RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:
Comme cela était facile à deviner, le T2, tout comme son illustre ancêtre le Titanic, a coulé sans laisser de traces. Heureusement, les techniques de sauvetage ayant évolué depuis 1912, tous les passagers ont pu être sauvés, y compris Oldi et Kaito, qui ont réussi en plus à dérober un rubis dans les cales du navire - rubis, qui, rappelons-le, est le dernier ingrédient rare indispensable à la préparation de la potion qui doit sauver Oldi de la malédiction qui pèse sur lui. Hélas! Une fois les deux compagnons sauvés, il s'est avéré que le "rubis" qu'ils avaient dérobé n'était qu'un faux, une pâle imitation! Ils doivent à présent repartir à la recherche d'une véritable pierre précieuse. Et nul doute que ce ne sera pas facile...
- Ce bouclier viking était un trésor inestimable.
Telle fut la dernière phrase complète prononcée par Matthieu Salémique, présentateur d'émissions de télévision de son état. Ou, du moins, telle fut sa dernière phrase sur l'écran du home cinema d'Augustin Thymmilou, une fraction de seconde avant qu'une télécommande projetée avec rage aille se loger dans l'épaule droite de sa représentation bidimensionnelle.
Augustin Thymmilou, affalé dans son fauteuil en robe de chambre bordeaux, ronchonnait ferme. Depuis que des intrus avaient pénétré dans sa forteresse et y avaient causé un capharnaüm sans nom, il passait son temps à ruminer, installé sur quelque meuble à coussins, sans rien faire d'autre de son considérable temps libre. Toute la sainte journée, le vieux scrogneugneu grognassait à qui mieux mieux, repensant avec force froncements de sourcils les dégâts dantesques que cette infiltration avait provoqués. Oh! Il est vrai qu'il était lui-même responsable de la plupart des ravages causés lors de cette nuit funeste, mais ça, il aurait préféré aller sur la pelouse de la maison blanche déguisé en Ben Laden plutôt que de le reconnaître. Car non seulement c'était un homme, mais en plus de cela, il était, même selon les normes masculines, particulièrement borné. Pour dire les choses telles qu'elles étaient, Augustin Thymmilou faisait partie de ces personnes qui, lorsqu'elles se prennent un lampadaire dans la figure après avoir déambulé le nez en l'air, insultent la municipalité et accusent EDF de tous les crimes.
Et la scélératesse du milliardaire n'avait fait que croître depuis la date fatidique du cambriolage. Lui qui, auparavant, était tout simplement exagérément asocial, éprouvait à présent une haine tenace contre tout le reste de l'humanité; une haine qui ressortait sauvagement dès qu'un petit quelque chose faisait remonter en lui la réminiscence du vol de tantôt. Ce qui explique pourquoi son téléviseur devait rendre l'âme: il avait eu le malheur, un instant auparavant, de s'arrêter sur une émission traitant d'archéologie, et, pris d'un subit accès de rage, le ronchon hystérique avait saisi sa télécommande et en avait bombardé cet imbécile de Matthieu Salémique.
Le dit Matthieu Salémique, pas rancunier pour un sou, décida de partir en toute dignité et de laisser dans la villa d'Augustin Thymmilou, tel les grands compositeurs d'autrefois, une oeuvre inachevée (bien que le vrai Matthieu Salémique soit un véritable ignorant en musique classique, croyant dur comme fer que Beethoven était un nom traditionnel que l'on donnait aux saint-bernards, et que Chopin était l'inventeur de la chopine). Ses dernières paroles furent donc "Cela faisait longtemps que le groupe de scientif...", une demi-phrase on ne peut plus banale, mais que l'attentionné présentateur sublima dans un magnifique spectacle de son et lumière, son habituelle voix de baryton fluctuant allègrement de Mika à Barry White, et son traditionnel et tristounet costume bleu nuit arborant simultanément toutes les nuances possibles du spectre chromatique. Puis, laissant ses paroles en suspens(1), il se tut et laissa le noir total fondre sur lui. Ce mutisme définitif plongea la villa d'Augustin Thymmilou dans un silence de mort, à peine troublé par le doux souffle du vent marin, le murmure de la marée descendante et les glapissements frénétiques provenant d'une bagarre de mouettes en rut.
Puis, le silence fut tranché net par un petit bruit métallique provenant de l'aspiro-boîte.
L'aspiro-boîte était à l'origine une invention d'André Franquin dans un album de Gaston Lagaffe, invention qu'un des amis d'Augustin Thymmilou avait concrétisé en guise de cadeau d'anniversaire pour son cher compagnon (le dit ami s'était fait assassiner quelques jours après, mais ça, c'est une autre histoire). Le principe en est simple: il s'agit d'une boîte aux lettres de jardin, percée en son fond d'un tuyau qui aspire le courrier et peut le faire ressortir à l'intérieur de la maison. Conçue à la base pour éviter d'aller chercher le courrier sous les intempéries, Augustin Thymmilou s'en servait surtout pour éviter de croiser ces abrutis de facteurs, toujours prêts à vous vendre des calendriers hideux, ou, pire! tenter de vous faire signer des pétitions débiles à propos d'on-ne-sait-quoi-et-d'ailleurs-on-s'en-tape.
Le milliardaire se leva lentement, se traîna péniblement vers le bac contenant les paperasses du jour et en fit rapidement le tri. Catastrophe! En premier lieu, ce qui lui déplaisait le plus: des demandes de dons. Demande de dons pour la recherche contre la leucémie... pour quoi faire? Il n'était pas malade! Demande de dons pour les Restos du Coeur... mmmh, il donnerait, peut-être, quand Coluche serait ressuscité. Demande de dons pour la SPA... HA! Ca, c'était la meilleure! Une Société Protectrice des Animaux, non mais j'vous jure! Et pourquoi pas une déclaration universelle des droits de l'Homme, tant qu'on y est?!?! Demande de dons... demande de dons... le journal.
Aaah, le journal! Joie, béatitude, plénière volupté! Depuis qu'on avait cambriolé sa villa, Augustin Thymmilou éprouvait tellement de haine envers le reste du monde qu'il ressentait un malin plaisir à assister au malheur des autres. Et quoi de mieux qu'une gazette pour juger de la mauvaise fortune d'autrui? A chaque page, ce ne sont que morts, cataclysmes, malheurs et désolation. Si, avant l'incident, le milliardaire ne faisait que survoler négligemment le périodique, ne s'attardant (et encore!) que sur la page des bandes dessinées insignifiantes, à présent, il passait des heures à lire les informations, cherchant ardamment le moindre détail sordide du plus insipide des paragraphes. Il compulsait consciencieusement la rubrique des faits divers, à la recherche de quelque crime; il prenait un malin plaisir à scruter les détails de la rubrique nécrologique; il ricanait sans aucune retenue en lisant les chiffres des attentats en Irak, et il suivait avec intérêt l'évolution de la crise économique mondiale, guettant avec impatience les premières vagues de suicides du haut des buildings new-yorkais. Vraiment, la lecture du journal constituait à peu de chose près la seule occupation qui égayait ses journées de sombres ruminations.
D'autant plus que l'édition du jour s'annonçait particulièrement palpitante, la une de la gazette étant consacrée à un paquebot qui avait, semble-t'il, sombré en plein milieu de l'Atlantique. Ah, ça se perdait, les bons gros naufrages bien meurtriers, avec l'avènement de ces stupides règles de sécurité... nul doute qu'aujourd'hui, la lecture serait éminemment jouissive! C'est avec béatitude qu'Augustin Thymmilou s'installa tranquillement dans son fauteuil préféré, son mazagran plein à la main, et imaginant avec force ricanements toute la populace du village voisin reposant par mille mètres de fond avec des langoustines leur grignotant les orteils et des anémones dans les globes oculaires.
Néanmoins(2), le quotidien se révéla plus maussade que prévu. Après avoir survolé l'article, Augustin Thymmilou apprit non sans déception que le naufrage susmentionné n'avait fait que peu de dégâts humains, les secours étant intervenus avec une rapidité exemplaire. Au plus déplorait-on des fractures dues à des bousculades, et deux ou trois hypothermies causées par la fraîcheur nocturne des eaux atlantiques. En fait, si l'accident avait fait la une, c'était plus à cause de son originalité que de ses pertes humaines: le bateau qui avait sombré était, aussi surprenant que cela puisse paraître, une réplique exacte du Titanic, construite pour quelque expérience visant à démontrer que le célèbre navire n'aurait pas pu couler. "C'est incroyable", songea Thymmilou en avalant une gorgée de café brésilien à 1000 euros la tasse, "il y a vraiment des gens qui arrivent à dépenser leur argent pour des futilités". Bah! Au moins, cette une lui avait permis de rigoler un bon coup, non à cause de l'article lui-même (bien que dans celui-ci, quelques fautes d'orthographe comme le remplacement malheureux du "c" par un "que" dans le mot "Titanic" avaient réussi à lui arracher fugitivement un sourire), mais bien grâce à la photographie ornant le dit article, représentant le retour des rescapés sur le plancher des ruminants. Comme ils avaient l'air de se sentir ridicules, tous ces cinglés froufroutants attifés comme au mardi gras, et comme ils devaient se sentir encore plus ridicules en cet instant, voyant leur bobine hagarde s'afficher dans tous les kiosques à journaux de la région!
Mais, soudain, en plein ricanement, Augustin Thymmilou s'immobilisa.
