Attention! Le texte suivant pourrait s'avérer être choquant aux yeux de certaines personnes.
J'ai toujours su que je n'étais pas exactement comme tout le monde. Quelque chose de différent dans l'intérêt qu'on porte aux choses, aux gens. J'admets la beauté des femmes mais admire celle des hommes. Et on ne cherche à posséder que ce que l'on admire.
A l'âge où notre corps n'est plus qu'un chaudron d'hormones, j'ai réalisé que le sexe que je voulais était semblable au mien, et que toutes les allusions de mes amis de l'époque sur le corps des femmes et ce que nous pourrions en faire ne suscitaient aucun désir en moi. Je commençais à souhaiter fortement de pouvoir ne serait-ce que voir le pénis d'un de mes camarades. Et faire avec ce que je n'imaginais pour l'instant qu'en rêve ou lors de mes longues séances de masturbation dans les toilettes.
Ce qui devait arriver arriva un jour. En colo... Tous ces mecs ensembles et moi au milieu dévoré par l'envie d'essayer, fallait bien que j'en chope un !
Le premier homme à s'être « insinué » en moi s'appelait Fabien. J'avais 14 ans, lui 16. Je ne sais pas si je dois dire qu'il était beau puisque à cet âge où nous changeons si vite la beauté est éphémère, mais moi je le trouvais plus que mignon. C'était « un grand », moi « un petit ». Avec le recul, je pense que nous sommes mutuellement dragués, lui avec plus d'expérience que moi, mais inconsciemment, sans oser verbalement dire ce qui nous démangeait au tréfonds de nous. Et au tréfonds de nos shorts. Avec Fabien, au quatrième jour de colo, j'étais déjà arrivé au stade de ne plus pouvoir maîtriser mes érections à chaque fois qu'il sortait du lac en maillot de bains, son corps fin et musclé ruisselant d'eau, moments où je m'aplatissais à mort sur les galets de la plage pour que personne ne voie mon trouble. Mais j'ai pourtant tenu une semaine. Une semaine de frustration et de fantasmes évacués tous les soirs dans les WC. Jusqu'au lundi soir de la seconde semaine.
Le matin de ce jour là, avant le repas de midi, Fabien m'avait demandé d'une voix que je ne lui connaissais pas et au détour d'une porte de le rejoindre le soir même après l'extinction des lumières derrière le bâtiment des douches. Sur le coup, j'ai trouvé cela tellement extraordinaire qu'il m'a fallu faire un effort monumental pour hocher la tête. On s'est regardé sans rien dire trois secondes, puis j'ai entendu ma voix, bizarre aussi, lui dire :
« Pourquoi faire ? »
Il a sourit, puis m'a répondu :
« Surprise... »
J'ai passé l'après midi à planer. Vraiment. Je ne pouvais m'empêcher de fantasmer en pensant à l'avance à ce qu'il pourrait se passer ce soir, à construire dans mon esprit cent mille histoires plus improbables les unes que les autres.
Le soir venu, j'ai fait tant de bruit pour sortir discrètement de mon dortoir que j'ai du réveiller tous les morts du cimetière voisin distant de cinq kilomètres. Mais pas un seul mono n'a entendu quoi que ce soit... Fabien m'attendait à l'endroit convenu, assis contre le mur arrière de la casemate qui servait aux douches. Torse nu, les avants bras posés sur ses genoux repliés contre lui, il scrutait les étoiles. La pleine Lune illuminait son visage et je n'ai aucun autre souvenir à ce jour de l'avoir vu plus beau qu'en cet instant. Lorsqu'il m'a vu, il s'est levé, m'a sourit, et m'a fait signe d'approcher. Nous sommes restés face à face une éternité, cherchant chacun dans les yeux l'autre ce que nous savions y trouver sans pouvoir le nommer. Il y a deux ou trois évènements de ma vie dont je me souviens dans les moindres détails. Cette nuit avec Fabien en est un : les odeurs, les gestes, le bruit du vent, la douceur de l'air... Tout est dans ma mémoire.
