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yvestag

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pathétique | 29 mai 2007

C'est le grand mercato des transferts de printemps, la braderie des girouettes, le festival des retournements. Cette débacle intellectuelle et morale nÕest certainement pas finie. PathŽtique, Franois Hollande pleurnichant sur le dŽbauchage de ses infidles. PathŽtique, le Parti communiste nŽgociant au rabais sa survie parlementaire. PathŽtique, JosŽ BovŽ, acceptant une mission royale sans mme attendre le deuxime tour de la prŽsidentielle.

Plut™t que de se lamenter sur la concurrence dŽloyale de la droite, les dirigeants socialistes feraient mieux de se demander comment une telle confusion des valeurs et des sentiment est devenue possible.

DŽbauchŽ, Kouchner ? Fidle ˆ lui-mme, il dŽfend simplement aujourdÕhui dans un gouvernement de droite le nŽo-colonialisme humanitaire quÕil prchait hier dans un parti de gauche. A force de jouer ˆ qui privatise le plus, de rivaliser dans le lyrisme cocardier, dÕopposer lÕordre juste ˆ juste lÕordre, de communier dans le Ç oui à ˆ l'Europe libŽrale et ˆ Ç la concurrence non faussŽe È, la frontire est devenue plus que poreuse entre une droite dŽmagogique et une gauche du centre.

Le prix ˆ payer pour ce Bad-Godesberg rampant sera dÕautant plus lourd que Sarkozy a ŽtŽ sous-estimŽ. Son programme consiste ˆ parachever la dŽmolition mŽthodique du droit du travail, des services publics ; ˆ mettre le mouvement syndical au pas, et la France au diapason de la contre-rŽforme accomplie par Thatcher et Blair en Angleterre, engagŽe en Allemagne par lÕagenda 2010 de Gerhardt Schršder et poursuivie depuis par Angela Merkel avec lÕappui de la social-dŽmocratie, conduite par le centre-gauche de Romano Prodi en Italie. Ds le soir du 6 mai, le Medef a manifestŽ sans retenue un enthousiasme Žloquent.

Sarkozy dŽmontre cependant une capacitŽ virtuose ˆ brouiller les cartes, non seulement par la mixitŽ idŽologique de son gouvernement, mais aussi par son habiletŽ ˆ jouer sur les divisions du salariat, ˆ opposer Ç ceux qui se lvent t™t È ˆ ceux qui sont censŽs se prŽlasser sur le mol oreiller de lÕassistanat, ˆ encourager le chacun pour soi et le tous contre tous. A lÕheure des bilans, on pourra constater lՎnorme bluff de lÕentreprise. En attendant, il serait dangereusement illusoire dÕimaginer quÕun anti-sarkozysme Žpidermique puisse tenir lieu de bonne conscience et de programme minimum pour une gauche en plein dŽsarroi.

Le centre suscite dŽsormais bien des convoitises. Les prŽtendants au r™le de charnire se bousculent. Mais le Modem de Franois Bayrou ne sortira pas trs gaillard de lՎlection lŽgislative et la restauration annoncŽe dÕun centre radical recomposŽ prendra du temps. Le parti socialiste a donc lÕoccasion dÕachever sa blairisation pour prendre le leadership de ce recentrage gŽnŽralisŽ. Ce recentrage alignera le parti socialiste franais sur le gros de la social-dŽmocratie europŽenne. DSK et SŽgolne Royal postulent ˆ conduire cette mutation. En prenant dŽjˆ date pour 2012, lÕex-candidate confirme son intention dÕutiliser le jeu institutionnel pour prendre ˆ revers les ŽlŽphants, comme elle lÕa fait pour sa campagne de 2007. Face ˆ cette Žvolution programmŽe, les vellŽitŽs de Ç garder la vieille maison È dureront ce que durent les roses, lÕespace dÕun congrs, tant la voie est Žtroite pour un socialisme keynŽsien dans les contraintes du pacte de stabilitŽ et des institutions europŽennes.

Face ˆ ce paysage dŽvastŽ de la gauche, une gauche 100% ˆ gauche, aussi fidle aux exploitŽs et aux opprimŽs que la gauche light de gouvernement leur fut infidle, est ˆ reconstruire. Il y faudra de la clartŽ, de la patience, et du courage.

Le Ç vote utile È (dramatiquement inutile en dŽfinitive) a traduit la tentation de sauter par dessus le choix programmatique du premier tour pour miser, suivant des calculs alŽatoires, sur un vainqueur possible de Sarkozy au second. Il fallait pour rŽsister ˆ cette logique de dŽpolitisation une dŽtermination ancrŽe sur une perspective allant bien au delˆ des calculs tactiques ˆ court terme. NÕen disposant pas, les candidatures de JosŽ BovŽ, Marie-Georges Buffet et Dominique Voynet nÕavaient dÕautre utilitŽ que celle dÕun p‰le tŽmoignage. CÕest ce que les Žlecteurs leur ont signifiŽ. Sans clartŽ sur le fond, une candidature unitaire, souhaitable en son principe, aurait seulement conduit ˆ une dŽroute collective. Contrairement ˆ ce quÕavancent nombre de commentaires superficiels, la division de la gauche libŽrale nÕest pas la cause de son incapacitŽ ˆ prolonger la poussŽe du non de gauche, mais la consŽquence de ses inconsistances et de ses indŽfinitions stratŽgiques. Seul Olivier Besancenot a rŽsistŽ ˆ lÕappel des sirnes du moindre mal et progressŽ Žlectoralement.

