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Communiqué de l'AFVIC
« Rapport du CCDH : Objectif manqué »
Communiqué de l'AFVIC « Rapport du CCDH : Objectif manqué » A l'occasion de la commémoration du deuxième anniversaire funèbre des évènements de Ceuta et Melilla, l'AFVIC rend public une critique du rapport du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH) relatif aux faits de septembre et octobre 2005. L'AFVIC reconnaît le caractère innovant d'une telle initiative pour un pays dans lequel la culture de la commission d'enquête, officielle et publique, n'existe pas. Pourtant, ce rapport qui avait pour objectif de souligner les manquements aux Droits de l'Homme survenus lors du drame de Ceuta et Melilla, est passé à côté de sa finalité : loin de stigmatiser le comportement des forces de sécurité marocaines, les auteurs du rapport essaient non seulement de justifier ce qui s'est passé, mais encore tentent de présenter le Maroc comme victime et bouc émissaire
Communiqué de l'AFVIC
« Rapport du CCDH : Objectif manqué »
A l'occasion de la commémoration du deuxième anniversaire funèbre des évènements de Ceuta et Melilla, l'AFVIC rend public une critique du rapport du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH) relatif aux faits de septembre et octobre 2005. L'AFVIC reconnaît le caractère innovant d'une telle initiative pour un pays dans lequel la culture de la commission d'enquête, officielle et publique, n'existe pas. Pourtant, ce rapport qui avait pour objectif de souligner les manquements aux Droits de l'Homme survenus lors du drame de Ceuta et Melilla, est passé à côté de sa finalité : loin de stigmatiser le comportement des forces de sécurité marocaines, les auteurs du rapport essaient non seulement de justifier ce qui s'est passé, mais encore tentent de présenter le Maroc comme victime et bouc émissaire.
Introduction
Suite aux évènements de Ceuta et Melilla qui ont fait une dizaine de morts en septembre et octobre 2005, le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH) marocain vient de publier un Rapport sur « l'établissement des faits relatifs aux évènements de l'immigration illégale ». Ce document s'est donné pour objectif non pas de juger les auteurs mais de restituer la véracité des faits, dans le but de mettre en exergue les violations avérées des Droits de l'Homme pendant et suite au drame de Ceuta et Melilla.
Les évènements de Ceuta et Melilla
Pour ce qui est des évènements de Ceuta et de Melilla en tant que tels, le CCDH a pris le parti de les évoquer de façon superficielle. Ainsi, le rapport se contente en substance des deux séries d'informations suivantes. Il rappelle d'une part, que dans la nuit du 28 au 29 septembre 2005 à Ceuta, 500 migrants ont tenté de pénétrer par force l'enclave espagnole, faisant deux morts de chaque côté et de nombreux blessés. Concernant les deux morts décédés suite à l'usage d'une arme à feu par des éléments de la sécurité marocaine, il est uniquement précisé leur nom, leur nationalité et le fait que depuis « une enquête judiciaire est ouverte » (p.26). D'autre part, le rapport précise aussi que dans la nuit du 5 au 6 octobre 2005 à Melilla, des assauts tout aussi massifs se sont produits : « on évoquera des tirs dont on ignore l'origine, espagnole ou marocaine, et on parlera de six morts et de nombreux blessés » (p. 11). Quant aux détails sur la réaction des forces de sécurité, le rapport mentionne simplement qu' « elle a été frappée du sceau de la réactivité, de l'improvisation, voire de la panique » (p.18). Le nombre exact des morts, leur identité, les circonstances du décès, l'origine des tirs, les procédures judiciaires engagées, bref, tout ce dont on est en droit d'attendre d'un rapport voulant dénoncer les violations des Droits de l'Homme n'est pas précisé. Les conditions de refoulement terrestre Pour ce qui est des conditions de refoulement vers l'Algérie faisant suite aux évènements de Ceuta et Melilla, aucun manquement aux Droits de