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Le site qui disparaît subitement à l'approche d'un supérieur hiérarchique

Ultimes péripéties (première partie) | 29 juillet 2009

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Oldi et Kaito sont tout près de mettre fin à la malédiction qui les tient en haleine depuis un petit moment déjà. Pour cela, il leur a toutefois fallu retourner dans l'hostile village de Trouperdu, plus précisément dans les ruines du château du mage Hédépargne, lieu enclin à la bonne préparation de la potion. Mais, hélas, s'étant enfermés dans le château après avoir été poursuivis par les populaces trouperdoises, ils doivent terminer la préparation de la potion en utilisant des gaïeres, stèles dotées de pouvoirs magiques... et une de ces stèles se trouve sur la place du village, en territoire hostile, incluse dans la dodécapotence! Et, comme si ce n'était pas suffisant, les compères sont poursuivis par Augustin Thymmilou, le milliardaire psychopathe, bien décidé à les transformer en carpaccio. Et le dit Thymmilou, à force de belles paroles, a réussi à s'allier avec les Trouperdois et à les convaincre de mener une attaque contre le château...


 



     - Hey, Oldi! Fini le dodo! Y'a urgence! DEBOUT!!!

     Oldi, qui venait de sortir d'un rêve assez étrange incluant des escargots polonais et des tomates en cage, ouvrit les yeux. Il aurait bien réclamé, pour ce faire, une paire de crics, mais la mine affolée de Kaito qu'il devinait à travers ses pupilles enfloutées lui montrait bien que l'heure n'était pas au confort futile. Il l'ignorait, mais sa mine à lui n'était pas non plus spécialement encline à exprimer la joie de vivre, mais pour d'autres raisons, entre autres ses cheveux évoquant le champ de poireaux après décès du jardinier, et sa veste-oreiller qui lui avait dessiné la carte de New York sur le visage. Il agrippa ses binocles sacrées qu'il posa religieusement sur son nez enrhumé, ce qui lui permit de voir sans floutage inadéquat un détail environnemental qui, effectivement, avait de quoi susciter l'inquiétude.

     Dans les trous de ce qui devait autrefois être le toit de la salle où lui et son compagnon avaient dormi, se dessinait, à travers les nuages violacés du ciel de l'aube montagnarde, une lueur. Une lueur vive, légèrement orangée, qui ressemblait fort à une étoile. Oldi, l'esprit embrumé par son sommeil d'austère lit, ne comprit pas tout de suite de quoi il retournait. Dix secondes plus tard, ses neurones blafards se reconnectèrent petit à petit, et il se remémora qu'un astre, en général, ne se voyait pas en plein jour à quelques exceptions près. Et cinq autres secondes après, il se souvint quelle était exactement l'exception à laquelle il était visiblement confronté. Il bondit.

     - L'astéroïde! beugla-t'il, faisant pour la première fois depuis fort longtemps trembler les murs du château. Il se rapproche! Et tu me laisses dormir, nididji!!! Il faut d'urgence finir notre travail!

     Kaito regarda Oldi avec des yeux ébahis, d'un air hagard à mi-chemin entre la béatitude incompréhensible et l'incompréhension béate. Il n'aurait pas fait une tête différente si on lui avait annoncé que ses parents biologiques étaient des flamants roses. Il leva la tête, observa l'astre maudit à travers la charpente défoncée, remit sa tête en position standard, lorgna Oldi à nouveau et cligna des yeux, deux fois. En fait, il venait lui-même de découvrir la lueur céleste; visiblement, il y avait eu confusion.

     - Euh, oui, aussi, acquiesça-t'il après un silence. Mais, en fait de châtiment divin venu du haut, c'est plutôt les humains du bas-peuple que je redoute(1). Regarde!

     Kaito saisit Oldi par le bras et l'emmena à l'extérieur de la pièce, jusqu'à une rangée de mousse vaguement crénelée. Par-delà le fossé profond entourant le château, s'alignaient sur la falaise tentes, constructions hâtives de bois, engins de siège (tels que des chaises), des armes diverses recouvrant deux mille ans d'Histoire en allant du gourdin primitif aux tromblons rouillés, des outils agricoles reconvertis en armement, des feux de camps avec marmites où bouillonnaient des mixtures pestilentielles, et une populace vile et l'air plutôt hargneuse. Les Trouperdois... visiblement, ils avaient envie de faire gicler le sang, de tuer hargneusement, d'hémoglobiner de riants pâturages et d'abreuver des sillons avec du sang impur. Et au vu de l'emplacement de leur attirail assassinatoire, il n'était "guerre" difficile de deviner leur cible. Oldi et Kaito s'abaissèrent pour observer les meurtriers à travers une meurtrière, sans être vus dans la mesure du possible. Une grande agitation régnait dans ce camp nouvellement apparu; les assauts sanguinaires devaient être prévus à une heure imminente.

     - Va vite chercher les jumelles, dit Oldi. J'ai ma petite idée sur ce rassemblement...

     Kaito lui obéit, partant en trottinant dans les herbes et revenant de la même démarche quelques secondes plus tard avec l'objet optique. Oldi s'en empara et scruta la foule assiégeuse, à la recherche de celui qui devait être responsable de ce brusque intérêt des Trouperdois pour les manoeuvres militaires. Rapidement, il trouva l'objet de son intuition: Augustin Thymmilou, au milieu des villageois affairés, discutant ferme avec le maire Ernest Sessendre. Ne sachant pas lire sur les lèvres, Oldi ne put pas suivre leur conversation, ce qui n'était pas un mal en soi puisque celle-ci ne lui aurait probablement pas remonté le moral.

     - Une heure?!? rugit le milliardaire. Mais enfin, c'est dément! Ne me dites pas qu'il faut encore tout ce temps pour construire un bête pont mobile!
     - On fait che qu'on peut, monchieur Thymmilou, répondit Ernest, apeuré et complètement à la botte de l'hystérique. On n'a qu'un cheul frai menuichier tans le fillache, alors cha prend tu temps, éfitemment. Téchà que nous afons tû tétruire pluchieurs te nos capanes te chartin pour les poutres, ainchi que le garache tu fieux Alphonche, et les apris au pord tu lac Apoulquaud, et...
     - Je m'en moque de vos problèmes d'abris côtiers(2)! postillonna Thymmilou. Nous aurions dû attaquer avant le lever du soleil, votre inefficacité mène mon... notre plan à la ruine! Nous perdons l'avantage stratégique!
     - L'afantache chtratéchique? répéta Ernest Sessendre en se grattant la tête au grand dam de sa faune capillaire. Mais ils ne chont que teux cheunes, qui...
     - ...sont capables de tout, compléta Thymmilou. Pour le pont mobile, je vous donne trente minutes, précisément. Au-delà, je ne tolèrerai plus le moindre coup de marteau, excepté dans les parties génitales de nos adversaires. Et si je vois quelqu'un durant ce délai faire quelque chose ne concernant pas le montage de nos engins de siège, il aura affaire à moi, et en ce qui concerne la sévérité de mes punitions, je me contenterai de dire que je n'ai jamais pleuré devant Bambi... je veux, que dis-je? J'exige que pas un de vos abrutis de citoyens n'aille au toilettes sans emporter avec lui trois planches et une scie sauteuse, et qu'importent les blessures douloureuses car, je le dis tout net, je m'en ficherai comme de ma première gastro-entérite(3)! Compris?

     Ernest Sessendre baissa les yeux tel un gamin pris en flagrant délit de vol de confitures, puis retourna vaquer à ses occupations. Thymmilou resta sur place, se pinçant l'arête du nez (pour se concentrer ou pour éviter les effluves trouperdoises, difficile à dire), puis s'engouffra dans une tente afin de méditer.

     - C'est bien ce qu'il me semblait... Augustin Thymmilou en personne! expliqua Oldi à Kaito. Ce qu'on pouvait craindre de pire est arrivé: il s'est allié avec les Trouperdois.
     - C'est pas la joie, conclut Kaito d'un ton las. Qu'est-ce qu'on fait? On ne peut pas se battre contre tout un village! Les scriptophages, d'accord, les chapelles high-tech, d'accord, les filles de riche pourries gâtées, passe encore, mais des centaines de paysans armés des sabots aux rouflaquettes, non!

     Oldi acquiesça en silence. Après un bref instant de réflexion, il suggéra de voir exactement à quelle armée les compagnons avaient affaire. Histoire de voir s'ils avaient une chance de s'en tirer avec plus de la moitié de leurs organes encore fonctionnels.

     Afin de juger de la situation, Oldi et Kaito montèrent au sommet du donjon poussiéreux dominant le château, un endroit stratégique qu'eussent acclamé les plus grands archers, tels que Guillaume Tell, Robin des Bois ou Jacques Crozemarie(4). En effet, depuis cet endroit, ils pouvaient avoir une vue d'ensemble du château et de ses alentours. Et le spectacle n'était pas vraiment réjouissant: les Trouperdois étaient plus nombreux que prévu. Le village, en bas de la vallée, devait être quasiment vide. La forteresse était entourée de tous côtés par les engins de guerre les plus variés, du fusil au bélier (une arme de légionnaire), et par un nombre de personnes largement suffisant pour les manipuler. Ils étaient cernés.

     - Pas terrible... vraiment pas terrible, minimisa Kaito. Regarde, là, en bas: ils construisent un pont mobile pour pouvoir entrer. S'ils nous rejoignaient, ce serait...

     Il se tut. Un mot venait de lui venir à l'esprit, idem pour Oldi: "trappe".

     Oldi et Kaito descendirent en quatrième vitesse les escaliers moussus, au risque de se casser une jambe toutes les marches et demi. Ils constatèrent avec soulagement, arrivés en bas, que la trappe par laquelle ils avaient pénétré dans la citadelle était toujours là, intacte. Mais certaines des pierres que les compagnons avaient placées la veille pour condamner le passage avaient légèrement bougé, signe que quelqu'un avait vainement tenté de soulever la masse par le dessous.

     - C'est bon! soupira Oldi. Visiblement, ils ont essayé de passer, mais ils ont vite lâché l'affaire. Aucun risque qu'ils n'entrent par là. Mais ils en ont sans doute profité pour poster des sentinelles au cas où ont voudrait filer à l'anglaise...
     - Oui, donc nous sommes bloqués. Comment ressortir, si ce n'est pas la passerelle qu'ils vont mettre en place? Tu nous vois, empruntant ce pont avec en face des centaines de personnes qui ne veulent pas que tu l'empruntes -même si tu jures de le rendre?
     - Euh... j'admets que ça pose problème. A moins que... euh, non. Euh, attends...

