Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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La plupart des maîtres-photographes qui ont arpenté Paris, proposent une vision globale de la capitale et dressent une typologie de signes strictement parisiens : ses monuments, ses toits, ses immeubles, ses places, ses rues, ses enseignes et affiches, ses "matières" (pavés, grilles métalliques ...), ses habitants, ses passants dans leurs rapports à l'espace public et dans leurs déplacements.
Toits de Paris, Photo: © André Kertész - 1917
Précieuse documentation sur l'architecture, sur les sites et les rythmes de la ville, le travail de ces maîtres-photographes s'inscrit dans une rhétorique et une expérience de la ville propre à chacun d'eux.
Généralement les points de vue des toits de Paris offrent une vision panoramique et dominante de la ville, mais, sous le regard d'André Kertész, ils deviennent l'occasion d'agencements de pans inclinés formant de rigoureuses constructions abstraites.
Marcel Bovis et René-Jacques, inlassables arpenteurs des quartiers parisiens, dressent - dans une tradition qui remonte à Charles Marville et à Eugène Atget - un inventaire d'éléments urbains d'après-guerre constitué de kiosques, d'enseignes, de bancs, de véhicules...
Au-delà de l'enregistrement photographique, au-delà de l'accumulation de vues d'architecture ou de mobiliers urbains à des fins d'illustration ou d'archivage, ces deux photographes ont une même conception de la mise en scène du signe.
En s'attardant sur l'ombre de la colonne de la Bastille, Marcel Bovis construit un rapport d'échelle opposant la gigantesque empreinte projetée de l'édifice à une minuscule automobile. En photographiant la Place de l'Europe, durant un hiver neigeux, René-Jacques parvient à dissimuler, derrière un panache de fumé, le réseau des voies ferrées de la gare de l'Est.
A suivre ...
>> En savoir plus sur André Kertész.
>> Colonne de Juillet, Place de la Bastille - Photo : ©Marcel Bovis, 1947
>> Place de l'Europe, Paris, hiver 1945/46 - Photo : ©René-Jacques
>> Voir aussi : Paris dans l'oeil des maîtres. (1/3)
Publié par barreteau à 08:31:03 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
Il est huit heures du matin et Martha rentre chez elle après une nuit de labeur. Martha est agent d'entretien au BHV, autrefois on aurait dit qu'elle était femme de ménage …
Son "chez elle" est situé dans le petit immeuble gris que l'on aperçoit sur la gauche de la photo. Elle y occupe un appartement confortable qu'elle a hérité de sa mère. Il est situé en un lieu reculé du 20ème arrondissement, Impasse Villiers de l'Ile Adam.
Ce lieu qui pourrait être paisible est en fait un véritable enfer ... car, au fond de l'impasse, ... c'est un autre monde !
Le bloc d'habitations qui ferme l'impasse, c'est le 140 rue de Ménilmontant, une "zone sensible", un "îlot difficile", une cité où la délinquance est endémique. Les trafiquants y agissent en bandes et suscitent - dans tout le quartier - un réel climat de peur, aussi dès que Martha sera rentrée chez elle, elle va immédiatement se barricader à double tour.
Après avoir pris du repos pour effacer la fatigue de sa nuit de travail, elle ne ressortira qu'en milieu d'après-midi pour faire quelques courses, en évitant systématiquement le 140 rue de Ménilmontant; et l'hiver, en prenant garde de ne pas rentrer trop tard. Elle fera ses courses plus bas, dans la rue de Ménilmontant, après avoir fait un long détour par la rue de la Chine. Et c'est aussi, par cet itinéraire - plus sûr - qu'elle repartira, un peu avant minuit, pour le BHV.
Ne cherchez plus aujourd'hui l'impasse Villiers de l'Ile Adam, elle n'existe plus ... Elle a disparu dans la restructuration du 140 rue de Ménilmontant.
Transformée et prolongée, l'impasse a permis de désenclaver la vielle cité. La voie nouvelle, ainsi créée, a pris l'appellation de "rue Hélène Jakubowicz". C'était le nom d'une jeune résistante dont l'appartement familial était situé ici, durant l'occupation. Hélène Jakubowicz fut déportée, à l'âge de dix-sept ans, dans le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, où elle y a disparu ...
