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outside utopi(a)

explorer les hors-champs

De l'intime | 25 octobre 2005

Un  dimanche d'automne, trop chaud, presque suspect. Avenue de Clichy, on sort des Ateliers Berthier. Trois ou quatre heures d'un théâtre étouffant : l'état du monde , une vision post-moderne. D'une saveur pourtant déjà consommée, un goût reconnu, peut-être le théâtre des années 80. Pourtant quelques fulgurances et des images fortes ! « Viol » Botho Strauss, Luc Bondy, Gérard Desarthe en Titus, dérision, humour et violence réunis dans un bain de sang . «On est dans l'insupportable» dit-il... Cruauté ou innocence traversant des êtres, comme un lapsus. 

« Avec l'adaptation de Botho Strauss, Titus Andronicus de Shakespeare quitte l'Antiquité pour s'inscrire dans la Rome d'aujourd'hui, où des promoteurs vantent la construction de Terra Secura, une propriété haut de gamme totalement "sécurisée". Les personnages gardent leurs noms, modernisés, et leurs fonctions, mais ils sont "remoulés" dans une pièce complexe et glaçante » Mécanismes Morbides Complexe parce qu'elle joue sur le théâtre dans le théâtre - on y voit une jeune femme mettre en scène Titus Andronicus avec des acteurs qui parlent de leurs rôles à la télévision - et glaçante dans son constat des mécanismes morbides. "Nous n'agissons plus comme nous devrions , dit Titus. Nous agissons sans nécessité (...). Et c'est ainsi, à l'improviste, qu'arrive le pire." C'est cela : Viol met en scène des gens qui sont comme ravis à eux-mêmes. Des monstres plus ou moins ordinaires, privés d'assise humaine et politique. Un voile d'irréalité les enveloppe, la pulsion les guide. Ils agissent et constatent l'effroi de leurs désirs, désir de meurtre, de sexe, de pouvoir. »

J'étais venue pour lui, Gérard Desarthe. Pendant les dix premières minutes, j'ai attendu, impatiente, l'entrée en scène de cette énergie sauvage, et pourtant il était déjà là, bien là et je ne l'avais pas reconnu ! Titus Andronicus, lui-même. Méconnaissable.

« Ce général victorieux qui, de retour de guerre, commet un meurtre rituel, prélude à un déluge de violences inouïes : « Titus appartient à une société d'ordre qui, alors qu'elle est en déclin, s'impose, rayonnante, face à ce qu'elle nomme la barbarie. Botho Strauss, pour nous dire combien est indécente la violence banalisée tous les jours sur nos écrans, opère à sa façon le même décalage historique que Shakespeare situant son action dans la Rome antique. »

Jeune, il était surprenant, étrange et inquiétant. Cheveux très longs, immense front, bizarre visage sec, regard fier, arrogant. Magnifique.

On rentre à pieds, bavards, un peu déçus. Peut-être pas assez nourris ! Peut-être trop ! Devant nous, un homme, grand et un peu voûté, jeans bizarrement trop courts, loden bleu marine incongru par cette chaleur, cartable d'étudiant. Une silhouette un peu cassée. Cote à cote, à un passage piéton, on échange un regard bref, neutre. Un vieux fauve magnifique. Titus, sorti de scène, proche et trop intime, dérisoire.

 « Ne comptez par sur Desarthe pour jouer Titus comme un criminel contemporain : « Cela ne m'intéresse pas. Tout comme il serait trop facile de jouer ce rôle de vieux con magnifique avec ironie et distance critique. Non, on est dans le cru, la viande, l'insoutenable. Et tout mon travail est de rendre cet homme proche, aussi bien dans sa cruauté que dans sa douleur. »

Il marche lentement. Une vraie fatigue se lit dans sa démarche. L'animal a vieilli, son corps épaissi. Il est encore plus sublime là, avec cette empreinte de la vieillesse si fort marquée. On le suit un long moment. J'ai envie de m'imprégner de sa présence pour y puiser de sa force. J'ai souvenir d'avoir passé des journées entières aux répétitions d'un « Misanthrope » mis en scène par André Engel à Bobigny où il entrait sur le plateau transformé en manège équestre, fou furieux, colérique, ardent sur un cheval poussé à fond ! Fascinée ! Je suis très émue. Cet homme de théâtre compte pour moi. J'ai suivi son parcours de loin. Puis le vide. En rentrant, je cherche une réponse sur le Web.