     Visiblement, Oldi cogitait dur. Il tournait en rond comme possédé par l'esprit d'un derviche, se tapotant le front pour activer les neurones amorphes qui logeaient au-dessous.

     - JE SAIS! cria-t'il, tout frénétique. Ecoute: on est assiégés, d'accord? Thymmilou nous veut, c'est un fait, les Trouperdois aussi, eux et l'abominable se sont donc alliés, ils ont voulu entrer dans le château par le passage souterrain, ça n'a pas marché, alors ils nous sortent le grand jeu, ils construisent une passerelle, et dès qu'elle sera finie ils attaqueront le château, on pourrait dégager l'entrée du souterrain et partir par là, mais comme je l'ai dit avant, ils ont sans doute mis une surveillance en place, mais la surveillance, c'est si on veut partir en douce uniquement, donc voilà mon idée: on fait croire aux Trouperdois qu'on ne veut pas fuir, mais se battre contre eux, avant qu'ils ne mènent leur assaut, nous, depuis notre château, on les harcèle, on les nargue, on leur bazarde tout ce qu'on a sous la main avec de la haine dans les yeux pour faire plus vrai et on leur dit que nous ne sortirons que par la volonté du bas-peuple ou la force des baïonnettes, ils se fâchent, ils s'y mettent tous pour nous taper dessus, par conséquent la surveillance du souterrain se relâche, et quand l'assaut est mené on en profite pour filer en douce avant qu'ils aient compris. Voilà. Voilà! Voilà...

     Oldi respira. Enfin. Kaito, qui était parvenu par miracle à comprendre l'explication malgré sa syntaxe affreuse qui n'était vraiment pas caractéristique de son ami, haussa un sourcil sceptique et finit par lâcher platement:

     - Sans vouloir te vexer... j'y crois pas trop.
     - Je te ferai remarquer, dit Oldi avec un zeste de vexation dans la voix, que c'est le seul plan qu'on a. Comme toujours, finalement. Mais il faut bien le mettre en oeuvre si on veut avoir une chance de réussir. Laisse-moi réfléchir...

     Oldi monta sur un proche muret, du haut duquel il avait une vue d'ensemble de la cour du château. D'un regard de caméra de surveillance, balayant toute la construction, il pensait. Sa matière grise venait d'atteindre un niveau d'agitation que l'on ne croise plus guère que chez les bébés secoués, tentant d'améliorer un plan déjà désespéré à l'origine. Oldi resta là, statue cogitante sur son piédestal effrité, puis, soudain, il bondit sur le sol en ordonnant méthodiquement:

     - Okay, je vois le topo! Kaito, tu vois la herse, là-bas? Tu la fermes, et bien!
     - Mais, ça ne les bloquera pas, ils pourront passer à côt...
     - Tu la fermes(5)! Et il y a une autre herse, là-bas, tu fais pareil. Moi, je me charge du reste.

     Oldi alla examiner l'entrée du souterrain, plus précisément un reste de colonnette à proximité de la dite entrée. Il essaya de dégager des pierres de la structure: celle-ci, peu solide et visiblement construite à la va-vite, n'était guère résistante. Dégageant méthodiquement quelques caillasses, il mit celles-ci de côté, en tant que réserve de munitions. Kaito, obéissant aux ordres de son compagnon, abaissa les herses que son ami lui avait désignées, sans comprendre toutefois où il voulait en venir... mais Oldi était si frénétique que la moindre question l'aurait mis en rogne.

     Le maudit, sans mot dire, prit le grand sac de toile que lui et son compagnon avaient amené, et en déchira une large bande, qu'il noua au pied du piler qu'il avait amputé à l'instant de plusieurs de ses briques. Enfin, toujours dans un silence digne d'un moine, il observa la place que lui et son compagnon avaient "arrangé" selon un schéma inconnu à part de lui seul. Puis il monta sur un des murs cernant la forteresse, face au camp des Trouperdois, et expulsa de sa bouche les paroles qu'il avait économisées en un seul cri, bref mais venant du fond du coeur:

     - HEY, BANDE DE BLATTES!

     Tous les Trouperdois à portée de voix d'Oldi regardèrent en direction de la tour d'où provenait l'insulte. Insulte dans laquelle ils s'étaient tous identifiés, soit dit en passant. Thymmilou et Ernest, qui devisaient sur l'avancée des opérations, entendirent eux aussi le beuglement vulgaire et inattendu; le milliardaire réprima difficilement un juron similaire.

     - C'est pas pour dire, continua Oldi sur le ton de l'ironie, mais moi et mon pote on aimerait bien sortir de ce château, on s'ennuie un peu. Mais c'est franchement dur de trouver un passage praticable: pas glorieux, les ponts et chaussées de la région! Pour tout dire, on voulait se fabriquer un pont, mais vous nous facilitez le boulot! Quand vous aurez fini, mettez-le en place et laissez-nous sortir, okay? Mais n'oubliez pas de le désinfecter avant.

     Les quelques Trouperdois qui connaissaient le mot "désinfecter" grognèrent.

     - Nan, sérieusement, continua Oldi (tandis que, derrière lui, Kaito sanglotait). Je pense que vous ne nous laisserez pas sortir en paix, n'est-ce pas?

     En guise de réponse, trente-deux fourches, sept râteaux et quatorze serpes se dressèrent. Un synonyme complexe de "baston" en langage des signes.

     - C'est bien ce qu'il me semblait. Dans ce cas, j'ai l'honneur de vous annoncer que mon ami et moi nous engageons le combat.

     Oldi saisit une des caillasses qu'il avait soigneusement mises de côté lors de sa liposuccion de colonnette, et le bazarda en direction des populaces assassinatoires. Le parpaing, lancé avec précision, fit un vol plané nanti de sept saltos arrière au-dessus du ravin cernant le château, et atterrit dans l'herbe avec un plof moelleux. Il n'atteignit aucune cible particulière, mais symboliquement, inaugurait la guerre Oldi-Kaito/Trouperdois-Thymmilou. Les villageois étaient, depuis quelques heures, abrutis par les ordres du dit Thymmilou, et certains commençaient à se demander sérieusement à quoi rimait tout le travail qu'ils avaient effectué avec tant de sueur. Mais cette brique insultante avait ravivé en eux cette fameuse haine des touristes typique du Trouperdois moyen, et ils ne désiraient plus qu'une chose: discutailler avec leurs cibles à coups de gourdin et d'outils de jardinage.

     - Hé bien, ch'est clair, dit Ernest Sessendre en avalant une gorgée de salive. Ils che f**tent te nous, ches chales mioches! Ils l'auront foulu! Mais... monchieur Thymmilou... fous n'afiez pas tit qu'ils echaieraient chûrement te ch'enfuir par le chouterrain?
     - C'est ce que je croyais, avoua Thymmilou. Ils ont peut-être essayé mais fait demi-tour... non, c'est grandement improbable. Avec la surveillance que j'ai mise dans le souterrain, ils se seraient fait attraper, et nous en aurions été informés. Car vous êtes en communication avec les gardes, je crois, mon cher Ernest?
     - En effet... che peux les appeler pour férifier, chi fous foulez.
 
     Ernest Sessendre prit un talkie-walkie, modèle abandonné par feu un touriste de nombreuses années auparavant, et appela un de ses compagnons, plus précisément le barman du Poussin éviscéré:

     - Hey, p'tite tête? Ch'est Ernecht. Tis-moi, est-che que quelqu'un a echayé te pacher tans le chouterrain?
     - Pas le moins tu monte, che fiens de foir Tapa, il n'a rien remarqué te chuchpect. Et il a l'ouïe fine, Tapa! Chi quelqu'un n'avait fait qu'oufrir la trappe tu château, il l'aurait chu tout te chuite.
     - T'accord... merchi pour l'info.
     - A ton cherfiche. Tis, on ch'ennuie, ichi, tu chais. On pourrait pas fous rechointre, fous autres au château? Un peu te téfoulement nous ferait tu pien.
     - Euh... on ferra, on te recontacte ch'il y a tu neuf.

     Ernest désactiva son grésillant engin. Thymmilou, qui avait suivi la conversation, se mit à réfléchir.

     - C'est étonnant... pourquoi n'ont-ils pas au moins essayé de passer? C'est leur seule issue.
     - Peut-être, hasarda Ernest Sessendre, que le pachache est fraiment pouché; le château est chi fieux, quelque choje a très pien pu ch'écrouler chur la trappe.
     - Ou bien ils se sont doutés de quelque chose! En tout cas, même si vos compagnons ont le désir primaire de se défouler, qu'ils ne bougent pas de leur poste, d'accord?
     - Même pas le parman et ches copains? hasarda Ernest. Fous chavez, Tapa est très efficache...
     - Je n'en doute pas.
     - ...fous ne penchez pas qu'il cherait chuffijant pour churfeiller le chouterrain? Il prend cha michion au chérieux et...
     - J'ai dit: NON. Ils restent TOUS là, en bas. C'est clair?

     Ernest comprit qu'insister serait inutile. C'était officiel: l'assaut serait mené sur le château d'Hédépargne.

     - C'est officiel, l'assaut va être mené sur le château d'Hédépargne! jouissait Oldi. Je suis assez content de moi. Beau discours, non? Il n'y a plus qu'à passer le temps en attendant l'attaque. Autant être productifs et leur bazarder ces pierres que j'ai judicieusement mises de côté, non?

     Kaito ne répondit pas. Non pas qu'il n'ait pas eu envie de parler, c'était même plutôt le contraire. Ayant bénéficié durant sa jeunesse d'une éducation exemplaire dont la rectitude pourrait servir de fil à plomb, il cherchait en fait le moyen d'exprimer ses pensées à Oldi sans mots vulgaires et sans attaque physique. Après un silence de quatre secondes -délai durant lequel il s'imaginait écrabouillant des escargots, histoire de se calmer les nerfs- il parvint à articuler d'une langue tremblotante:

     - De quoi passer le temps? Mais mais mais, j'ai une idée... n'avait-on pas une potion à préparer?

     Oldi écarquilla les yeux. Histoire d'enfoncer le couteau dans la plaie, Kaito rajouta:

     - Monsieur Oldi, le grand stratège, avait-il prévu dans son plan un délai suffisant pour préparer la fameuse potion, avant d'exciter les sanguinaires d'en face?

     Oldi expulsa un juron que la loi de septembre 1946 nous interdit de reproduire ici, puis il courut sans piper mot en direction du sac de toile contenant toutes les affaires du duo. Kaito le suivit en traînant les pieds, arrachant quelques mottes d'herbe pour expulser l'énervement qui bouillonnait encore en lui.