Il ne sÕagit pas de sÕen satisfaire, mais dÕen tirer les leons et dÕy trouver un point dÕappui et. Sa jeunesse, sa profession, son talent personnel ont certainement jouŽ en sa faveur, mais ils ne suffisent pas expliquer pourquoi il a rŽsistŽ ˆ la pression dÕun abusivement rŽputŽ utile face au danger imaginaire dÕun deuxime tour Sarko/Le Pen. La premire raison, cÕest dÕavoir maintenu, dans la stricte continuitŽ du Non de gauche ˆ lÕEurope libŽrale, lÕurgence sociale au centre de sa campagne,  contre vents et marŽes, contre la dŽmagogie identitaire de lÕun et contre les effusions tricolores de lÕautre. La seconde raison, cÕest dÕavoir affirmŽ fermement son indŽpendance vis ˆ vis du PS et son refus de participer ˆ une nouvelle mouture de gauche plurielle. Tandis que Voynet et Buffet sՎtaient rendues inutiles faisant campagne pour le dŽsistement et en entamant des tractations Žlectorales ds avant le premier tour, Besancenot a appelŽ, au soir du 22 avril, ˆ battre Sarkozy en votant pour Mme Royal malgrŽ son programme, sans le moindre marchandage avec elle.  

Le dŽplacement vers la droite du paysage Žlectoral ne reflte pas lՎtat rŽel des rapports de forces. Ni la crise sociale, ni la crise institutionnelle, ni la crise du projet europŽen ne sont rŽsolues. La riposte aux attaques annoncŽes par le gouvernement doit sÕorganiser. Face ˆ une gauche soluble dans le centre, la prŽsence dÕune force anticapitaliste, unitaire dans la mobilisation et intransigeante sur ses principes, est plus que jamais nŽcessaire. Aprs lՎlection lŽgislative, viendra le temps de la rŽflexion et des redŽfinitions. Le politologue StŽphane Rozs constate que Ç lÕanti-libŽralisme idŽologique È nÕa pas su se transformer en Ç anticapitalisme politique È. La formule est confuse, mais cÕest bien un tel pas que le mouvement social, nŽ des grves de 95, de la mobilisation de 2003 sur les retraites, de la campagne du Non de Gauche au traitŽ constitutionnel, de la rŽvolte des banlieues ou de la victoire contre le CPE, doit franchir, sÕil veut Žchapper ˆ la spirale des capitulations et des redditions, quÕillustrent le gouvernement Lula au BrŽsil ou celui de Prodi en Italie.

Il ne sÕagit pas de surenchre, mais de partir de ce qui est nŽcessaire ˆ une gauche de gauche. Au Ç travailler plus pour gagner plus È, il faut opposer un travailler moins pour travailler tous et vivre plus. Aux manÏuvres visant ˆ faire adopter un traitŽ constitutionnel europŽen allŽgŽ, il faut opposer le mandat du 29 mai 2005 en faisant de lÕharmonisation sociale et fiscale un prŽalable ˆ tout nouveau traitŽ. Au renforcement de la logique bonapartiste prŽsidentielle, il faut opposer la convocation dÕune nouvelle Constituante dŽmocratique. A la Ç refondation sociale È du Medef, il faut opposer la dŽfense des services publics et de la protection sociale. A lÕingŽrence humanitaire casquŽe, il faut opposer la solidaritŽ entre les peuples. A lՎgo•sme identitaire et gŽnŽalogique, la citoyennetŽ, lՎgalitŽ des droits, la rŽgularisation des sans papiers. Oui, Ç Nos vies valent plus que leurs profits È ! La logique du despotisme de marchŽ, de la concurrence de tous contre tous, de la privatisation du monde, et celle des solidaritŽs, du partage des richesses, du service public et du bien commun inappropriable de lÕhumanitŽ, sont inconciliables.

 

La LCR a dŽsormais de nouvelles responsabilitŽs. Si la campagne de SŽgolne Royal fut inconsistante, cÕest que le social-libŽralisme est une impossible quadrature du cercle. Comme on ne change pas une ligne qui perd, un chÏur assourdissant, soutenu par les Žditorialistes du Nouvel Observateur, de Marianne, ou de LibŽ, demande pourtant de persŽvŽrer dans la ruŽe au centre et exige que soit conduite ˆ son terme la mue libŽrale du socialisme franais. La clarification qui sÕopre ˆ gauche oblige plus que jamais ˆ choisir. Soit un approfondissement de la logique bipartite - renforcŽe par le quinquennat - et la satellisation accentuŽe autour dÕun PS alignŽ sur la social dŽmocratie europŽenne, soit le regroupement autour dÕun projet rŽellement anticapitaliste, Žcologiste, fŽministe, 100% ˆ gauche. CÕest ˆ cette t‰che que la LCR entend contribuer.

Daniel Bensa•d

Samuel Johsua

Universitaires, militants de la LCR

 

Publié par marcelhic à 20:57:48 dans politique | Commentaires (0) |

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