J'ai dix-huit ans.
Je voudrais réaliser un grand rêve.
Celui d'être bien dans ma tête.
Je n'y parviens pas.
Je ne mange pas.
Je ne mangerais plus.
C'est difficile.
C'est très difficile.
C'est extrêmement difficile.
Manger c'est grandir.
Grandir c'est vieillir.
Vieillir c'est mourir.
Je ne veux pas mourir.
Je ne sais même pas ce que je veux. En fait, je suis complètement perdue.
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j'ai mangé un peu aujourd'hui, plus que d'habitude, mais j'ai vomi. Je suis au-dessus des toilettes et puis, ce que je rejette mentalement, se rejette inconsciemment.
Cela me rappelle mes premiers mois, les lavabos, le savon sur les mains, le brossage intense des dents, l'odeur de la nourriture qui flottait dans la maison.
cela me rappelle aussi la douleur de ma mère, assise recroquevillée sur le canapé, mon père en pleurs, les grands-parents au téléphone, et moi qui crie "je veux partir"
J'ai envie de voyage aujourd'hui, demain, j'ai 18 ans.
Publié par Laure. à 13:57:27 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (2) | Permaliens
"Monsieur,
Je vous écris car c'est plus facile d'écrire que de parler, pour ma part. J'aimerais vous parler de quelqu'un que j'aime plus comme un père, un ami, un amour, que j'aime plus que tout, pour qui je donnerais ma vie, pour qui je pourrais même manger.
C'est une personne de sexe masculin, un homme déjà, un homme ni vieux, ni jeune, ni beau, ni laid, mais un charme qui ne me laisse pas de marbre, tant sa voix, son corps, sa délicatesse me fait vibrer.
Il sait me parler, il est le seul, je lui parle aussi beaucoup, je lui raconte mes journées, mes difficultés, mes appréhensions, mes craintes...D'ailleurs, je ne connais pas son pouvoir, celui qui permet de me donner des ailes.
Quand je le vois, je reste naturelle, mais à l'intérieur de moi, il y a tout qui brûle, il y a tout qui revit aussi, et mon corps demande : "touche-le, dis-lui que tu l'aimes !" Mais je reste muette, parlant de tout et de rien. Et une fois qu'il n'est plus là, je ne peux plus manger une miette.
Vous allez penser que je suis trop romantique, que l'amour, ça n'est pas ça, c'est plus complexe, l'amour, c'est à deux. Je ne sais pas faire l'amour à deux, je sais le faire toute seule, je suis capable d'aimer quelqu'un qui me hait. Peut-être me hait-il ? Je n'en sais rien et je ne veux le savoir.
Que dire et que faire, monsieur, je suis perdue sans vous...oui, cet homme, c'est vous.
Laure"
J'aimerais donner cette lettre à mon psychologue pour qu'il comprenne que le sentiment que je ressens est plus que tout, c'est l'infini, et je saurais pas entièrement définir ce que je ressens. Voilà, qu'en pensez-vous ?
Publié par Laure. à 17:32:45 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (11) | Permaliens
J'ai le monde qui s'écroule à mes pieds. Des voitures ont brûlé près de chez moi, j'entends les échos des cris de mes parents, la détresse des gens, la peur des gens, la bêtise des jeunes. Comme moi, ils ne savent pas s'exprimer.
Ils ne connaissent pas la politique, ils se sentent abandonnés, comme moi, ils se sentent mal-aimés, comme moi, ils se sentent sans danger, comme moi. On est quelque part, tous un peu ridicules.
Mon psychologue dit que j'ai fait des progrès. C'est grâce à mon amour pour lui, grace à ces mains posées sur le dossier du siège, ou ses yeux qui me regardent, comme un étranger amoureux.
Publié par Laure. à 10:48:52 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (0) | Permaliens
Les gens, le docteur, les proches veulent faire quelque chose. Ils parlent de "remède", "psychothérapie" et de "révolte" Je me demande ce qu'est leur idée.
Je sens comme une destruction de mon corps, et je jouis du plaisir de perdre. Je n'y peux rien. Ma sortie est loin, le bout du tunnel est très loin. C'est pire l'imagination. Elle joue des tours à mon corps. J'ai rien mangé aujourd'ui, pas une miette. Je vais dormir dès maintenant, pour tout oublier.
Et j'ai tellement bougé. Bougé.
Publié par Laure. à 19:47:27 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (1) | Permaliens
La vie est nettement plus grise et plus morose en autonme. Le temps est chaud mais mon coeur est froid, comme un glaçon. Pourtant, j'aime, j'aime ce psychologue ; je l'aime à en mourir, mais devrais-je pas dire ? à en vivre ?
Tout est paradoxal, difficile, injuste et beau. La vie est une Constitution. La vie est un rien, un poids sur mon coeur, comme les aliments dans mon assiette, qui ne visiteront jamais mon intérieur, mon être, ce goût écoeurant.
Publié par Laure. à 19:07:48 dans Je ne veux pas grandir | Commentaires (0) | Permaliens
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