     - Quel abruti, quel abruti, quel abruti! répéta Oldi tel un gramophone bloqué tout en déballant sur l'herbe le contenu du sac. J'avais oublié ça... décidément, je fais n'importe quoi quand je crois avoir une bonne idée! Kaito, trouve-moi le grimoire et lis-moi la recette pendant que je prépare le matériel et les ingrédients...
     - J'espère, sincèrement, qu'on aura le temps de tout faire. Toi qui as déjà lu attentivement la recette, tu estimes qu'il faudrait combien de temps pour la faire?
     - Je dirais... une vingtaine de minutes, environ.

     - Alors, mes braves! Je venais aux nouvelles. Le travail, ça avance?
     - Chuper, monchieur Thymmilou. T'ichi un quart t'heure, on aura fini.

     Inutile de dire que l'agitation avait atteint son apogée dans les deux camps. D'un côté, on aiguisait des fourches, on rabotait des gourdins, on vérifiait l'état de ses couteaux de cuisine et on s'envoyait un peu de gnôle derrière le foulard histoire de se donner chaud aux organes internes; de l'autre, on jetait dans une marmite remplie d'eau tiédasse en voie de réchauffement des ingrédients variés. Fruits, légumes, herbes diverses, sans oublier les trois fameux ingrédients qui avaient valu à Oldi et Kaito tant de périls: bolet Rodravel, poudre d'os de boîte crânienne de cyclope méditerranéen, et rubis. A l'ajout du premier de ces trois ingrédients, la mixture devint pourpre. Pour le second, jaune à reflets mordorés. Enfin, à l'ajout du rubis, elle arbora toutes les couleurs du spectre chromatique, jusqu'à ce qu'Oldi la touille avec une barre d'argent (indiquée par le grimoire) et qu'elle affiche à la suite de cela une uniforme couleur rouge sang.

     - C'est bon, soupira Kaito, la couleur correspond. Et on a fini en avance. Bien, suite des opérations?
     - Il faut placer les ingrédients sur les gaïeres, commença Oldi. La potion dans celle sur la muraille, là-bas, et le livre Hédépargne sur celle du balcon du donjon. La troisième, on verra ça plus tard... bon, il est temps que je t'explique ce qu'on a fait avant, avec les herses, et tout ça... pour être sûrs que les Trouperdois attaquent, on va continuer de les narguer jusqu'à ce qu'ils entrent dans le château. En fermant les herses, on leur a allongé le chemin entre l'entrée de la forteresse et celle du souterrain. Donc, une fois qu'ils auront pénétré dans la cour, on partira dans le passage secret, et on le condamnera! Tu vois la corde que j'ai fixée au pilier? Je l'attacherai à la trappe quand celle-ci sera ouverte, et en la refermant, la colonnette s'effondrera dessus en condamnant l'entrée! Résultat: les Trouperdois nous verront encore les humilier lorsqu'ils entreront dans le château, et une fois à l'intérieur: personne! J'imagine leurs têtes, surtout celle de ce cher Thymmilou! Le temps qu'ils comprennent qu'on a pris le souterrain, on aura, j'espère, eu le temps d'atteindre la troisième gaïere. Je suis impatient de revoir la dodécapotence! (un silence) ...je ne pensais pas dire ça un jour. Bon, allons placer les ingrédients! Ne perdons pas de temps! Charge-toi du livre Hédépargne, moi, je transporte la potion magique.

     Oldi et Kaito prirent chacun leur objet fétiche, et ils partirent chacun de leur côté. Oldi alla verser la potion dans la gaïere de la muraille, et Kaito monta les escaliers en direction du balcon du donjon. Mais, là, une vision terrible l'attendait. Il disposait, de cet endroit, d'une magnifique vue plongeante sur le campement des Trouperdois, et le pont mobile que ceux-ci étaient auparavant en train de monter était en place, et prêt à être adéquatement positionné. Un simple ordre de Thymmilou et l'attaque du château aurait lieu dans la minute.

     Le livre magique placé, Kaito redescendit les escaliers quatre à quatre pour avertir son compagnon. La phase suivante du plan allait devoir être avancée.

     - Oldi! cria-t'il, trois fois de suite histoire d'être certain d'avoir affaire au bon interlocuteur. Ils sont prêts à attaquer!
     - Déjà? demanda celui-ci en jetant au loin sa marmite vide. Ils sont plus rapides pour faire ce genre de choses que pour évoluer intellectuellement... remarque, avec un chef comme Thymmilou, on devait s'attendre à tout. Bon, allons les narguer une dernière fois, histoire de leur montrer qu'on est toujours là et qu'on ne les a pas oubliés. J'espère qu'ils ne nous en voudront pas pour notre absence.
     - J'approuve, mon cher. J'approuve...

     Dans le campement, la tension était à son comble. Tous les Trouperdois attendaient l'ordre de Sessendre ou de Thymmilou qui leur permettait de réaliser leur rêve secret: mener un assaut sanguinaire en toute légalité.

     - Ch'echpère qu'ils chont touchours là, dit Ernest en tripatouillant un de ses boutons de manchette.
     - Ils le sont, rétorqua Thymmilou. Vous avez vu cette fumée? Je ne sais pas ce qu'ils cuisent, mais ça m'étonnerait qu'ils l'aient laissé sans surveillance.
     - En tout cas, che...
     - Joli pont, n'est-ce pas? dit soudainement une voix.

     Cinquante-sept yeux se tournèrent en direction du château d'Hédépargne(6). Là, accoudés mollement à une muraille, flemmardaient Oldi et Kaito -les touristes traqués, la cible de tout un village- aussi discrets qu'une crise de rire pendant une oraison funèbre. Apparemment indifférents à l'hystérie locale qui pourtant les concernait, ils lorgnaient le paysage d'un oeil quasi-amorphe. Ils auraient regardé passer des canetons au bord d'un lac qu'ils n'auraient pas eu une attitude différente.

     - Quoi, cette passerelle? répondit Oldi à son ami Kaito en désignant du doigt le fatras de planches informes. Oui, pas mal. Assez primaire, je dois dire, mais évidemment, ça a son charme.
     - Dites, demanda Kaito, votre attaque, là, ça vient? Pas qu'on s'impatiente, mais...
     - On arrife! hurla un Trouperdois, une bouteille à la main. Et fous feriez mieux te fous planquer, chinon cha fa chier pour fous!
     - Ca va scier? feignit Oldi. On veut nous tuer avec une scie? Vu la bouteille que tu tiens à la main, ce sera pas la scie rouge de sang mais plutôt la scie rose du foie, mon poivrot ami... ah non, pardon, ajouta Oldi après pseudo-explication de Kaito, c'est pas "scier"! C'est pas scier-vident, votre accent, il faut dire...

     L'énervement chez les Trouperdois avait atteint son paroxysme. Une des meilleures manières pour un touriste d'énerver un Trouperdois, juste après lui dire que l'on refuse ses propositions de mariage, est de faire des commentaires sur l'accent local. Cette fois, les habitants de la bourgade allaient oublier toute notion d'éthique et laisser rugir la bête velue qui se dissimulait en chacun d'eux, pas bien loin sous la surface, il faut le dire.

     - C'est pas tout ça, mais on aimerait bien que l'attaque commence, histoire de tester notre arme secrète... déclama Kaito d'un ton mi-impatient, mi-stérieux.

     Un murmure d'inquiétude parcourut la populace paysanne. Une arme secrète? Il fallait s'attendre à tout... et les volutes de fumée aux couleurs changeantes qui avaient émané de la forteresse durant le quart d'heure précédent n'auguraient rien de bon. Arme chimique extraterrestre? Souvenirs du KGB? Gastronomie anglo-saxonne? Un Trouperdois un peu plus hardi que ses compatriotes hasarda:

     - Une arme checrète? Quelle arme checrète?
     - Ahâââââ! répondit Kaito d'un ton enfantin en agitant l'index. Si on le dit, ce ne sera plus un secret, petit fripon!
     - Voyons, mon ami, soyons fair-play! dit Oldi avec une moue répugnante. Nous nous faisons la guerre comme au Moyen-Âge, et à cette époque, on avait encore la notion d'Honneur, avec un grand H, précisa Oldi pour les nombreux Trouperdois croyant que le mot s'écrivait auneur (ils pensaient maintenant à hauneur). Tu sais, messieurs-les-Anglais-tirez-les-premiers, tout ça. Je pense que nous pouvons leur faire part de la nature exacte de notre petit armement de derrière les fagots, non?
     - Certes mon ami, certes. Soyons courtois. Notre arme secrète, c'est...

     Les Trouperdois restèrent silencieux, guettant la fin de la phrase ennemie...

     - du SAVON! hurlèrent les compères, faisant suivre leur phrase d'un rire gras et d'un double topons-là. Ils ramassèrent ensuite quelques pierres, qu'ils jetèrent en direction des Trouperdois outrés à grands renforts de grimaces visqueuses. Aucun de leurs projectiles ne parvint à destination, les compères visant volontairement le fond du ravin cernant le château, mais l'intention était là. Attitude peu fair-play, certes, mais lorsque l'on se trouve face à un paquet de personnes dont le principal but est de nous éviscérer, on finit par oublier les règles de courtoisie les plus élémentaires.

     Tous les regards Trouperdois se tournèrent vers le duo Thymmilou/Sessendre, les gueux n'attendant qu'un petit signe qui marquerait le début officiel des hostilités sanglantes. Les généraux de guerre, qui avaient autant digéré les paroles du duo que des huîtres au chocolat, firent comprendre par un simple hochement de tête bien senti que les guerres Trouperdoises venaient de commencer. Une acclamation hystérique applaudit leur décision, en même temps que quatre-cent-soixante-dix-sept outils coupants se dressèrent d'un seul mouvement comme pour déclarer la guerre aux cieux. Les cieux, justement, viraient lentement à l'orangé du fait de l'approche imminente d'un caillou céleste à la recherche d'une cible.

     La passerelle fut mise en place, et enfin, pour la première fois depuis des siècles et des siècles (amen), le château du mage Hédépargne fut accessible par une voie digne de ce nom! Aussitôt, des régiments de croquants armés de la tête aux pieds s'engouffrèrent dans le passage, à approximativement cinq cents contre deux, une attaque peu équitable, voire franchement lâche que n'oserait qu'une copieuse bande de patates (car les tubercules osent). Oldi et Kaito, eux continuaient à jeter des pierres dans tous les sens... du moins, jusqu'à l'entrée des premiers sanguinaires dans le château.