Car, là, brunis(3) par la piètre qualité de la photographie mais toutefois bien reconnaissables, deux personnages de l'arrière-plan venaient de capter son attention. Oh! Ils ne payaient pas de mine; habillés aussi ridiculement que la vingtaine d'autres rescapés présents sur l'instantané, et arborant le même air abruti, un peu halluciné. Mais pour Augustin Thymmilou, ces personnages étaient bien plus que des figurants insignifiants sur une photographie jaunâtre. Car c'étaient bien EUX, ceux qui avaient causé un chaos innommable dans sa villa, ceux qu'il croyait morts et enterrés, ceux dont il voyait le visage dans ses cauchemars toutes les nuits...
- CE SONT EUX!!! hurla Thymmilou, se levant si brusquement qu'il en renversa son café sur son tapis persan. CETTE FOIS, JE NE LES RATERAI PAS!!!
(1) certains pensent que le mot inachevé était "scientifiques", mais rien n'est moins sûr.
(2) ...comme dirait Michael Jackson.
(3) calembour sarkozyste.
Publié par oldi à 19:53:24 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (31) | Permaliens
RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:
Oldi et Kaito, ex-naufragés, ont été recueillis par un paquebot, le T2, réplique exacte du Titanic réalisée pour une expérience visant à démontrer que le célèbre navire n'a pas coulé de manière accidentelle mais à cause d'un sabotage. Après s'être installés sur le bateau et fait connaissance avec quelques-uns de ses occupants, les deux acolytes ont appris que parmi les diverses cargaisons entreposées dans la cale du bâtiment se trouvent des objets précieux incluant des rubis. Une information plus qu'intéressante, sachant qu'un de ces joyaux est le troisième élément nécessaire à la concoction de la potion anti-malédiction...
La douce nuit marine avait étendu son manteau sombre et scintillant sur le majestueux T2. Dans une des chambres du bâtiment nomade, après avoir enlevé leurs vêtements (tâche qui dura environ 25 minutes, Kaito s'étant empêtré dans son costume et Oldi ayant quelques difficultés à retirer sa toge, bloquée au niveau du ventre) et mis leurs pyjamas, les compagnons se concertèrent suite à la déclaration plus qu'intéressante de Gwendoline sur la cargaison du transatlantique.
- Ainsi donc, narra Oldi, il y a des trésors dans la cale du navire... et avec des rubis, qui plus est! Il faut absolument tenter de s'emparer de l'un d'eux. Ce sera beaucoup plus facile d'en voler un ici, que d'en chercher un aux Etats-Unis!
- C'est sûr, attesta Kaito, mais la notion de facilité reste tout de même relative...(1) pourrais-je savoir comment vous comptez faire, ma chère Léontine, pour aller chaparder cette pierre?
- Ca, c'est ce que nous allons devoir trouver... en attendant, il convient de passer une bonne nuit, on en aura bien besoin pour réussir cette appropriation.
Kaito acquiesça, et les compagnons s'installèrent dans leurs couchettes respectives afin de passer une bonne nuit réparatrice.
Pour l'ornement de ces mésaventures, signalons que, juste avant que Kaito ne se love dans les parties du membre supérieur comprises entre l'épaule et le coude de la divinité des rêves prophétiques(2), la fermeture de ses paupières fut interrompue par une dernière phrase d'Oldi:
- Au fait, si tu m'appelles encore une fois Léontine, je te flanque à l'eau, et fi de l'hécatombe de poissons que cela causera!!
Sur le papier, le plan de chapardage du grenat pourpre était simplissime. Malheureusement, la complication classique concernant les trésors est que ceux-ci sont en général bien protégés. Durant les jours suivants, toutes les tentatives d'Oldi et de Kaito pour entrer dans la cale du navire furent épouvantablement infructueuses. Entre les circonspects membres d'équipage qui rôdaillaient dans les couloirs, guettant le moindre signe de manifestation inaccoutumée, et les pesantes portes hermétiques qui réussissaient l'exploit d'être ouvertes moins souvent que les livres de la bibliothèque de G.W. Bush, il était impossible ne serait-ce que d'approcher les tréfonds du bâtiment flottant. Les compères pensèrent un moment utiliser un sortilège ou deux à leur avantage, mais les anciens grimoires avaient quelque peu souffert de leur séjour dans l'élément aqueux. Par chance, la qualité excellente de l'encre utilisée avait fait en sorte que les livres restaient encore lisibles; toutefois, grandement fragilisés par leur bain forcé, il restait préférable de les laisser reposer quelque temps, afin d'avoir la certitude qu'ils ne partiraient pas en morceaux au moindre feuillettement de page. Les jours se déroulaient donc dans la mélancolie la plus totale pour les deux acolytes. Entre les oripeaux froufroutants dont le capitaine leur imposait le port (au moins, avec un peu de pratique, ils avaient cessé de choir tous les cinq pas), les distractions fort peu attrayantes du navire, et le fait que la probabilité de voir un des rubis de la cale leur revenir diminuait alors que les côtes etatsuniennes risquaient un matin ou l'autre de se dessiner à l'horizon, l'allégresse d'Oldi et Kaito était plus que mitigée.
Ce soir-là, les drilles étaient accoudés au bastingage, à un endroit précis où ils avaient pris l'habitude de méditer chaque crépuscule, faisant leur bilan de la journée. Sans surprise et comme toutes les autres, cette journée avait été particulièrement infructueuse, les acolytes n'ayant même pas pu approcher les environs de la proximité du voisinage des portes de la cale. De surcroît, aux difficultés habituelles s'était ajouté le fait que la rumeur croissante de la présence d'un célèbre pickpocket à bord du navire n'avait fait qu'accroître la vigilance des membres d'équipage chargés de la surveillance des précieux biens gisant dans les profondeurs du paquebot. Le dit pickpocket avait finalement été repéré et le malandrin avait été emmené en lieu sûr, il y avait donc fort à parier que dès le lendemain, la vigilance exacerbée du personnel du T2 se relâcherait quelque peu. Toutefois, malgré cette bonne nouvelle, il n'en était pas moins que s'approprier le rubis restait une besogne insurmontable, à côté de laquelle nager dans le cratère du Stromboli ou aller sur Pluton en patins à roulettes faisaient office de jeux éducatifs pour enfants de maternelle intellectuellement déficients.
- C'est la dèche, récapitula avec extrêmement d'exactitude Oldi.
- Ca, tu peux le dire, agréa Kaito, tout en jetant à la mer une boulette verdâtre trouvée un instant auparavant dans la zone supérieure gauche de sa fosse nasale, geste certes peu ragoûtant et modérément écologique, mais plutôt relaxant en cet instant. Oldi, est-ce que cela vaut vraiment la peine de réessayer de chouraver ce rubis demain? Non seulement on n'a même pas pu entrer ne serait-ce qu'un infinitésimal instant dans les cales, mais en plus les membres d'équipage commencent à nous regarder d'un sale oeil, tous les deux. Si on continue à fouiner dans les profondeurs du navire, ils vont nous incarcérer dans notre chambrette, comme le pickpocket!
- Je dois avouer que tu as raison... je pense qu'il va falloir abandonner tout espoir d'avoir un des rubis du T2. Il n'empêche que c'est dommage: il aurait été beaucoup plus facile d'en prendre un ici, plutôt que de le chercher aux Etats-Unis. Autant dire que ça ne va pas être de la tarte de s'en procurer un...
- La bonne nouvelle, tenta-de-détendre-l'atmosphère Kaito, c'est que ça ne pourrait pas être pire.(3)
- Oui, je conf...
Soudain, Oldi se tut. Il venait de voir quelque chose qui lui avait glacé le sang, ce qui était normal étant donné que l'objet qu'il avait discerné avait une température globale largement inférieure à zéro. Kaito, voyant lui aussi la chose, observa un mutisme tout aussi copieux.
Au loin, une forme blanchâtre à l'allure spectrale se rapprochait silencieusement du T2.
- Capitaine! ICEBERG DROIT DEVANT! hurlèrent simultanément Oldi et Kaito, qui venaient de faire irruption en grande pompe dans la cabine du capitaine.
- Je le sais bien, messieurs, répondit le capitaine Dzübor avec tout le flegme anglais que lui imposait son rôle.
- Mais il faut l'éviter!
- Oh que non! Ce paquebot ne peut pas couler: si le Titanic a sombré c'est uniquement parce que quelqu'un a aggravé les dégâts causés par l'iceberg. Et pour que nous puissions confirmer notre hypothèse, il faut bien une ou deux petites éraflures dans la coque, non?
- Mais vous êtes un vrai...
Oldi ne put finir sa phrase (nous pouvons donc renvoyer les censeurs), car un choc colossal ébranla le navire. Avec un bruit sinistre qui n'était pas sans évoquer les plus pimpants concerts de Céline Dion, l'iceberg racla de sa glace les flancs du T2, déchirant la coque comme s'il s'agissait d'un bête papier cadeau, et de mauvaise qualité(4). Du fait de la secousse apocalyptique, une bonne partie des passagers du T2 gisaient à présent anarchiquement sur les planchers du bâtiment, y compris Oldi, Kaito et le capitaine Dzübor alias Edward Smith. Ce dernier, avec le calme et la pondération d'un aï sous lexomil, se releva lentement, de manière quasi-mystique, et se remit à la barre, recommençant à piloter le navire comme si celui-ci n'avait heurté qu'un marshmallow lymphatique.
