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Autour de Milan Kundera | 14 octobre 2005

« Est-on innocent parce qu'on ne sait pas? Un imbécile assis sur le trône est-il déchargé de toute responsabilité du seul fait que c'est un imbécile? »

L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera

Milan Kundera débute ainsi « Lorsque le coeur a parlé, il n'est pas convenable que la raison élève des objections. Au royaume du kitsch s'exerce la dictature du coeur. Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n'a-t-il que faire de l'insolite ; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes : [des enfants au cou de leur père, le retour d'une fille prodigue, des captifs recouvrant la liberté, la patrie unie, le souvenir d'épreuves difficiles.] Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d'émotion. La première dit : Comme c'est beau, [des captifs recouvrant la liberté!] La deuxième larme dit : Comme c'est beau, d'être ému avec toute l'humanité à la vue [de captifs recouvrant la liberté!]

Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.

La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch »

« L'immortalité » un de ses derniers romans m'a déçu. Depuis je préfère garder le « goût » de ses premières œuvres. Le livre du rire et de l'oubli, la plaisanterie, avec, l'insoutenable légèreté de l'être, restent à mon sens ses romans les plus intéressants, les plus chargés de Kitsh, les plus aboutis. Mais je me trompe peut-être, il y a des émotions que l'on rencontre en certaines œuvres que l'on voudrait systématiquement recouvrer dans les suivantes. Ma déception vient peut être de ce que j'attendais toujours plus. Eternelle insatisfaction de l'être, insoutenable légèreté...

Publié par against à 20:47:29 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (3) |

CURE | 14 octobre 2005

Au Japon, une série de meurtres particulièrement violents laisse la police perplexe. Les victimes ont eu les deux carotides tranchées de coups de couteau formant un X. A chaque fois, les assassins sont retrouvés sur les lieux du crime en état de grande confusion mentale et semblent n'avoir aucun motif susceptible d'expliquer leur geste. L'inspecteur Kanabe (Koji Yakusho), chargé de l'enquête, est bientôt sur la piste d'un jeune homme énigmatique, frappé d'amnésie et pratiquant l'hypnose...

" Je peux lire en vous des choses que vous seule connaissez ". La jeune femme n'en croit pas ses yeux. Logiquement un médecin est censé s'attendre à tout. Mais il s'avère que la personne qui lui parle est une illusion. " Qui êtes-vous ? " Demande avec effroi le médecin généraliste. "Taisez-vous et écoutez moi... parlez-moi un peu de vous ". Celui qui ordonne est le patient. Son aspect est quasi spirituel. Il semble être ailleurs. Le magnétisme animal qu'il dégage est l'ultime source de Cure. Les mystérieux gestes de ce faux messie deviennent progressivement des séances mortuaires. Qui est ce chien enragé qui entre dans la vie des gens pour mieux les anéantir ? Pourquoi faut-il qu'il allume ce singulier briquet, et que cette flamme lumineuse et diabolique vienne dépouiller de tout sentiment humain ceux qui la regardent?