     Sitôt que les premiers assassins à fourches avaient pénétré la cour intérieure, les compagnons abandonnèrent courageusement leur poste en direction de l'entrée du souterrain, à cinq mètres de là. Comme Oldi l'avait prévu, les herses closes judicieusement positionnées avaient grandement allongé le chemin entre l'entrée de la citadelle et celle du passage minier. Ils avaient juste le temps de fuir sans être vus... Oldi ouvrit la trappe non sans avoir dégagé les rochers vaguement taillés que lui et son compagnon avaient placé la veille, puis, la construction de planches ouvertes, il y noua dans une anfractuosité le bout de ficelle qu'il avait improvisé. Kaito s'engouffra dans le passage, tandis que la rumeur de l'assaut paysan grondait de plus en plus fort. Oldi se rendit à son tour dans le souterrain, et abaissa la trappe.

     Du moins, il essaya. Il avait sous-estimé la résistance du reste de colonne...

     Il appela évidemment son compagnon à l'aide! Les deux fugitifs attrapèrent chacun un côté de la trappe, alors que les cris des Trouperdois en furie devenaient de plus en plus distincts, et autant dire que les mots que les gueux hurlaient n'étaient pas spécialement rassurants! Moins d'une vingtaine de secondes et ils seraient à portée de fourches! Réunissant leurs capacités musculaires les plus insoupçonnées, avec la force de forceps, ils tirèrent la trappe de bois vers le bas, action ardue à laquelle même la force de gravité terrestre semblait ne pas vouloir prendre part! Plus qu'une dizaine de secondes avant l'arrivée de la horde.

     Un craquement se fit entendre...

     Aussitôt, la colonnette de pierre s'effondra sur la trappe, condamnant le passage. Les Trouperdois, assourdis par le bruit causé par leurs centaines de jambes, ne remarquèrent pas cette destruction architecturale et, arrivant sur place, ne virent qu'un endroit vide. Ne pensant pas au souterrain au premier abord, ils décidèrent alors de fouiller le reste du château, offrant ainsi aux deux compagnons un délai salutaire.

     Du moins, si la surveillance du passage secret avait été relâchée. Ce qui n'était, comme ils allaient bientôt le découvrir, pas le cas.

     Oldi et Kaito, provisoirement heureux dans l'ignorance, se prenaient une petite pause, juste au-dessous de la trappe qu'ils venaient de condamner. Haletants, ils entendaient un étage au-dessus les gueux sanguinaires ordonner une fouille complète du château.

     - Bien, c'est parfait, chuchota Oldi afin de ne pas être entendu, bien que les décibels émis par les voisins du dessus aient facilement étouffé un quatuor d'organistes. Ils croient toujours qu'on est dans le château. Le temps qu'il comprennent qu'on a pris le souterrain et qu'ils en dégagent l'entrée, on a un petit moment devant nous. J'espère en tous cas que, s'il y avait des gardes dans le souterrain, ceux-ci se sont absentés.
     - Honnêtement, je l'espère aussi, dit Kaito en essuyant de la poussière de son épaule gauche. D'autant plus que maintenant, on ne peut plus faire demi-tour. Franchement, ton plan parfait n'est pas si parfait que ça...
     - Désolé, mais prendre des décisions relevant de la stratégie militaire dix minutes après mon réveil ne fait pas partie de mes attributions! insista Oldi.
     - Navré, je ne voulais pas te vexer, répondit Kaito en essuyant son épaule droite. Il est bien, ton plan! En passant... comment tu as su comment "arranger" le pilier pour qu'il s'écroule juste au bon endroit?
     - Trois générations d'architectes dans la famille, lâcha simplement Oldi.
     - D'architectes ou de démolisseurs? ironisa Kaito.
     - Un peu des deux, je crois, murmura tristement Oldi. Bien! Fini la pause, on a une place de village à atteindre.

     Oldi se leva, et songea intérieurement: "pour que le sortilège soit efficace, ils faut que les trois éléments soient sur les gaïeres en même temps... j'espère sincèrement qu'aucun des abrutis là-haut ne profitera de notre absence pour déplacer le grimoire ou la potion..."

     Tandis qu'au-dessus, l'agitation régnait toujours, Oldi et Kaito descendirent l'escalier en colimaçon les menant dans les entrailles secrètes de Trouperdu. En sens inverse, ils parcoururent à nouveau les anciennes salles troglodytes qu'ils avaient franchi la veille. Arrivés à mi-parcours, dans une salle ayant visiblement servi de cave à vin -quelques bouteilles mathusalémiques et tonneaux du même métal y reposaient encore religieusement- ils finirent par s'interroger.

     - Aucun garde, conclut Oldi. Pas le moindre, pourtant on a fait la moitié du chemin. Même si ceux qui étaient ici avaient eu envie de partir au château, je m'attendais au moins à quelques personnes, quatre ou cinq qui seraient restées...

     Hélas, Oldi n'avait pas retenu la leçon: lorsque, par miracle, les choses vont bien, se plaindre est la pire chose à faire. Comme pour rétablir le quota de poisse de l'histoire, un bruit sourd(7) résonna alors depuis le couloir de sortie de la cave à vin. Les compères auraient pu espérer un ennui de second ordre, comme un éboulement ou un bête séisme, mais lorsqu'ils s'aperçurent que le son de tantôt avait la même fréquence que des pas humains, ils comprirent que ce que le pire craignait de pire était à craindre, voire pire(8).

     - Pour la surveillance du passage, je crains, dit Kaito, qu'ils aient misé sur la qualité plutôt que sur la quantité...

 

 

 

(1) Avec tous les ennuis qu'ils ont depuis le début de cette histoire, ils pourraient faire un catalogue de ce qu'on redoute...

(2) D'accord, ce jeu de mots d'arbre fruitier est un peu léger. Mais n'oublions pas que pour les calembours foireux, je suis pommier toutes catégories...

(3) Gastro-entérite: communément appelée gastro, maladie exécrable caractérisée par une expulsion régulière de matières corporelles inutiles. Méthode efficace pour perdre du poids, mais néanmoins déconseillée par les nutritionnistes car peu ragoûtante et ne leur apportant aucun apport financier. Elle revient tous les ans à la même période, d'où son surnom de "fidèle gastro".

(4) Jacques Crozemarie tirait beaucoup à l'ARC.

(5) Libre à vous de savoir de quoi il parlait.

(6) Il y a un borgne à Trouperdu, Jean Marilepaine, gaillard blond au physique typique, disposant des solides jambes locales, du torse régional et du front national.

(7) Assez étrange finalement, étant donné qu'un bruit sourd, par définition, on peut pas l'entendre...

(8) Relisez, ça va venir.

Publié par oldi à 23:03:40 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (0) |

...article à venir bientôt! | 30 juin 2009

...

Publié par oldi à 22:32:23 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (10) |

Réunion aux bas-fonds | 28 mai 2009

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Oldi et Kaito sont à Trouperdu pour préparer la potion qui délivrerait ce premier de sa malédiction. Mais ils sont bloqués au château, et en bas, au village, Augustin Thymmilou rôde...

 


 

     Un vent bruyant et désagréable soufflait sur le village de Trouperdu. De violentes bourrasques venues d'une zone inconnue des cieux ennuagés s'engouffraient dans les ruelles pestilentielles de la cité, chassant de leurs bras éthérés toutes sortes d'objets et de débris.

     C'était une de ces ambiances lourdes et pesantes, où ombres et lumières étaient indiscernables. Où les nuages semblaient se déplacer en accéléré. Où l'on avait l'impression qu'une catastrophe était imminente. Un simple sapin brinquebalé par les courants éoliens éveillait les soupçons d'une terrible tempête... un boeing 747 en flammes sombrant du haut des cieux n'aurait pas juré dans le décor. Et tout habitant de Trouperdu qui aurait eu l'idée de lever les yeux en direction du château d'Hédépargne s'imaginerait vite que les ruines de la bâtisse allaient se dresser sur deux jambes titanesques, et écrabouiller la bourgade comme le mioche mal élevé l'innocente fourmilière.

     Mais il n'y avait aucun Trouperdois dans les rues du hameau. Tous les notables de la ville - notables, c'est-à-dire tout le monde, sauf les enfants, à cette heure-ci endormis à coups de vieille gnôle, et les seniors, qui roupillaient en bavant dans leur chaise habituelle, celle-ci ayant été placée en général devant une porte pour éviter les courants d'air- tous les notables, donc, étaient réunis exceptionnellement dans la grande salle de la mairie du village.

     Il y avait également, fait rarissime, trois personnes dans la zone trouperdoise qui n'étaient pas originaires de la bourgade (ce qui est un fait rarissime uniquement parce que les étrangers n'en restent guère très longtemps, s'installant bien vite et pour longtemps dans l'ossuaire local). Deux de ces personnes, répondant aux noms d'Oldi et Kaito excepté quand il s'agissait de contribuer aux tâches domestiques, somnolaient dans une des salles glacées du château du mage Hédépargne. Recroquevillés dans leurs vestes, ils dormaient à poings fermés tout en espérant secrètement qu'un quelconque rêve bien inspiré leur indique la solution à leur problème de matériel anti-malédiction. Le troisième quidam touriste était un milliardaire peu scrupuleux, égocentrique et manipulateur, j'ai nommé Augustin Thymmilou. Rappelons que le dit Augustin, peu enclin à se renseigner sur les coutumes locales, était passé directement par la case dodécapotence, jusqu'à ce que, ironie! ses voleurs Oldi et Kaito le libèrent. Il s'était fait ensuite recapturer, mais ses paroles durant sa brève période de liberté avaient agité les trois neurones de la dizaine de Trouperdois présents à ce moment. Et cela avait davantage d'effets que ce qu'il aurait cru...

     Ernest Sessendre, maire de Trouperdu depuis plus de trente ans (faute d'adversaires aux élections), monta sur l'estrade brinquebalante de la salle poussiéreuse. Des dizaines de paires d'yeux bouffis étaient braqués sur son orifice buccal, guettant les paroles qui pourraient les convaincre de savoir comment ils étaient arrivés à cette réunion. Ce genre de fait démocratique était rarissime.

     - Mes frères, commença Ernest en levant les bras comme s'il voulait se déguiser en lettre "Y", chi che fous ai réunis che choir, ch'est pour une ponne raichon. Ch'ai... enfin, nous afons tes réfélachions à fous faire. Che vous demande t'applautir... (bref instant de suspense, indispensable dans ce genre de moment) ...Auguchtin Marchel Yves Ropert Thymmilou!