l'Homme n'est dénoncé. Les auteurs n'ont pas peur de se contredire : alors qu'il est écrit qu'il s'agissait « dans la majorité des cas d'opérations de retour librement consenti » (p.29), ils continuent quelques lignes plus tard en écrivant que « lorsque dans certains endroits les clandestins sont devenus plus nombreux que les nationaux alors il était du devoir des autorités de mettre bon ordre » (p.30). Par ailleurs, loin d'insister sur le fait que les migrants n'ont pas tous eu droit à un jugement et qu'ils ont été abandonnés à leur sort dans une zone semi-désertique, les rédacteurs estiment que les opérations de refoulement se sont passées de la meilleure manière possible. Pire encore, ils pensent trouver une excuse pour les agissements du gouvernement marocain arguant que la pratique des refoulements est « habituelle pour les autorités dans ces régions » (p.30) ! Alors que d'après les informations révélées par la mission d'enquête menée par l'AFVIC et la Cimade lors de ces mêmes évènements, la zone de Aïn Chouater, là où ont été abandonnés les migrants refoulés, est un véritable no man's land à une nuit de marche de la frontière marocaine. L'AFVIC et MSF ont d'ailleurs pu entrer en contact téléphonique avec un groupe de personnes, qui a pu se repérer uniquement à l'aide d'une antenne de téléphone ; quand les associations ont voulu acheter des vivres à Aïn Chouater, les réserves du village n'ont pas suffi. Preuve encore que le discours du CCDH est loin d'être en adéquation avec la réalité., Communiqué de l'AFVIC « Rapport du CCDH : Objectif manqué »
Les conditions de rapatriement par avion
En ce qui concerne les cas de rapatriement par avion vers les pays d'origine, le rapport parle d'une « opération coûteuse mais irréprochable » qui s'est déroulée « dans les règles les plus absolues de dignité et de respect des individus ainsi que des divers engagements internationaux » (p.32). Premièrement, le rapport ne mentionne pas que toutes ces personnes ont été arrêtées suite à des rafles massives non seulement au niveau de la frontière espagnole, mais aussi dans tout le pays et notamment dans les zones urbaines. Deuxièmement, étant donné qu'aucun migrant subsaharien n'a été rencontré par les membres du CCDH, on peut mettre en doute cette assertion, notamment lorsqu'il est écrit qu' « une grande partie des subsahariens étaient décidés voire contents de rentrer définitivement chez eux » (p.32). Certes, d'après les informations dont dispose l'AFVIC, certains migrants avaient émis le souhait de rentrer chez eux, mais ce n'était certainement pas la majorité : il y a bien eu des retours forcés.
Les réfugiés
Pour ce qui est de la question des réfugiés, les auteurs du rapport reconnaissent que certains subsahariens refoulés étaient demandeurs d'asile ou réfugiés reconnus auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) au Maroc. D'une part, des faits très graves sont mentionnés dans le rapport concernant la procédure de demande d'asile : il est écrit que les autorités marocaines, contactées par le HCR, diligentent une enquête sur la personne demandant l'asile auprès des autorités consulaires du pays dont elle ressort. Ce qui en soi représente une grave atteinte aux droits des demandeurs d'asile : cela est contraire à toutes les règles, puisque le demandeur requiert précisément la protection d'un pays autre que le sien. D'autre part, la procédure de demande d'asile qui est décrite dans le rapport n'est plus appliquée depuis 2005 : elle a été entièrement revue, et est aujourd'hui indépendante de tout organe gouvernemental. En outre, plutôt que d'insister sur la violation flagrante du principe de non-refoulement stipulé dans la Convention de 1951 sur les réfugiés, le rapport préfère mettre en exergue les insuffisances du HCR au Maroc. En définitif, il ressort de l'entretien avec un des rapporteurs que le CCDH n'a pas su se doter d'un véritable spécialiste de la question migratoire pour mener à bien la commission d'enquête.