- Rien qu'une petite secousse, messieurs-dames! dit-il en souriant à Oldi et Kaito, éberlués, toujours allongés sur le parquet et, disons-le, quelque peu emberlificotés dans leurs frusques à caractère historique. Ne vous en faites pas, même Dieu ne pourrait pas couler ce navire! Je vous invite donc à reprendre vos activités. Ce soir, vous aurez même droit à un grand spectacle de claquettes suivi de...
- Mais, répliqua Oldi, vous ne comprenez pas? On va couler!
- Madame Aubart, débita le capitaine Dzübor, un ton de reproche dans la voix et les sourcils formant un inesthétique accent circonflexe inversé sur son visage, je le dis et je vous le répète, ce navire ne peut pas couler. Vous arriverez aux Amériques tranquille et au sec. Maintenant, je vous prie, laissez-moi piloter ce navire; monsieur Benjamin Guggenheim, je vous invite, vous et votre compagne, à quitter cette cabine sur-le-champ.
Comprenant qu'il était inutile de tenter de discuter avec le capitaine forcené, Oldi et Kaito, outrés et atterrés, quittèrent en trottinant ardemment la cabine de pilotage. Ils savaient que, d'ici quelques heures, le paquebot aurait coulé -et eux avec, s'ils restaient inactifs.
- Ce capitaine est complètement taré! interjecta Kaito à Oldi tandis qu'ils descendaient les raides escaliers du T2 en direction du pont. Il faut avertir tout le monde que le bateau va couler ou sinon il va...
- ON VA COULER! hurla un groupe de passagers galopant à toute vitesse devant le nez des acolytes.
- Tu sais, signala Oldi après un silence, je crois qu'ils sont déjà au courant.
C'est peu de chose de dire qu'une désorganisation totale régnait sur le T2... comparer le quai du T2 au chaos, c'était comparer Louis de Funès à Marlon Brando! Femmes terrifiées, enfants affolés, hommes sanglotants, apeurés du Sud et hagards du Nord, vieux tremblants et bébés pleurants: tout cette belle populace pseudo-mille-neuf-cent-douzienne exubérante se pressait en direction des canots de sauvetage du navire, où l'intégralité des membres d'équipage tentaient en vain de faire régner un semblant d'ordre dans le flux humain anarchique.
- Pas coule(5)! cria Kaito, accompagné d'Oldi, lesquels étaient séparés du plus proche canot de sauvetage par une trentaine de mètres et une centaine de personnes éructant des flots de décibels alarmistes, on n'a aucune chance de s'en sortir! Encore, toi, en tant que "femme", tu as la priorité concernant le sauvetage. Mais moi, je crois que...
- Ah non, pas d'hypothèses idiotes! répliqua son compagnon. Traversons le navire, il y a peut-être moins de monde de l'autre côté...
Sitôt dit, sitôt fait. Les deux acolytes, traversant héroïquement à contrecourant le flux d'hallucinés, purent ouvrir une porte et se retrouvèrent dans un des couloirs du bâtiment; un couloir particulièrement calme, tous les passagers s'étant précipités sur la promenade. Mais, alors que les compagnons couraient aussi vite que leurs jambes et leurs oripeaux le leur permettaient, Oldi, d'un coup, d'un seul, stoppa. L'absence totale de quidams quelconques dans les corridors du paquebot sombrant avait fait naître dans son esprit une idée idiote, désespérée, déraisonnable et inconséquente... donc, à essayer.
- Le rubis! tonitrua-t'il. C'est le moment rêvé pour le prendre! Tous les membres d'équipage sont là-haut! Cette fois, on ne croisera personne dans les couloirs qui puisse nous empêcher d'agir!
- Oldi, exposa Kaito, qui regrettait de plus en plus de ne pas avoir choisi un cochon d'inde comme meilleur ami, je te rappelle que ce rubis se trouve tout au fond du navire. Et, mis à part une ou deux exceptions comme le Poséïdon, l'eau, ça entre dans les bateaux par le bas(6)!
- Je sais, mais on n'a plus rien à perdre... autant déraisonner une dernière fois et aller récupérer cette babiole...
- D'accord. T'as gagné, je te suis, approuva Kaito (en même temps qu'il pensait quelque chose du genre: "Je l'aurais appelé Toufftouff... c'est mignon, comme nom, pour un cochon d'inde...").
- Merci bien... bon, inutile d'y aller tous les deux, nous devons nous séparer! suggéra Oldi. Il va falloir que l'un de nous aille chercher le rubis, tandis que l'autre ira récupérer nos affaires dans notre cabine! Au cas où on arriverait à s'en sortir, ce serait vraiment insupportable que le reste du matériel destiné à contrer la malédiction se retrouve au fond des abysses... il va falloir décider qui de nous deux va risquer sa vie dans les cales.
- ...on fait ça à pierre-feuille-ciseaux?
Puits, char d'assaut, tout ça...
- Trou noir! dit Kaito.
- Etoile de la mort! répliqua Oldi.
- Big Crunch! beugla Kaito.
- ...passage interdimensionnel!
- ?!?! Euuuuuuuh... ah, m****!
- J'ai gagné!
- Avoue, t'as pas trouvé ça tout seul.
- ...euuuuh... là n'est pas la question! Il faut se presser. Bonne chance!
Les compagnons se séparèrent donc, Kaito bondissant vers les sombres et humides entrailles du bâtiment en péril, tandis qu'Oldi fit volte-face, enjablant en direction de sa cabine pour y récupérer ses affaires les plus importantes, à savoir les précieux grimoires, ainsi que le bolet Rodravel et la poudre d'os de boîte crânienne de cyclope méditerranéen qu'il avait si durement acquis. Oldi fouillait donc dans la cabine; durant ce temps, Kaito errait dans les couloirs du navire brinquebalant, en cogitant autant qu'en bougonnant... et d'un seul coup, horreur! Abjection, drame indescriptible, vilenie répugnante: une évidence terrible s'imposa à lui!
- Mais, attends une minute! Le Big Crunch détruit TOUT l'Univers, et donc toutes les dimensions qui le composent! J'AI gagné! ...OLDI! cria-t'il en faisant demi-tour, je vais...
Cette phrase propre à choquer les âmes sensibles et les crétins bornés de bien-pensants extatiques fut interrompue par le bris au sol d'un faux plafond, déversant un torrent de rats qui s'étaient, apparemment, réfugiés dans les passages conduits-de-ventilationnesques dans le but à peine dissimulé de sauver leur fourrure dans laquelle pullulaient des puces, des tiques, et autres bestioles polypodes propres à dégoûter une grande partie de la populace mis à part bien sûr les entomologistes et autres savants pompeux qui feraient mieux de trouver des solutions à la famine en Afrique plutôt que de s'user leurs yeux bouffis de contenance sur leurs microscopes nauséabonds dans le but de savoir, enfin, pourquoi les poux se grattent(7).
Bloqué par le barrage enragé, Kaito n'eut d'autre choix que de poursuivre sa route en direction des cales. Cales qu'il devinait déjà en sale état, puisque au fur et à mesure de ses pérégrinations, il avait remarqué que les couloirs du T2, et par conséquent le T2 lui-même, avaient pris une forte inclinaison, qui trahissait de manière sûre et certaine la présence inopportune de liquide aqueux dans les tréfonds du vaisseau. Enfin, il arriva devant une des lourdes et inesthétiques portes métalliques barrant l'accès aux entrailles du transatlantique. Au prix de durs efforts, il parvint à faire tourner la pesante masse métallique sur ses gonds et à entrer... là, l'horreur s'offrit à lui.
Voir une quelconque victoire de la nature sur le progrès humain est toujours quelque chose d'assez surprenant. Que ce soit une maison en ruine envahie par les arbustes, une tornade rasant hystériquement un village entier, ou des pommes de terre oubliées dans un cageot qui croissent magnifiquement malgré l'obscurité du placard dans lequel elles gisent, il y a toujours quelque chose d'intimidant pour l'Homme que de voir sa mère créatrice le rappeler à l'ordre. Mais voir ces forces en oeuvre est encore plus effrayant. Ainsi, Kaito resta paralysé de terreur devant le spectacle des cales inondées. Dans un chaos total, des caisses en bois de toutes formes et de toutes tailles se heurtaient, s'entrechoquaient violemment dans tous les sens, brinquebalées par les dizaines de mètres cubes d'eau glacée qui jaillissaient inlassablement de la coque déchirée du massif T2. Certaines de ces caisses, complètement éventrées, laissaient échapper leur contenu au gré des courants aqueux. C'est ainsi que Kaito put voir, flottant à quelques mètres de l'escalier à moitié immergé au sommet duquel il se trouvait, un coffre ancien, incrusté de toutes sortes de pierres précieuses... dont une, ornant fièrement au centre du couvercle, d'un rouge sanguin bien visible malgré la faible luminosité du lieu.
Descendant frénétiquement l'escalier, Kaito arriva bientôt au niveau de l'eau clapotante, dont le niveau ne cessait, hélas! de monter inexorablement. Tâtant de l'index droit la température de la dite eau, il conclut rapidement qu'un bain impromptu ne serait guère une bonne idée... c'est pourquoi il saisit une planche provenant d'une caisse éventrée et portant l'inscription "NTION FRAGILE", et tenta de s'en servir comme canne à pêche improvisée, pour attirer vers lui le coffre flottant. Tâche difficile! Les vagues hystériques ne cessant de balloter le précieux coffre dans tous les sens, dès que celui-ci se rapprochait de Kaito de 15 centimètres, un courant plus fort que les autres le repoussait en arrière de 20... sans compter que les éclaboussures d'eau glaciale sur le corps de Kaito ne faisaient que l'engourdir, atténuant du coup l'efficacité de ses prouesses musculaires!
