont puisé cette appellation de "Moskowa" dans la biographie du maréchal Ney, héros de la Grande Armée, "prince de la Moskowa", dont le boulevard éponyme est tout proche.
Le quartier de la Moskowa a été, des années durant, ce qu'il est convenu d'appeler un "territoire à requalifier". Et, comme dans beaucoup de quartiers en mutation, peu aménagés et habités par une population modeste ou défavorisée, la prostitution y a longtemps été tolérée. Dans ce "domaine d'activité", on trouve alors de tout à la Moskowa : des travestis maghrébins, des filles de l’Est, principalement des roumaines, des africaines … Mais à la Moskowa, il n’est pas seulement question de prostitution, on y rencontre aussi la petite criminalité et la toxicomanie de rue. Des passes, des bagarres et des agressions s'y déroulent quasi-quotidiennement.
La Mairie du 18éme arrondissement est saisie du problème. Plusieurs réunions sont alors organisées entre les locataires, les bailleurs et les architectes coordonnant l’opération future de rénovation du quartier. Des parades sont alors mises en place: des rondes de maîtres-chiens vont surveiller quotidiennement le quartier dès la fin de la journée et toute la nuit et des grilles sont installées à chaque entrée des îlots, … autant d'essais pour reconquérir un territoire de vie.
Les dealers répondent par différents tests, qui vont de la tentative de négociation à l’intimidation des maîtres-chiens. Les petites vengeances ne tardent pas. Dealers, toxicomanes et prostituées réagissent aux installations de sécurité par des actes de vandalisme.
C'est l'enfer pour tout le monde, le quartier devient rapidement invivable, dans la perception constante d’un danger potentiel où se confondent pêle-mêle prostitution, proxénétisme, toxicomanie, pervers sexuels ou violeurs. La fermeture des jardins, conseillée par la police, s’avère peu efficace et les barbelés, installés ça et là, restent diversement appréciés des résidents, comme si les problèmes de toxicomanie et de prostitution finissaient par se matérialiser dans leur paysage quotidien.
Dans ce contexte, le démarrage des travaux de démolition des îlots, en 2000, sera vécu par beaucoup comme une délivrance. La valeur immobilière du secteur avait soudain permis de générer un vaste projet de rénovation total du quartier.
On allait enfin pouvoir respirer un air nouveau à la Moskowa ...
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Le quartier de la Moskowa"
Publié par barreteau à 09:21:25 dans 75018 | Commentaires (2) | Permaliens
"Un jeune tagueur s'attaquait aux murs défraîchis, il dessinait de modernes hiéroglyphes, propres à emplir d'une magnifique poésie le paysage démantelé du quai d'Ivry …"
Extrait de "Paris" de Jean Follain
Il ya encore peu, le tagueur urbain était considéré comme un nuisible, un parasite qui "bombait" à tout va les murs de la capitale.
Aujourd'hui, cet "art", (oui, ne parle-t-on pas d'art-urbain ou de "street-art" ?) est mieux considéré. Il atteint même des sommets dans la reconnaissance du public en étant actuellement exposé dans les prestigieuses galeries du Grand Palais.
Quelques 300 œuvres des plus grands graffeurs internationaux, y sont accrochées.
Tous sont mis sur un pied d'égalité formel : format unique et thème unique, celui de l’amour. Et c'est une réussite, car beaucoup de ces œuvres sont tout à fait remarquables, et il y a là plein de talents à découvrir.
Vu son succès, l’exposition est exceptionnellement prolongée jusqu’au 3 mai 2009.
Courrez-y vite, vous ne pouvez pas être déçus …
>> Découvrir l'expo.
Publié par barreteau à 09:25:13 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
39 rue de Belleville Paris 20ème.
Paris change-t-il au fil du temps ?
Baudelaire avouait que Paris change "Plus vite que le cœur d’un mortel", et précisait alors:
"Paris change! Mais rien dans ma mélancolie
N’a bougé! Palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs."
Mieux qu’un long discours, ces quelques vers nous montrent comment une cité vivante évolue sans cesse, par proliférations successives. Et la légende se superpose aux faits car une ville comme Paris a toujours laissé la part belle à l’imagination.
Paris muséifié, Paris embaumé, … déserté, dépeuplé, embourgeoisé : le refrain a été maintes fois repris depuis quelques années. Pourtant, il suffit d’être un observateur un peu attentif pour voir évoluer - parfois très vite - le paysage parisien.
La démarche buissonnière de Parisperdu, guidée par le hasard à travers les quartiers Est de la ville, nous donne souvent à voir ces évolutions, tout en refusant la pure nostalgie car, comme nous le dit le poète américain Allen Ginsberg: "Vous ne pouvez échapper au passé de Paris, et ce qui est le plus extraordinaire à ce sujet, c’est que le passé et le présent s’entremêlent de façon si impalpable que ce n’est pas du tout un poids."
Aussi, ne faut-il pas hésiter à s’aventurer dans notre Paris contemporain, pour voir, pour être sensible à cette ville qui bouge et qui se modifie sans cesse sous nos yeux … comme un être vivant !
>> Qui est Allen Ginsberg ?
Publié par barreteau à 09:21:00 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
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