     Augustin Thymmilou sortit de derrière un rideau, souriant comme un gagnant du loto, envoyant de petits signes de main aux gueux bineuronaux. La pluie d'applaudissements espérée par le maire était plus que mitigée... une brève averse, tout au plus, un arrosage de jardin. Un pipi de mésange sur la dalle en béton de l'indifférence. Seul le premier rang, qui avait eu le privilège de se faire embobiner tantôt par ce même Thymmilou, clappait frénétiquement. Deux ou trois autres péquenauds, plus polis que la moyenne des Trouperdois, tapotaient pour le principe leurs paumes au rythme d'un coeur d'aï. Les soixante personnes composant le reste de l'assemblée se tenaient plus immobiles que jamais, bougeant moins qu'une huître sous lexomil: les bruits émis par la majorité de la salle se résumaient à un enrhumé et trois pétomanes.

     Thymmilou s'installa sur l'estrade et observa attentivement son auditoire, un tas de croquants dont les odeurs corporelles leurs garantissaient à coup sûr des places assises dans le bus. Inutile de dire qu'il allait devoir mettre le paquet. Il avait visiblement devant lui des personnes qui étaient difficiles à convaincre, et ce même si la valeur de leur QI ne devait guère dépasser celle de leur pointure de chaussures. Pour la moitié des villageois, on avait tendance à s'imaginer, en les voyant, s'amusant à étrangler des porcs à mains nues pour occuper leurs longues soirées d'hiver... et pour l'autre moitié, il était inutile de se l'imaginer car c'était effectivement ce qu'ils faisaient. Augustin Thymmilou avait face à lui un auditoire aussi expressif qu'une boîte de raviolis, composé d'une pléiade de gueux qui le lorgnaient on ne peut moins lourdement: leurs regards auraient fait couler une plate-forme pétrolière.

     Mais Augustin Thymmilou n'était pas de ceux qui se laissaient impressionner. Loin de là! Non seulement il était très doué pour s'adapter à n'importe quelle situation, mais en plus, il parlait bien. Très bien. C'était un orateur né, un de ceux dont le timbre de voix pouvait faire vibrer les foules, dont les discours échauffaient tellement les salles que des économies de chauffage étaient réalisables simplement en plaçant le bonhomme face à un micro. C'est d'ailleurs grâce à ce don pour convaincre que Thymmilou avait gagné le procès lui attribuant les droits de la roue; et s'il n'avait pas déjà été riche comme le roi Salomon, il se serait lancé dans la politique. C'était un de ces hommes qui pourraient convaincre Arlette Laguiller de prendre sa carte de l'UMP, Benoît XVI de faire la promotion de Durex, Arielle Dombasle qu'elle est belle(1).

     Le milliardaire inspira avant de commencer son allocution. Il le savait, pour convaincre les foules, il faut leur dire les choses les plus stupides et les plus crues(2)... mais cela faisait des années qu'il n'avait plus eu l'occasion de jouir de ses talents de conférencier. L'occasion était venue de rattraper le temps perdu. L'adrénaline glouglouta dans ses organes, son coeur accéléra, et enfin, apothéose corporelle, ses cordes vocales directement reliées à la partie la plus abjecte de son cortex se mirent en marche.

     - Bien le bonsoir, mes frères! finit-il par lancer, avec sur la face le sourire typique du moine découvrant les plaisirs de la chair. Merci d'être venus si nombreux. Pour ceux qui ne me connaîtraient pas, je suis Augustin Thymmilou, milliardaire de son état, vivant actuellement en Bretagne, et qui...

     - ...et qui est tonc un tourichte, compléta un paysan du premier rang dont la moustache remuante suggérait qu'on trouvait, quelque part dessous, une bouche.

     Des murmures parcoururent l'assistance. Augustin Thymmilou comprit que nier serait inutile; mais détourner les pensées des gueux de ce petit détail était largement plus aisé. Il fallait en venir très vite au principal.

     - ...et, oui, touriste, effectivement, dit-il en désignant de la paume de la main le trouble-fête. Mais, bien que votre région soit fort attirante -je le dis, je le maintiens, je le pense-, ce n'est, hélas! pas le but de mon voyage. Je pourrais profiter de vos paysages, de votre accueil, de la... charmante gente féminine locale...

     Il accompagna ses paroles en désignant de la main une demoiselle du troisième rang. Celle-ci faisait partie de ces femmes qui ne se regardaient que dans du métal poli car le verre éclaterait. Non pas que les demoiselles Trouperdoises soient plus disgracieuses que celles du reste du pays, mais leur ignorance complète des mesures d'hygiène les plus élémentaires ainsi que les abus de spécialités gastronomiques locales avaient tendance à les enlaidir fortement avant même leur dixième printemps.

     - Non, continua Thymmilou, s'efforçant d'ignorer le signe de la main que la célibataire de naguère lui avait adressé, non, mes amis! Si je suis ici, c'est à cause d'un monstre, de deux même, les êtres abominables qui se dissimulent lâchement sous des pseudonymes grotesques, j'ai nommé Oldi et Kaito!!!

     L'assemblé remua. La salle commençait à se réchauffer; ce n'était surtout pas le moment pour stopper le chauffage verbal.

     - Oui, Oldi, avec lequel, m'a-t'on raconté, vous avez déjà eu des ennuis, s'étant enfui lâchement de votre charmante bourgade! Mais maintenant, il est allé encore plus loin! Avec un de ses compagnons, qu'il a visiblement contaminé, il est passé de la simple lâcheté à la pure méchanceté, à la délinquance! Cet être abject s'est en effet, il y a peu, introduit dans ma modeste villa... il y a semé la désolation la plus totale! Je l'avoue, j'adore les objets anciens, et je possède une modique collection de pièces rares... hé bien, mes amis, ce Oldi, fou furieux, malade mental, que sais-je? a tout ravagé sur son passage! Pour son simple plaisir! Des pièces irremplaçables, que les musées du monde entier m'empruntaient régulièrement, réduites en poussière! Et les rares éléments ayant survécu aux attaques de ces hystériques m'ont été volés, oui, messieurs-dames, volés! Depuis, et face à l'inaction incompréhensible de la Justice de ce pays, j'ai décidé de retrouver mes voleurs par mes propres moyens. Voici des jours et des jours que je les traque, et voilà où j'en suis arrivé! Je ne sais ce que ce Oldi compte faire avec les pièces qu'il m'a dérobées, mais rendez-vous compte: il vous nargue en revenant dans votre village, à votre nez et votre barbe! Qui sait s'il n'a pas l'intention de... détruire ce village! Oui, messieurs-dames! Je l'ai vu à l'oeuvre dans ma villa: aussi destructeur qu'un bazooka! Qui sait ce qu'il pourrait faire!

     Tous les Trouperdois étaient suspendus aux lèvres de Thymmilou... et quasiment tous approuvaient. Des cris extatiques et révolutionnaires jaillissaient déjà de-ci de-là.

     - C'est pourquoi, Trouperdois, Trouperdoises, nous devons agir! La France nous abandonne, Trouperdu réagira! Seuls, débarrassons-nous de ce Oldi et de son compagnon!

     Thymmilou voulut continuer, mais, étrangement, le silence s'était fait. Tous les regards étaient tournés vers un vieillard du fond qui, d'un geste de la main, quémandait le droit de parole. Qu'il avait visiblement obtenu.

     Il s'agissait du vieil Aristide, connu sous le surnom de "le bâton" (Aucun rapport avec sa virilité. Le vieil Aristide était né de parents inconnus, et était stérile: "le bâton" désignait la forme de son arbre généalogique). Il était célèbre à Trouperdu pour être le plus grognon des habitants de la bourgade. Têtu comme une mule, plus incrédule que Saint Thomas, il était rarissime qu'il soit d'accord avec les autres... d'ailleurs, depuis trente ans, il était le seul à voter blanc aux élections locales, alors que les autres Trouperdois avaient pris l'habitude de donner automatiquement leur voix à Ernest Sessendre. Augustin Thymmilou l'ignorait, mais la persuasion totale de son auditoire ne serait possible qu'après l'abdication du dit Aristide. Et c'était visiblement mal parti, puisque celui-ci avait quelque chose à dire.

     - Ch'est bien choli, mais qu'est-che que cha nous apporterait te faire la guerre avec ches teux impéchiles? Laichons-les crefer de faim tans leur château! Et fous, che rappelle que fous n'afez touchours pas rechpecté nos coutumes!
     - C'est exact, vieil homme, rétorqua Thymmilou. Mais... réfléchissez un brin. Ces deux personnages machiavéliques seraient bien capable d'ourdir quelque complot leur permettant de s'échapper. Sinon, pourquoi se seraient-ils enfermés dans ces ruines? Quand à moi, cela ne vous arrangerait à rien de me pendre. Car je peux vous aider bien plus que vous ne le pensez!
     - Ah oui? Et comment?(3)
     - C'est simple, je suis riche. Et puissant. Je peux non seulement vous aider pour punir Oldi et ce  Kaito, mais également pour tout le reste. Votre économie locale est basée sur le tourisme, non? Pourtant les étrangers ne se pressent pas! Avouez.

     Les trois quarts des Trouperdois de la salle découvrirent soudain un intérêt certain pour leurs chaussures.

     - C'est pourquoi, continua l'orateur, je vous aiderai. Je peux mettre en place des campagnes de publicité pour votre village! Des dépliants! Des flyers! Des spots télévisés! Après mes actions marketing, la moindre agence de voyages proposera à bas prix des randonnées pour Trouperdu! Je ferai connaître votre village au monde entier! Les touristes se presseront, vous pourrez réaliser de formidables bénéfices! La moindre de vos boutiques quintuplera son chiffre d'affaires! Vos bas de laines seront ventripotents et vos filles trouveront enfin l'âme soeur!!!
     - Mouais, ronchonna le vieil Aristide. Et qui nous tit que cha marchera, hein? Et che rappelle que fous êtes touchours un tourichte qui a refujé nos propojichions, et la coutume est chtricte!
     - Vous pouvez me faire confiance, reprit Thymmilou. Nous sommes très proches, vous et moi. Attisés par la même haine d'Oldi et le même amour de cette bourgade. Quand à la coutume... cela fait des siècles qu'elle existe. Mais vous avez besoin de moi, vous pouvez donc très bien m'épargner... je pense que nous pouvons faire une exception sans que le monde ne s'écroule là, sous nos yeux?

     Le vieil Aristide se tut et s'assit. Pour la première fois depuis des dizaines d'années, il avait été convaincu(4).

     - Mes amis, mes compagnons, reprit Thymmilou, plus extatique que jamais, occupons-nous de ce Oldi! Anéantissons-le, réduisons-le au silence! Et que lui et son compagnon brûlent dans les flammes de l'enfer! Demain, dès l'aube, nous agirons! POUR LA GLOIRE DE TROUPERDU!

