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outside utopi(a)

explorer les hors-champs

Dans un élan utopiqu(e) 1 | 09 septembre 2005

Pendant que certains cèdent à la magie du "réenchantement du monde", magnifiant le rôle que nos décideurs peuvent y jouer  :

"A la nostalgie d'un passé illusoire, il faut substituer la vision d'un monde à venir que l'on peut façonner pour le rendre meilleur à condition de s'en donner les moyens. Le réenchantement positif du monde passe d'abord par une réhabilitation de l'action, donc de la prise de risques, donc de la responsabilité. C'est ce que démontrent chaque jour les entreprises qui parviennent à s'adapter. (...)*

Les Echos du 29 août 2005 - Page 11   -Idées / Le point de vue de Denis Kessler « Réenchanter le monde » D.KESSLER est PDG de SCOR et président du comité d'organisation de l'université d'été du Medef.

D'autres cherchent de nouvelles voies, volonté de trouver une issue à la condition de l'homme, en dépit de la noire fumée des incendies provoqués à Paris, de la noirceur glauque des eaux polluées de la Nouvelle-Orléans, charriant des cadavres tout aussi noirs, des explusions tout azimut du Mississipi à la France. Et pourtant, on nous vend partout la notion de "bonheur". Un article assez impertinent, écrit par  Corinne Maier vient en contrepoint de ces théoriques et doctes propos"d'enchanteurs".

Publié par nova à 16:19:12 dans Dans un élan utopiqu(e) | Commentaires (0) |

Dans un élan utopiqu(e) 2 | 09 septembre 2005

« Le bonheur au travail, une idée révolutionnaire »

Le 3 mars 1794, Saint-Just déclare à la tribune de la Convention : « Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Par cette formule, le fidèle lieutenant de Robespierre annonce que le bonheur devra dorénavant profiter au plus grand nombre, s'inscrire dans un contexte collectif. Autrement dit, le bonheur cesse d'être une affaire strictement privée pour entrer dans le champ politique. Cette démocratisation du bonheur s'accomplit au moment où se généralise le travail : en effet, la Révolution française se débarrasse de ces oisifs qu'étaient les nobles. Tout le monde devra travailler, tout le monde tentera d'être heureux : le travail et le bonheur deviennent alors tous deux des signifiants d'intérêt général.

Aujourd'hui, il incombe à chacun d'être heureux dans son travail, de « s'épanouir dans son job ». Celui qui ose avouer qu'il ne travaille que pour gagner sa croûte doit s'attendre à surprendre, voire à choquer. Car notre société travaillée par le chômage nous fait la morale : « Toi qui tu as du travail, tu as bien de la chance. » Pour un peu, on exigerait de tous ceux qui ont un emploi qu'ils disent merci ; mais comment dire merci quand être embauché est un parcours du combattant, quand conserver son poste au-delà de 50 ans est une gageure ? Comment être heureux dans son travail quand la taylorisation des métiers de cols blancs gagne du terrain tous les jours, quand le fonctionnement des grandes organisations (publiques ou privées) passe par un assujettissement croissant de l'individu ?

Poser la question du bonheur au travail nous amène à définir le travail. Si l'on reprend la typologie de la philosophe Hannah Arendt, déployée dans son remarquable ouvrage « La Condition de l'homme moderne » (1958), le travail a trois faces. D'abord, il s'inscrit dans la routine, ravalant l'existence au cycle production-consommation. Ensuite vient l'oeuvre, qui consiste à fabriquer des objets durables, dans une activité qui implique la pensée. Enfin l'action, domaine de l'agir partagé grâce au débat démocratique. Selon la philosophe, nous, modernes, avons perdu le sens de cette trinité.

Est-ce qu'être heureux au travail, ce ne serait pas réussir à faire coexister ces trois dimensions du travail ? La tâche n'est pas aisée. La difficulté des organisations est précisément d'arriver à marier les trois. Faute d'y parvenir, le « néo-management » déploie bien des efforts pour nous convaincre qu'en entreprise on effectue, de manière « autonome », des choses pleines de sens dans une grande famille qui partagerait les mêmes valeurs. Or, souvent, ce n'est pas le cas, tant l'activité professionnelle du salarié de base est placée sous le double signe de la contrainte et du retour du même.

Alors, pourquoi travailler ? Beaucoup travaillent pour gagner leur vie, sans aimer ce qu'ils font ; un travail ennuyeux, routinier, qui est loin d'être l'apanage des catégories défavorisées. Ils travaillent aussi parce que la société l'impose ; les impératifs actuels de compétitivité du pays ne jouent-ils pas le même rôle que jadis l'honneur de la France, ou la construction d'une société sans classes en Union soviétique ? Travailler sans se poser de question est le meilleur moyen de recevoir la bénédiction des gardiens de l'ordre. « Continuons à travailler, et pour le désir, vous repasserez », disait le psychanalyste Jacques Lacan.

Le désir de chacun, c'est ce qui doit revenir au premier plan quand on s'interroge sur le sens du travail ; il est clair que le travail ne rend heureux que s'il est réalisation d'un désir. Etre épanoui dans son travail, c'est faire ce qu'on aime vraiment. Sigmund Freud n'écrivait-il pas : « Le bonheur est un rêve d'enfant réalisé dans l'âge adulte » ?

 Oui, mais si chacun se consacre à ce qui l'intéresse, il y aura sans aucun doute un nombre important de métiers et d'activités dont personne ne voudra, pourtant indispensables à la bonne marche de notre économie. Le jour où tout le monde sera heureux dans son travail, cela signifiera-t-il que le capitalisme tel que nous le connaissons aura été balayé ? Voilà une question bien embarrassante... On le voit, le bonheur au travail pour tout le monde est une idée qui n'a pas perdu sa portée révolutionnaire, et qui pourrait nous réserver bien des surprises dans l'avenir. C. Maier

Les Echos du 29 août 2005 - Page 11 - Idées Le point de vue de Corinne Maier « Le bonheur au travail, une idée révolutionnaire » CORINNE MAIER, économiste dans une grande entreprise publique (EFD ) et auteur de « Bonjour paresse » (éditions Michalon, 2004)

Publié par nova à 15:48:53 dans Dans un élan utopiqu(e) | Commentaires (0) |

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