Publié par against à 19:47:04 dans Ad lib - Cinéma | Commentaires (0) |

Avec Kiyoshi Kurosawa | 14 octobre 2005

Kiyoshi Kurosawa entreprend d'abord des études de sociologie, sans grand succès. Après avoir suivi les cours de Shiguehiko Hasumi, président de l'université de Tokyo et spécialiste de littérature française, il devient assistant sur des films commerciaux japonais. En 1972, il tourne Kandagawa Wars, un film pornographique. Il est finalement l'auteur d'une multitude de films de commandes, presque tous invisibles. Ce n'est qu'en 1997, avec l'apparition de Cure au Festival d'Automne à Paris, que sa carrière a décollé.
CHARISMA
Japon, 1999, de Kiyoshi Kurosawa, avec Yabuike Yakusho KojiIkeuchi Hiroyuki, Jun Fubuki, Yoriko Doguchi...
Résumé : Yabuike, un brillant inspecteur de police est dépêché sur les lieux d'une prise d'otage. Le ravisseur lui transmet un étrange message demandant de rétablir les règles du monde. La prise d'otage vire à l'hécatombe. Yabuike, mis à pied par ses supérieurs s'exile dans une forêt. Il y découvre une communauté déchirée autour d'un arbre maléfique appelé Charisma...
La dialectique de l'arbre
Dans Charisma, le spectateur est comme la forêt: partout et nulle part à la fois. Au fil de l'histoire, on se rend compte que finalement, on ne sait rien; les motivations sont de plus en plus floues, et ce dès la première séquence: un flic est envoyé sur les lieux d'une prise d'otage. Il s'approche du terroriste, hésite, s'en va, revient et le met en joue, mais le laisse tuer l'otage avant de l'abattre. Un plan de l'extérieur venant renforcer le tout, rien dans le film ne nous fera savoir pourquoi Yabuike (le flic en question) a réagi de cette façon; nous ne sommes pas plus dans la confidence que ne le serait un simple témoin de la scène. En cela, Charisma est une fable animiste qui renoue avec le cinéma de Akira Kurosawa, où la forêt est bien plus qu'une scène de théâtre gigantesque, mais un véritable élément, porté jusqu'à l'allégorie, sans lequel rien n'arrive.
Les motivations du film au-delà de la fable écologique (très vite oubliée) ou de la fable politique (le rapport fort/faible) développe une vraie dimension philosophique. Ce sont tous les hommes qui sont charisma. Seul Yabuike reste, et se met en quête d'un nouveau charisma, parce que l'équilibre a été rompu. On retrouve dans Charisma les thèmes de Kiyoshi Kurosawa: la recherche d'identité (de Serpent's Path à License to Live), le vampirisme, ou plutôt le pouvoir de profiter d'une situation (Suit Yourself or Shoot Yourself- The Hero). Et toujours ce pessimisme, qui fait que les films ne finissent jamais bien (voir License to Live, dans lequel la fin vient noircir une histoire pourtant de plus en plus positive, comme pour signifier que rien n'est jamais comme on l'espère). Mais là où Charisma se démarque, c'est par l'incroyable complexité de son récit, pourtant, apparemment, très simple.
FILMOGRAPHIE
1983 : Kandagawa Wars
1985 : The Excitement of Do-Re-Mi-Fa Girl
1989 : Abunai hanashi mugen monogatari
1989 : Sweet Home
1992 : The Guard from the Underground
1996 : Door 3
1996 : Suit Yourself or Shoot Yourself - The Hero
1997 : Serpent's Path
1997 : Cure
1997 : Revenge - A Visit from the Fate
1997 : Revenge 2 - The Scar that Never Fades
1998 : Eyes of the Spider
1998 : Licence to Live
1999 : Charisma
1999 : Barren Illusions
2000 : Seance
2000 : Kairo
2003 : Doppleganger
2004 : Ghost Shop

Publié par against à 19:27:17 dans Ad lib - Cinéma | Commentaires (1) |

Aux nouveaux négriers | 12 octobre 2005

Avant, ils se contentaient d'échouer au large des côtes espagnoles. Quelques articles dans les journaux locaux, une brève évocation du drame au 20h00 et puis l'on oubliait aussitôt qu'ils étaient morts avec dans leur tête, ce rêve de l'eldorado européen.

Aujourd'hui les voilà qui se déchirent aux barbelés des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla. Les troupes marocaines tirent, quelques dizaines de morts, des milliers de migrants qu'on enchaîne et reconduit en plein désert où on les abandonne, sans vivres, sans eau...

