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rouge c'est la vie

Kouchner, le mal est déjà fait, par Maurice Goldring | 22 mai 2007

Bernard Kouchner,

le mal est déjà fait,

par Maurice Goldring

LE MONDE | 22.05.07 | 13h47  •  
 
 
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Pas de morale, s'il vous plaît. Faire de la politique, c'est aspirer au pouvoir. Ne critiquons pas Bernard Kouchner comme si nous partagions le point de vue de ceux qui souhaitent rester dans l'opposition pour l'éternité. Reconnaissons que, pour un militant socialiste, tout se passe à une vitesse vertigineuse. Les frontières semblent se brouiller. Roger Hanin vote Buffet au premier tour et Sarkozy au second. Max Gallo passe de Chevènement à Sarkozy. Hubert Védrine est contacté, Claude Allègre est en mission et Eric Besson "prospective". Je ne sais quel ennemi est à nos frontières qui exigerait un gouvernement d'union nationale.

 


Tous vertueux, prêts à servir la France, le peuple, dans la lignée de Clemenceau, de Gaulle, Guy Môquet. Il ne reste plus qu'un seul Grand Parti de France, qui regroupe droite et gauche. Bayrou a perdu une bataille mais il a gagné la guerre. Ses idées ont triomphé. Accepter ces arguments, c'est réduire une consultation nationale au statut d'élections locales. Dans une petite ville, on peut se mettre d'accord sur les grandes lignes d'une rénovation urbaine, sur la construction d'un tramway, l'entretien des locaux scolaires. Mais la France n'est pas un grand village, et Bernard Kouchner ne devient pas adjoint au maire chargé du jumelage des villes.

La France est l'une des grandes puissances mondiales. A ce titre, elle entre dans les grands conflits du monde, les grandes orientations. Elle noue des alliances. A l'échelle mondiale se mène une bataille acharnée pour la régulation du capital financier, du commerce international, des relations entre pays riches et pays pauvres, des batailles sur les prix des médicaments, sur les protections des productions des pays pauvres, sur la protection de l'environnement. Où se retrouve le président de la République, du côté des 4 × 4 ou des tramways, des logements sociaux ou des ventes à la découpe, du côté des frontières électrifiées ou d'un accueil généreux ? L'UMP, à l'échelle européenne, s'allie avec Berlusconi, Aznar, avec les forces conservatrices qui bataillent pour que l'Europe soit la moins régulée possible, pour qu'elle soit réduite à un marché, contre les partis sociaux-démocrates européens.

La social-démocratie doit se battre sur ce front-là, et c'est en se "social-démocratisant" que les partis socialistes peuvent être efficaces à l'échelle nationale et internationale. La décision de Bernard Kouchner fragilise cette orientation à l'intérieur de la gauche, elle renforce les conservatismes, elle donne raison à ceux qui pensent que la social-démocratisation du parti conduit à soutenir une politique de droite.

Or Bernard Kouchner, avec Michel Rocard et Daniel Cohn-Bendit, jouait un rôle moteur et important dans cette évolution. Il vient de sacrifier son capital d'influence en l'échangeant contre une rente de situation. La droite additionne les égoïsmes des grandes puissances et les frilosités des moins grandes. C'est dans ce camp que se situe le président aujourd'hui. "Si, un jour, la situation devenait inacceptable, je quitterais le gouvernement. Je compte pour cela sur la vigilance de mes amis", déclarait Bernard Kouchner le jour de son intronisation. Ce jour-là est venu. C'était hier.


Maurice Goldring est universitaire.

Publié par marcelhic à 23:19:46 dans politique | Commentaires (0) |

mois je | 22 mai 2007

Publié par marcelhic à 22:10:31 dans politique | Commentaires (0) |

Des usages étatiques de la lettre de Guy Môquet | 22 mai 2007

 

par Laurence De Cock-Pierrepont, pour le CVUH


Le dernier effet d'annonce de Nicolas Sarkozy, l'injonction de lecture de la lettre de Guy Môquet dans tous les lycées de France, à chaque rentrée scolaire, n'a rien d'étonnant et peut être interprété à travers une double grille de lecture :
- le pli désormais pris d'instrumentaliser l'histoire, dans une stratégie d'abord électoraliste, et aujourd'hui présidentielle.
- l'appel à une vision de l'école sanctuarisée et dont on renforcerait la mission civique, à charge pour elle de revitaliser le sentiment national.

Le premier point a été largement développé dans le texte critique du CVUH : « L'histoire par Nicolas Sarkozy, le rêve passéiste d'un futur national-libéral » [1]. Sous la plume d'Henri Guaino, un montage/brouillage rhétorique a permis à Nicolas Sarkozy de bâtir un agglomérat de références historiques. Ces dernières sont systématiquement décontextualisées et mises en équivalence au service d'une écriture de l'histoire qui revalorise la lignée des grands hommes, là où le nouveau président viendrait tout naturellement s'inscrire avec la ferme intention d'« écrire [avec tous les Français] une nouvelle page de notre histoire » (discours du 6 mai 2007). Guy Môquet pénètre cette généalogie mythologique sur une suggestion d'Henri Guaino : « On en a beaucoup discuté, il a tout de suite été très enthousiaste », a précisé sur France culture l'expert en communication, le 14 mai dernier 

[2]. Que cette nouvelle entrée ait pu faire grincer des dents ne dérange pas outre-mesure le candidat d'alors : « Ceux qui ont osé dire que je n'avais pas le droit de citer Guy Môquet parce que je n'étais pas de gauche, je veux dire que je demeure stupéfait de tant de sectarisme. Guy Môquet appartient à l'histoire de France et l'histoire de France appartient à tous les Français. » (Discours du 18 mars 2007). Car, dans ce long héritage, ce jeune résistant communiste fusillé à 17 ans, le 22 octobre 1941, vient incarner les valeurs d'une jeunesse énergiquement tournée vers le sacrifice patriotique. Qu'il fut militant communiste devient donc strictement anecdotique dans cette mise en scène de l'histoire, puisqu'il ne s'agit que de puiser les attributs qui pourront confirmer la continuité de la mission providentielle du nouveau président : tout donner à cette « grande, belle et vieille nation » (6 mai). Ces détournements désormais récurrents des personnages et/ou moments historiques ne sont pas de simples procédés temporaires et électoralistes, ils témoignent d'une entreprise d'instauration d'une mémoire officielle qui opère par amalgame en gommant tout effet de contexte ou de divergences politiques.

Second point, l'école devient logiquement la caisse de résonance de ce nouveau projet. La philosophie scolaire de l'enseignement de l'histoire est née dans la matrice de la IIIème République. Dans la France de la fin du XIXème siècle, encore largement morcelée en « terroirs », l'école fut investie comme l'un des lieux stratégiques d'intégration nationale. Avec le modèle de l'État-nation français s'élaborèrent des références communes et homogénéisatrices. En outre, il fallait consolider la République en gestation et l'inscrire dans une logique de continuité historique et d'avancée linéaire vers le progrès, au miroir d'un universel républicain à promouvoir. L'histoire scolaire s'est posée comme un outil de fabrication et de légitimation de ce sentiment national.

Elle s'est structurée autour de la double lo

Publié par marcelhic à 21:46:26 dans politique | Commentaires (0) |