Mais, soudainement, un bruit menaçant se fit entendre: la coque, par où se déversaient des quantités de liquide atlantique, se déchira sur un mètre supplémentaire! Le navire entier fut secoué, et Kaito projeté sur l'escalier, meurtrissant son dos sur les arêtes coupantes des marches métalliques... mais la vague soudaine créée par le flux d'eau supplémentaire poussa le coffre en direction du dit escalier! Kaito, surmontant sa douleur, bondit en direction du précieux meuble et le saisit fermement, empêchant celui-ci de repartir en arrière! Hissant le coffre en sécurité sur une marche plus haute, il saisit fermement sa planche "NTION FRAGILE", et se servit de l'extrémité déchiquetée de celle-ci pour tenter d'extraire délicatement le rubis de son logement... et d'un coup, miracle! Le caillou se détacha, et Kaito saisit celui-ci fermement, radieux dans son for intérieur.
Fuyant les cales humidifiées, Kaito fonça en direction du pont supérieur... là, miracle! Il recroisa Oldi, qui avait empaqueté leurs affaires à la hâte dans une vieille mallette rétro. Il confia le rubis à son ami qui, sous le coup de la joie, exécuta une petite danse et congratula chaudement son compagnon. A présent, le plus dur restait à faire: atteindre un canot de sauvetage.
Inutile de dire que, tout comme l'eau dans la cale du bateau, la panique des passagers n'avait guère décru depuis leur dernière visite... au contraire, avec le navire qui avait commencé à pencher, l'hystérie avait grandement gagné en puissance! Tentant tant bien que mal de se frayer un chemin jusqu'à la providentielle embarcation, les deux acolytes étaient brinquebalés dans toutes les directions, et rarement la bonne, manquant à chaque seconde de se faire broyer un quelconque membre par des passagers frénétiques. Soudain, ils stoppèrent: par-delà les "au secours", les "on va tous crever" et les "les femmes et les enfants d'abord", une phrase complètement hors-sujet prononcée par un quidam juste derrière eux avait retenu leur attention.
- Je... suis désolé.
Oldi et Kaito regardèrent instinctivement l'endroit d'où provenait cette voix. Là, pathétique, se tenait debout Gaspard Dzübor, alias Edward Smith. Trempé jusqu'aux os, ruisselant comme un glaçon posé sur un trottoir de Tunis, on pouvait distinguer aux coins de ses yeux deux gouttelettes qui, si elles étaient bien composées d'eau salée, ne provenaient pas de la mer.
- Vous aviez raison, messieurs, dit-il avec un sanglot dans la voix. J'ai vérifié: le Titanic a bien coulé sans qu'un fou ne l'aide. Je... je suis navré. J'avais tort.
- Ce n'est pas le moment de faire de l'esprit de clocher! répliqua Kaito. Inutile de déprimer, le plus important pour l'instant c'est de partir! Il faut mettre tous les passagers dans les canots de sauvetage!
- Tous les passagers? Mais, répondit le capitaine, il... il n'y en a pas assez, des canots de sauvetage! C'est une réplique du Titanic, ne l'oubliez pas!
Si, globalement, l'agitation régnait toujours sur le bateau, tous les passagers aux alentours du capitaine Dzübor étaient à présent muets: une conséquence plutôt normale après avoir ouï la déclaration de ce dernier.
- Ah mais oui mais oui mais oui mais NON! hurla tout-à-coup un passager. Ca ne va pas, ça! Être payé pour jouer un figurant dans une reconstitution historique du voyage du Titanic, d'accord, mais finir noyé, ça, ça ne va plus!
- Il a raison! acquiesça un autre voyageur, à peine deux mètres plus loin. Vous, je sais pas, mais moi, fini la comédie!
Sur ce, le dit passager sortit de sa veste un téléphone portable dernier cri, et commença frénétiquement à en tripatouiller les boutons plastifiés.
- QUOI! hurla Dzübor. Un téléphone moderne, ici! Trahison! Sacrilège! Blasphème!
- Oh, la ferme! répliqua plutôt sèchement une passagère, qui, à son tour, venait de sortir un téléphone des plis de sa robe. Au lieu de pester contre la technologie, vous feriez mieux de trouver une solution digne de ce nom pour nous sortir du pétrin dans lequel vous nous avez fourrés! Tiens, pourquoi ne pas vous jeter à l'eau! Ca fera une place en plus dans les canots, et un bain glacé vous fera le plus grand bien!
Le capitaine Dzübor s'apprêtait à répondre à cette femme par une expression que toute bonne éducation désapprouverait, de surcroît lancée à une dame, quand soudainement, un craquement sinistre se fit entendre, et presque instantanément, le paquebot prit une inclinaison plus forte de trois degrés, et s'enfonça encore plus dans l'eau, qui était à trois degrés, également... un angle infime, mais cela suffit à faire naître une panique abominable dans l'assistance! Le chaos était total, entre les passagers qui hurlaient de terreur, ceux qui pestaient contre l'absence de réseau, ceux qui tentaient vainement de rejoindre un canot déjà plein à craquer et le capitaine Dzübor qui bouillait tellement de rage qu'il était à présent complètement sec... mais, au sommet de l'obliquité que constituait à présent la passerelle du navire, un homme d'un poids estimé à 150 kilos trébucha et glissa sur le plancher ciré, poussant la foule sur son passage... y compris Oldi qui, sous le choc, lâcha le rubis si durement acquis!
Kaito, aux réflexes affûtés, tenta de rattraper le bijou, mais la jambe d'un membre d'équipage détourna sa main du droit chemin, juste au moment où les doigts appartenant à la dite main allaient se refermer sur le caillou rougeâtre! Encouragé par la pente, le bijou glissa de plus en plus vite en direction de l'océan, jusqu'à se retrouver bloqué par une chaussure de passager. Les deux acolytes, remontant à contresens le flux humain, se rapprochaient de plus en plus de leur cible, mais l'embouteillage d'homo sapiens se débloqua soudain, et le passager qui bloquait le bijou, à présent libre de ses mouvements, avança de quelques pas, ignorant que cela entraînerait un nouveau déplacement de la précieuse pierre! Roulant à une vitesse exponentielle, le rubis n'était plus qu'à quelques mètres de la surface de l'eau! Butant contre les chaussures, il ralentit sa course quelques secondes durant, mais reprit de plus belle.. et finit par tomber à l'eau!
Miracle! Kaito, dans un effort surhumain pour bondir par-dessus le flux humain, parvint jusqu'au flux marin, et récupéra la pierre qui, par un coup de chance extraordinaire et pour tout dire inexplicable, restait étonnamment proche de la surface de la mer. Se retournant, Kaito vit Oldi, qui était resté bloqué par un homme à la carrure armoiràglaciesque et qui n'avait pu rester qu'un simple spectateur durant cette séquence haletante, lui faire un sourire accompagné d'un signe du pouce; signe qui résumait plus que n'importe quelle phrase son état extatique dû au fait que son ami avait empêché que leur plan ne tombe à l'eau(8).
- Bien joué, dit Oldi à son compagnon une fois celui-ci rejoint. Je ne sais pas si ça servira à quelque chose, mais au moins, on a cette fichue pierre.
- Hé oui, murmura Kaito, un brin de regret dans la voix. Il faut bien se dire qu'on a peu de chances de s'en sortir... nous sommes perdus!
D'un coup, les acolytes sentirent qu'on leur tapait sur l'épaule. Se retournant, ils virent Jérôme Hallamer, alias Henry Tingle Wilde, leur adressant un large sourire.
- Perdus? répéta-t'il. Je ne crois pas... vous entendez ce bruit?
Tendant l'oreille pour tenter de discerner un quelconque babil par-delà le hourvari ambiant, Oldi et Kaito entendirent bientôt, effectivement, un bruit. Un bruit semblant venir du ciel, à mi-chemin entre un train et un hachoir électrique...
- Des hélicos! hurlèrent simultanément plusieurs passagers. On est sauvés!
- C'est pourtant vrai! hurla de joie Oldi. Mais, demanda-t'il au second du capitaine, comment est-ce que...?
- Simple, répondit celui-ci. Je suis en accord avec les idées de Dzübor, mais j'avais tout de même quelques doutes... je me suis dit: "et si il arrivait VRAIMENT malheur?". Alors, en secret, j'ai doté le navire d'une radio tout ce qu'il y a de plus moderne, et dès que j'ai pu, j'ai envoyé un S.O.S.
Les deux acolytes venaient à peine de congratuler le second pour sa fort bonne initiative, que déjà un treuil s'arrêtait à leur hauteur. Quelques minutes plus tard, tous deux étaient installés dans l'appareil en compagnie d'autres passagers.
- Et voilà, conclut Oldi. Notre voyage en mer est bien fini - et il finit bien! Comble du bonheur, on a même notre rubis. On va pouvoir préparer la potion... et...
Oldi se tut, car son compagnon ne l'écoutait pas, trop occupé qu'il était à observer la précieuse pierre. Chose étrange: il manipulait le rubis avec des yeux particuliers, mais qui ne reflétaient aucunement l'avidité mais plutôt... l'étonnement.
- Mais, s'écria-t'il soudain, c'est du plastoc!
