Fortune
Combien de temps encore
Tumultueuse carcasse,
-Si ce n'est pas déjà trop tard-,
Pourras-tu dans ce bistrot,
Tabac - sandwiches - patron arabe,
Où tu avais tant aimé culotter ta pipe
À l'heure où les accordéons sanglotent,
Démaniller une canette
Une nubile sur tes genoux.
Avant midi, avant minuit?,
« Puisque tout doit disparaître,
Tes jours et tes nuits aussi. »
J'irai donc seul,
Les yeux crevés
L'âme brûlée
Comme par une fièvre secrète,
Mettant la barre à la mort toute....
Ah ! j'adorais m' embarquer,
Ivre comme un batelier
Un soir de déroute.
J'étais solitaire et farouche,
J'abordais des chambres parfumées
Et meublées comme trains de luxe
Où je m'arrêtais, éternel chasseur :
« -Tu m'aimes ? »
Elle, : (elle se nommait Mimi ou Lulu),
« - Attends, je t'ai mis un peu de rouge. »
Où sont passées ces heures anciennes ?
L'OMBRE RATTRAPERA L'OMBRE.
« Car si tout doit disparaître
Le mystère de mon poème aussi. »
Pourtant
J'en ai roulé des épaules
Dans des caboulots crasseux
Parmi des vierges aux pubis délectables.
Oh! Ma vie frissonne,
La journée fut sereine
Entre champs de luzerne et ronceraies.
Cabarets - loups garous - escales.
Cafés - brumes - alcools,
Les heures ont filé de ports en villes,
La vie a roulé de Saintes en Catins,
Le soir se fait la belle,
Mon train de nuit va passer.
« Car tout doit disparaître
Et ma destination infinie aussi. »
Je ne regarderai plus,
Au tréteaux des rues,
Les jambes des filles :
Chair pimpante - opium,
Tu sais, celles
Comme des pourboires,
Qui font aimer la Vie.
« Car tout, tout, tout
Doit disparaître,
Les sourires des belles aussi. »
Une amie à la vaste affection
Tend sa main aimable vers moi
Et dans mon cœur aux mille grilles
Un moineau de joie sautille.
Ma mie, il me faut plonger,
La terreur assombrit mon rivage,
Va ne me plains pas.
Ma vie fut tendre,
Mes récoltes amples,
Le vin y était bon.
Il me faut nonobstant
abaisser mes paupières.
« Dis, si tout doit disparaître,
Les plaines et champs de ma vie
Dois-je les oublier « aussi »? »
07 Avril 2006
Christian ALLE
Publié par chrisalle à 21:51:45 dans fagotistere | Commentaires (0) | Permaliens
Ma mie sois indulgente.
Ma mie
Sois indulgente.
J'ai mangé,
C'est vrai,
Le pain de ton repas.
J'ai oublié
Le refrain de ton chant,
J'ai perdu
La tendresse de ton sourire.
Mais tu sais,
J'ai ramené pour toi,
De derrière les murailles,
· des cales pleines d'indiens,
· Des défroques rares,
· Des lits de fumée,
· Des rêves d'ossements,
· Des palais de brocante.
Toutes ces merveilles
Éparpillées
De par le monde,
Je les ai rassemblées pour toi.
Ma mie,
Sois indulgente.
Je t'offre
Ces copeaux de poèmes,
Ces vignes de champs-de-foire
Ce chat qui dort,
Cet âtre qui ronfle.
Ma mie,
Sois indulgente,
Tout ça,
C'est pour toi.
26 mars 2006
Publié par chrisalle à 21:50:28 dans fagotistere | Commentaires (0) | Permaliens
Automne.
Automne
Il venait de pleuvoir
Sur les genets d'en face,
Le chiendent bichait
Tapi dans son mystère,
Les moineaux hirsutes,
-Plumes ratafari-
Piaillaient comme des filles
Amoureuses et ruisselantes.
C'était presque le soir,
Le jour épouvanté, fuyait.
Dans l'âtre étincelant
La soupe sifflait,
Les marrons crépitaient.
Cibiche entre les lèvres
Et cœur battant sous son pull,
Mon père mirait ma mère,
En tablier patchwork,
Assise à ses côtés.
(Ah!, ma mère!,
Souvent on lui trouvait
Un air de vieux manteau
Sur une patère!)
Automne,
La lumière courtisane
à la cuisse longue
Débarquait de la fenêtre,
Avec du rose partout
Et toutes jupes relevées,
Incendiant les poutres
Fatiguées.
Automne,
Les pognes maigres
Et merveilleuses
De ma mère
Déshabillaient des patates
cuites sous la cendre.
