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« Est-on innocent parce qu'on ne sait pas? Un imbécile assis sur le trône est-il déchargé de toute responsabilité du seul fait que c'est un imbécile? »
L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera
Milan Kundera débute ainsi « Lorsque le coeur a parlé, il n'est pas convenable que la raison élève des objections. Au royaume du kitsch s'exerce la dictature du coeur. Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n'a-t-il que faire de l'insolite ; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes : [des enfants au cou de leur père, le retour d'une fille prodigue, des captifs recouvrant la liberté, la patrie unie, le souvenir d'épreuves difficiles.] Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d'émotion. La première dit : Comme c'est beau, [des captifs recouvrant la liberté!] La deuxième larme dit : Comme c'est beau, d'être ému avec toute l'humanité à la vue [de captifs recouvrant la liberté!]
Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.
La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch »
« L'immortalité » un de ses derniers romans m'a déçu. Depuis je préfère garder le « goût » de ses premières œuvres. Le livre du rire et de l'oubli, la plaisanterie, avec, l'insoutenable légèreté de l'être, restent à mon sens ses romans les plus intéressants, les plus chargés de Kitsh, les plus aboutis. Mais je me trompe peut-être, il y a des émotions que l'on rencontre en certaines œuvres que l'on voudrait systématiquement recouvrer dans les suivantes. Ma déception vient peut être de ce que j'attendais toujours plus. Eternelle insatisfaction de l'être, insoutenable légèreté...
Publié par against à 20:47:29 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (3) | Permaliens
« Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons "voir une personne que nous connaissons" est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons. »
Marcel Proust (A la recherche du temps perdu - Le temps retrouvé)
Toute « la recherche du temps perdu » est une vaste exploration des signes. Signes mondains, signes amoureux, signes de la nature, signes de l'art... Les types de signes se distinguent d'après leurs composantes, leur genre d'émission, leur rapport avec une matière, la faculté qu'ils sollicitent. La mémoire n'a aucun rôle privilégié, seuls les signes débordent de toute part. Signes du désir et signes de l'art. Lire l'excellente analyse de Gilles Deleuze dans « Proust et les signes ». Toute son analyse porte sur la signification des signes, les figures du temps auxquelles ils renvoient. Le temps perdu, le temps contracté dans les résonances, mais aussi le temps dilaté dans les distances. Le monde des signes développe chez Proust des puissances qui renversent le « logos ».
Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme...
Publié par against à 19:50:48 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (1) | Permaliens
Peinture : Nostalgie de l'infini De ChiricoPublié par against à 18:08:38 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (0) | Permaliens
Zamiatine (Evgueni Ivanovitch Eugène)
Il refuse de se soumettre au régime Stalinien et se voit contraint en 1929 de quitter l'ex URSS.
«Pour moi, en tant qu'écrivain, être privé de la possibilité d'écrire équivaut à une condamnation à mort. Les choses ont atteint un point où il m'est devenu impossible d'exercer ma profession, car l'activité de création est impensable si l'on est obligé de travailler dans une atmosphère de persécution systématique qui s'aggrave chaque année».
Il écrit d'abord dans la tradition du réalisme russe (Choses de province, 1913 ; Au diable vauvert, 1914 ; Les Insulaires, 1918), mais il est surtout célèbre pour Nous autres, roman d'anticipation écrit en 1920, interdit en ex U.R.S.S.
«Nous autres» est un roman cauchemar teinté de douce ironie. Au XXXe siècle, une civilisation du verre fondée sur l'absolue transparence. Les hommes tous semblables n'ont rien à cacher et l'idéal imposé est un bonheur mécanique. Le Bienfaiteur, maître de l'Etat unique, est aidé par des Inquisiteurs qui vont jusqu'à espionner les pensées. La mort guette ceux qui pensent ou aiment sans autorisation...
Cependant j'ai préféré un autre de ses romans : «L'inondation»
Un chef-d'œuvre. Une histoire terriblement prenante, Zamiatine page après page essaie de transmettre une véritable angoisse. L'angoisse d'une femme emportée par la haine...
Publié par against à 21:24:33 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (0) | Permaliens
Vladimir Vladimirovitch Mayakovski (Ou Maïakovski, ou Mayakovsky) né en 1893 à Bagdadi (aujourd'hui renommée Maïakovski) a été un des fondateurs du futurisme russe. Poète, dramaturge, acteur, théoricien, peintre, affichiste mais aussi scénariste. Issu d'une famille modeste, il s'installe à Moscou en 1906, après la mort de son père. Il adhère au Parti social démocrate (bolchévique) à 15 ans, participe aux manifestations révolutionnaires de 1905. Il est arrêté 2 fois et fait de la prison. Maiakovski commence sa carrière littéraire à l'âge de 18 ans. Sa première tragédie intitulée Vladimir Maiakovski est montée à Saint-Pétersbourg en 1913, elle sera copieusement sifflée. Il devient rapidement un des meneurs du mouvement futuriste après sa rencontre avec le poète et peintre David Bourliouk qu'il a connu en 1911. Tout en exploitant cette nouvelle poésie, il atteint les sommets du lyrisme dans "La Flûte en colonne vertébrale" ou dans le "Nuage en pantalon", véritable manifeste du futurisme, inspiré également de sa relation trouble avec Lyli Brik (sœur d'Elsa Triolet) qu'il a rencontré en 1910. De retour à Moscou et après la révolution d'Octobre 1917, qu'il accueille d'abord favorablement, il utilise son talent au service du pouvoir politique, notamment dans le poème « Lénine ». Il écrit également deux pièces satiriques : "La Punaise" (1920) et "Les Bains publics" (1929), ainsi que "Le mystère bouffe" pièce traitant de la Révolution d'une façon épique. Déçu dans sa vie sentimentale, déçu par la révolution à laquelle il avait activement participé, il se suicide à l'âge 37 ans en 1930, d'une balle de revolver en plein coeur. Il rédigea ainsi sa propre épitaphe : « La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l'incident est clos. »
Mais peut être
Ne reste t'il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera t'elle jamais la tête ?
Peut être,
Un jour ou l'autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l'autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au dessus des cheveux cabrés d'épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante
Peut être...
Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
C'est qu'elles sont à
Quelqu'un nécessaires?
C'est que quelqu'un désire
Qu'elles soient?
C'est que quelqu'un dit perles
Ces crachats?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
Il fonce jusqu'à Dieu,
Craint d'arriver trop tard, pleure,
Baise sa main noueuse, implore
Il lui faut une étoile!
Jure qu'il ne peut supporter
Son martyre sans étoiles.
Ensuite,
Il promène son angoisse,
Il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un : " Maintenant, tu vas mieux, n'est-ce pas?
T'as plus peur ? Dis ? "
Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
C'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
C'est qu'il est indispensable,
Que tous les soirs
Au-dessus des toits
Se mette à luire seule au moins une étoile?
Maïkovski (vers et proses)
Publié par against à 21:08:14 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (0) | Permaliens
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