Oldi lui arracha la "pierre" des mains et l'examina. Dans la troublante obscurité des couloirs a demi inondés du navire, il leur avait été impossible d'examiner avec attention l'objet de leurs recherches. Mais à présent, ils remarquaient bien que ce n'était pas un véritable rubis. Il était certes rouge et translucide, mais il n'avait pas le poids d'une vraie pierre, et ne jetait pas ces espèces de reflets indéfinissables, caractéristiques des authentiques pierres précieuses, qui font apparaître des lueurs d'envie dans les yeux boursouflés de leurs admirateurs.
- J'aurais dû m'en douter, lâcha platement Oldi. Avec la fortune qu'ils avaient dépensé pour ce paquebot, ils n'avaient sûrement plus de budget pour le garnir de véritables trésors... et puis, aussi, avec quelle facilité tu l'as pris alors qu'il venait de tomber à l'eau! Les pierres, en général, flottent difficilement.
- On a risqué notre vie pour rien, alors?
- Il faut croire. Bouof. On commence à avoir l'habitude, non?
Et alors que l'hélicoptère accueillait son dernier passager, Oldi profita du dernier instant d'ouverture de la porte de l'appareil pour jeter symboliquement la babiole rouge à la mer.
Il est à noter, pour la petite histoire, que le bidule plastifié flottant, effectivement, admirablement bien, il fut baladé par les flots plusieurs jours durant avant de s'échouer sur une côte de New York, où il fut recueilli par une petite orpheline noire du Bronx. Voulant d'abord le garder pour en faire un collier ou quelque chose du genre, elle se ravisa et réussi à le vendre à un prix fort intéressant, ce qui lui sauva la vie en lui permettant d'acheter de la nourriture car elle n'avait pas mangé depuis deux jours. Ainsi, elle put vivre longtemps, avoir deux beaux enfants dont l'arrière-petit-fils du cadet deviendrait un savant génial qui trouverait le remède ultime contre le cancer, remède qui sauverait la vie à un pauvre petit garçon malade dont le petit-fils deviendrait un dictateur sanguinaire s'amusant à larguer une bombe atomique par jour sur une grande ville du globe, ou même deux selon son humeur.
Tout est relatif.
(1) ...comme le disait ce cher Albert dans l'article précédent - ceci est une référence pour les esprits supérieurs, et accessoirement une tentative désespérée pour augmenter le niveau intellectuel de ce blog.
(2) j'aurais pu mettre "les bras de Morphée", mais la phrase me semblait trop simple. Désolé pour ceux qui ont du mal avec les mots de plus de deux syllabes - il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit.
(3) attention! "cela ne pourrait pas être pire" est une phrase maudite depuis qu'un mage du XIIIème siècle lui a jeté un sortilège pour s'amuser un soir de cuite. Depuis, que ce soit au théâtre, à la télévision, au cinéma ou même dans la vraie vie, il suffit de prononcer cette phrase, ou même d'y songer, pour voir instantanément - et à coup sûr - les choses empirer. Ami lecteur, pour ton bien, suis mon conseil, ne te dis JAMAIS que cela ne pourrait pas être pire.
(4) je signale aux crétins antisémites et aux néonazis nauséabonds que, NON, "iceberg" n'est pas un nom de famille juif.
(5) jeu de mots de fort mauvais goût dans la situation actuelle.
(6) cela prouve à quel point les bateaux et l'eau sont complémentaires: quand le bateau coule dans l'eau, l'eau coule dans le bateau. N'est-ce pas incroyable?
(7) la phrase est finie, vous pouvez reprendre votre respiration.
(8) un autre jeu de mots du type "haïssable-mais-inévitable". Quand même... certains jours, mon humour est si lourd que je m'étonne que le macadam ne ploie pas sous mes pas.
PETITE NOTE DE L'AUTEUR:
Pfouuuuuh! Il se sera fait attendre, celui-là... c'est déjà dur de respecter mes délais, alors en plus avec la reprise de mes études et des problèmes d'Internet... enfin bon ^^ en tout cas, le prochain article arrivera très rapidement, tout simplement parce qu'il sera très court. Attention, court ne signifie pas sans intérêt, ce serait même plutôt le contraire! En attendant, profitez bien de celui-là!
Publié par oldi à 23:21:28 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (26) | Permaliens
Un petit post, juste pour vous dire que NON je ne suis pas mort...
Par contre, il vous faudra encore attendre un rien pour mon article. Il faut dire que, après mon stage d'un mois, j'ai mijoté "quelque chose" à publier sur le net... j'y ai consacré quasiment tout mon temps libre de vacances restant, je comptais publier ça aujourd'hui, mais non seulement ce n'est pas entièrement terminé, et donc impubliable, mais en plus j'ai passé tellement de temps sur mon ordi que j'en ai mal aux bras et aux yeux, si je continue comme ça je serai crevé pour ma rentrée...
Donc, désolé, mais il vous faudra attendre encore un peu, ma santé physique et morale est en jeu. Une semaine, au grand maximum... mais ce qui sera publié le jour J devrait vous plaire!
C'était Oldi, celui-qui-commence-à-en-avoir-plein-les-********-d'avoir-50-projets-et-qui-n'arrive-jamais-à-faire-tout-ce-qu'il-voudrait, à vous les studios.
Publié par oldi à 20:26:47 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (57) | Permaliens
Bon. Euuuh... l'article est pas encore fini, mais il sera bientôt là ^^
En attendant, je m'excuse pour mon inactivité: j'ai commencé mon stage estival nécessaire à l'accomplissement total de ma première année d'études, et je vous assure que je suis vidé...
A plus donc!
Publié par oldi à 21:49:45 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (3) | Permaliens
RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:
Après avoir subtilisé -à leur insu, certes- un "crâne de cyclope méditerranéen" dont la poudre est essentielle à la concoction de la potion magique, Oldi et Kaito se retrouvent naufragés sur une petite île...
Tout est relatif, disait sans rire le savant moustachu que nous connaissons tous. Une même chose sera vue différemment selon le contexte. N'est-ce pas fantastique? Par exemple, "Trois jours, c'est très peu", déclara Louis XVI quand les révolutionnaires hystériques nécrophiles lui annoncèrent la durée de son emprisonnement avant que son âme ne rejoigne les cieux, son corps un trou et sa tête un panier. "Trois jours, c'est très long", contre-déclara Oldi en ce beau matin ensoleillé, en fixant l'horizon où le soleil affleurait d'une allure mystique les vagues lointaines. Ces deux déclarations, bien que contradictoires, sont, grâce à ce bon vieux Albert, justes toutes deux. Car si trois jours est un délai relativement court lorsqu'on sait qu'à son aboutissement, vous ne serez qu'un -pardon, deux tas de chairs inertes et devenant plus ou moins vite pestilentiels en fonction des variables saisonnières, trois jours, donc, est un délai relativement long lorsque, étant victime d'une malédiction de type météoritique, vous n'avez d'autre choix que de vous morfondre dans l'inaction sur une mélancolique langue de sable tandis que le caillou intersidéral se rapproche de plus en plus de sa cible.
Car, que faire? Retourner sur la rive grâce à un radeau? Et avec quel matériel? Bien qu'ayant emportés malgré eux un fourbi monstre lors de leur spectaculaire évasion de la forteresse d'Augustin Thymmilou, les deux compères ne disposaient guère de l'outillage nécessaire à la conception d'un bateau capable de flotter plus de trente secondes. De surcroît, rejoindre la rive près de la villa qu'ils avaient cambriolée n'était peut-être pas la meilleure des initiatives... voilà donc trois jours que les deux compagnons étaient bloqués sur cette île, se nourrissant de coquillages, de petits poissons, et parfois, bien que plus rarement, de mouettes chassées avec les lances africaines qu'ils avaient embarquées, oiseaux qu'ils tuaient moins par appétit que parce que leurs piaillements indiscontinus s'élevant harmonieusement dans les embruns vivifiants avaient tendance à les leur briser.
Incapables de communiquer avec le continent, le séjour dans l'eau ayant quelque peu malmené leurs téléphones, Oldi et Kaito n'avaient d'autre choix que de guetter l'arrivée d'une embarcation pouvant les ramener à bon port. Quand aux livres de sortilèges qu'ils avaient avec eux, ils étaient complètement inutiles: les formules ayant pu les aider se comptaient sur les doigts d'une main d'infirme, et elles nécessitaient l'accomplissement d'un rituel demandant du matériel impossible à trouver sur l'îlot. Seul point positif de ce délai de trois jours: ils avaient amplement eu le temps de broyer consciencieusement le crâne de l'éléphant nain de l'île de Malte et de mettre la poudre ainsi obtenue dans un petit flacon en verre ramené par les vagues.
- Trois jours, répéta Oldi, comme si les paragraphes précédents n'avaient suffisamment insisté sur cette période. Je commence à savoir ce que ressentent les personnages de "Lost".
- T'en fais pas, lui dit Kaito en chuchotant, avant de tenter de harponner un quelconque vertébré aquatique proche du rivage, d'une espèce dont nous nous fichons d'autant plus qu'il a loupé sa cible. Même les naufragés de "Lost" sont secourus. Au bout de trois saisons, c'est vrai, mais...
- ...mais le temps presse!(1) La météorite se rapproche de plus en plus, je ne peux plus fermer l'oeil la nuit, dès que je vois une étoile scintiller un tant soit peu anormalement je récite le Notre-Père! Je veux partir! Je n'en peux plus, des fruits de mer matin, midi et soir! Je n'en peux plus de ces saletés de mouettes! Pitié, s'il existe quoi que ce soit qui me regarde de là-haut, faites-moi partir d'ici! Si je rejoins la civilisation, je jure que je ne ferai plus rien de mal, j'arrêterai de vider les paquets de gâteaux en cachette, j'arrêterai ma procrastination, j'entrerai dans les ordres s'il le faut, j'avouerai mon amour à...