Elle, ma mère,
Paisible,
Bouche en cul
De croquemitaine,
Crispée par l'attention.
Automne,
Dans la ruelle pentue
Dévalant sévère,
Une bicyclette chute,
On entend un bourgeois
Mangeur de caillasse
Gueuler des mots obscènes.
« Eh eh! Dit mon père,
Le bonheur
Ne se pose pas
Sur toutes les épaules. Eh! »
Automne,
Dans le village,
Fuyant la vieille église,
Le chant des cloches,
Comme une récompense,
Gonfle.
« - En Gévaudan
Les soirs d'octobre
Sont les plus beaux,
- dit ma mère,
n'en finissant pas de sourire-,
Et nous
On est heureux,
Hein P'pa. »
26 mars 2006
Publié par chrisalle à 21:49:33 dans fagotistere | Commentaires (0) | Permaliens
Ce n'est vraiment pas sans danger
De dire à quelqu'un
Je t'Aime.
C'est se livrer
Agneau,
Pieds et pattes liées
Aux loups.
C'est se livrer,
Agneau aux loups,
Au risque de se faire dévorer.
Dois-je oui ou non,
Vers le Coquelicot,
Faire bourdonner ces mots ?
Dans un de mes poèmes,
J'ai écrit que je me fichais
Comme de ma première échalote
De ce qu'on pouvait penser de moi.
Et que cela était
Ma Liberté,
Ma vraie Liberté.
Ma belle à des soupçons,
Elle a vers moi,
Cet étrange sourire
De celle-qui-sait-mais-ne-le-dis-pas ,
Je suis à ses côtés,
J'écoute Musique et je lis
Et j'écris,
Et je Te lis.
Tu es devenu mon livre de chevet,
Mon chevet.
J'ai imprimé
Tes textes les plus beaux.
-J'ai jugé, je serai jugé-
Les plus beaux
Textes
De Pauline le Coquelicot
Je les lis, les relis, les relilis.
Tu vis, je vis
Tu écris et me fait vivre.
Je n'ai pas besoin de t'imaginer,
Je te connais, va.
Tu es dans toutes les inconnues que je rencontre.
Les brunes et les moins brunes.
En elles, je te reconnais.
Je te connais
Et je t'imagine
Entrain d'écrire,
De rire ou de faire l'Amour
Tu es mon horizon
Tes lignes sont mes herbages.
Tu écris le jour, tu écris la nuit,
Que ce soit sage ou pas sage,
Je lis tout ce que tu écris.
Tu écris pour nous, pour toi,
Pour elle et les autres
Et tu écris pour moi.
Je t Aime, Ego t'Aime
Et moi, tu m'Aimes un peu dis ?
Il y a Toi, Moi et les autres,
Je t'Aime quand tu Aimes,
Quand tu pleures, quand tu dors,
Je t'Aime quand tu danses,
Quand tu fais strip-tease devant ta glace,
Quand tu photographies tes seize ans nus.
Je t'Aime comme une sainte
Ermite qui vivrait,
Non à coté, mais au milieu du monde.
Je t'Aime comme mon Prophète,
Tu es mon Prophète ailé
Des ailes rouges froissées du Coquelicot
Rouge comme tes bouches,
Celle du haut,
Celle du bas.
Je t'Aime dans tes sanglots,
Dans tes désirs.
Je t'Aime dans le son de ma musique,
Je t'Aime dans ton indifférence de moi.
Je t'Aime dans l'échine de mon chat,
Je t'Aime dans les yeux de ma Fille.
Je t'Aime dans l'écume de mes jours,
Je t'Aime dans le sexe de ma belle,
Je t'Aime dans les couleurs de mon Art.
Je t'Aime dans le sein vide de ma Mère,
Je t'Aime dans la force de mon Fils,
Je t'Aime dans le goût de mon sang.
Dans le goût de mon sang.
De mon sang.
Sang,
Rouge
Comme......
Publié par chrisalle à 21:46:42 dans fagotistere | Commentaires (0) | Permaliens
Pauline,
Le coquelicot empourpré
Carné comme lave brûlante,
Volcanique n'es tu pas ?
Volcanique n'es tu pas
Quand ton sang sourd de ton sexe,
C'est du magma dis ?
De la roche incandescente ?
Quand de ta bouche béante
Tu craches des mots de feu
Plus ravageurs
Que les nuées pyroclastiques.
Lors de tes colères
Hurlant depuis ton centre minéral
D'apocalyptiques exhortations
Qui effrayent les craintifs mortels
Égarés dans ton blog.
Publié par chrisalle à 21:45:29 dans fagotistere | Commentaires (0) | Permaliens