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LA « DISTANCIATION », UNE OPTION PUREMENT THEORIQUE
« J'ai travaillé pas mal de temps avec Brecht, c'est-à-dire de 1949 à 1956, jusqu'à sa mort : et pendant tout le travail pratique, je ne l'ai pas entendu employer une seule fois le mot « distanciation ». C'était une option théorique qu'il avait prise dans les années trente, et dont il ne s'est pas servi après. Toutes les théories de Brecht sont très dangereuses si on les sépare de la pratique, et elles ne servent qu'à chapeauter et à mettre sous les boisseaux la réalité de sa pratique. C'est détestable de voir intimider les gens avec des concepts abstraits, et au fond ça devient des instruments de blocage. Au lieu de laisser aux gens leur perception sensuelle et émotionnelle aussi bien qu'intellectuelle, on les bloque avec des concepts intellectuels et on leur interdits toute approche sensible qui leur permettrait d'accéder à des concepts concrets. » Benno Besson (cf. photo)
LE FOND ET LA FORME
L'une des réflexions exposée par Brecht dans « Critique des représentations » concerne l'adéquation entre la forme d'un film et son contenu. Jean-Baptiste Thoret, dans les colonnes de Charlie Hebdo (Mercredi 4 octobre 2006) souligne le danger qui peut résulter d'une contradiction entre le fond et la forme : « Les meilleures intentions du monde ne garantissent pas la qualité de celui ou celle qui les promeut. Et inversement. Autrement dit, on peut vouloir, avec courage, la victoire du Bien sur le Mal, la réparation de toutes les injustices et produire sur le terrain d'action que l'on s'est choisit un objet médiocre. (...) Indigènes tonitrue partout la fraternité, mais il filme le contraire. Dès qu'un maghrébin et un blanc partagent le cadre, le réalisateur ne se concentre que sur ce qui les oppose et, dans le même temps, nous dit que tout les rapproche (« les balles allemandes ne font pas la différence »). Indigènes est un film de propagande, mais pour la bonne cause. Il suppose une identification forcée et unilatérale, une vision binaire du monde, et envisage sa revendication comme une prise d'otage : un dégel (les pensions) contre une libération (le poids de la faute coloniale). C'est moralement problématique, et cinématographiquement nul. » Ce sujet sensible a été aussi exploré par Jean-Michel Frodon, surlignant les mêmes contradictions, dans un article sur « Le Vent se lève », de Ken Loach (2006).
LA DRAMATURGIE NON-ARISTOTELICIENNE
« Brecht nous dit, au mépris de toute tradition que le public ne doit s'engager qu'à demi dans le spectacle, de façon à connaître ce qui y est montré, au lieu de le subir ; que l'acteur doit accoucher cette conscience en dénonçant son rôle, non en l'incarnant ; que le spectateur ne doit jamais s'identifier complètement au héros, en sorte qu'il reste toujours libre de juger les causes, puis les remèdes de la souffrance ; que l'action ne doit pas être imitée, mais racontée ; que le théâtre doit cesser d'être magique pour devenir critique, ce qui sera pour lui la meilleure façon d'être chaleureux. » Editorial pour le numéro 11 de Théâtre Populaire, (janv.-févr. 1955), consacré à Brecht.
Publié par taufort à 11:40:40 dans Bertolt Brecht (II) | Commentaires (0) | Permaliens