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Observations sur le plan séquence (67) | 18 décembre 2006

PIER PAOLO PASOLINI

Interaction entre émotion et évènement.
L'exemple du plan séquence donné par Pasolini dans son texte "Observation sur le plan séquence" en 1967, provient d'une captation d'un évènement réel tourné par un amateur : la mort de Kennedy. Nous ne sommes plus dans la construction d'un récit ou d'une séquence cinématographique. La prise de vue, son cadre, son début, sa fin, est indissociable de l'émotion de son créateur, à la fois spectateur et auteur. La prise de vue n'est pas réfléchie. Celle-ci est donc dépendante d'une émotion réelle vécue par le caméraman. Ici, c'est le monde réel, l'évènement historique (la présence de Kennedy) qui influent directement sur les choix de prise de vue du caméraman. Evidemment, un deuxième type d'émotion abolit la première. Cette émotion, c'est le trouble causé par un sentiment vif de peur, de surprise, de terreur. L'évènement tragique perturbe jusqu'à la prise de vue du spectateur muni de sa caméra 16mm.Les nouveaux choix qui en résultent retraduisent la perception du caméraman amateur, mais paradoxalement pour le spectateur que nous sommes, la façon de filmer semble aller de paire avec l'évènement tragique, alors que la réalité passe d'abord par le prisme des émotions du caméraman amateur - ce que le spectateur cherche à ignorer s'entêtant à penser naïvement, comme tout bon spectateur de cinéma, que la réalité a son langage, et que le cinéma n'en a pas. Ce dernier semblant se réduire au simple enregistrement du réel. En vérité : le cinéma a son langage, mais « c'est un langage sans langue » dira Christian Metz car les choix sont considérables.-  Pasolini explique que justement la réalité ne parle à personne d'autre qu'elle-même car elle dit quelque chose dans son langage qui est « le langage de l'action ». Mais ce langage n'a absolument rien à voir avec le cinéma.


Les subjectives
Pour Pasolini, ce type de séquence est une subjective. Plan séquence car il n'y a aucune coupe. Subjective car la prise de vue se fait en temps réel, se synchronise à un objet réel et est vécue en temps réel, avec tout ce que cela implique sur les émotions et le choix du cadre, etc. Et surtout parce que caméraman et spectateur ne font qu'un. Le plan subjectif est donc l'extrême réaliste de toute technique audio-visuelle puisqu'il ne permet aucun autre point de vue sur la réalité. C'est un point de vue très limité. L'angle est celui d'un sujet qui voit, entend et ressent, et la caméra se substitue à cette perception. Pour fabriquer du réalisme en documentaire ou en fiction, il faut deux outils essentiels : une caméra et un magnétophone (du visuel et du son) quelque soit l'objet filmé, qu'il soit abstrait ou non. Vous posez votre caméra, vous enregistrez du son, le réalisme est là !


Exercices
1. Trouvons ensemble une dizaine de plans subjectifs possibles (plan tourné par Kennedy, plan tourné par sa femme, plan tourné par le tueur, etc.)
2. Deux hypothèses : si on juxtapose tous ces plans subjectifs possibles, projetés l'un après l'autre (montage élémentaire) : soit on aura l'impression de voir une seule et même action, soit on aura l'impression que l'action se déroule plusieurs fois.
3. Lequel de ces petits films vous montre avec le plus d'approximation la véritable réalité des faits ?

Système de transformation du présent en passé (version texte du schéma, parallèles faits avec les différents processus de création étudiés jusque-là en cours)
1. Diagnostic
La volonté du caméraman de fixer le fugitif de la vie [Canudo]
Subdivision du thème (La mort de Kennedy) : un coup de fusil, un corps qui s'écroule, une voiture qui s'arrête, une femme qui hurle, etc. Langage de la réalité, langage de l'action, signes non symboliques : c'est le langage des signes non symboliques du temps présent [nous appliquons la méthode d'Eisenstein et celle de Léonard De Vinci, en inversant le processus de création]
Le film sur Kennedy : contraire au processus de création godardien qui utilise des signes symboliques (langage de l'action et langage de la fiction). Exemple : « Week-end » (subdivision d'un thème en représentation : cri, tête de lapin écorché, beaucoup de sang, gros plan).
Eisenstein partirait d'un thème (La Mort, le Pouvoir) et le déclinerait en cinq idées (les mêmes). Eisenstein cherche à rendre le passé présent, tandis que Pasolini veut rendre le présent passé. Les signes symboliques chez Eisenstein : langage de la fiction, dialectique.
Dans le film sur Kennedy, le langage est tronqué et incomplet car il n'y a aucune relation entre les syntagmes vivants (victimes, tueurs, foule,...)
2. Remède
La solution pour rendre un langage complet et compréhensible (c'est-à-dire du sens), c'est de passer par le montage. Il ne faut pas multiplier les présents mais les coordonner. La juxtaposition détruit et vide de sons sens le concept de présent. Tandis que la coordination peut rendre le passé présent. L'objectif d'un réalisateur est de reconstituer une vérité. Son arme : l'intuition. Il faut passer par le montage et puiser dans chacune des subjectives un plan significatif, trouver un enchaînement.
3. Guérison
La sélection et la coordination gomme la subjectivité. Il faudrait dans ce cas utiliser un narrateur pour saisir et reproduire la réalité fuyante. En remplaçant celui qui a fait la prise de vue par un narrateur, on transforme ainsi le présent en passé. Et on a comme exemple parfait un film comme La Rage (La Rabbia, 1963, de Pasolini).

Publié par taufort à 09:06:10 dans Pier Paolo Pasolini | Commentaires (0) |

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