     Un tonnerre d'applaudissements et de cris satisfaits résonna dans tout le village.

     C'était une de ces pluies d'applaudissements que l'Histoire ne connaît que trop bien: celle qui est précédée par un discours et qui est suivie par un bain de sang.






(1) Ah? On me signale que c'est effectivement ce qu'elle croit. Elle a dû le rencontrer.

(2) Cette phrase est tirée de "Mein Kampf". C'est juste pour vous donner une idée des lectures de chevet du personnage. Au cas où vous auriez loupé quatre ou cinq articles et que vous le trouviez vaguement sympathique...

(3) Phrase non affectée par l'horrible accent trouperdois. Profitez-en.

(4) La fois précédente était le 5 mai 1967. Il s'était disputé avec son voisin, qui affirmait contrairement à lui que le Lombric-Bleu, fromage local, était mauvais pour la santé et réduisait considérablement la longévité. Aristide, de rage, avait alors catapulté sur le crâne de son voisin un échantillon de 5 kilos du dit fromage et, voyant de la cervelle se répandre dans le potager mitoyen, avait finalement reconnu que feu son voisin avait raison.

 

 

 

Oh, et avant que j'oublie: petite mise à jour du site d'Eluna!

Publié par oldi à 23:53:46 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (4) |

Retour à Trouperdu | 16 avril 2009

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Ca y est! Oldi et Kaito ont tous les ingrédients. Reste plus qu'à se rendre au château du mage Hédépargne pour y préparer la potion. Mais... où se trouve donc ce château?

 


 

     TROUPERDU.

     Petit village pittoresque, situé au centre de la zone triangulaire que forment les hameaux de Diablevauvert, Boudumonde et Trifouillis-les-oies. Bien que méconnu, Trouperdu n'en reste pas moins une charmante bourgade méritant largement d'être connue du grand public. En effet, comment ne pas fondre pour ses maisons médiévales typiques, son climat voluptueux et ses habitants sympathiques? Venez à Trouperdu, vous ne le regretterez pas!


     Kaito referma son guide touristique.

     - Hé bien, dit-il, ce petit village de rien du tout ne m'a pas l'air si dangereux que ça... malgré ce que tu as pu raconter. Tu sais, quand on écrit un blog, on exagère beaucoup...
     - Tu crois que je mens, c'est ça? répondit Oldi avec une intonation de voix qui en disait long sur son état d'esprit.

     Le dit Oldi regarda dans les yeux son compagnon d'un air de reproche très marqué, poussa un soupir et saisit la paire de jumelles qui, depuis un moment déjà, trônait sur un bloc granitique à portée de son bras. Voilà une petite heure que les compères avaient élu domicile entre deux buissons, cinq arbres et quelques ex-poteaux de clôture moussus, au sommet d'une colline à proximité du village qu'Oldi ne connaissait que trop bien... en face de lui, tout en bas, trônait l'abominable bourgade, et, très loin, perché au sommet d'un sinistre piton, se découpait sur le ciel ennuagé la silhouette du castel du mage Hédépargne - la destination finale de leur aventure.

     - Je te signale quand même, reprit Oldi en minaudant, qu'en bas de ton fameux guide touristique, il est écrit que cet article a été écrit par le maire du village lui-même! Quelle objectivité! Si tu veux, je te fais l'article en version corrigée: Trouperdu est un bled abominable, qui est certes relativement agréable à l'oeil au niveau architectural, mais qui souffre de la présence permanente d'une populace abrutie. Venez découvrir la seule ville du pays où s'applique encore la peine de mort, du fait que tous les émissaires gouvernementaux ayant tenté de raisonner les riverains ont fini renvoyés à la capitale par petits colis! Appréciez nos traditions, comme celle de pendre les touristes! Venez à Trouperdu, vous ne le regretterez pas... après. Tiens, je vois que tu es dubitatif, alors prends-moi ça et lorgne un peu la place du village.

     Kaito happa la paire de jumelles tendue par Oldi et s'exécuta. Bien qu'éloigné, il était impossible de se tromper quand à l'exacte nature de l'étrange objet siégeant au centre de l'esplanade: la dodécapotence(1).

     - Un endroit horrible, reprit Oldi, histoire que son maigre auditoire finisse par être convaincu par l'atrocité du lieu. Un village peuplé par des habitants si primitifs que si Darwin en avait eu connaissance, il aurait hésité longtemps avant de parler d'"évolution"... des moeurs de sauvages obscurantistes qui n'ont pas progressé d'un orteil  depuis une douzaine de siècles, des coutumes idiotes régies par les plus primaires des pulsions humaines! Et, pour parfaire le tableau de ces habitants, ajoutons à cela un physique ingrat, un sens de l'hygiène douteux et un accent plus caricatural que les intonations germaniques de Papy fait de la résistance... accent que, par ailleurs, nous devrons parfaitement imiter au cas où un funeste destin nous obligerait à nouer la conversation avec des autochtones!
     - Mais, contesta Kaito avec un certain bon sens, pourquoi se fatiguer? On ne pourrait pas simplement le contourner, ce vil village?
     - Hélas! Non. Vois-tu, expliqua Oldi en montrant du doigt la forteresse médiévale, là-bas, c'est le château du mage Hédépargne, auteur du livre du même nom, l'endroit où on doit préparer notre potion. Comme beaucoup de châteaux de cette époque, il a fini par être abandonné et les populations locales en ont récupéré les briques, histoire de construire leurs petites maisonnettes... sauf qu'ici, les habitants du village de Trouperdu étant déjà, à l'époque, complètement crétins, les premiers éléments de construction qu'ils ont récupéré étaient... ceux du pont d'accès! Résultat: ils ne pouvaient plus accéder au reste du château, et comme celui-ci était protégé par une falaise à pic, il est resté tel quel depuis. La bonne nouvelle, c'est que, comme cette forteresse est en relativement bon état, on n'aura pas trop de mal à accomplir le rituel une fois là-bas.
     - Si on y arrive! répliqua Kaito, qui lorgnait une fois de plus vers la dodécapotence. Quelque chose le turlupinait, mais la distance l'empêchait de voir quel était ce petit détail anormal qui l'enquiquinait malgré lui...
     - Oui, on y arrivera! répliqua sèchement Oldi. Tu ne m'as pas laissé finir... quelques années plus tard, l'aubergiste de la pire taverne du village mourut tragiquement, agressé par un client acariâtre auquel il avait servi une bière à la composition douteuse. Avant de passer l'arme à gauche à la suite de ses blessures, il écrivit un testament dans lequel il révélait qu'il existait un passage secret reliant la cave de son auberge et le château d'Hédépargne. Ce passage avait été construit par le mage lui-même, estimant à juste titre que c'était une excellente cachette: en effet, l'auberge étant immonde, personne ne songerait à s'y attarder... bref, grâce aux indications du testament, ce passage a fini par être découvert, et il est encore utilisé, par les... hum, couples de Trouperdois désirant un rien d'intimité. Mais c'est un passage tranquille, peu fréquenté par les touristes qui, de toute manière, finissent à l'échafaud avant de pouvoir commander ne serait-ce qu'un glaçon de coca-cola. C'est par là qu'on doit passer! Bon, tout est prêt?

     Kaito approuva d'un signe de tête. Dans un gros sac en toile qu'il venait de hisser sur son dos se trouvaient, bien protégés: le grimoire maudit responsable de la damnation météoritique, le second ouvrage récupéré à Alyneha-sur-Pahragraf, le bolet Rodravel, la poudre d'os de boîte crânienne de cyclope méditerranéen, les autres ingrédients nécessaires à la potion, ainsi qu'une petite marmite et divers ustensiles de cuisine pour la préparation du breuvage. De la main gauche, Kaito ajusta le bagage sur son épaule, tandis que de la droite, il colla sous son appendice nasal une des fausses moustaches que lui et son compagnon avaient acquis tantôt dans une boutique de la bourgade voisine de Diablevauvert.

     - C'est vraiment nécessaire, ces moustaches?! demanda Kaito dont l'artifice poilu sub-nasal lui donnait fortement envie d'expédier illico presto ses morves alentours. Ca me chatouille!
     - Pas le choix, lui attesta Oldi, qui venait lui aussi d'enfiler son déguisement raffiné. Encore, toi, c'est pas grave, mais imagine qu'ils me reconnaissent, moi! Ils m'exécuteraient avec des raffinements de cruauté! Malheureusement, nous n'avons plus beaucoup de temps, nous ne pouvons pas nous permettre de chercher plus sophistiqué; il n'y a qu'à espérer que cette fausse pillosité et la différence d'âge depuis ma dernière visite suffiront à les induire en erreur. Pourvu que ces Trouperdois ne soient pas physionomistes! Enfin, voyons les choses du bon côté: la dernière fois, ils m'ont, heu... surtout vu de dos. Ah, oui, et n'oublie pas l'accent!
     - Che fais echayer te faire tout mon pochible, rétorqua Kaito en tordant la bouche au risque de faire tomber sa moustache et en remuant les épaules comme un haltérophile, attitude clownesque destinée à détendre quelque peu l'atmosphère.

     Oldi esquissa un sourire dessous sa demi-lune velue, puis se retourna pour observer le village cauchemardesque. Il prit une grande inspiration, s'imaginant vieillard devant un gâteau planté de quatre-vingt bougies, puis s'engagea sur le petit sentier menant à la bourgade, suivi de son compagnon ballot(2).

     Le village de Trouperdu n'ayant guère, architecturalement et moralement, évolué au cours des derniers lustres(3), inutile de dire que les rues du village étaient identiques aux souvenirs d'Oldi, qui d'ailleurs revoyait ces allées dans tous ses cauchemars depuis une semaine environ. Seule modification: le temps grisâtre rendait la bourgade plus inquiétante que jamais. Les avenues pavées du lieu, entrecroisées anarchiquement, étaient quasiment vides de toute présence (in)humaine; seules quelques ombres spectrales déambulaient silencieusement dans les rues, arborant un air abruti à mi-chemin entre le gueux analphabète natif du Texas et le lobotomisé fraîchement sorti de la clinique. Le duo travesti marchait silencieusement, surveillant le plus insignifiant de leurs spasmes musculaires, guettant de près le moindre courant d'air impromptu susceptible d'envoyer choir leur postiche facial, et épiant discrètement les rares badauds, à la recherche du plus anodin mouvement étrange qui serait synonyme pour eux de retraite anticipée. Heureusement, le moral miné par le climat maussade, les riverains neurasthéniques ne leur accordaient guère d'attention; pour tout dire, nos deux héros et les populaces locales s'ignoraient encore plus qu'un maghrébin et Jean-Marie le Pen se soulageant côte à côte dans un urinoir public. Les compagnons purent alors adopter une démarche plus détendue, démarche qui s'accéléra toutefois lorsqu'ils passèrent à côté de la dodécapotence, engin barbare et rétrograde auquel ils n'accordèrent pas le moindre mouvement oculaire pour des raisons aisément compréhensibles. Traversant la place principale du village, ils prirent une dernière fois leur inspiration avant d'entrer dans l'auberge convoitée, Au poussin éviscéré.

