
Je suis envouté. Cette fille m' a ensorcellé. Depuis la mort prématurée de femme je vivais dans une sorte de torpeur mélancolique. Je vivais par habitude, pour mon fils aussi. Je n' étais pas à plaindre. Un bon boulot que j' avais choisi, un pote avec qui je pouvais boire un coup de temps en temps histoire de discuter de tout et de rien. Un gosse bien dans sa peau qui ne me considérait pas comme "un vieux con". Et quelques aventures amoureuse histoire de me distraire... Mais il me manquait quelque chose. Le décés de mon épouse avait brisé quelque chose au plus profond de moi. Et c' est bien normal, n' importe qui ayant connu la perte d' un être cher ressent ce vide qui vous accompagne sans cesse. Un sentiment de solitude absolue que ne peuvent combler ni enfants ni amis et ni maitresses. Je continuais donc ma vie sans volonté particulière. Comme si je faisais une randonnée et qu' à mi-parcours j' avais envie d' arreter. Il serait vain de revenir en arrière et ridicule de s' arrêter au milieu du chemin. Alors je poursuivais ma route, sans convictions, au ralentis. Tout en sachant que si je ne faisais rien je prenais le risque de devenir aigri.
C' est mon fils qui a tendu la perche pour me redresser. Un soir au diner il m' a demandé de but en blanc: " Alors papa, quand est ce que tu vas te remarier ?". La question, venant de sa part m' a surprise et j' ai immédiatement changé de sujet de conversation. Mais le déclic s' était produit. Mon futur s' éclairssissait. Car si j' avais depuis longtemps accepté l' irrévocable disparition de ma compagne une sorte de fidélité m' interdisait l' idée de reconstruire un nouveau couple. Et c' est mon fils qui par cette simple interrogation me donnait la permission d' entrevoir une nouvelle vie. Puis ce fût au tour de mon ami d' amener la suite. Par le biais de notre boulot il organisa des entretients pour un soi disant job de relations public. Ces auditions me permirent de LA rencontrer. Je la connaissais déjà. Sa lettre de motivation m' avait pronfondément attendri. Bien sùr c' est sa photo que j' avais remarqué en premier, mais ce n' était pas le plus important. De nombreuses candidates étaient beaucoup plus jolies qu' elle, de vraies canons. Elle, était mignonne et son visage dégageait une étrange impression de douceur mélée de tristesse. Sa lettre de motivation m' avait confirmé cette sensation et m' avait laissé l' image d' une jeune fille qui avait connu ce qu' on appelle la douleur et qui avait su la surmonter. C' est ce qui m' a fait me sentir proche d' elle et avant de la rencontrer je savais que ce serait celle qui me plairait.
Effectivement le jour de l' audition je n' attendis que son passage et quand elle se retrouva assise en face de moi j' étais déjà presque amoureux. J' avais son numéro, elle me connaissait, il ne tenait plus qu' à moi de donner une suite à l' histoire. Persuadé que même si elle m' avait rencontré pour des raisons professionnelles je n' aurai aucun mal à la séduire.
Je l' appellais le soir même pour lui proposer d' aller manger au restaurant afin de parler du "job". Evidemment elle accepta et je me couchai joyeux comme un adolescent qui à obtenu son premier rendez-vous amoureux. En m' endormant je pensait encore à son air doux et triste, cette sensation confuse de douleur que son regard semblait exprimer et je me demandais pourquoi mon ami, à la fin de l' audition, m'avait dit " qu' il ne la sentait pas". Par jalousie sans doute...
Reprise personnelle du début du scénario de "Audition", réalisé par
Takeshi Miike. A voir absolument, une "love story" peu banale.
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