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parisperdu

un certain regard sur Paris

Le ZACage du 20ème arrondissement . | 06 mai 2014

Carrefour de la rue des Vignoles et de la rue de la Réunion _ Paris 20ème (juin 1997)

Longtemps considéré comme un arrondissement défavorisé, le 20ème a connu de lourdes opérations de rénovation de son habitat, dans le cadre des zones d’aménagement concerté (ZAC).
Cette procédure était-elle un bien ou un mal ? Quel bilan peut-on en faire aujourd'hui ?

Contrairement aux opérations de réhabilitation où le bâti est conservé, la rénovation par la ZAC implique inévitablement le processus suivant : "expropriation-destruction-reconstruction".

Une telle "restructuration" aboutit, par un tour de passe-passe, à une métamorphose de la population du quartier. Ce sont des artisans chassés par les promoteurs, des habitants modestes qui ne peuvent se permettre de payer les loyers proposés dans les nouveaux immeubles, des commerçants qui ferment boutique ...

Dans le quartier de la Réunion, la ZAC a été imposée par la ville de Paris, sans que celle-ci ne se pose la question de la pertinence de cette procédure par rapport aux problèmes à traiter.

On a donc éliminé les impasses, et ce faisant, on a détruit 400 logements, de nombreux ateliers, des boutiques, des hôtels meublés … Pour autant, devait-on nécessairement transformer la structure des rues dans ce secteur ? Surtout quand on sait que cette construction en impasses et en passages multiples a été héritée de l’organisation en lanières des vignobles qui s'étendaient ici au 18ème siècle.

Mais pour le promoteur immobilier, il est plus compliqué et plus coûteux de respecter le parcellaire ancien … car alors on construit moins dense !

La ZAC de la Réunion est restée en panne de nombreuses années, et avec elle, l’ensemble de l’aménagement du quartier.
Cette panne s'explique de différentes façons :

Tout d'abord, le parti pris d’aménagement fondé sur la "destruction-rénovation" a eu beaucoup de mal à passer, et cela pour deux raisons : d’une part parce qu’on avait affaire à un quartier parfaitement constitué, avec sa trame urbaine, ses habitudes, son tissu économique, ses habitants, bref son histoire de morceau de ville, et d’autre part parce que la conjoncture économique n'a plus permis d’équilibrer l'opération en vendant des locaux d’activités et des bureaux. 

En suite, les associations ont vite compris que le cadre prévu pour favoriser la "concertation", n'était que purement consultatif … et elles ont durci leurs actions.

Alors, les chantiers traînent, les dents creuses du bâti ne sont pas comblées, les palissades ceignent les terrains vagues pendant des années.
On a le sentiment d’un énorme gâchis, dans un quartier fragile où il y a quand même une résistance qui s’exprime de la part des habitants contre des méthodes brutales de rénovation et de destruction dont on sait parfaitement qu’elles ne feront pas place à quelque chose qui pourra avantager la population autochtone du quartier.

Pour attirer l’attention sur le quartier et parce qu’elles "en avaient marre des murages", les associations de défense ont fait peindre les façades par des artistes.

Miss Tic est alors devenue, avec ses pochoirs, l'artiste emblématique de ce 20ème aujourd'hui disparu.
Enfin un peu de poésie dans ce monde de brutes …
d'ailleurs, l'une de ses œuvres ne disait-elle pas : "La poésie ébauche les contours d'une ville à colorier" ?


>>
Miss Tic : "La poésie ébauche les contours d'une ville à colorier".

>> Le résultat aujourd'hui : l'exemple du "11-13 passage Josseaume, 72 rue des Vignoles", ZAC de la Réunion.

Publié par barreteau à 08:55:02 dans 75020 | Commentaires (2) |

Une nostalgie d'avenir. | 01 mai 2014

Quartier de Belleville _ Paris 20ème (mars 1997)

On connaît l'un des buts de Parisperdu : explorer les zones urbaines à l'abandon, y rencontrer leurs derniers habitants.

