Accueil | Créer un blog | Blog Séries 247 | Blog Cinéma 247

Obraz

Filmothèque Web

Manifeste des Sept Arts | 16 octobre 2006

RICCIOTTO CANUDO (1879-1923)

" LE MANIFESTE DES SEPT ARTS " (1923)
 

Qu'apprend-on sur cette époque à travers le texte ?« C'était la confusion des genres et des idées ». Il y a donc nécessité à cette période d'organiser le chaos et de mettre un nom sur ces genres et ces idées. On apprend aussi l'existence d'un cinéma comme "industrie" dans les années 10 et 20. Le terme familier  « boutiquier » est cité. Canudo se positionne donc d'emblée, c'est-à-dire du côté des artistes et contre les industriels. - On verra à quel point tous nos théoriciens ou critiques ont besoin de se définir et de se positionner "politiquement" à travers leurs écrits -. Il se définit également comme l'homme « providentiel » qui mettra un terme au chaos. Le théoricien du cinéma peut alors se définir ici comme quelqu'un qui doit lutter - avec acharnement - face à un système menaçant. Evidemment, l'identification est d'autant plus évidente que l'auteur est du côté des "justes". Les textes de Brecht, Eisenstein, ou Serge Daney répondent d'ailleurs magnifiquement à cette définition. Pour renforcer l'aspect politique de sa thèse, Canudo utilise la première personne, la dénonciation, l'ironie légère du style, etc. Ce qui, finalement, sont autant d'éléments nécessaires constitutifs d'un manifeste. Canudo "culpabilise" à l'idée d'offrir aux commerciaux cet alibi magnifique qui est celui de la notion de Septième Art. Si le cinéma n'est plus seulement une Industrie mais aussi un Art, les commerciaux peuvent ainsi, sans aucun scrupule, accélérer le processus d'industrialisation du cinéma sous couvert de "démocratisation de l'art", magnifique alibi offert par Canudo - malgré lui - aux industriels. Les deux mots qui apparaissaient jusque là antagonistes se fusionnent pour donner finalement une définition empirique du cinéma qui reste aujourd'hui toujours valable : le cinéma est un art mais aussi une industrie ! Ce qui est remarquable dans le travail descriptif de Canudo, c'est le contenu philosophique de son texte. Il pose des questions essentielles, à la fois sur l'art, mais aussi sur la vie. La vie est fugitive, il faut donc trouver un moyen pour la "fixer". L'art s'en charge.  Autre très belle définition de l'Art : « Parfaire la vie en l'élevant hors des réalités éphémères ». Enfin, Canudo nous parle du lien entre l'émotion et l'art, et finit par nous dévoiler le sens caché et 'fantasmé' du cinéma : « foyers d'émotion capable de répandre sur toutes les générations la jouissance d'une vie supérieure à la vie ». On a dans cette phrase : la salle de cinéma, l'émotion mais aussi l'aspect hégémonique de cet art, c'est-à-dire l'aspect industriel. Quant à la notion d'Oubli esthétique, elle ne fait que définir si bien ce qu'on a nommé plus tard le processus d'identification. 
 

Deux Arts
Selon Canudo : l'homme a besoin de traduire « les puissances plastiques et rythmiques de son existence sentimentale ». Pour cela, deux moyens au départ : L'Architecture et La Musique. Les deux obsessions de l'homme créateur sont ainsi exprimées : « perpétuer le souvenir et exprimer ses sentiments ». Ce qui n'était qu'un rêve au départ est devenu réalité grâce à cette volonté. Ce sont donc deux besoins qui sont à l'origine de l'art : le besoin matériel (avoir un abri) et le besoin d'élévation (l'oubli supérieur). La survie d'un côté et le spirituel de l'autre sont deux éléments qui définissent plus que l'histoire de l'art, l'histoire de l'humanité toute entière. D'ailleurs, ces deux éléments sont cités de manières récurrentes dans le texte : le tumulte des siècles (matériel) et le bouleversement de l'âme (le spirituel), le physique et le religieux, l'intérieur et l'extérieur, la vie pratique et la vie sentimentale, la Science et l'Art, etc.

Arrêtons nous sur cette autre magnifique définition de la musique (rappelons que Canudo est un grand théoricien de la musique) : la musique, c'est l'intuition et l'organisation des rythmes existant dans la nature. Définition qui ne va pas sans rappeler l'obsession de Canudo pour l'organisation des genres et des idées.



Les schémas de Canudo
Résumons :
1. le besoin matériel d'un côté + volonté de fixer le fugitif = Architecture, et ses deux complémentaires : Peinture et Sculpture. 2. le besoin d'élévation + volonté de fixer le fugitif = Musique, et ses complémentaires : Poésie et Danse.
Au-delà de sa démonstration sur le Septième Art, Canudo nous offre des réflexions philosophiques étonnantes, par exemple : « Tous les hommes de la Terre ont une aspiration commune : l'oubli de soi ».


Définir le Cinéma
Il faut attendre la fin du texte de Canudo pour avoir une définition assez précise du cinéma. Pendant des siècles et des siècles les arts n'ont pas vraiment évolués, selon Canudo. N'oublions pas que le philosophe Hegel avait classé les 6 Arts (architecture, sculpture, peinture, musique, danse, poésie) selon des critères très personnels. Et il a fallu attendre la fin du 19e siècle pour assembler des trouvailles scientifiques et un idéal (l'Art) : on a le Septième Art, « l'art qui concilie tous les autres », précise Canudo. Le Cinéma, qu'est-ce que c'est scientifiquement ? Des formes et des rythmes. Et qu'est-ce que Canudo attend de cet art ? Quel est le dessein de celui-ci ? Réponse : l'oubli esthétique et la fixation de tout le fugitif de la vie ! Paradoxalement, c'est exactement les mêmes vertus vers quoi les autres arts tendaient...


Bibliographie :
Ricciotto Canudo, Manifeste des sept arts, coll. « Carré d'Art », Séguier, Paris, 1995.
L'usine aux images, textes de Canudo publié par Jean-Paul Morel, Séguier, Paris, 1995.

Liens externes :
Analyse de François Albera :
http://www2.bifi.fr/cineregards/article.asp@sp_ref=90&ref_sp_type=8&revue_ref=9#514

Publié par taufort à 22:49:45 dans Ricciotto Canudo | Commentaires (0) |

1|