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Mon âme au plus offrant. | 21 décembre 2006


Il y a quelques années de ça, crétin sans avenir, clubbeur à mes heures perdues, amateur de Tryo, de fesses de jolies filles, et ressemblant à un panneau publicitaire pour Levis, j'ai décidé de vendre mon âme au Diable pour le principe. J'ai alors commencé à rencontrer des gens dont l'éventail des capacités intellectuelles leur permettait de vaincre une amibe au échecs, j'ai aussi pu m'interesser à la littérature, à la musique, à m'ouvrir au monde... Evidemment, il y avait des contreparties. Le Malin estime, à juste titre, que c'est plus rigolo si le total des bénéfices est négligeable par rapport au moindre des maux que celà implique.
Notamment, j'ai gagné dans l'affaire une conscience, et une vingtaine de centimètres de cheveux. Ma vie à radicalement changé ( excepté en ce qui concerne le posterieur d'une partie non négligeable de la population: celle qui se retourne avec un air hargneux dévoilant un décolleté fantastique et un poing américain bien décidé à être plus qu'une arme de dissuasion. )
Bref, ma vie suivait son cours, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'a la semaine dernière...

Quelque chose me tracassait, et il est bien connu que les amis sont nos pires miroirs psychiques.
Le Tompouce me dit: "Hé, mais t'as une âme???"
Révélation. Choc. Tilt, et toutes les extraballs qui s'ensuivent. Mon âme, telle la queue du lézard laissée volontairement en arrière pour sa survie, a commencé à repousser.
Passée la première émotion, je me décidai donc à la cultiver autant que possible, une belle âme comme ça, ça peut se revendre une fortune, et mon précédent client m'avait laissé son numéro.
Pas de bol, je tombe sur sa secrétaire: Monsieur est occupé avec un certain général Chilien et il doit réserver quelques suites pour des personnages importants...
Bien, je dois me la trimballer pour le moment, mais j'ai peur qu'elle me fasse faire des conneries, et il est stupide de s'ouvrir à de nouveaux marchés. Si vous êtes interessés par une âme bien fraiche, modelable à volonté, contactez moi!

Publié par skalimero à 19:34:39 dans Articles d'humeur | Commentaires (2) |

La peinture... | 11 décembre 2006

 

La peinture est un art fascinant dont on ne peut cependant pas expliquer pourquoi il touche. Telle est la question dont je chercher encore la réponse :
Qu'est-ce qui fait qu'un tableau, une fresque, un lieu de peinture me touche ?

 

Qu'est-ce qui fascine dans un tableau, qui fait que telle oeuvre plutôt que telle autre nous arrête et qu'on ne peut s'en détacher, ou que l'oeuvre nous appelle ?
En ce qui me concerne, car il n'y a bien sûr pas de règle générale, je dirais que c'est le sentiment que dans cette oeuvre-là il y a quelque chose qui pense, et qui pense sans mots. Je suisquelqu'un qui parle et qui écrit, ma pensée se fait avec des mots, elle se cherche, s'exprime, et une peinture pense de façon non verbale ; et certaines peintures m'attirent, me fixent, m'arrêtent, me parlent comme si elles avaient quelque chose à me dire, or en fait elles ne me disent rien, et c'est cette fascination-là, cette attent, qui m'arrête et me fixe.

"La silencieuse puissance de la peinture" Delacroix.

 

J'ai constaté que la venue de l'émotion pouvait se produire de deux façons différentes.

Premièrement, le choc, la surprise, l'émotion pure qui ne se verbalise pas. C'est donc le premier type d'émotion que peut procurer la peinture, une surprise qui, par exemple, est un choc visuel coloriste ; le coloris touche et appelle.

Le deuxième type d'émotion c'est quand, avec le temps, avec la durée, avec le fait de revenir, peu à peu les couches de sens, cette accumulation de sens, de réflexions, de méditations du peintre, apparaissent. La peinture soulève un pan, puis un autre pan, et peu à peu une intimité se fait. On fini par rejoindre un horizon jamais entièrement atteignabke, et par se rapprocher d'une intimité de l'oeuvre telle qu'elle a été demandée, réalisée et regardée ou vécue.

