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Autour de Robert Musil | 09 septembre 2005

« On ne doit pas confondre l'inachèvement d'un travail avec le scepticisme de son auteur. Je montre mon travail tout en sachant qu'il n'est qu'une partie de la vérité, et je le montrerais même en le sachant faux, parce que certaines erreurs sont des étapes vers la vérité. Je fais, dans une tache bien définie, le maximum de ce que je puis. » Robert Musil (1932)

Dans l'épaisseur des forêts de l'intelligence, jaillit le trait lumineux, se diffuse la clarté salvatrice. Additions fulgurantes de l'esprit, mais, « Si la bêtise ne ressemblait pas à s'y méprendre au progrès, au talent, à l'espoir ou au perfectionnement, personne ne voudrait être bête. » (Robert Musil, 1931)

Robert Musil (1880 - 1942) se nourrit inlassablement de ce climat viennois des années trente. Sa curiosité gourmande, inquiète, scrute ses contemporains.

Multiforme, la bêtise est partout. Musil épingle celle dont personne ne se réclame, mais qui atteint tout le monde. Tour à tour philosophe, anthropologue, psychologue, étymologiste, Musil use de toutes ses ressources pour arriver au coeur du mal. Ainsi, du point de vue psychologique, la bêtise correspond aux situations de panique : de même que dans l'urgence nous multiplions inutilement les gestes, la bêtise engendre une sorte d'agitation vaine de l'esprit, menant finalement à la torpeur de l'intelligence. Du point de vue linguistique, on remarque que le mot « bête » s'emploie comme insulte pour désigner des cas très différents : souvent synonyme d'inadaptation, la bêtise s'enferme donc dans l'impasse de la relativité. Sera « bête » le sportif devant un problème de mécanique, comme le mécanicien sur un stade...

La bêtise nous échappe. Il faudrait être particulièrement bête pour vouloir la traquer coûte que coûte. La sagesse ne nous préserve en rien de la bêtise, puisqu'elle en a souvent l'apparence. Musil découvre même cette étrange forme de la bêtise, la bêtise « intelligente », dont il fouille scrupuleusement les origines obscures. Les seules parades que nous puissions opposer à l'universelle bêtise sont la modestie et l'humour. Deux qualités dont Musil fait preuve de manière très subtile.

“Il n'est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage ; elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. La vérité, elle, n'a jamais qu'un seul vêtement, un seul chemin : elle est toujours handicapée. La bêtise dont il s'agit là n'est pas une maladie mentale ; ce n'en est pas moins la plus dangereuse des maladies de l'esprit, parce que c'est la vie même qu'elle menace.”

Robert Musil (1880-1942) est l'auteur de nombreux essais, conférences et aphorismes, qui le montrent attentif aux mutations de la conscience moderne.

Publié par against à 14:17:30 dans Ad lib - Littérature | Commentaires (0) |

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