Les images font le tour de nos écrans et brusquement le politique s'en mêle. Présidentielles oblige. Un Sarkozi, sarko-léon Napoléon en visite chez Kadhafi, au mépris des victimes du vol 163 de l'UTA, la mémoire c'est toujours dépassé quand il s'agit d'entrer en campagne. C'est une Europe qui déplace ses frontières. Les pauvres seront contenus là, avant la mer, dans un tout sécuritaire avec bien sûr un geste de compassion, d'humanitaire. Bref, L'Europe forteresse promet 40 millions d'euros pour des barrières, des camps chargés d'accueillir ces pauvres hères attirés par le spectacle de notre richesse. On déplace la misère et la détresse plus loin, au sud, en des pays pourtant également affectés par cette nébuleuse noire d'un paupérisme toujours plus vaste, immense champ ouvert juste en face de nos rivieras qui alimentent et hantent tant de fantasmes, en ces êtres habitués à des mondes où l'on survit avec 2 euros par jour.

Mais le seul moyen efficace de stopper le flot de ces réfugiés n'est-il pas de tirer de leur misère les pays dont ils s'évadent, de leur donner capacité à construire un avenir ? Pourquoi l'avenir serait-il seulement occidental ? Avec des quotas de réfugiés que l'on sélectionnerait etc... Les nouveaux négriers de l'Europe, actionnaires aux grands portefeuilles se frottent déjà les mains de cette immigration positive, grande idée Sarkoléonnienne. Discrimination positive, immigration positive, exploitation positive. Il y a tant de positif dans tout ça. Du positif pour toujours les mêmes, les négriers de tous temps, ces capitalistes sans vergogne qui même lorsque leurs compagnies dégagent du bénéfice licencient sans hésitation. HP innove, même les « cadres », les intouchables, aujourd'hui, sont jetés à la rue après 20 années à sacrifier leur vie familiale pour une carrière brusquement interrompue au nom du dividende. Jacques Diouf le directeur de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) dans le journal du « monde » le 08/09/2005 disait « ces vingt dernières années l'aide annuelle en développement agricole et rural des pays les plus pauvres a été réduite de plus de la moitié, passant de 5.14 à 2.22 milliards de dollars ».

On le voit bien, les pauvres n'intéressent les patrons des grandes compagnies que lorsqu'ils savent pouvoir en tirer une majoration des bénéfices. Et en ce moment, sur le marché des pauvres c'est l'asiatique qui a la « côte ». Quant à l'africain, on se contente d'épuiser sa terre de ses ressources minières. Bienvenue dans le monde magique de l'ultralibéralisme. Ce qui est en question c'est non pas l'avenir économique de notre chère Europe, mais l'avenir tout court de l'humanité. Les ressources sont épuisées pour des profits rapides, aucun plan à long terme. C'est l'argent facile et vite gagné. Une prédation de sociétés de consommations en perdition. Et ce qu'il y à perdre, c'est aussi un devenir.

Publié par against à 21:36:53 dans Ad Lib - Politique | Commentaires (0) |

Autour de Egon Schiele | 07 octobre 2005

Egon Schiele fait vingt-quatre jours de détention provisoire, en 1912, pour une affaire de moeurs dont il sera blanchi. Egon Shiele entre enfer et passion, une oeuvre fièvre, brûlante et brûlée, sauvage et romantique à la fois. Il fit trembler la "bonne société" viennoise, toujours en lutte contre la normalisation ambiante.
Peintre Autrichien, il suscite l'admiration de Klimt. Attentif à la leçon des expressionnistes, il se tourne bien vite vers des représentations de la réalité crue de l'homme, saisi dans son conflit exacerbé entre la vie et la mort. Des tableaux comme le Portrait de Poldi Lodzinsky, l'Autoportrait aux doigts écartés, le Prophète ou l'Etreinte, réduisent l'espace à une sorte de vide tragique. A la couleur, Schiele confie le soin d'exprimer son angoisse qu'il associe à un trait coupant d'une netteté gothique (voir ses aquarelles et dessins d'une tension hallucinée). Il y a en ses œuvres une monumentalité inspirée par Hodler.

Oeuvres de Schiele dans ce blogg

Œuvres de Egon schiele

Publié par against à 19:03:38 dans Ad lib - Peinture | Commentaires (1) |

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