Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Novembre 2008, il y a tout juste un an, Willy Ronis me fait parvenir un exemplaire de "Ce jour-là", l'un de ses ouvrages qui vient d'être réédité. Il y ajoute une dédicace, comme toujours très touchante car je sais qu'elle vient d'un homme profondément sincère.
Bien sûr, je n'ai pas manqué de remarquer, que cette fois-ci, le tracé de son écriture était terriblement hésitant … mais rien d'extraordinaire, quel sera le tracé de votre écriture à 98 ans ?
Lorsque je téléphone à Willy, pour le remercier de sa délicieuse attention, je lui dis combien ses photos créent en moi des ondes de nostalgie, surtout celles captées dans ce Belleville-Ménilmontant aujourd'hui disparu et que nous aimions tant.
Comme souvent, sa réponse est emprunte de cet humour désarmant que je lui connais bien.
Et c'est avec un brin de malice qu'il me rétorque : " Non moi, je ne suis pas nostalgique … mais j'aimerais bien que ça recommence".
Depuis, Willy nous a quittés … et je me remémore souvent ce message d'espoir, de soif de vie … émanant d'un jeune homme de presque cent ans.
>> Voir aussi : "Au revoir et merci Monsieur Ronis".
Publié par barreteau à 09:19:12 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
Rue Caillé - Paris 18ème, septembre 1996
Voici l'image d'un "homme qui attend". Certes … mais que fait-il exactement ?
Ne fait-il tout simplement rien ou … au contraire, son attente n'est-elle pas une démarche, une quête vers quelque chose ou vers quelqu'un qui lui permettrait de s'échapper ailleurs, dans un autre monde, dans un autre univers ?
À l’ère de la vitesse, des échanges en temps réel, de l'Internet ultra-haut débit, de la communication à tout-va, de la mobilité (terme récurrent du management postmoderne…), du "bougisme" ("si tu bouges pas, t'es mort !") … l’attente, la pause, la méditation prospective ou la suspension active … sont forcément des démarches subversives.
Mais, Dieu merci, il nous reste encore le temps de la flânerie …
Flâner, ce n’est pas simplement se promener, errer sans but, sans objectif, c’est plutôt produire en pure perte, pour le seul plaisir de produire, de se produire.
Il y aurait encore à faire une théorie de la flânerie, même si elle a déjà été bien entamée. Souvenons-nous de l’école péripatéticienne, de Baudelaire, de Walter Benjamin, des "écrivains-voyageurs", des surréalistes, les vrais inventeurs de la dérive, puis de leurs fils spirituels, les situationnistes.
Dans la rêverie gratuite, dans le temps perdu, nous sommes hors de toute raison ratiocinante, dans une dépense toujours génératrice d’ouverture, d'illumination ... Car, grâce à "l'apparition d’un lointain … si proche soit-il", comme l'écrivait Walter Benjamin, la flânerie stimule la pensée, puis l’écriture … et plus généralement la créativité.
Oui flâner est un art …
>> Du bon usage de la lenteur.
Publié par barreteau à 09:01:38 dans Portraits Incertains | Commentaires (1) | Permaliens
"Je suis resté un peu interdit à l'annonce de cette étonnante nouvelle : la fermeture possible du Musée de Montmartre. J'avais même du mal à y croire. Comment une institution parisienne aussi ancienne pourrait-elle être purement et simplement supprimée, comme cela, d'un trait de plume administratif ?
C'est pourtant la triste vérité. L'Hôtel de Ville de Paris, jugeant ce lieu probablement trop démodé, peut-être pas assez "branché", ne donnera pas de subvention cette année, ne renouvellera pas le bail du bâtiment - dont la Ville de Paris est propriétaire - et demande que l'association "Société Historique et Archéologique du Vieux Montmartre" soit dissoute!
Ainsi, par la volonté de quelques uns, cette association fondée par un groupe de passionnés en 1886 devra, non-seulement plier bagages, mais en confier le contenu - une très riche collection - au Musée Carnavalet et à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.
C'est un peu vite oublier que si les ruelles de la butte attirent autant de touristes aujourd'hui, c'est justement parce que le "Vieux Montmartre" et les passionnés qui en faisaient partie, se chargèrent de veiller à leur conservation.