Il a levé sa main droite tout en continuant à plonger son regard dans le mien et l'a déposée doucement sur ma joue. Infinie caresse... Son visage s'est penché vers le mien et dans un murmure il a dit :
« Si tu savais comme j'ai attendu ça... »
Premier baiser. Plus qu'intense : nos lèvres qui se rejoignent, nos langues qui se nouent, le goût de l'autre, son odeur... Prendre tout ce qu'il est et lui donner tout ce que je suis par ce simple geste, comme si l'espace de quelques secondes nous pouvions faire que nos sentiments se concentrent dans ce baiser et deviennent tangibles, palpables. Tout en continuant de m'embrasser, il m'a serré dans ses bras et nous avons prolongés notre étreinte. Lorsque j'ai ressenti contre moi, contre mon propre sexe en érection celui de Fabien plein de désir, une parcelle de mon cerveau a disjoncté, incapable de gérer le trop plein d'émotion nouvelle que cette situation provoquait. Je me suis abandonné à la vie en cet instant, comme jamais peut-être je ne l'ai refait par la suite.
Si jamais j'ai aimé Fabien ne serait-ce qu'un instant, ce fut là. Je ne n'imaginais pas que mon cœur soit aussi immense et que je puisse ressentir un tel sentiment. Je flottais, hors du monde et du temps, loin de tout ce qui est l'univers physique.
Nos lèvres se sont désunies et Fabien a enfoui son visage dans mon cou. M'étreignant encore plus, nos corps et nos désirs en un seul, il a murmuré à mon oreille :
« Tu veux bien... me sucer ? »
Mon cœur s'est déchiré. En milliards de morceaux. Un tel fracas, une telle myriade d'éclats que jamais personne ne pourrait le réparer. Même pas Dieu.
Je l'ai observé, ahuri probablement, horrifié certainement, puisqu'il m'a demandé dans un sourire :
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Et il ose me demander quoi... Je vis l'amour comme je l'ai toujours imaginé et attendu, avec une telle magie de l'instant, et tout ce qu'il me propose c'est sa bite ? C'est quand même pas ça aimer ? Je vous en prie, faites que ce ne soit pas ça aimer !
J'ai ouvert la bouche pour lui dire d'aller se faire voir, pour lui hurler d'aller se faire voir, mais aucun son n'en est sorti, bloqué par le nœud qui occupait ma gorge en cet instant. Je me sentais tellement hors de moi, et par dessus tout tellement déçu, que j'ai pensé sur le moment pleurer comme un enfant. Et que cela ne soulagerait probablement pas la douleur profonde qui me brûlait dedans, mais m'aiderait à évacuer la rage qui me noyait le cœur. Mais en une milliseconde, du fond de mon esprit a jailli une pensée inattendue : et si une occasion comme celle la ne se représentait plus ? C'est le moment où jamais de goûter au sexe mon p'tit père... Ce qui a instantanément dilué mes sentiments du moment.
Alors, à corps défendant mais résigné j'ai pris une grande inspiration et me suis lentement agenouillé. Une main sur chacune de ses hanches, j'ai baissé lentement son short jusqu'à ce que son sexe raide saute hors du slip qu'il portait, et j'ai fait ce qu'il me demandait. Il ne me reste de cette aventure que l'écœurement qu'elle m'a donné, bien avant qu'il ne jouisse en gémissant dans ma bouche.
Et pourtant... J'ai recommencé tous les soirs les quinze jours suivants. Parce que l'avant dernière nuit au camp, j'ai réalisé en lui faisant une fellation d'à peu près trente minutes qu'être capable de faire jouir un mec, c'est avoir un pouvoir sur lui. Pouvoir qui m'a fait me venger de lui dès le lendemain, pour m'avoir fait croire en l'amour innocent et romantique, en une gâterie d'adieu de cinq minutes à peine qui lui a amené des larmes de frustration aux yeux. Il m'a fixé d'un œil hargneux et m'a soufflé plus qu'il ne m'a dit :
« Mais pourquoi t'as fait ça vite? »
Je lui ai souri ironiquement et, drapé dans la fierté d'avoir réussi mon coup, je lui ai simplement répondu :
« Ah mais tu m'as pas dit d'aller doucement, Fabien. Et j'ai fait ce que tu m'as demandé : une pipe... »
Ses yeux n'ont plus rien exprimé ensuite qu'un constat d'échec furieux qui m'a plus que fait plaisir et confirmé que, oui, j'avais le pouvoir. Et que cette situation me plaisait.
A partir de ce jour, tout a changé...
Evidemment, c'est un peu romancé et idéalisé avec le recul. Un peu comme si vous regardiez la vérité au travers d'une goutte d'eau.
Mais tout est là, comme je m'en souviens.
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A vous la parole!