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Je ne veux pas grandir

Histoire inventée

Moi que je déteste

J'ai dix-huit ans.

Je voudrais réaliser un grand rêve.

Celui d'être bien dans ma tête.

 

Je n'y parviens pas.

Je ne mange pas.

Je ne mangerais plus.

 

C'est difficile.

C'est très difficile.

C'est extrêmement difficile.

 

Manger c'est grandir.

Grandir c'est vieillir.

Vieillir c'est mourir.

 

Je ne veux pas mourir.

 

Je ne sais même pas ce que je veux. En fait, je suis complètement perdue.

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Rencontre. | 15 décembre 2005

Il y a une fille qui me parle. On se parle de notre maladie. On parle de nos difficultés. On témoigne. On crie, on hurle ensemble. Elle est plus maigre que moi, plus mal, à l'hôpital. Elle parle mieux. Elle écrit mieux. Elle a vingt ans. Elle ne fait rien. Elle n'écrit pas. Elle lit seulement.

Je lui ai écris une histoire. Il y avait des mots magnifiques. Elle di qu'elle pleure en me lisant, que ça lui fait quelque chose de fort. Qu'elle m'aime déjà, par amitié, par amour, par rien. Elle n'aime pourtant rien. Ni les filles, ni les garçons. Avant elle était grosse. Maintenant, elle a les pattes si fines qu'on voit ses os. Elle est blanche, elle n'est pas belle. Elle dit que si je continue, dans un an ou deux, je serais comme elle.

Je suis partagée, il faut maigrir. J'aimerais maigrir et être bien. Cela n'existe pas. Alors on continue de s'écrire. C'est le temps de la peur, de Noël, des gros cadeaux, des chocolats...que c'est dur tout ça.

Mon père pose sa main sur mes cheveux. Je le repousse. Cela me répugne. On a fait du mal à tous. Mon père et moi, c'est autre chose. Ce n'est pas une relation. Mon père me dégoûte. Ma mère aussi. Ma soeur, c'est pire. On ne se touche pas. Mon psy demande pourquoi ? Je le sais, je ne le dis pas.

Publié par Laure. à 17:34:26 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (4) |

J'ai honte mais je l'écris | 14 décembre 2005

bientôt...quel bonheur !

je retrouverais l'homme qui me fait tant "chose" Oui, l'homme qui me fait découvrir mon corps. Il dépose deux baisers, sur mes joues, ou bien, il me serre la main. Je suis assise devant lui, souvent, et je croise les jambes pour augmenter le plaisir que me succède sa douceur.

une fois, j'ai fait atteindre le plaisir à l'orgasme...je ne sais pas ce qui s'est passé, je l'ai senti venir, m'imaginant qu'il était contre moi, nu, que ça serait "mon homme"

J'ai honte, n'ayez crainte, de parler ainsi. J'ai encore maigri. Je sens mes os la nuit, sur le matelas. Je mange mes dents, parait-il. Si je ne mange pas, je n'en aurais plus. J'ai toujours faim et je l'oublie, les mèdecins disent que les anorexiques sont des filles qui sont toujours très têtues. Un autre a dit que les anorexiques étaient narcissiques. Mon psychologue ne dit pas ça, il dit que je suis révoltée, que quelque chose me démange.

Publié par Laure. à 13:51:57 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (14) |

L'amour de mon psy | 07 décembre 2005

je suis triste...je lui ai donné la lettre...c'était un dur moment où la feuille tremblait, d'abord dans mes mains, puis après dans les siennes. J'ai senti ce long silence, le blocage dans sa voix, la douleur dans son coeur...

il m'a regardé, il m'a dit : "je suis désolé Laure, ce que je vais te dire te fera beaucoup de mal. Mais je ne partage pas tes sentiments. Si jamais tu ne te sens plus capable de venir me voir, si jamais tu as mal, je te conseille de prendre un autre psychologue, peut-être une femme te servira mieux..."

Je pleurais, devant lui. J'avais l'air ridicule. Je lui disais "non, je ne veux pas, je ne veux que vous"

"Mais Laure, cette situation m'est embarassante...je ne vois pas comment pouvons-nous faire...si je suis un "petit ami" au lieu d'être un psychologue, les séances n'ont aucun intérêt. Je suis ici pour te sortir de l'impasse, de tes difficultés, je suis ici pour t'écouter, pas pour t'aimer.."

Je me souviens de tout ces mots. De tout ce qu'il me disait, qui me fendait le coeur. Je m'y attendais mais c'est lui que j'aime, c'est plus fort que moi, depuis quelques semaines, je ne tiens plus.