« On ne l'avait pas vu sur une scène depuis 1999. « Viol »un répertoire à sa démesure Gérard Desarthe est en colère. Contre l'état actuel de la pensée, du théâtre, des médias : « On n'invite plus un philosophe sur un plateau sans mettre un mec des banlieues en face. » C'est un homme libre qui dit ce qu'il pense, un autodidacte qui sait d'où il vient : la zone, ou pas loin. Il est de la trempe de ces acteurs océaniques taillés pour affronter des tempêtes de mots, crânement, avec de soudaines frayeurs de mousse et une grâce fragile. Si les personnages, comme les morts, ont besoin qu'on pense à eux, alors « Hamlet », « le Prince de Hombourg », « Dom Juan », « le Misanthrope » ou « Peer Gynt » savent ce qu'ils doivent à Gérard Desarthe. Et réciproquement. « Je ne me sens bien que dans un grand théâtre du verbe et du sens. La difficulté d'une langue, son éloignement, bref, l'homme ancien me passionne. Mais partout on laisse tomber cette curiosité du passé, dans les écoles, sur les scènes aussi. Et la dramaturgie contemporaine me désespère : je vois des esthétiques, je n'entends plus le texte ! Tant pis si je passe pour un réactionnaire ! »

Je respecte infiniment cet homme. Cette nouvelle image assumée, réponse aux détours de la vie qui l'a façonné comme il est aujourd'hui. J'aurais aimé me retrouver face à lui, sur ce trottoir, comme pour lui donner cette émotion qui m'a envahie malgré moi.

« Viol » de Botho Strauss, d'après « Titus Andronicus », de Shakespeare. Mise en scène de Luc Bondy, Théâtre de l'Odéon aux Ateliers Berthier du 6 oct. au 19 nov. Tel : 01-44-85-40-40.

Extraits de critiques :

Le Figaro Semaine du jeudi 6 octobre 2005 - n°2135 - Arts - Spectacles »Gérard Desarthe, le retour : la colère de Titus » Article d'Odile Quirot

LE MONDE | 12.10.05 | »La barbarie selon Shakespeare à l'âge de la télévision » article de Brigitte Salino

Publié par nova à 17:52:18 dans La sphère de l'intime | Commentaires (0) |

çà se passe le 29 septembre 2005 | 27 septembre 2005

parce que recommencent les discussions sur le prochain protocole des intermittents ...

parce que sa mise en application est prévue le 1er janvier prochain...

parce que jeudi prochain, les condédérations syndicales siégeant à l'Unedic, l'expert JP Guilot et deux ministres  : RDDV, à la Culture et G.Larcher, à l'Emploi, se réuniront au Ministère, Rue de Valois ...

parce que nous devons nous souvenir que ce sont l'annulation du Festival d'Avignon, celles d'autres festivals et toutes les actions menées (occupations de lieux etc..) qui nous ont permis de négocier ensuite toutes les mesures d'urgence actuellement en place...

parce que nous avons plus que jamais besoin de montrer que nous sommes une force de propositions... 

parce que nous sommes un peu comme avant le 26 juin 2003 et que la lutte des intermittents continue...

parce qu'entre temps a été inventé cet objet libéral-pervers qu'est le "Contrat Nouvelle Embauche" qui devrait concerner beaucoup plus de gens que ce qui était prévu initialement, et ainsi accentuer la précarisation du travail...

parce que nous pourrons être là,  jeudi 29 septembre Place du Palais Royal l'après-midi...

parce que des gens ont écrit des petites choses comme celles-là...