La transformation du quartier, n'est pas pour déplaire à Martha qui vit maintenant ses jours de retraitée dans cet endroit devenu plus paisible.... Dans un autre monde.
Elle habite en effet maintenant dans une rue dont le nom est certes, pour beaucoup, difficile à orthographier, mais pas pour elle ... car Martha est également une fille d'émigrants juifs polonais venus s'installer à Paris dans les années 30 ...
>> Tout près d'ci: "Le 140 rue de Ménilmontant".
Publié par barreteau à 09:22:09 dans Portraits Incertains | Commentaires (3) | Permaliens
Le banc, Boulevard Pasteur, Photo: ©René-Jacques - 1927
Marcel Bovis, André Kertész, René-Jacques, ... tous ont vécu à Paris, tous l'ont arpentée, scrutée, façonnée comme un inépuisable matériel d'inventions visuelles.
Ainsi, de leurs déambulations, de jour comme de nuit, dans la perspective de la "trouvaille", du motif photogénique, est née, volontairement ou indirectement, une réelle "poétique de la ville".
L'attitude de ces maîtres-photographes face aux espaces urbains - que sont l'immeuble, le monument, la rue, le quartier, etc... - dessine une cartographie fragmentaire et subjective d'un Paris du XXe siècle.
L'événement et la narration restent en suspens, car pour eux - contrairement à un Robert Doisneau ou un Willy Ronis - l'homme n'est pas le sujet principal, il n'est qu'un alibi mis en image pour structurer un environnement beaucoup plus vaste : des ombres traversant une chaussée humide ; un couple vu de dos à la vitrine d'un snack ; une figure féminine prise devant le panorama de Montmartre ...
Oui, leur objectif commun est bien la structuration de l'espace, de laquelle se dégagera une création poétique.
A suivre ...
>> En savoir plus sur René-Jacques
Publié par barreteau à 09:57:08 dans Hommes et Métiers | Commentaires (3) | Permaliens
Mais nos enfants pourront aussi s'asseoir sur le rebord du grand bassin pour renouer avec les jeux de leurs ancêtres, en guidant un petit bateau ... loué sur place.
Alors, dans le grand bassin rond des Tuileries, les incontournables petits bateaux à voiles vogueront parmi les canards et les carpes et ... comme toujours, ils finiront par aller se coincer sous le jet d'eau ...
Et pour qu'ils reviennent, Maman, "ont-ils des jambes ..." ?
Billet dédié à Elisa, dite "Miss Zouzou".
Publié par barreteau à 09:22:21 dans Hommes et Métiers | Commentaires (3) | Permaliens
Ici, rue Laurence Savart, la vie s'écoule en pente douce ... Et cette rue est propice aux rencontres, aussi belles qu'inattendues. Willy Ronis en avait fait l'expérience dans les années 50, lorsqu'un jour, au petit matin, en descendant la rue, il croise un vitrier avec son lot de carreaux de verre sur le dos.
Aujourd'hui, le côté résidentiel a remplacé ce qui fut populaire, qui lui même avait pris le pas sur le rural : toute une chaîne successive de prédation sociale, un écosystème historique en quelque sorte !
D'ailleurs, n'est-ce sans doute pas un hasard si les écologistes font ici - à chaque élection - leur meilleur score parisien !
Mais au final, dans la rue Laurence Savart, peu de choses ont changé ... et l'on se retrouve confronté - aujourd'hui - aux mêmes façades, aux mêmes portes de garage, aux mêmes maisonnettes ... que celles aperçues sur la célèbre photo de Ronis.
Aujourd'hui, j'ai retrouvé un peu du Paris perdu ...
>> "La rue Laurence Savart", Photo: ©Willy Ronis
>> Association Willy Ronis "Pour le cadre de vie de la rue Laurence Savart ".
>> Voir aussi : "Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance".
>> Voir aussi : "Rue Laurence Savart : Lieux retrouvés 004" de Parisperdu.
Publié par barreteau à 10:46:16 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens
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