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Partez , M. le président ! ou petit rappel de la dette nationale individuelle | 23 janvier 2006
Partez! M. le Président
La France ne vous écoute plus. Elle n'entend pas davantage
votre gouvernement, confronté à la mission impossible de réaliser en
quelques mois ce qui n'a pas été fait en quelques années. En 2002,
Monsieur le Président, nous attendions de vous une stratégie, et un
pilotage vers une France moderne permettant de valoriser nos potentiels
et notre rayonnement dans le monde. La déception est immense. L'échec du
référendum sur la Constitution européenne vous a fourni une occasion d'en
tirer toutes les conséquences.
Vous ne l'avez pas fait, accélérant ainsi la fin d'un cycle politique
durant lequel les Français auront perdu leur fierté, mais aussi leur
niveau de vie. Ce sont seize mois à risque social grave, dans un climat
d'attentisme et d'intrigues, que le pays va devoir affronter.
Les Français vont découvrir que nous n'avons plus d'argent : sans en être
informé, chaque ménage a été endetté par l'Etat à hauteur de 41 000
euros, soit en moyenne davantage que son endettement privé. Jamais depuis
la fin de la seconde guerre mondiale nous n'avions connu une telle
situation de ruine des finances publiques. Tout cela ne s'est pas produit
en un seul jour, ni indépendamment des politiques conduites. Quand,
Monsieur le Président, avez-vous fait savoir aux Français les
conséquences de cette situation ? Jamais. Cela seul justifierait que vous
partiez.
Lors de vos voeux aux Français le 31 décembre, ce fut de votre part un
silence assourdissant. Pensez-vous normal de renoncer à vous soucier de
ce qu'il adviendra des jeunes générations que nous endettons pour
financer notre propre fuite en avant ? Nous achetons avec le fruit de
leur travail futur notre peur d'affronter le monde tel qu'il est. Mais
qui va payer la facture ? Quelle jeunesse accepterait dans un même temps
un accroissement des retraites engendré par la démographie et une dette
exponentielle engendrée par l'incompétence d'une classe dirigeante ? Vous
avez admis, lors de la campagne référendaire du printemps dernier, ne pas
comprendre les jeunes. Craignez que la jeunesse, elle, ait compris ce que
vous avez fait : rompre la solidarité entre les générations.
Pourquoi n'a-t-on pas expliqué aux Français qu'à la fin des années 1970,
notre PIB par tête dépassait de 25 % celui des Britanniques, et
qu'aujourd'hui celui des Britanniques est supérieur de 10 % au nôtre ? Il
eût fallu expliquer les raisons de cet effondrement. Est-ce la capacité
de vision et de réalisme de Margaret Thatcher et de Tony Blair qui ont
fait la différence avec les références à un monde ancien de François
Mitterrand et de Jacques Chirac ?
L'Histoire jugera un tel décrochage culturel, économique, et donc social,
car sans croissance les acquis sociaux ne sont que des chèques sans
provision. Avec nos chercheurs, nos universitaires et nos entrepreneurs,
nous avions, et nous avons encore, tous les potentiels d'une économie
moderne. Faute d'encourager leur synergie, le risque est grand et que
notre croissance moyenne continue de baisser.
C'est probablement, Monsieur le Président, la fin d'un système politique
dont vous êtes le chef, capté à droite comme à gauche par un groupe de
hauts fonctionnaires, brillants mais coupés du monde réel. Une caste
administrative qui n'a pas su adapter notre pays, car elle n'a jamais
voulu s'appuyer sur l'intelligence collective de nos concitoyens. Cette
suffisance engendre le cynisme, le mensonge, et finalement l'échec.
Aujourd'hui, la fracture est profonde. Le rejet de la classe politique et
les avertissements exprimés lors des scrutins nationaux depuis quinze ans
n'ont pas été compris, et donc pas suivis d'effet. Notre classe politique
n'a pas su se renouveler et propose des modèles dépassés. Or de nombreux
Français, en particulier dans nos régions, sont prêts à participer à
l'émergence d'une économie de la croissance, à redéfinir les missions et
les conditions de l'efficacité de l'Etat, à promouvoir un modèle social
qui produise autre chose qu'un taux de chômage à 10 %. Je voudrais,
Monsieur le Président, avec tout le respect dû à votre fonction, vous
demander de mettre fin à votre mandat dans l'urgence, comme l'a fait le
chancelier Gerhard Schröder, et comme l'avait fait le général de Gaulle
en son temps. Cela permettra l'émergence d'une nouvelle ambition pour la
France en redonnant la parole au peuple.
Ne faites pas de votre échec, Monsieur le Président, l'échec de la
France. Une attente insupportable émaillée de discours sans légitimité
politique, et donc sans effets réels, peut conduire notre pays à une
situation proche de celle qu'a connue l'Argentine. Elle ferait le jeu des
extrêmes, et entraînerait probablement un infarctus démocratique en 2007.
Croire en la France, c'est redonner le pouvoir aux Français. C'est à vous
de décider, Monsieur le Président.
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Auteur Christian Blanc
Site :
http://pourquoi-pas.typepad.com/
Langue originale: français
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Publié par fanfanzik à 17:50:14 dans Le savais-tu ?
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