Il y a donc cette double émotion : lémotion choc devant, et complémentairement, l'émotion de la densité de pensée qui est confiée à la peinture. Et c'est d'ailleurs ce qui me gêne dans la peinture : travers ses matières, ses formes, il y a quelque chose qui penser et je n'ai que des mots pour en rendre compte, en sachant pertinemment que ces mots ne recouvrent pas l'émotion dégagée. Donc, c'est le tonneau des Danaïdes. Je pourrai toujours remplir par des mots et des mots, je n'atteindrai jamais la qualité spécifique de l'émotion d'un tableau de peinture. Même quand le tableau, ou une fresque, a été compris, y revenir c'est affronter de nouveau le silence de la peinture...


Photo et Texte : Moi ; Eni...

Publié par skalimero à 23:42:24 dans Articles d'humeur | Commentaires (2) |

Texte d'un autre pour une fois. | 11 décembre 2006

 

 Dans ma chambre le lit se trouvait ici, l'armoire là, et entre les deux il y avait la table.
Jusqu'au jour où j'en eus assez. Je déplaçai le lit là, et l'armoire ici.
Pendant un certain temps je sentis couler en moi un courant novateur vivifiant. Mais au bout de quelques jours...l'ennui revint.
J'en tirai la conclusion que la source de mon ennui était la table, ou plutôt sa position immuablement centrale.
Je poussai dons la table là, et le lit au milieu. De façon anticonformiste.
Cette seconde nouveauté me redonna de la vitalité, et tant qu'elle dura, j'acceptai la gêne anticonformiste qu'elle occasionnait. En effet, je ne pouvais plus dormir maintenant le visage tourné vers le mur, ce qui avait toujours constitué ma position préférée.
Au bout d'un certain temps, néanmoins, la nouveauté cessa d'être nouvelle, et seule subsista la gêne. Dans ces conditions, je poussai le lit ici, et l'armoire au milieu.
Cette fois, le changement fut radical. En effet, l'armoire au milieu de la chambre, c'est plus que de l'anticonformisme. C'était de l'avant-garde.

Au bout d'un certain temps, néanmoins... Ah, ce maudit « certain temps »! Bref, même l'armoire au milieu de la chambre cessa de me paraître quelque chose de nouveau et d'inhabituel.
Il convenait d'opérer une cassure, de prendre une décision fondamentale. Si, dans le cadre ci-dessus défini, aucun véritable changement n'était possible, il importait de sortir complètement de ce cadre. Dès lors que l'anticonformisme se révélait insuffisant, dès lors que l'avant-garde ne donnait aucun résultat, il fallait accomplir une révolution.
Je pris la décision de dormir dans l'armoire. Tous ceux qui ont essayé de dormir debout dans une armoire savent qu'avec une telle absence de confort on est absolument assuré de ne pas trouver le sommeil, sans parle de l'exténuation qui s'empare des jambes, et des douleurs dans la colonne vertébrale.
Oui, ce fut la bonne décision. Succès, victoire complète. Car, cette fois-ci, même le « certain temps » n'eut aucune prise. Au bout d'un certain temps, non seulement je ne m'habituai pas à mon changement, mais au contraire, je ressentis ce changement avec de plus en plus d'acuité, car la douleur allait croissant à mesure que le temps passait.
Tout aurait donc été pour le mieux, n'eût été ma résistance physique, qui s'avéra limitée. Une certaine nuit, je n'y tins plus. Je sortis de l'armoire et m'allongeai sur le lit.

Je dormis trois jours et trois nuits. Après quoi je poussai l'armoire contre le mur, et la table au milieu, car l'armoire au milieu me gênait.
Maintenant, le lit se trouve ici, comme avant, l'armoire là, et entre les deux il y a la table. Quand l'ennui me guette, je me remémore l'époque ou j'étais révolutionnaire.

 

Slawomir Mrozek, "La vie est difficile"

 

 

 

Publié par skalimero à 18:41:51 dans Articles d'humeur | Commentaires (0) |

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