Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Autour de Paul Eluard | 26 novembre 2005

Paul Eluard, poète de l'avant-garde, ami des Cubistes, Dadaïstes et Surréalistes. En 1913, il rencontre sa première femme, Helena Diakonova qu'il surnomme Gala. Gala dont Dali deviendra éperdument fou. Eluard a fait la connaissance d'André Breton et de Louis Aragon en 1919. Ensemble ils participaient au mouvement Dada. Il a rencontré Max Ernst à Cologne en 1921 et ils ont produit « Répétitions » et « Les malheurs des immortels ». La même année Eluard, Aragon, et Breton rompaient avec les Dadaïstes. Eluard faisait partie activement du mouvement surréaliste, fondé par Breton en 1924 avec le premier "Manifeste du surréalisme." Comme les autres surréalistes il a choisi d'adhérer au parti communiste en 1926. Eluard avec les autres surréalistes prenait une position contre les dangers du fascisme. "L'ami des peintres", Eluard s'est lié avec Picasso, Ernst, Dali, Man Ray qui ont illustré beaucoup de ses recueils. En même temps il s'inspirait de leurs peintures. Il a écrit les préfaces des expositions artistiques de Paul Klee, Man Ray, Max Ernst...

Publié par against à 15:39:34 dans Ad lib - Poésie | Commentaires (3) |

Autour de Charles Baudelaire | 05 octobre 2005

L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleils;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées,

Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

Charles Baudelaire, pour son œuvre Les fleurs du mal est condamné le 20 août 1857 à 300 francs d'amende et à la suppression de six pièces. Le procès a été révisé par la chambre criminelle de la Cour de Cassation de Paris le 30 mai 1949. Les Fleurs du Mal sont alors réhabilitées. Un siècle d'interdit, et il faut que ce soit une cour criminelle qui statue sur une œuvre pour lui rendre vie et vision. On oublie trop vite qu'une dictature s'exerce d'abord à la censure, et que toute censure procède de micro-fascismes. Les sociétés modernes ont dilué l'ancien pouvoir monarchique en une perpétuelle et constante surveillance de toute forme d'expression, et ce contrôle systématique vise non pas au seul maintien de l'ordre public, mais aussi à rétrécir le champ de vision. Combien d'œuvres aujourd'hui ne sont plus disponibles, progressivement écartées des programmes scolaires, afin que ne demeure qu'une littérature épurée, vidée de son sel, comme une mer exsangue d'océan, épuisée de son espace vibratoire. La culture est immédiatement assimilée à une « prise de tête », quand elle n'a jamais eu d'autre but que de libérer l'être de ses esclavages quotidiens. C'est en cela que les sociétés du pire ont gagné, elles ont détourné peu à peu des générations entières du plaisir d'apprendre en lui substituant une pseudo culture de l'immédiateté. Un savoir immédiatement assimilable et utilisable, un savoir de machine et non de réflexion, de confrontation.

La poésie de Baudelaire est pure confrontation, confrontation à un monde visionnaire et pourtant toujours aussi moderne. Parce que la modernité c'est « être dans le coup », dans le vent, découvrez ou redécouvrez le souffle de cette poésie qui n'a rien perdu de sa force et de ses guerres. Guerres contre la sottise toujours aussi active.

Publié par against à 21:59:20 dans Ad lib - Poésie | Commentaires (2) |

Autour d'Arthur Rimbaud | 05 octobre 2005

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

J'ai tant fait patience
Qu'à jamais j'oublie.
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

Telle la prairie
À l'oubli livrée,
Grandie et fleurie,
D'encens et d'ivraies,
Au bourdon farouche
De très sales mouches.

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne

Arthur Rimbaud comme un bateau ivre dans la tempête du vivre, sa poésie voyelle, alchimie du verbe, toujours en départ, poésie ville, poésie mouvement, marine écriture, elle est larme, première communion, poésie d'un poète toujours debout quand les assis aux grands squelettes noirs s'effacent déjà des mémoires. C'est le dormeur du val, du val d'azur où saignent les mots bleus d'une âme et d'un cœur perpétuellement déchirés, ses yeux sont les effarés miroirs d'une immense et pure sensation... Arthur Rimbaud, jeunesse vite épuisée, comme suicidée sans fin. 

Publié par against à 21:51:54 dans Ad lib - Poésie | Commentaires (1) |

Aurore - Rainer Maria Rilke | 27 septembre 2005

LE LIVRE DE LA PAUVRETÉ
ET DE LA MORT

Je suis peut-être enfoui au sein des montagnes
solitaire comme une veine de métal pur ;
je suis perdu dans un abîme illimité,
dans une nuit profonde et sans horizon.
Tout vient à moi, m'enserre et se fait pierre.

Je ne sais pas encore souffrir comme il faudrait,
et cette grande nuit me fait peur ;
mais si c'est là ta nuit, qu'elle me soit pesante, qu'elle m'écrase,
que toute ta main soit sur moi,
et que je me perde en toi dans un cri.
Rainer Maria Rilke (livre de la pauvreté et de la mort)

CE SOIR MON COEUR

Ce soir mon coeur fait chanter
des anges qui se souviennent...
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir ;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s'unir ?
Rainer Maria Rilke (Vergers)

Publié par against à 18:46:35 dans Ad lib - Poésie | Commentaires (2) |

Autour de Ossip Mandelstam | 21 septembre 2005

" Les fleurs sont immortelles, le ciel d'un seul tenant

Et ce qui adviendra : simple promesse..."

Ossip Mandelstam

La poésie de Mandelstam est emplie de confiance, d'une certitude calme, imperturbable, en elle, il y a comme le sentiment d'être dans le juste.

Dans la tradition russe, la poésie avait quelque chose de l'oracle grec, une espèce de vision prophétique qui rameutait les foules, les exaltait, exerçait en quelque sorte un pouvoir "religieux". Mandelstam assigne à la poésie la mission de témoignage unique, face à un Occident dévoyé par ses soucis d'efficacité économique. Il interroge la langue russe et comme le fit Nietzsche, cherche en elle le fond dionysiaque, irrationnel qui la constitue, pour lui donner un être de parole, pour faire rayonner les forces de la terre, leur surgissement, tout en leur donnant la cohésion d'un système et d'une organisation qui les rendent communicables et belles. La chair du poème, cette parole de vie, innerve la chair du poète et pourrait être aussi la seule nourriture convenable pour le corps social, ce verbe-là étant parole de vérité et de vie. L'œuvre de Mandelstam a un accent prophétique et messianique.

La fonction du poète est d'éveiller le peuple à la conscience de sa vie profonde, de lui rendre ce sol originaire que la folie de l'histoire moderne lui dérobe, cette musique secrète encore enfouie au coeur de la langue. C'est le seul moyen de sauver ce peuple. Et jusqu'au dernier moment, jusque dans la plus grande détresse morale et physique, c'est encore cette confiance dans le pouvoir purificateur et baptismal du poème que Mandelstam sombre.

L'ouïe fine tend la voile

Le regard dilaté se vide

Et le coeur inaudible des oiseaux nocturnes

Plane à travers le silence

Mandelstam mourut, dans un goulag près de Vladivostok, en 1938. Son corps fut jeté dans la fosse commune.

Publié par against à 21:34:13 dans Ad lib - Poésie | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| >>

Tous les derniers titres