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DISTORSIONS

sensorielles et dimentionnelles

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IMPOSSIBLE | 04 mai 2008

Je sais que ces mots pourraient m'être adressés... Pensées tendres pour R...

 

DEUXIEME LETTRE DE MÉNAGE

J'ai besoin, à côté de moi, d'une femme simple et équilibrée, et dont l'âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. Ces derniers temps, je ne te voyais plus sans un sentiment de peur et de malaise. Je sais très bien que c'est ton amour qui te fabrique tes inquiétudes sur mon compte, mais c'est ton âme malade et anormale comme la mienne qui exaspère ces inquiétudes et te ruine le sang. Je ne veux plus vivre auprès de toi dans la crainte. J'ajouterai à cela que j'ai besoin d'une femme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver chez moi à toute heure. Je suis désespéré de solitude. Je ne peux plus rentrer le soir, dans une chambre, seul, et sans aucune des facilités de la vie à portée de ma main. Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et une femme qui s'occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m'occuper de rien, qui s'occupe de moi pour les plus petites choses. Une artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela. Tout ce que je te dis est d'un égoïsme féroce, mais c'est ainsi. Il ne m'est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne veux pas non plus qu'elle soit d'une intelligence excessive, ni surtout qu'elle réfléchisse trop. Il me suffit qu'elle soit attachée à moi. Je pense que tu sauras apprécier la grande franchise avec laquelle je te parle et que tu me donneras la preuve d'intelligence suivante : c'est de bien pénétrer que tout ce que je te dis n'a rien à voir avec la puissante tendresse, l'indéracinable sentiment d'amour que j'ai et que j'aurai inaliénablement pour toi, mais ce sentiment n'a rien à voir lui-même avec le courant ordinaire de la vie. Et elle est à vivre, la vie. Il y a trop de choses qui m'unissent à toi pour que je te demande de rompre, je te demande seulement de changer nos rapports, de nous faire chacun une vie différente, mais qui ne nous désunira pas.

Extrait de"L'ombilic des Limbes, Le pèse nerfs"

Publié par fleurette à 12:26:21 dans Distorsion sensorielle | Commentaires (2) |

05-05-2008  21:57  05-05-2008 21:57
Très  De  fleurette identité certifiée Sujet:  Très Url: [Liens]
juste
04-05-2008  13:17  04-05-2008 13:17
Dommage qu'Artaud  De  Cosmic Dancer  Sujet:  Dommage qu'Artaud
n'ait pu concevoir qu'il puisse coexister en une femme, puisque c'est de femme qu'il est question, une polyvalence des désirs, des aspirations, des capacités à s'inscrire dans une vie à double tiroir, celle d'un quotidien où un amour ultime a toute place en son cœur, et celle de l'errance en esprit qui donne parfois lieu à des œuvres. Je me demandais récemment si dans l'histoire de l'art et de la littérature on avait jamais su qu'une artiste aurait, mais enfin ce choix délibéré de confort ou plus exactement ce fantasme persistant de confort conjugal froidement déterminé et assumé en pleine lucidité, qu'une femme artiste aurait embauché comme partenaire un métrosexuel à elle entièrement dévoué. Je dis métrosexuel parce qu'ils s'appliquent tant à se faire ménagères des temps modernes. En revanche on a pu connaître des couples exerçant chacun leur propension forcément assez maladive à épancher leur conscience avec plus ou moins de bonheur et ce sans souffrir d'inanition manifeste, qu'il s'agisse de la préparation des repas ou de la tendresse horizontale et verticale. Bref, ce désir de mère dénie à celle-ci aussi la possibilité d'exister autrement que dans la contrainte des jours. C'est triste. Plus affligeant encore, ce romantisme de l'éloignement qui au fond refuse de libérer cette seconde femme, celle des songes et des rêves, celle avec qui la vie n'aurait peut-être pas été toujours aussi tranquille qu'une soirée devant la télé et un déjeuner chez les beaux-parents le dimanche, mais pas moins paisible, profondément, pour autant. Il y a aussi que ça revient à dire que les femmes intelligentes et créatives sont chiantes, et que rien ne vaut une douce duègne. Oui, vraiment, c'est triste. Et ce d'autant qu'à l'autre bout de la lettre, la femme en question se résoudra sans doute plus difficilement, voire jamais, à s'accommoder d'un ours en peluche à mains d'homme pour les travaux domestiques et l'assurance de soi.

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