Sur la colline de Belleville, je déambule dans les cours, là où la vie palpite et s'enlise, pour fixer des images de la vie ordinaire de gens sans histoire.

Car ici, malgré l'évolution de la société moderne, ces lieux, ces hommes et ces femmes sont longtemps restés à l'écart du temps.

Mais aujourd’hui, tout cela a disparu et c'est tout un pan de Belleville qui n'existe plus que dans certaines mémoires.

Pourtant, je veux croire à une nostalgie d'avenir, c'est-à-dire, que  tout ce que l'on aimait bien dans notre ville avant, on pourrait continuer à le vivre encore aujourd'hui et dans le futur.


>> La nostalgie de (ou sur) Parisperdu.

>> La nostalgie refait surface quand le présent n'est pas à la hauteur …

 

Publié par barreteau à 12:31:10 dans 75020 | Commentaires (2) |

Les paris de Paris. | 26 avril 2014


"Le Grand Paris Idéal" vu par
MVRDV, une agence d'architecture et d'urbanisme néerlandaise (2009)


Les nouveaux paris de Paris devraient être d'arrêter de suréquiper ce qui l'est déjà trop (nous ne sommes pas au Japon que diable, nous avons de la place!) et, de cesser de faire des gratte-ciels (laissons cela à Manhattan !).

Alors de grâce Messieurs les Architectes, Messieurs les Urbanistes pensez plutôt à aménager la campagne, car les citadins vont bientôt fuir ces villes tentaculaires que vous leur fabriquez et où tout pose problème.

Allez donc démontrer vos talents et votre génie ailleurs, comme le fit Niemeyer en sortant du néant une ville toute neuve, un vrai défi mais une réussite ... ou comme le génial Gaudí, qui sût créer sans renier le passé, et conserver le lien sacré qui de tout temps a existé entre l'Art et l'Artisanat. Ce lien qui justement éloigne toute tentation d'échapper à l'échelle humaine, et permet de respecter cet allié incomparable qu'est le monde végétal, où les grands arbres doivent rester grands et ne pas ressembler à des buis plantés au pied de tours aussi colossales qu'inhumaines ...

Reconnaissez aussi, Messieurs, les graves problèmes qu'entraînent la surpopulation des grandes villes et les fâcheuses conséquences de toute cette surenchère, dissimulée sous les termes passe-partout de "restructuration", de "requalification du bâti", d' "optimisation de l'urbanisme des métropoles "

Messieurs les Architectes, laissez donc Paris et ses alentours en paix, tout comme l'ont fait Rome, Amsterdam, Vienne, et bien d'autres villes européennes…  qui sont toutes des villes finies et qui n'ont aucun besoin d'ajout !


>> Jean Nouvel conservera l'ancien ...

 


Publié par barreteau à 10:42:37 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) |

Comment parler de l'oeuvre de Willy Ronis ? | 21 avril 2014

 Les amoureux du pont des arts_ 1957 ©Willy Ronis

"Fixer des vertiges. Les photographies de Willy Ronis"
est un essai de Michel Onfray publié en 2007 et portant sur 16 photographies de Willy Ronis dont le travail est comparé à la peinture classique et aux toiles de maîtres.

Parler de l'œuvre de Willy Ronis via une analyse comparative, pourquoi pas ?
Mais mettre en parallèle des œuvres de peintres aussi différents que Delacroix, Renoir, Léger, Mondrian, David, Seurat, Courbet, Millet, Van Gogh, Magritte … et d'autres, avec des photos de Ronis, cela me semble, comment dire, … un peu "tiré par les cheveux".

Bien sûr, l'on sait que le regard de Ronis s'est, en partie construit, grâce à des visites au Louvre effectuées dans son enfance. Mais alors s'il faut parler de maîtres, Ronis se réclamait plutôt des peintres flamants et de Breughel en particulier et, à ma connaissance, de personne d'autre !