     Epouvantable monstruosité. L'intérieur de l'auberge était si incroyablement répugnant qu'Oldi et Kaito en vinrent presque à regretter le wagon privé de London Mercury. Nul doute que l'infâme gargote tenait à sa réputation! D'un intérieur cra-cra aux nuances oscillant avec peu d'allégresse entre le brun bouseux et le vert waffen ss, la pièce principale baignait dans un brouillard grisâtre aux relents douteux, brume qui, hélas! malgré son opacité, ne masquait guère les détails de la salle. Réparties anarchiquement et faisant fi de tout sens de l'esthétisme, de tristes tables encrassées se répartissaient dans l'antichambre, si usées et abîmées que même un menuisier expert serait bien en peine de déterminer leur forme d'origine. Chacune de ces tables crasseuses était entourée par un quatuor de chaises assorties, et ornée d'un petit vase ocre rempli de fleurs depuis longtemps décédées. Chaque pas d'un des touristes déguisés soulevait un nuage de poussières, qui lui-même soulevait le coeur... sur les murs nus pullulaient des moisissures suspectes, et des colonies de bactéries en tous genres, si anciennes que certaines donnaient l'impression de bientôt inventer la roue et, entre des poutres du plafond, se répartissaient quelques nids d'hirondelles masochistes, anosmiques ou trépassées. Enfin, détail science-fictionnesque, des humains, ou du moins ce qui s'en rapprochait vaguement, occupaient le lieu. Une petite demi-douzaine, attablés aux différents meubles, et lorgnant le duo du regard torve du membre du Ku-Klux-Klan devant Obama en meeting, revêtus de loques s'accordant on ne peut mieux à l'ambiance du lieu, et tenant dans leurs mains, probablement collantes, des chopes inélégantes au contenu douteux. Au fond de la pièce, mollement accoudé à une masse maronnâtre et chuintante s'apparentant confusément à un comptoir, un homme que son tablier troué permettait d'identifier comme étant le gérant de la gargote. Ressemblant vaguement à Monsieur Propre si celui-ci s'était mis à boire, mais nanti d'une moustache à faire défaillir toutes les soupes du monde, le barman dégageait de loin une odeur pestilentielle, mélange peu ragoûtant d'alcools divers, de transpiration et d'autres émanations corporelles sur lesquelles il serait nauséeux de s'attarder; une puanteur telle que l'on puisse s'étonner que l'individu n'ait pas déjà été incarcéré pour fragrant délit. Surmontant leur répulsion fort compréhensible, Oldi et Kaito se dirgèrent d'un pas assuré vers le fétide commerçant.

     - Ponchour, mon fieux! cria joyeusement Oldi, maîtrisant fort bien l'abominable accent local. Teux pières!
     - Te la Troupertu chpéchiale, che chuppoche? rétorqua le barman d'un air légèrement hautain.

     Il renifla bruyamment, se retourna, saisit deux chopes qu'il avait dissimulées sous un torchon sale, et les plaça sous une machine aux formes indistinctes. Il pressa un levier rouillé, et du liquide genre douteux en jaillit pour aller se nicher dans les chopes avec force éclaboussures. La couleur du breuvage ne manqua pas d'inquiéter fortement le duo, s'imaginant déjà avec leurs intestins révisant les noeuds marins.

     - Et foilà! dit le barman en posant virilement le duo de chopes devant les compagnons.

     Des bulles verdâtres s'échappèrent de la surface du breuvage. Une des bulles éclata au visage d'Oldi et lui épila le sourcil droit.

     - Merc... chi, répondit Oldi, si pris dans ses désagréables pensées culinaires qu'il en oublia un instant son accent.

     Kaito tiqua... le barman également.

     - Moui, finit-il par lâcher platement. Tites-moi... che ne fous ai pas fus choufent, fous? Qui êtes-fous?
     - Nous chommes... les enfants tu fieux Fictor, improvisa Oldi, espérant qu'il existe un Victor dans ce village.

     Heureusement, cela semblait être le cas. Il continua donc:

     - On était partis en foyache, foir le rechte tu monte... on fient te refenir... alors, éfitemment, les hapitutes...
     - Ah, t'accord, répondit le gérant. Puis, changeant de sujet: Pufez tonc, foyons! Elles font che réchauffer!

     Incapables de faire marche arrière, les compagnons portèrent les chopes à leur orifice buccal et, ne voulant faire mauvaise figure, y déversèrent son contenu pestilentiel. Regrettable erreur. Ils eurent aussitôt l'impression qu'un combat de bulldozers avait commencé sur leur langue... effroyable boisson que même les pires usines chinoises refuseraient de fabriquer pour non-respect des mesures d'hygiène. Haletant comme une paire de chevaux après une course hippique, les survivants reposèrent leurs chopes brusquement sur le comptoir, n'ayant qu'une idée en tête: se placer d'eux-mêmes sur l'estrade de la dodécapotence pour abréger le supplice.

     - Ha, ha! rit le barman. Ch'est chûr, ch'est pas te la petite pière! A la capitale, ils n'en font pas te pareilles, hein? Ho ho ho! Et rappelez-fous! La coutume feut qu'on poife toute sa chope en teux gorchées cheulement!(4)
     - Chertes, dit Oldi que son cerveau, en accord avec son tube digestif, suggérait de passer directement à l'essentiel. Tites-moi, dit-il entre deux halètements, nous afons rentez-fous... fous me comprenez! Nous foutrions foir le pachache checret entre l'auperche et le château!
     - Hé, pas fous teux, quand même! Pas te cochonneries ichi!

     Barbares, rétrogrades, et maintenant homophobes: les habitants de ce village avaient décidément bien besoin d'une ou deux torgnoles pédestres dans l'amour-propre.

     Notons au passage que Kaito avait profité de cette conversation pour répandre discrètement le contenu de sa chope sur le sol. Une colonie de bactéries qui venait d'inventer le principe de l'agriculture fut décimée en une fraction de seconde.

     - Noooon, répliqua le dit Kaito qui venait de récupérer l'usage de ses cordes vocales. Elles arriferont plus tard... mais on v... foudrait tout préparer pour leur fenue! La préjentachion, ch'est e-chen-chiel! Técorachions et tout le tralala, dit-il en montrant l'imposant sac de toile qu'il avait déposé derrière lui. Hichtoire te mettre te l'ampianche! Ch'est in-dich-pen-chaple pour nouer une ponne relachion!
     - Là, t'accord, acquiesça le barman. Che feux bien, mais che tois retroufer la clé tu pachache. Ch'est la porte, là, dit-il en montrant de son doigt bouffi une anfractuosité de l'arrière-salle. Cha fa être coton! Che fous temanterai chuchte teux ou trois minutes... en attentant, cha fera quinje euros. Chacun... les prix ont monté tepuis la ternière fois. Ch'est la crije!

     N'ayant guère le temps de protester contre ce prix prohibitif, les compagnons mirent la main à la poche. Kaito, ayant pris l'habitude paranoïaque de se retourner chaque fois qu'il désirait payer quelque chose histoire de repérer un éventuel voleur, fit demi-tour un bref instant. Il stoppa. A travers les carreaux de l'auberge recouverts d'une peu ragoûtante couche de chiures de mouches, il venait de découvrir ce qui le gênait dans la dodécapotence précédemment entraperçue.

     Un homme y était attaché.

     Kaito donna un coup de coude à son compagnon qui, voyant à son tour la victime des villageois barbares, écarquilla les yeux d'épouvante. Donnant ses gages au barman, il lui posa la question qui s'imposait...

     - Qui est-che? Che monchieur, là, attaché à la totécapotenche...
     - Oh, lui? Ch'est notre dernier tourichte! Comme les autres, il n'a pas foulu che plier aux coutumes locales... tant pis pour lui! Cha pentaijon aura lieu che choir, pour notre fête annuelle te l'agneau tépuchelé. Fous fientrez, ch'echpère? Ichi, on aime le rechpect tes coutumes!
     - Ducon, marmonna Oldi. Puis, d'une manière plus audible: On echayera! Chi on a fini nos préparatifs!
     - A la ponne heure! chantonna le barman. Pon, ch'est pas tout, che tois troufer ma clé... che refiens tans chinq minutes!

Une fois le gérant disparu dans les miasmes de l'arrière-boutique, Kaito agrippa Oldi pour lui parler (sans accent si possible) à l'abri des oreilles indiscrètes.

     - Il faut le sauver!
     - T'es malade! rétorqua Oldi. C'est pas le moment! Si on nous voit en train de libérer le prisonnier, on sera repérés sur-le-champ et on aura nous aussi droit à un collier en chanvre! On le récupèrera plus tard!
     - Quand? C'est ce soir qu'on lui passe la cordelette au gosier! Profitons-en tant que le temps est encore moche et que personne ne traîne dans les rues! Et puis, le barman nous laisse un répit de par son absence. Tu as bien vu, cette auberge, c'est un dépotoir innommable, que Dieu me tripote s'il arrive à retrouver sa fichue clé dans le quart d'heure!

     Oldi grogna, puis, baissant la tête en soupirant, finit par acquiescer, sa bonne conscience et son éducation exemplaire ayant eu raison de la plus élémentaire prudence. Les déguisés sortirent de l'auberge en courant, se dirigeant vers l'atroce engin, puis agrippèrent le pauvre homme victime de l'obscurantisme; il ne bougeait guère, et avait les cheveux collés sur le visage par la sueur, visiblement épuisé par une longue lutte.

     - Pas un mot! dit Oldi alors que la loque humaine levait péniblement la tête, apparamment surprise par cette aide impromptue. On va vous libérer, précisa-t'il, voyant avec soulagement que la corde retenant le malheureux touriste captif était facilement dénouable.
     - Dès que vous serez libre, continua Kaito, taillez-vous! Partez le plus vite possible, sans poser de questions!

     Après quinze secondes de lutte à peine acharnée, la ficelle artisanale se dénoua et le prisonnier, libre, se releva de tout son long. D'un geste étrange, similaire à ceux de la fillette du Cercle, il réarrangea la masse de cheveux qui lui masquait le visage, histoire d'y voir un peu plus clair. Oldi, curieusement, eut l'impression d'avoir déjà vu cet homme...