"Bientôt, je serais en vacances, ensuite, on aura une séance et tu partiras en vacances. Je verrais comment évoluent tes sentiments, je pense que tu devrais "oublier" et surtout "sors" Laure, sors, n'oublie pas de sortir, ouvre-toi, regarde les garçons autour de toi. Ils sont beaux les garçons autour de toi ? Comment ça, tu n'en vois jamais ? Non, ce n'est pas possible, j'en vois tous les jours."

...

"Laure, il est l'heure. Cette séance me fait douter de mes capacités de psychologue, je ferais mieux d'aller voir le mien. Au revoir Laure..."

Il m'a serré la main et je suis partie, toujours en larmes.

Je vous aime...quand même !

Publié par Laure. à 19:50:13 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (5) |

Tout à l'heure | 07 décembre 2005

je verrais l'homme qui me fait tant rêver de ces plaines, de ces montagnes, de neiges, de rochers magnifiques. C'est avec lui que j'aimerais partager les belles choses qui embelliront le peu de ma petite vie, où tout me semble morose. C'est avec sa main dans la mienne que j'aimerais gravir des montagnes, manger du poissons, dévorer les nouveautés, regarder des jongleurs dans la ville, être caresser le soir avant de dormir...

c'est avec lui que je veux combattre ma propre image, la mauvaise image qui me fend le coeur...c'est avec lui que je veux soigner l'intérieur de mon corps, et l'extérieur...ce sont ces baisers que ma peau douce, le soir, réclame...! et crie ! et hurle...le soir ! On dirait que les draps sont lui, que je me roule contre le matelas en l'attendant...j'imagine son corps chaud, contre le mien, la transpiration de ses tempes, son souffle qui s'accélère par la montée de son désir...

il n'y a pas ça. Dans une heure, je rentrerais dans son bureau, rouge, tremblante.

"_Qu'as-tu ? Est-ce que ton moral diminue ? ... Non ? tu as peur de moi ? Mais...? comment est-ce possible ? Je ne suis pas un monstre, Laure, je suis ton psy..."

Et mon amour, penserai-je dans ma tête. Et il ne me prendra pas dans les bras comme je le souhaite, il me conseillera de m'asseoir, de souffler et il me parlera de mon anniversaire. Je dirais :

"_J'ai été gâté, je pars en Nouvelle-Zélande...

_C'est bien, ça ! Tes parents ont eu une excellente idée."

On m'a dit de ne pas lui dire que je pars avec un ancien psychiatre. Je lui murmurerai alors :

_Je pars avec un couple de vieux...ils sont riches et ils voyagent tous le temps.

Il répondra en souriant, parce que je prends de l'assurance. Tout à l'heure, je lui tendrais la lettre :

"Tenez, j'ai écris cette semaine..."

J'aurais les larmes aux yeux, j'attendrais sa réponse comme au primaire. Ce soir, je vous ferais part de ses commentaires ; mon coeur bat à 100 à l'heure...dix fois plus vite que les aiguilles d'une montre.

Publié par Laure. à 14:14:57 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (0) |

La pluie tombe... | 05 décembre 2005

je me pose devant la fenêtre et je regarde la pluie tombait. J'aimerais être près de la cheminée, mais mon père est devant, le corps tremblant comme s'il avait peur de moi. Je sens les os de mon postérieur, je sens mon visage s'amincir, cela me fait tant de bien et tant de mal...

la pluie tombe autant que mon moral...la neige se pose, légère, comme mon cors que ma mère chatouille, le soir, comme une petite fille. Dix huit ans, me dit-elle, déjà, et je sens qu'elle se demande : pourquoi dix-huit ans et une maladie d'adolescente ?

mon corps a froid, ma mère pose doucement sa main chaude et grosse sur la nuque. Je lui demande de l'enlever,  je la pousse. Viens les bougies, que je ne souffle pas, on me demande "souffle-les d'un coup, ça nous ferait plaisir" Mon plaisir à moi, c'est le visage de mon psychologue, et alors que je m'apprête à souffler les dix-huit bougies qui chauffent le gâteau, je pense à lui.

L'odeur de la cire englobe la cuisine ; je tousse. Les applaudissements discrets me donnent chaud au coeur. Je suis majeure, responsable, et amoureuse. Pour cela, il ne faut pas être malade. Quant on est malade, on n'a pas de responsabilité, on attend les mèdecins. Mon psychologue ne me souhaitera pas un bon anniversaire mercredi.

Je ne mange pas le gâteau ; il y a trop de glucides, trop d'édulcorants...Je me remets à la fenêtre, pensant à cette pluie qui tombe, comme mon moral...

Publié par Laure. à 13:17:22 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (0) |

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