"Le vertige prouve l'art", avance Onfray d'entrée de jeu pour reprendre une phrase d'Arthur Rimbaud : "J’écrivais des silences, les nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges", et pour se lancer sur le terrain de la photographie de Ronis.

Onfray affirme alors que ce vertige est à même de déboucher "sur une clairière de sens, donc de plaisir". L'œuvre du photographe serait-elle donc, pour l'œil de celui qui la regarde, un simple plaisir qui doit par ailleurs, pour être comprise, se voir constamment rapprochée de l'œuvre de peintres classiques, comme Onfray le suggère sans cesse ?

Voilà une bien curieuse analyse qui nous est proposée-là, car Willy Ronis a beau avoir été nourri, dès son plus jeune âge, par la fréquentation des musées, ses photographies appartiennent à un art qui est autonome, indépendant de la peinture, et qui n'a pas, en conséquence, à sans cesse se réclamer d'elle pour s'expliquer.

Ce recours constant d'Onfray à une kyrielle de peintres révèle surtout son incapacité à parler de la photographie en tant que telle. Et les propos du philosophe sur l'œuvre du photographe sonnent bien étrangement à côté de ceux de Ronis lui-même quand il parle de son travail, en des termes humbles qui ressemblent à ses photos.
Ainsi, dans "Traits et portraits", un regard intime sur certaines de ses photographies, paru au Mercure de France, Ronis nous dit: "Je n’ai jamais poursuivi l’insolite, le jamais vu, l’extraordinaire, mais bien ce qu’il y a de plus typique dans notre existence quotidienne... ”

Et c'est bien pour cette fastueuse simplicité que l'on vous dit:
"Merci Monsieur Ronis, votre talent s'exprime de lui-même et ne doit rien à personne".


>> Michel Onfray : "Fixer des vertiges. Les Photographies de Willy Ronis".

>> Traits et portraits : "Ce jour-là" de Willy Ronis.

>> "Les amoureux du pont des arts", décrits par Willy Ronis dans son ouvrage "Ce jour-là".

>> Parisperdu et Willy Ronis.

 

 


Publié par barreteau à 09:54:13 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) |

" Ça commence toujours comme ça ... " | 16 avril 2014

Cité de la Chapelle Paris 18ème (Juillet 2010)

Depuis quelques jours, dans ce quartier du 18ème arrondissement, de nouveaux panneaux d'information ont fleuri. Ils annoncent que le permis de démolir concernant les bâtiments d'une partie de cette cité, a été délivré le 27 juillet.
Dès le lendemain, des panneaux ont été posés, ça commence toujours comme ça …

C'est donc à partir de cette date d'information au public que court le délai de deux mois autorisant les recours. "Nous sommes étonnés - m'ont confié des habitants du secteur - On a l'impression que ces constructions sont en parfait état. Pourquoi les démolir ? "

Peut-être veut-on faire mieux encore, car le projet de la Ville, prévoit une refonte totale du site actuel ? Un projet contesté par une partie des élus et par les associations de quartier qui comptent bien utiliser ce délai de recours…

Mais comme souvent, en pareil cas, les chances de succès de ces recours sont très faibles. Et, deux mois, c'est court …

Mais, dernier coup de théâtre, la nouvelle "loi Alur" va raccourcir le délai de recours à un mois seulement.
Et là, la contestation de l'intérêt d'un projet deviendra quasiment mission impossible … c'est sans doute ce que la Ville et les pouvoirs publics veulent !



>> La loi Alur du 26 mars 2014.

>> Voir aussi : "Paris Poubelle".

 

 

Publié par barreteau à 08:22:14 dans 75018 | Commentaires (2) |

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Pourquoi Parisperdu ... ?

ParisPerdu aurait pu s'appeler ParisVolé car s'il est désormais souvent impossible de porter "ce certain regard" sur l'Est de Paris , c'est que ce Paris a été dérobé par toutes les "avancées de la modernité".

Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.


Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...

"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini


  
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