J'ai dix-huit ans.
Je voudrais réaliser un grand rêve.
Celui d'être bien dans ma tête.
Je n'y parviens pas.
Je ne mange pas.
Je ne mangerais plus.
C'est difficile.
C'est très difficile.
C'est extrêmement difficile.
Manger c'est grandir.
Grandir c'est vieillir.
Vieillir c'est mourir.
Je ne veux pas mourir.
Je ne sais même pas ce que je veux. En fait, je suis complètement perdue.
il pleuvait hier, j'ai ouvert ma fenêtre et j'ai senti l'eau m'éclabousser le visage. A travers les gouttes qui faisaient la course sur les vitres, je voyais le paysage de la Nouvelle-Zélande, m'enivrait de bonheur. Le vent me faisait rougir les joues.
Ma mère m'appelait, cette voix grave et ces mots que je maudis : on mange ! on mange ! malgré ma maladie, elle les prononce toujours. J'avais peur de l'assiette, d'habitude, je reste enfermée, recroquevillée sur mon lit à l'idée d'entendre les fourchettes cognées sur la porcelaine. Je me levai.
J'attendis devant la porte de la cuisine ; il y avait une pancarte, celle que j'avais dessiné à 8 ans : ici, c'est la cuisine accompagnée d'un dessin ridicule, et d'un sourire d'enfant. J'étais heureuse de manger, d'avoir des cuisses comme ma mère.
Ma mère me vit ; elle me fit entrer. Je sentais l'odeur, un relent de friture , encore des frites, pensais-je, et je m'assis sur ma chaise habituelle. Et j'ai mangé un peu. Mon père prononça : l'idée de voir du pays t'ouvre l'appétit, j'en suis heureux.
Mon Dieu que moi aussi. Pourtant, ça ne durera pas.
Publié par Laure. à 20:28:12 dans Je veux réaliser mon rêve | Commentaires (3) | Permaliens
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