"Lorsqu'on rêve tout seul, ce n'est qu'un rêve alors que lorsqu'on rêve à plusieurs c'est déjà une réalité. L'utopie partagée, c'est le ressort de l'Histoire." Elder Camara

"Il faut quitter le calme rassurant des utopies et des prophéties, fussent-elles catastrophiques, pour descendre dans le mouvement, déconcertant mais réel, des relations sociales" Alain Touraine Lettre à une étudiante

Publié par nova à 16:52:13 dans Faire circuler ensemble | Commentaires (0) |

Dans un élan utopiqu(e) 1 | 09 septembre 2005

Pendant que certains cèdent à la magie du "réenchantement du monde", magnifiant le rôle que nos décideurs peuvent y jouer  :

"A la nostalgie d'un passé illusoire, il faut substituer la vision d'un monde à venir que l'on peut façonner pour le rendre meilleur à condition de s'en donner les moyens. Le réenchantement positif du monde passe d'abord par une réhabilitation de l'action, donc de la prise de risques, donc de la responsabilité. C'est ce que démontrent chaque jour les entreprises qui parviennent à s'adapter. (...)*

Les Echos du 29 août 2005 - Page 11   -Idées / Le point de vue de Denis Kessler « Réenchanter le monde » D.KESSLER est PDG de SCOR et président du comité d'organisation de l'université d'été du Medef.

D'autres cherchent de nouvelles voies, volonté de trouver une issue à la condition de l'homme, en dépit de la noire fumée des incendies provoqués à Paris, de la noirceur glauque des eaux polluées de la Nouvelle-Orléans, charriant des cadavres tout aussi noirs, des explusions tout azimut du Mississipi à la France. Et pourtant, on nous vend partout la notion de "bonheur". Un article assez impertinent, écrit par  Corinne Maier vient en contrepoint de ces théoriques et doctes propos"d'enchanteurs".

Publié par nova à 16:19:12 dans Dans un élan utopiqu(e) | Commentaires (0) |

Dans un élan utopiqu(e) 2 | 09 septembre 2005

« Le bonheur au travail, une idée révolutionnaire »

Le 3 mars 1794, Saint-Just déclare à la tribune de la Convention : « Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Par cette formule, le fidèle lieutenant de Robespierre annonce que le bonheur devra dorénavant profiter au plus grand nombre, s'inscrire dans un contexte collectif. Autrement dit, le bonheur cesse d'être une affaire strictement privée pour entrer dans le champ politique. Cette démocratisation du bonheur s'accomplit au moment où se généralise le travail : en effet, la Révolution française se débarrasse de ces oisifs qu'étaient les nobles. Tout le monde devra travailler, tout le monde tentera d'être heureux : le travail et le bonheur deviennent alors tous deux des signifiants d'intérêt général.

Aujourd'hui, il incombe à chacun d'être heureux dans son travail, de « s'épanouir dans son job ». Celui qui ose avouer qu'il ne travaille que pour gagner sa croûte doit s'attendre à surprendre, voire à choquer. Car notre société travaillée par le chômage nous fait la morale : « Toi qui tu as du travail, tu as bien de la chance. » Pour un peu, on exigerait de tous ceux qui ont un emploi qu'ils disent merci ; mais comment dire merci quand être embauché est un parcours du combattant, quand conserver son poste au-delà de 50 ans est une gageure ? Comment être heureux dans son travail quand la taylorisation des métiers de cols blancs gagne du terrain tous les jours, quand le fonctionnement des grandes organisations (publiques ou privées) passe par un assujettissement croissant de l'individu ?

Poser la question du bonheur au travail nous amène à définir le travail. Si l'on reprend la typologie de la philosophe Hannah Arendt, déployée dans son remarquable ouvrage « La Condition de l'homme moderne » (1958), le travail a trois faces. D'abord, il s'inscrit dans la routine, ravalant l'existence au cycle production-consommation. Ensuite vient l'oeuvre, qui consiste à fabriquer des objets durables, dans une activité qui implique la pensée. Enfin l'action, domaine de l'agir partagé grâce au débat démocratique. Selon la philosophe, nous, modernes, avons perdu le sens de cette trinité.