- Tais-toi, bougre d'abruti! Je vois un bateau qui arrive!(2)
Et c'était vrai. Loin à l'horizon, un peu à gauche de l'astre solaire qui émergait de la ligne océane, une masse sombre et fumante se mouvait lentement. Aussitôt, les compagnons sentirent l'espoir remonter en eux, manifestant leur joie à grands renforts de cris extatiques, expulsant via leur émission de décibels les maudites mouettes qu'ils abhorraient. Oldi et Kaito, une fois qu'ils avaient cessé le tango qu'ils avaient improvisé, se précipitèrent vers le nord-ouest de leur retraite insulaire, zone qu'ils avaient affectueusement surnommée "le dépuantoir", en références aux diverses cochonneries pestilentielles que les vagues avaient tendance à rejeter sur son rivage. Farfouillant dans les débris humides, il trouvèrent enfin ce qu'ils cherchaient, à savoir les reliquats d'un miroir qu'ils avaient entraperçus quelques temps auparavant. Respectant à la lettre la tradition des naufragés, ils se servirent du verre réfléchissant pour envoyer des signaux lumineux en direction de la mystérieuse embarcation.
Miracle! Le vaisseau bifurqua en direction du petit îlot. Oldi et Kaito finirent le tango qu'ils avaient entamé, rassemblèrent en hâte leur matériel et se préparèrent à embarquer.
Le bateau s'arrêta à quelque distance de l'île. Les deux compagnons le voyaient bien, maintenant: il s'agissait d'un paquebot de croisière. Mais, curieusement, celui-ci éveilla chez les compères une étrange réminiscence: ce paquebot était grand et neuf, certes, mais semblait surgi d'une autre époque: les couleurs, les décorations et l'allure d'ensemble formaient un ensemble si délicieusement rétro que ce navire n'aurait guère juré dans un de ces vieux films tremblotants aux tons sépias qui pullulent dans les documentaires. Quand au nom du bateau, il ne valait guère mieux: peinte avec soin sur le flanc du bâtiment, seule la mystérieuse expression "T2" était visible. Une allure bien curieuse, certes; mais Oldi et Kaito n'y réfléchirent guère plus longtemps lorsqu'ils virent un des canots de la majestueuse embarcation être mis à la mer et se diriger vers eux.
Le canot accosta rapidement: les marins, tous charmants, invitèrent les deux amis à venir. Durant le trajet, ceux-ci répondirent aux questions d'usage ("Qui êtes-vous?" "D'où venez-vous?" "Comment êtes-vous arrivés ici?", question à laquelle, en guise de réponse, Oldi improvisa une histoire débile à propos d'une partie de pêche qui se serait mal déroulée, suite à la rencontre inopinée avec un monstre marin écrivant des livres, le Bernardhenriléviathan, et sa compagne, la terrible sirène Ariel d'Ombasle à la voix maléfique). Puis, le canot fut remonté au niveau du quai du luxueux paquebot à bord duquel, assez curieusement, tous les passagers portaient des vêtements du plus pur style 1910. Avant d'avoir pu comprendre l'origine de ces frusques, les deux compagnons étaient emmenés à travers la foule des badauds travestis jusque dans une pièce richement décorée, de quoi faire passer le Taj-Mahal pour un abri de jardin latrinier. A peine venaient-ils de s'affaler avec bonheur sur un canapé en pur cuir qu'entra un homme souriant, avec un costume de marin blanc, une casquette de la même couleur et une barde à peine plus grise.
- Bien le bonjour, messieurs! leur dit ce qui semblait être un haut gradé du navire. Je suis le capitaine Gaspard Dzübor, alias Edward Smith. Je vous souhaite la bienvenue à bord du "T2"!
- Enchantés, répondit Oldi en serrant chaleureusement la main que le capitaine Dzübor lui avait poliment tendue. Je me nomme Oldi.
- Et moi Kaito, répondit son compagnon en empoignant la main du capitaine dès que celle-ci avait été libre. Nous sommes bien contents de vous avoir croisés...
- Je m'imagine! Encore qu'à voir votre allure, vous n'avez dû rester sur cette île guère plus d'une semaine. Vous avez bien de la chance d'avoir échoué près des routes maritimes fréquentées. En tout cas, c'est un honneur pour nous de vous avoir à bord! Recueillir des naufragés dès son premier voyage, quel honneur pour le T2!
- C'est son premier voyage? s'enquit Kaito. Et vous faites un bal costumé...
- Un bal costumé?! demanda le capitaine.
Après une seconde de silence, il éclata de rire. Oldi et Kaito se regardèrent, gênés, ne sachant guère s'ils devaient ou non imiter sa réaction. Puis les gloussements de l'officier de marine s'estompèrent.
- Excusez-moi, dit le capitaine en se frottant une larme apparue suite à la compression de ses glandes lacrymales par son accès de fou rire, cela fait une semaine que nous vivons ainsi sur ce bateau et nous avons fini par perdre toute notion du temps. Il faut dire que... mais, commençons par le début. Vous savez ce que signifie le "T" dans T2? Il s'agit de "Titanic". Vous êtes sur le Titanic 2!
Oldi et Kaito se regardèrent, ahuris. Ils savaient à présent où ils avaient déjà vu ce navire: dans des vieux documentaires, et dans le film de James Cameron, accessoirement.
- Mais, s'enquit Oldi, ce n'est pas un peu... comment dire... lugubre comme nom?
- Non, c'est tout-à-fait logique dans le sens où ce navire est un clone parfait du Titanic. Tout ici a été reconstitué selon des documents d'époque: la moindre parcelle de moquette, la moindre sculpture de rambarde d'escalier a été conçue pour être identique à son modèle de 1912. Et toutes les personnes ici portent un double nom, le sien et celui d'un passager ayant fait la traversée avec le Titanic 1 - moi, je suis le capitaine Edward John Smith(3). Nous avons ici plusieurs centaines de figurants en costumes d'époque pour reconstituer l'ambiance qui régnait sur le bateau il y a presque cent ans de cela. Voilà des années que moi et des amis nous concoctons ce projet...
- Et... quel est ce projet?
- Aaaah, content que vous me le demandiez! Connaissez-vous le livre "Futility", de Morgan Robertson? Non? Dommage, vous manquez quelque chose. Ce livre raconte l'histoire d'un paquebot qui coule dans l'Atlantique Nord, après une collision avec un iceberg, et dont le naufrage fait un nombre important de victimes du fait que les canots de sauvetage n'étaient pas suffisamment nombreux.
- Mais... ce n'est pas très original comme histoire, c'est exactement l'histoire du Titanic!
- Hé non! Mais on pouvait confondre, d'autant plus que le navire, dans le roman de Robertson, se nomme le Titan. On pourrait accuser l'auteur d'avoir bêtement copié... sauf que le Titanic a coulé en 1912 et que Futility est sorti en 1898. Troublant, non? D'autant plus que si on compare le nombre de similitudes entre le Titan et le Titanic, on arrive à un total de plusieurs dizaines: nombre de passagers, vitesse de pointe, nombre de moteurs...(4) Certains disent que Robertson était doué de précognition. Mais, moi et des amis, nous avons une autre hypothèse: il y avait, à bord du Titanic, un fou furieux qui avait lu Futility et qui, constatant des ressemblances entre le navire de fiction et celui sur lequel il se trouvait, décida de le saborder. Sinon, comment expliquer qu'un navire dit insubmersible coule dès son premier voyage?
- Peut-être qu'il était mal fichu, répliqua platement Kaito.
- HA! Argument médiocre! En tout cas, moi et quelques amis aisés avons commandé cette réplique du Titanic et avons entrepris une traversée de l'Atlantique jusqu'en Amérique, pour prouver que ce bateau ne peut pas couler. Un iceberg? Bah! Aucun iceberg ne peut couler ce vaisseau, sauf si un déséquilibré sabote les installations pour aggraver les dégâts causés par la collision, c'est notre hypothèse et nous y tenons.
- Euuh, certes. Mais, si j'ai bien compris, ce bateau va jusqu'en Amérique? Fait-il une escale, avant son grand voyage, histoire que nous puissions débarquer?
- Mmmmmh, ça pose un petit peu problème, le "grand voyage", comme vous dites, a déjà commencé; notre prochaine escale se fera au pays du hamburger... et nous avons déjà pris suffisamment de retard en vous recueillant, nous ne pouvons nous permettre d'en prendre plus. Il faut dire que, pour que notre "reconstitution" soit la plus exacte possible, nous faisons en sorte que tout se déroule comme pour le voyage du Titanic original; et les conditions météorologiques des jours qui suivent sont exactement similaires à celles de 1912. Il faudrait attendre des années avant que cela ne se reproduise... navré messieurs, mais vous devez poursuivre notre voyage jusqu'au bout. De toute manière, une fois arrivés nous ferons rapidement demi-tour pour ramener chez eux tous les figurants et recevoir de la nation les honneurs que nous méritons. En parlant de figurants... il va falloir vous mettre dans l'ambiance, vous ne pouvez déambuler sur le T2 avec ces accoutrements monstrueusement anachroniques! Heureusement, par un heureux hasard, nous avons de quoi vous dépanner: figurez-vous que nous avons une cabine de libre, les deux figurants censés y habiter étant tombés malades la veille du départ. Vous aurez même les vêtements d'époque, n'est-ce pas merveilleux! Il y a un des hommes d'équipage dans le couloir derrière vous, vous lui demanderez de ma part de vous indiquer vos quartiers et ce que vous devrez faire pour que votre traversée soit la plus agréable possible.