Si Claude Charpentier ne s'était pas personnellement investi dans les années cinquante, dans son fameux "plan de sauvegarde de la butte Montmartre", que resterait-il aujourd'hui? Montmartre serait devenu un quartier comme les autres, sans âme, d'une affligeante banalité.
Devons-nous céder le terrain définitivement aux vendeurs de souvenirs à deux sous? Montmartre doit-il ressembler à un décor de cinéma?"
C'est donc bien volontiers que je reprends aujourd'hui - sur Parisperdu - ce cri d'alarme lancé par Rodolphe Trouilleux, écrivain, historien de Paris et créateur du site "Paris secret et insolite". Sa cause est juste et la mort annoncée du musée de Montmartre est une éventualité que l'on doit absolument combattre.
Vous qui êtes amoureux de Montmartre, amoureux de Paris, vous pouvez faire quelque chose pour repousser cette disparition programmée : manifestez votre soutien, signez ici la pétition.
>> Visitez le Musée de Montmartre … pendant qu'il en est encore temps !
>> Invitation à la Journée de soutien au Musée de Montmartre.
Publié par barreteau à 10:06:43 dans 75018 | Commentaires (5) | Permaliens
"Le photographe sur le qui-vive est comme l'amoureux qui attend une belle amie.
Parfois elle ne vient pas, ou bien celle qui arrive en souriant n'est pas celle qu'il attendait. Qu'importe ! Ce qui compte c'est l'émotion, et l'aptitude à capturer son passage."
Willy Ronis (Extrait du livre "Ce jour-là", aux Editions Mercure de France, 2006)
En parcourant l'œuvre de Ronis, je me suis aperçu que beaucoup d'amoureux s'y était donné rendez-vous. Et en relisant les écrits de Willy, j'ai compris qu'il avait trouvé là matière à rêver, à imaginer et à romancer.
Dans l'escalier, à l'angle de la rue d'Annam et de la rue de la Bidassoa, dans le 20ème arrondissement, ce jour-là, moi aussi j'ai trouvé matière à rêver ...
>> "Rue de la Bidassoa", voir l'histoire de cette photo, dans Parisperdu.
Publié par barreteau à 09:29:37 dans Sur les pas de ... | Commentaires (2) | Permaliens
C'est au parc de la Turlure, sur la butte Montmartre, que j'ai fait la connaissance de Christophe.
Une fine silhouette, allongée sur un banc contre lequel un vélo était adossé, m'avait intrigué. Je dû attendre de longues minutes avant qu'il ne se relève. Alors, toute suite, nous avons engagé la conversation. Il faut dire que Christophe est du genre bavard et … il en a des choses à raconter …
J'appris d'abord qu'il venait de grimper, en danseuse, la rue Lepic pour atteindre le sommet de la butte. Je compris mieux l'état de fatigue dans lequel il était. Mais ce n'est pas là son moindre exploit car, le goût du voyage, Christophe l'a depuis qu'il a 5 ans.
Bambin aventureux, il profite de l'inattention de ses parents pour s'enfoncer dans un bois. On ne le retrouvera qu'à la nuit tombée … Vingt ans plus tard, il enfourche son vélo pour une chevauchée intrépide autour de la Méditerranée.
Entre-temps, il se passionne pour les sciences, l'astronomie et l'histoire des religions. A la sortie de l'adolescence, il étudie le commerce international, atterrit dans une start-up parisienne au poste de responsable commercial, puis il décide finalement de tout plaquer pour une petite balade en vélo à travers les seize pays du pourtour méditerranéen.
Il devient alors, comme il le dit lui-même, un "intermittent du cyclisme" … tout comme il y a des intermittents du spectacle !
Croyez-vous qu'il va s'arrêter là ? Certainement pas, il recherche actuellement le sponsor qui devrait lui permettre d'attaquer, toujours à vélo, la transaméricaine. Une route qui le conduira d'Anchorage en Alaska à Ushuaia au Chili …
Et précisément, sur ce banc, au chevet du Sacré Cœur, il vient de rêver qu'il avait enfin trouvé son sponsor et qu'il débutait son expédition …
Sûr, il entrera tout à l'heure dans la basilique mettre un cierge pour que son rêve se réalise …
Publié par barreteau à 09:07:36 dans Portraits Incertains | Commentaires (2) | Permaliens
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