     Des mots, en flashs désordonnés, lui revinrent à l'esprit. Nuit... nuit sombre. Musée. Maison? Mer. Bazooka.

     Bazooka?

     - Oh non, dirent en choeur Oldi et Kaito.

     - VOUS! hurla Augustin Thymmilou (car, oui, c'était lui), revigoré par une brusque montée d'adrénaline. JE LE SAVAIS! MES RENSEIGNEMENTS ETAIENT JUSTES!!!! Voleurs! A présent, rendez-les moi! RENDEZ-MOI MES OBJETS D'ART!!! beugla frénétiquement le milliardaire, saisissant la corde qui avait servi à le tenir captif, avec l'évidente intention de pratiquer la strangulation sur ses sauveurs inespérés!

     Il se jeta sur eux avec la bave aux lèvres mais, ces dernières heures de captivité l'ayant fortement épuisé, ses jambes tremblotantes vacillèrent et il finit par choir de tout son long sur les pavés chuintants du village... profitant de ce répit inespéré, Oldi et Kaito firent demi-tour sans se poser de questions et foncèrent en direction du bar, bientôt poursuivis par le milliardaire hystérique!

     - Ah, la poisse! Pas le choix, dit Oldi rentrant comme une furie dans le bar poisseux, ce n'est pas très noble mais bon... ALERTE ROUCHE! cria-t'il aux populaces alcooliques de la taverne, LE TOURICHTE CH'EST ECHAPPE!

     Les loques humaines sortirent brutalement de leur amorphisme éthéré pour foncer dehors rattraper leur proie! Celle-ci, fort peu encline à mener un nouvel assaut physique, fut maîtrisée par trois hommes seulement et en quelques secondes, à la grande déception des gueux n'ayant été assez véloces pour participer à la récupération. Décidément, les touristes semblaient être rares ici... on se demande pourquoi.

     - MAIS NON, BANDE D'ABRUTIS! fulmina Augustin Thymmilou, alors traîné comme un sac de patates en direction de la dodécapotence qu'il venait à peine de quitter. Ce sont EUX que vous devez capturer! Oldi et Kaito! Ce sont des voleurs!
     - Oldi?! dit le barman qui venait de ressortir de l'arrière-boutique, une clé de bronze à la main. Ch'ai téchà ententu che nom!

     Oldi, comprit vite que s'attarder était une très, très mauvaise idée... Sans laisser plus de temps pour cogiter au tavernier hygiéniquement incorrect, il lui bondit dessus et lui arracha la clé des mains! Courant vers l'arrière-boutique avec son précieux objet, suivi de Kaito et son bagage, il se dirigea droit vers la petite porte que le gérant de la taverne lui avait précédemment désignée. Les populaces restantes, regaillardies et ayant compris qu'il y avait anguille sous roche, se mirent à poursuivre les fugitifs à présent démasqués!

     Oldi s'engouffra dans l'anfractuosité; après un virage étroit se découpait une porte de chêne antédiluvienne, à moitié recouverte de champignons divers et variés. Y fourrant la clé en quatrième vitesse, il déverrouilla l'huis et s'engouffra dans le souterrain, suivi de près par Kaito... il eut tout juste le temps de claquer la porte au nez des gueux hurlants, et de la verrouiller solidement. Inutile de dire que, de l'autre côté, les pouilleux fulminaient! Décidant de ne pas s'attarder, le duo s'engouffra dans les souterrains champignonneux, dans lesquels une âme intelligente avait heureusement installé l'électricité(5).

     Après avoir traversé dans une obscurité néonnée diverses salles à l'architecture austère mais solide, aux relents de moisissure et d'humidité, ils parvinrent finalement à un escalier en spirale. Une construction d'un âge indéiterminé, d'une hauteur difficile à définir, aux marches raides et rendues légèrement glissantes par des siècles d'infiltrations(6). Puis, après leur interminable ascension, ils accédèrent à une trappe horizontale, l'ouvrirent et, enfin, entrèrent triomphalement dans l'enceinte du château.

     Tout comme ils l'avaient entendu dire, le castel était, malgré son âge acceptable, en fort bon état. Mis à part la végétation particulièrement présente, il semblait presque habitable, et seule l'absence marquante de toits, rambardes et autres éléments de bois trahissait l'âge vénérable des lieux. Oldi et Kaito se regardèrent. Pas de doute, ils y étaient.

     L'étape finale de leur aventure.

     Ils condamnèrent l'entrée de la trappe, disposant en vrac quelques lourdes caillasses sur ses vénérables planches, et s'accordèrent une pause de dix minutes, étendus sur l'herbe, leur fausse moustache à présent inutile emportée par le vent.

     Regardant ce ciel, qui, bientôt, ne serait plus un danger.

     - Bien, dit Oldi, se relevant. Ne perdons plus de temps, et levons cette malédiction une fois pour toutes! D'après le grimoire, nous devons en premier lieu repérer les trois "gaïeres"; ce sont des sortes de... stèles magiques, conçues par feu Hédépargne pour sublimer l'effet de ses sortilèges. La première est conçue pour y verser la potion, la deuxième pour accueillir le livre Hédépargne que nous devrons placer dans un logement prévu à cet effet(7), et la troisième, est faite pour... moi. Je devrai me mettre debout dessus, et une fois ces trois éléments mis en place, la malédiction sera levée! Première chose à faire: retrouver ces stèles, disposées dans le château. Elles ressemblent, euh... comment dire?
     - Ce ne serait pas ça? dit Kaito, désignant du doigt une des murailles du fort.

     Sur la dite muraille trônait, entre deux créneaux, un parpaing qui se différenciait des autres de par ses riches décorations. Son sommet, creux, était sans doute aucun destiné à recevoir la potion.

     - Bien vu, dit avec admiration Oldi. Comment tu as deviné?
     - Je ne sais pas, répondit Kaito... une intuition. Bon, recherchons les deux autres!

     Les compagnons se séparèrent. Dix minutes plus tard, Oldi trouva le second, destiné au livre Hédépargne, sur un balcon à moitié démoli du donjon. Mais, hélas! Une heure plus tard, après avoir exploré la bâtisse de fond en combles, il durent se rendre à l'évidence: la troisième gaïere était introuvable!

     Oldi, soupirant sans retenue, s'assit sur un muret, complètement désemparé... aussi désemparé que Jules César voyant son fils lui planter un poignard dans la cage thoracique... que Lionel Jospin en 2002... aussi désemparé que l'aurait été Adam s'il avait découvert sa stérilité et donc son incapacité totale à fonder the Adam's family! La quasi-loque humaine fut bientôt rejointe par Kaito. Le dit Kaito, lui aussi, était turlupiné... mais pour une autre raison. Une question le taaraudait depuis tantôt: comment avait-il reconnu si vite la gaïere? En avait-il... déjà vu quelque part?

     Soudain, l'illumination. Il se leva brusquement.

     - JE SAIS OU ELLE EST! cria-t'il, tel Archimède dans son bain.

     Puis, se tournant vers Oldi:

     - ...mais, ça ne va pas te plaire. Je l'ai repérée avant...

     Instant de suspense.

     - ...elle est sur la place du village, elle est incluse dans les pierres qui forment la base de la dodécapotence.

 

 

 

 

(1) Dodécapotence: inventée dans les environs de 1372 par un seigneur particulièrement cruel, cet engin permet de pendre douze personnes en même temps. Tombé en désuétude dès la Renaissance, il n'existe aujourd'hui qu'une dizaine de dodécapotences dans le monde; la plupart trônent dans des musées, seule celle de Trouperdu est encore utilisée, à la grande fierté des gueux autochtones.

(2) Ballot dans le sens où il se chargeait des bagages. Quoique...

(3) ...lustres pour habitants bas de plafond.

(4) car, comme le dit un proverbe local: "Il faut faire t'une pière teux glous"

(5) Une idée lumineuse.

(6) C'est un passage secret où il y a eu beaucoup de fuites.

(7) C'est le livre Hédépargne-logement...

 

Publié par oldi à 01:27:14 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (2) |

Fermeture définitive... | 01 avril 2009

Bon,

pour parler honnêtement, j'en ai marre de ce blog... peu d'articles, tant de travail pour un tel résultat...

...je m'arrête donc là.

Ainsi, j'aurai plus de temps sans ces futilités et je pourrai me consacrer pleinement à mes études pour devenir huissier de justice.

Adieu donc.

 

PS: je suis pas vache, je vous livre l'achèvement de l'histoire du livre Hédépargne:

à la fin, tout le monde meurt.

Publié par oldi à 10:58:11 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (10) |

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Moi

Bin moi c'est moi ;-)


Je ne suis ni grand, ni petit, ni très gentil, ni vachement méchant, ni mexicain, ni portugais, ni russe, ni chinois... en fait il y a beaucoup plus de choses que je ne suis pas que de choses que je suis...


Bon, pour me présenter, laissons parler le Larousse, il se débrouille mieux que moi.



OLDI (n.m., vient de Haul-Dii qui, dans la langue des indiens Glapnawouets, signifie "idiot du village", bien que la traduction poussée donne un mot moins gentil que "idiot"). Un Oldi est un être humain qui existe, heureusement, en un seul exemplaire. Il est moitié homme, moitié animal, si on tient compte de sa tête de singe, de son corps de mammouth et de son odeur de putois, sans ouvlier son QI d'huître. Un Oldi écrit des textes et fait des dessins malgré qu'il soit incapable d'avoir une quelconque notion de beauté. Le seul Oldi recensé se situe à l'Est de la France, mais son adresse exacte demeure inconnue.



PS: en tant qu'Oldi, je voudrais m'insurger contre cette scandaleuse définition: JE N'AI PAS UNE ODEUR DE PUTOIS - je me suis lavé le mois dernier. Non mais.



Enfin... je vous souhaite une bonne visite sur mon site. Laissez des commentaires plîîîîîze... tout le monde peut s'exprimer, c'est gratuit, ça demande pas beaucoup de temps libre et surtout ça fait plaisir, à l'écrivain et au lecteur... même Thomas More n'a jamais rêvé mieux.



Et pour me contacter, voyez ici: oldi.blogg@caramail.com


Et si ça vous tente, rendez-vous sur http://elunachroniques.ifrance.com, mon site sur mon "grand oeuvre" qu'est le cartoon "Les Chroniques d'Eluna", que vous devez visionner s'il vous plaït.



LE DICTON DE LA SEMAINE:




La musique adoucit les moeurs, le fil à couper le beurre.

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