- Merci bien, dit Oldi en entraînant son compagnon vers la porte.
- Euh, bégaya le capitaine, ayant visiblement quelque chose de gênant à dire, par contre...
- Par contre? s'enquit Kaito.
- Les deux places que vous avez prises sont celles de l'homme d'affaires Benjamin Guggenheim et de sa maîtresse, Léontine Aubart... lequel de vous deux se dévoue pour mettre la robe?
La discussion fut longue entre Kaito et Oldi. Si la perspective de se travestir ne les enchantait guère au début, elle devint quasiment impossible à supporter dès que les deux adolescents posèrent les yeux sur la chose à froufrous posée négligemment sur le dossier d'un des fauteuils de leur cabine. Dans un accès de grand courage, ils décidèrent de reporter ce choix au lendemain, prétextant à l'équipage qu'ils avaient besoin de beaucoup de repos et donc qu'ils ne se mêleraient pas tout de suite aux autres passagers. D'ailleurs, c'était vrai: ils avaient besoin de beaucoup de repos. Profitant de la présence d'un vrai lit, sans grains de sables, bernard-l'hermite ou flaque de guano dedans, ils se firent une "petite sieste" d'une douzaine d'heures, à peine interrompue par une pause de 30 minutes, mises à profit afin d'avaler goulûment l'intégralité du contenu des plateaux-repas qu'un élégant steward leur apporta dans leur chambre, après avoir toqué à la porte avec la délicatesse du pétale de lotus se posant sur un tube de nitroglycérine. Résultat, lorsque Oldi et Kaito avaient récupéré leur sommeil en retard, le soleil se couchait déjà sur l'horizon, face à la fière proue du puissant navire. Accoudés au bastingage, dans la semi-obscurité, les deux compagnons regardaient mélancoliquement les vagues empourprées qui clapotaient muettement dans la douce atmosphère marine.
- Beau, n'est-ce pas? lâcha Oldi. J'en oublierais presque cette histoire de malédiction... presque.
- Ah oui, au fait! Quel est le troisième et dernier ingrédient, sans doute incroyablement stupide, que nous allons devoir dénicher Dieu sait où?
- Le prochain ingrédient, expliqua Oldi, n'est pas aussi rare et original que les deux précédents, mais n'en reste pas moins très difficile à se procurer. C'est une "pierre de sang".
- Une pierre de sang... un caillot? Comme dans "Docteur House"?
- Désolé de te le dire, mais tu vibres autant de poésie qu'un moteur de broyeur à ordures. Une "pierre de sang", c'est un rubis! Le grimoire précise que plus le rubis est gros, plus la formule a de chances de marcher. Une fois aux USA, on trouvera bien le moyen d'en chaparder un quelque part...
- Génial. On n'aura pas affaire aux flics, mais aux cops. Ca change tout!
- Inutile de voir tout en noir... en attendant, profitons de ce voyage!
C'est ce moment de pur bonheur que choisit une mouette venue d'on ne sait où pour expulser sa déjection pile entre les deux compagnons, teintant le bas de leurs pantalons d'une désagréable teinte grisâtre. Tout en s'essuyant, Oldi se demanda si, après cela, il pourrait encore se balader près d'une volière sans avoir envie d'y balancer une grenade à fragmentation.
Une nuit tranquille passa, à peine bercée par quelques bruits de vagues un rien plus fortes que les autres: malgré son look rétro, le T2 tenait merveilleusement bien la mer. Les compères firent de magnifiques rêves marins plusieurs heures durant. Alors que le soleil daignait commencer à se lever, Oldi était justement en train de faire un rêve magnifique dans lequel un contingent de mouettes hystériques se retrouvait les pattes collées au sol, alors que se dirigeait vers elles un engin à mi-chemin entre le rouleau compresseur et la tondeuse à gazon, conduite par Oldi lui-même, hilare, vêtu d'un costume en pied-de-mouette, certes atroce esthétiquement mais dont le port était assez jouissif. Une secousse réveilla Oldi au moment où les oiseaux subissaient une douleur atroce(5);sorti de son rêve, les yeux embrumés, il vit, ou plutôt devina, une silhouette étrange dans la pièce. Il mit ses lunettes: Kaito se tenait au pied du lit, tenant l'atroce robe de la veille devant lui.
- C'est le grand jour, dit-il. J'ai croisé le capitaine en me promenant ce matin, nous sommes invités à petit-déjeuner avec ses amis dans la grande salle, et il veut absolument que nous mettions nos costumes. Qui se dévoue?
- ... je propose que nous jouions ça à pierre-feuille-ciseaux.
La partie se révéla particulièrement ardue, car Oldi et Kaito étant très tricheurs, ils ne cessaient d'inventer de nouvelles formes afin de leur assurer la victoire. Par ordre d'apparition: le puits, qui engloutit la feuille, la pierre et les ciseaux; le char d'assaut, qui ne tombe pas dans le puits et explose tout le reste; le gouffre, qui engloutit tout y compris le char d'assaut; le destroyer, qui résiste au gouffre et désintègre le reste y compris le char d'assaut... et ainsi de suite jusqu'au trou noir contre l'Etoile de la Mort. Puis, Kaito joua le Big Crunch (obtenu en mettant les doigts en griffes et en les crispant frénétiquement), c'est-à-dire destruction finale de l'Univers, auquel Oldi ne trouva rien à redire... l'humiliation l'attendait.
Il fallut pas moins de trente-trois minutes à Oldi pour entrer dans la "chose": douze minutes pour méditer sur son sort, onze pour parvenir à enfiler la liasse de tissus pourpres et dentelés comme il le fallait, trois pour pleurer un bon coup, cinq pour arriver à enfiler ces p%@#§ de chaussures à talons et le reste pour le maquillage, des artifices dont l'adolescent se serait bien passé, mais le capitaine Dzübor étant venu s'enquérir du retard des deux compères au petit-déjeuner, il avait, avant de repartir, insisté sur le fait que leur tenue devait être irréprochable. Mais, comme nous le disions en début d'article, tout est relatif. C'est ainsi que, si Oldi se sentait absolument ridicule, son compagnon Kaito l'était encore plus. En effet, si, dans sa robe, il aurait pu paraître un tant soit peu présentable (par exemple, pour Gilbert Montagné, bourré, à un kilomètre de distance, dans le brouillard, au centre du tunnel sous la Manche durant une panne d'électricité), Kaito, lui, frisait, que dis-je! bouclait avec une quinzaine de bigoudis les sommets du ridicule, le costume de Benjamin Guggenheim s'étant avéré bien trop grand pour lui. Le contraste entre le costume strict de type "pingouin" et le fait que Kaito flottait dedans comme Mimie Mathy dans le kimono de David Douillet était, il faut le dire, assez amusant à voir.
Inutile de dire que le duo, en entrant dans la grande salle, fit sensation, particulièrement par sa chute dans le Grand Escalier, Oldi ayant trébuché à cause de ses talons et Kaito à cause de ses jambes de pantalon trop longues. Après s'être remis de leurs blessures en apesanteur(6), et apercevant dans la foule bruyante le capitaine Dzübor leur faisant un signe de la main, ils se dirigèrent vers la table richement ornée où il se repaîssait avec ses amis. Oldi remarqua aussitôt des différences de comportement parmi les convives: si le capitaine et quelques autres faisaient preuve d'un professionalisme flagrant dans leur rôle de mille-neuf-cent-douzien, la plupart des figurants présents dans la salle ne prenaient pas du tout leur rôle au sérieux, tels des gamins de maternelle jouant quelque pièce de théâtre stupide où, en plein milieu de la représentation, un groupe de mioches gâche la "séquence émotion" par son hilarité incontrôlée, après avoir vu le grand caïd de la classe faire son entrée sur scène déguisé en bosquet de rhododendrons.
- Ah, voilà enfin nos invités! s'exclama le capitaine en se levant pour accueillir les ex-naufragés. Vous nous excuserez d'avoir déjà débuté le repas, mais, cela dit sans vouloir vous offenser, vous êtes assez en retard... mais, fi des reproches, laissez-moi vous présenter mes compagnons. C'est avec eux que j'ai mis au point le projet "T2". Tout d'abord, mon ami de toujours Jérôme Hallamer...
- ...alias Henry Tingle Wilde, second du capitaine, dit l'homme sis à côté du dit capitaine. Ravi de vous avoir à bord, messieurs!
- Moi, dit l'homme à côté de Jérôme, je suis Jacques A. Di, alias Karl Howell Behr, tennisman professionnel.
- Bonjour! leur dit une élégante dame, vêtue d'une robe de soirée -bien que ce fût le matin- verte foncée, richement décorée. Je suis Gwendoline Halezyeuver, alias Dorothy Winifred Gibson. Cette robe vous va à ravir, ma chère Léontine!
- Mgngn, marmonna Oldi dans un quasi-mutisme, ne sachant guère si cette réflexion avait été faite sincèrement ou par pure ironie. De toute manière, cela le gênait dans les deux cas.
- Et je suis ravie, poursuivit "Dorothy", de faire connaissance avec un industriel aussi connu que Benjamin Guggenheim! Votre costume est si... est si... large! Et vous...
- Vous parlez trop, ma chère Dorothy, l'interrompit le capitaine. Je vous rappelle que vous êtes une actrice de cinéma muet.