Est-ce qu'être heureux au travail, ce ne serait pas réussir à faire coexister ces trois dimensions du travail ? La tâche n'est pas aisée. La difficulté des organisations est précisément d'arriver à marier les trois. Faute d'y parvenir, le « néo-management » déploie bien des efforts pour nous convaincre qu'en entreprise on effectue, de manière « autonome », des choses pleines de sens dans une grande famille qui partagerait les mêmes valeurs. Or, souvent, ce n'est pas le cas, tant l'activité professionnelle du salarié de base est placée sous le double signe de la contrainte et du retour du même.

Alors, pourquoi travailler ? Beaucoup travaillent pour gagner leur vie, sans aimer ce qu'ils font ; un travail ennuyeux, routinier, qui est loin d'être l'apanage des catégories défavorisées. Ils travaillent aussi parce que la société l'impose ; les impératifs actuels de compétitivité du pays ne jouent-ils pas le même rôle que jadis l'honneur de la France, ou la construction d'une société sans classes en Union soviétique ? Travailler sans se poser de question est le meilleur moyen de recevoir la bénédiction des gardiens de l'ordre. « Continuons à travailler, et pour le désir, vous repasserez », disait le psychanalyste Jacques Lacan.

Le désir de chacun, c'est ce qui doit revenir au premier plan quand on s'interroge sur le sens du travail ; il est clair que le travail ne rend heureux que s'il est réalisation d'un désir. Etre épanoui dans son travail, c'est faire ce qu'on aime vraiment. Sigmund Freud n'écrivait-il pas : « Le bonheur est un rêve d'enfant réalisé dans l'âge adulte » ?

 Oui, mais si chacun se consacre à ce qui l'intéresse, il y aura sans aucun doute un nombre important de métiers et d'activités dont personne ne voudra, pourtant indispensables à la bonne marche de notre économie. Le jour où tout le monde sera heureux dans son travail, cela signifiera-t-il que le capitalisme tel que nous le connaissons aura été balayé ? Voilà une question bien embarrassante... On le voit, le bonheur au travail pour tout le monde est une idée qui n'a pas perdu sa portée révolutionnaire, et qui pourrait nous réserver bien des surprises dans l'avenir. C. Maier

Les Echos du 29 août 2005 - Page 11 - Idées Le point de vue de Corinne Maier « Le bonheur au travail, une idée révolutionnaire » CORINNE MAIER, économiste dans une grande entreprise publique (EFD ) et auteur de « Bonjour paresse » (éditions Michalon, 2004)

Publié par nova à 15:48:53 dans Dans un élan utopiqu(e) | Commentaires (0) |

D'autres lieux ! | 05 septembre 2005

A signaler, 2 lieux !

L'un virtuel http://tvbien.com

portail très pêchu ( Tv on line, photos, articles...) animé entre autres par quelques marseillais à Paris, dans un joyeux esprit urbanistico-jardinier,  genre "cultivons notre jardin virtuel", hébergé par l'autre, lui en dur ...

La Villa Mais d'Ici http://villamaisdici.org/

friche d'Aubervilliers, qui pratique la proximité,l'ethno-art,et une programmation qui donne envie de bouger...

Ouverte depuis novembre 2003, la Villa Mais d'Ici est une « friche culturelle de proximité » gérée sous forme associative. Dans des entrepôts en cours de rénovation, sur 3500 m2, elle accueille, en résidence permanente, 12 structures travaillant dans le domaine des arts de la rue (compagnies de théâtre, studio son, studio image, organisation d'évènements interculturels, concepteurs lumières, créateurs costumes et décors, architectes, scénographes...). Elle met différents espaces à disposition des créateurs, en résidence temporaire (ateliers, salles de répétition et d'exposition, théâtre...). Elle projette de développer une programmation culturelle en direction des habitants.

Publié par nova à 17:29:25 dans Reels ou virtuels, d'autres lieux ! | Commentaires (0) |

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Chine Portraits d'été

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D'autres Photos sur Flickr.com

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Encore des photos

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