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ALEXANDRE ASTRUC
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La critique des critiques
Ce manifeste, plus prophétique que théorique, est publié en 1948 dans L'Ecran Français et voit l'apparition de l'expression "Caméra-Stylo". Il est à l'origine de l'idée qu'un réalisateur est un véritable artiste et qu'un film doit être l'expression adéquate d'une personnalité, préfigurant ainsi la politique des auteurs. Dans son texte, Astruc commence par dénoncer l'incompétence des critiques et dresse un état des lieux alarmant : 1. incapacité pour la critique de voir les transformations que subit le cinéma, 2. la critique ignore les films essentiels, 3. tout ce qui est susceptible de modifier l'avenir du cinéma est invisible aux yeux des critiques, 4. la critique passe son temps à bénir des films qui ne sont pas significatifs.
Qu'est-ce qu'un bon film ?
D'emblée, Astruc annonce ses préférences et se positionne. Il aime Renoir, Welles et Bresson. Aimer un film selon Astruc, c'est finalement reconnaître en lui son caractère annonciateur. Un bon film, ce serait une œuvre qui dessine les lignes d'un avenir nouveau. Ces critères d'appréciation peuvent s'appliquer à toute l'histoire de l'art. Il y a donc la critique d'un côté, le cinéma de l'autre, et entre les deux : une minorité - « Nous sommes quelques uns », dit Astruc - qui affirme reconnaître un caractère annonciateur dans la production cinématographique du moment. Le terme « avant-garde » est cité puis défini sommairement, avec une sobriété volontaire qui peut surprendre. Avant-garde = renouveau. Renouveau (on le sait maintenant) = qualité, puisqu'un bon film selon Astruc, ce serait « une œuvre qui dessine les lignes d'un avenir nouveau ».
Le cinéma est un art mais aussi un langage
Pour Astruc, le renouveau du cinéma est synonyme de changement : il devient un moyen d'expression. Ce qui revient à dire que le cinéma est enfin en train de devenir un art, « sous nos yeux ». Toute la subtilité de la démonstration d'Astruc part de cette expression : « moyen d'expression ». Selon lui, le cinéma n'en est qu'à ses balbutiements. Il faut donc attendre la fin des années 40 pour qu'on puisse enfin parler de langage. Les frères Lumière et Georges Méliès sont évoqués en filigrane par Astruc (le premier conserve les images, le deuxième en fait une attraction foraine). Jusqu'ici donc, pas de langage. Ce qui revient à dire que toutes les tentatives de transmissions d'une pensée ont échouées au cinéma (on pense immédiatement à Eisenstein), ou que les réalisateurs n'ont pas su voir les possibilités nombreuses que le cinéma leur offrait. Evidemment, pour beaucoup, le cinéma n'avait pour unique finalité que le simple divertissement (inutile donc à ce moment là de penser à une quelconque retraduction d'une perception). Astruc a découvert que le cinéma avait une puissance de transmission insoupçonnée jusque là. Le langage du cinéma peut ainsi retraduire une pensée, des obsessions, mêmes abstraites. Ce que seule la littérature pouvait faire. Autrement dit, cet art est doué de toutes les possibilités. Le seul problème, c'est qu'on ne sait pas encore vraiment comment ça marche ! Au même titre que la littérature, le cinéma est donc capable de tout exprimer. Dans un deuxième temps, il va jusqu'à dire que ce nouvel art est en phase avec son époque : tous les questionnements de l'homme moderne (spirituel, métaphysique, psychologique) peuvent être traduits par ce nouveau moyen d'expression. - Autre prophétie : l'abolition du film en salle, et la démocratisation du produit « film ». -Astruc l'avoue lui-même : cette idée du cinéma qui exprime la pensée n'est pas nouvelle. Jacques Feyder et Serguei Eisenstein y ont réfléchi. Mais ces deux penseurs et cinéastes restent malgré tout, selon l'auteur, des illustrateurs et des faiseurs d'images. Le projet d'Astruc contredit toutes ces théories : le cinéma doit transmettre des pensées sans passer par des associations d'images ou des juxtapositions. Il l'avoue lui-même : l'expression de la pensée est le problème fondamental du cinéma, et il n'a jamais été réellement résolu. Jusqu'ici, la perception initiale de l'auteur est restée approximative dans sa retranscription. Pour ce qui est du cinéma parlant, la retransmission d'une pensée ne peut opérer puisque le cinéma fonctionne par mimétisme. Les codes du théâtre que se réapproprie le cinéma ne permettent pas cette « alchimie ».
La transmission d'une perception
Comment transmettre une idée, une pensée, une perception au cinéma ? On a vu avec Eisenstein comment, avec la méthode de subdivision d'un thème et la combinaison de fragments, on pouvait faire jaillir une pensée - finalement approximative pour Astruc.- Mais selon Astruc, c'est en explicitant les rapports entre un être humain et un autre, ou entre un être humain et un objet, qu'on pourra exprimer une pensée. « Il faut donc en dessiner la trace tangible », explique-t-il. Une condition élémentaire : le scénariste doit faire lui-même ses films. Il y a donc abolition de la distinction entre auteur et réalisateur. Celui qui a pensé l'œuvre est celui qui doit la faire ! 3 règles d'or de la caméra stylo : 1. Ne pas traduire visuellement et simplement l'univers d'un auteur : éviter l'image d'Epinal. 2. Ne pas passer par le cinéma expérimental, surréaliste et poétique pour échapper au commercial. 3. Ne pas utiliser la métaphore pour retraduire une idée. Ce qu'il faut faire : faire une transcription visuelle des sensations littéraires. Est-ce que cela veut dire que le temps d'écrire est révolu et qu'il faut tourner des films comme Brecht le disait en 33 ?
Filiation, héritage
Il est difficicile de trouver une application concrète de cette théorie. Citons "Le Rideau Cramoisi" d'Alexandre Astruc, "Les Dernières Vacances", de Roger Leenhardt, "Le Silence de la mer", de Jean-Pierre Melville, les films-livres de Maria Koleva, les films de Varda, Marker, Kramer, Van der Keuken...
Publié par taufort à 09:18:24 dans Alexandre Astruc | Commentaires (0) | Permaliens
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