- Certes, acquiesca une dame richement vêtue sise à la droite de Gwendoline, visiblement fâchée que cette dernière ait, par son long temps de parole, retardé sa présentation. Et moi, je suis Diane Otramic-Tulème, alias Lucy Noëlle Leslie Martha, Comtesse de Rothes; enchantée, mes chers amis...
- Voilà! Maintenant que les présentations sont faites, je vous prierai d'entrer dans la peau de votre personnage, d'accord? Bien! Je vous invite donc, monsieur Guggenheim, à prendre place à notre table avec votre dame.
Essayant tant bien que mal de garder leur sérieux, les deux amis déguisés obéirent aux ordres amicaux du capitaine Dzübor -pardon, "Smith". Ils prirent les deux chaises libres situées entre "Karl Howell Behr" et "Dorothy Winifred Gibson", essayant tant bien que mal de bien s'installer malgré leurs frusques inappropriées.
- Hum, souffla "Karl" à Kaito tandis que le capitaine vidait sa tasse de café, il était d'usage que vous tiriez la chaise de votre dame afin qu'elle s'installe avant vous...
- Houps... excusez-moi, murmura Kaito.
Puis il regarda Oldi, et se demanda comment cette abomination travestie pourrait être prise pour sa "dame", avec sa robe aussi peu discrète qu'une phrase intelligente dans un discours de G. W. Bush, et à peine moins maquillée qu'une voiture volée... il regarda Oldi longtemps... Oldi, de son côté, regarda également Kaito longtemps... beaucoup trop longtemps.
Et ce qui ne devait surtout pas se produire se produisit: exactement au même instant -ironie du sort, juste au moment où l'orchestre présent dans la salle avait cessé de jouer, histoire de changer de partition- Oldi et Kaito éclatèrent de rire, un de ces rires si sincère qu'il en devient contagieux. Justement, à la table à côté, un couple eut quelques secondes plus tard la même réaction, à tel point que l'homme faillit s'étouffer avec le croissant qu'il venait d'enfourner dans son orifice buccal. Puis, ce fut au tour d'un des violonistes de l'orchestre de se mettre à pouffer, discrètement d'abord, plus fort ensuite, au point de contaminer toute la bande de musiciens. Et en moins de trente secondes, la quasi-majorité des convives présents dans la salle riaient de manière hystérique, les personnes ne se joignant pas à cette hilarité collective se comptant sur les doigts de deux mains, et encore. Parmi ces trouble-fête, le capitaine "Smith" lui-même, qui gardait un visage digne et flegmatique, mais chez qui on pouvait déceler, dans sa manière de crisper les doigts sur la nappe, un énervement certain. Cet énervement se calma quelque peu lorsque "Karl" et "Dorothy" emmenèrent les deux compagnons hilares en dehors de la salle, histoire qu'ils retrouvent un peu leurs esprits en inspirant une ou deux bonnes bouffées d'air marin.
- J'ai comme dans l'idée que le capitaine va nous en vouloir, dit Kaito entre deux hoquets de rire, accoudé à la rambarde en compagnie de son ami Oldi, de Jacques alias Karl et de Gwendoline alias Dorothy.
- Inutile de vous reprocher d'avoir ri, répondit Gwendoline sur un ton bienveillant. Tout le monde sur ce navire, à quelques exceptions près, trouve ces costumes ridicules, d'autant plus que vous, vous n'avez pas été gâtés.
- Il est vrai, dit Oldi en lorgnant son surplis, que pour ce qui est de l'attifement burlesque, difficile de faire mieux.
- Je confirme, rajouta Kaito en s'essuyant une larme avec sa manche, ce qu'il était bien obligé de faire avec son habit étant donné que sa main semblait s'être égarée quelque part à l'intérieur.
- Vous n'avez rien à vous reprocher, dit Jacques. Si vous n'aviez pas éclaté de rire, quelqu'un d'autre aurait fini par le faire. Il faut dire que nous, proches de Gaspard, nous adhérons à sa théorie, mais concernant la reconstitution historique, nous pensons tous qu'il va un peu trop loin. Savez-vous qu'en plus de nous imposer des costumes, il a formellement interdit sur ce navire tout objet fabriqué après 1912? Nous avons su nous adapter. Enfin, presque...
Tout en disant cela, il farfouillait dans la poche de sa veste de manière frénétique. Il jeta un coup d'oeil à gauche puis à droite, de manière à inspecter toute la zone, puis sortit de son habit un appareil photo numérique flambant neuf.
- Je l'ai acheté avant le départ, dit-il avec un clin d'oeil. Ce serait dommage de ne garder aucun souvenir de cette croisière, non? Et les appareils photo à l'argentique façon 1912, non merci...
- Encore que tu pourrais retoucher ces photos pour leur donner l'air moins vieilles, par exemple, en utilisant le logiciel Photoshop, installé sur l'ordinateur portable caché sous mon lit, ajouta Gwendoline avec un charmant sourire un brin rusé sur le visage. Et si vous, les jeunes, vous voulez écouter un peu de musique...
Sur ce, elle écarta les cheveux bruns et ondulés qui lui tombaient sur la poitrine, révélant deux fils d'écouteurs placés sur ses oreilles et branchés à un lecteur MP3 habilement dissimulé dans les replis de son décolleté, fort avantageux par ailleurs.
- Par contre, j'ai oublié d'emmener mon stock de piles, donc si vous voulez me l'emprunter il ne faudra pas trop en abuser... j'adore écouter un peu de rock avant de m'endormir le soir!
- Ca ira, merci! rétorquèrent poliment Oldi et Kaito, ravis de constater qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir du mal à se plier aux coutumes rétro du T2. On fera avec...
- Par contre, dit Jacques en rangeant son anachronique appareil, maintenant que vous avez eu votre fou rire, essayez de rester sérieux pendant le reste du voyage, ou du moins de ne pas vous faire remarquer... ce cher Gaspard est peut-être un peu maniaque, mais il faut le comprendre: son arrière-grand-père était un de ceux ayant participé à la conception du Titanic, et après le naufrage, le pauvre homme a vu sa réputation ruinée et en est mort de désespoir. Pour Gaspard, c'est un peu une manière de reconquérir l'honneur de la famille, vous comprenez?
- Il n'empêche, protesta Dorothy, qu'il a poussé le souci du détail un peu loin. Vous n'imaginez pas à quel point il nous a fait ch*** pour que ce bateau ressemble en tous points au Titanic originel. Il a même insisté pour qu'on fasse des copies exactes des "trésors du Titanic", c'est-à-dire les objets de valeur qui étaient entreposés dans la cale. Vous savez, le genre de bidules pompeux en or, incrustés de diamants, d'émeraudes et de rubis.
- ...et de quoi?
- De rubis.
(1) Enfin, le temps presse, le temps presse, c'est une expression... heureusement que c'est une histoire de fiction, parce que vu le rythme de parution des articles, si c'était vrai je serais décédé depuis longtemps. Vous regarderiez la trilogie du Seigneur des Anneaux version longue entre chaque mot que ça ne changerait rien, alors...
(2) Non, non, je ne dirai plus rien. Quand à savoir qui est celle pour qui mon coeur bat, tintin.
(3) Les noms de tous les passagers et membres d'équipage du Titanic que vous lirez par la suite sont authentiques, je le précise...
(4) L'histoire du roman "Futility" est, sachez-le, elle aussi parfaitement authentique! Ah ben oui, quand on écrit, il faut savoir se documenter.
(5) C'est bien connu, les grandes douleurs sont mouettes.
(6) Des blessures en apesanteur, ce sont des blessures sans gravité.
Publié par oldi à 19:07:24 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (10) | Permaliens
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Bin moi c'est moi ;-)
Je ne suis ni grand, ni petit, ni très gentil, ni vachement méchant, ni mexicain, ni portugais, ni russe, ni chinois... en fait il y a beaucoup plus de choses que je ne suis pas que de choses que je suis...
Bon, pour me présenter, laissons parler le Larousse, il se débrouille mieux que moi.
OLDI (n.m., vient de Haul-Dii qui, dans la langue des indiens Glapnawouets, signifie "idiot du village", bien que la traduction poussée donne un mot moins gentil que "idiot"). Un Oldi est un être humain qui existe, heureusement, en un seul exemplaire. Il est moitié homme, moitié animal, si on tient compte de sa tête de singe, de son corps de mammouth et de son odeur de putois, sans ouvlier son QI d'huître. Un Oldi écrit des textes et fait des dessins malgré qu'il soit incapable d'avoir une quelconque notion de beauté. Le seul Oldi recensé se situe à l'Est de la France, mais son adresse exacte demeure inconnue.
PS: en tant qu'Oldi, je voudrais m'insurger contre cette scandaleuse définition: JE N'AI PAS UNE ODEUR DE PUTOIS - je me suis lavé le mois dernier. Non mais.
Enfin... je vous souhaite une bonne visite sur mon site. Laissez des commentaires plîîîîîze... tout le monde peut s'exprimer, c'est gratuit, ça demande pas beaucoup de temps libre et surtout ça fait plaisir, à l'écrivain et au lecteur... même Thomas More n'a jamais rêvé mieux.
Et pour me contacter, voyez ici: oldi.blogg@caramail.com
Et si ça vous tente, rendez-vous sur http://elunachroniques.ifrance.com, mon site sur mon "grand oeuvre" qu'est le cartoon "Les Chroniques d'Eluna", que vous devez visionner s'il vous plaït.
LE DICTON DE LA SEMAINE:
La musique adoucit les moeurs, le fil à couper le beurre.
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