Lacunes du rapport
On ne peut donc que regretter la faible densité des informations révélées dans ce rapport. Ceci trouve son explication dans une série de raisons dont la commission d'enquête est elle-même consciente. Premièrement, le manque de réactivité est déroutant : le rapport intervient 18 mois après le déroulement des faits. Deuxièmement, les membres du CCDH ne se sont pas déplacés à Ceuta, un des deux lieux de la tragédie, et ceci « pour des raisons d'agenda » (p.16). Troisièmement, pas un seul migrant subsaharien n'a été interviewé, le rapport précisant qu' « il n'y en avait presque plus » (p.15). Par ailleurs, quasiment aucune source n'est citée, ce qui est particulièrement problématique en matière de chiffres. Toutes ces insuffisances nuisent gravement à la crédibilité du rapport et au-delà au CCDH lui-même, et laissent à penser qu'une seule voix a eu droit au chapitre, à savoir celle du gouvernement. Communiqué de l'AFVIC « Rapport du CCDH : Objectif manqué »
Un rapport complaisant
Comme pour trouver des excuses à la réaction disproportionnée des forces de sécurité marocaines, le rapport insiste sur deux idées. D'une part, si le caractère massif et concerté des tentatives de septembre et octobre 2005 était nouveau, la technique de l'assaut des grillages barbelés des enclaves espagnoles était quant à elle une pratique courante et personne ne s'en était jamais indigné. Un argument loin d'être solide puisque ce n'est pas parce que cette pratique existait qu'elle pouvait pour autant perdurer. D'autre part, selon la commission d'enquête, les assauts auraient pris un caractère sophistiqué, laissant soupçonner une « organisation de type militaire avec un état-major sommaire » (p.41), ce qui pourrait trouver une explication dans l'arrivée de nouveaux migrants subsahariens venant de pays en guerre et ayant côtoyé les techniques de combat. Sur ce point, l'AFVIC dispose d'informations sûres, tirées de la mission qu'elle a menée en octobre 2005 : les assauts massifs seraient au contraire le résultat d'un désordre dû à la disparition subite d'un des chairmans (leader de la communauté). Après entretien avec un des rapporteurs du CCDH, il s'est avéré que cette hypothèse d'un assaut concerté n'était en fait que le fruit d'une « déduction personnelle » qui avait été érigée au rang de vérité. Ensuite les auteurs tentent de justifier l'intervention du royaume dans la lutte contre l'immigration clandestine. En fait, si le Maroc est concerné par cette lutte, ce serait uniquement dans le but de renforcer sa sécurité intérieure ainsi que celle de la région ; il est par ailleurs écrit qu'à aucun moment le Maroc n'a « joué le rôle de gendarme pour le compte des pays européens » (p. 6). Une question légitime se pose toutefois. Comment expliquer cette phrase du préambule et c'est la seule phrase surlignée en gras de tout le rapport : « Sans le concours et la volonté de l'Etat marocain, ces murs ne tiendraient pas une semaine ». Un membre du CCDH avouera en aparté à l'AFVIC que le Maroc est bien le gendarme de l'Europe « par la force des choses ».
Le Maroc comme bouc émissaire
Plus encore, ce rapport pose le Maroc comme une victime à triple titre. D'abord, le pays aurait été victime du déchaînement médiatique. Les rédacteurs dénoncent en effet un véritable « tsunami médiatique » (p.42) : les images des assauts, issues pour l'essentiel des caméras infrarouges espagnoles de surveillance, ont attiré non seulement les médias internationaux mais aussi de nombreuses ONG qui se sont indignées du sort réservé aux migrants subsahariens. Ainsi, selon les membres du CCDH, le Maroc s'est trouvé aux yeux de l'opinion publique internationale comme « le coupable tout désigné pour sa gestion des évènements », n'hésitant pas à qualifier le Maroc de « bouc émissaire » (p. 13). Le royaume serait également victime de la politique migratoire répressive de l'Union Européenne. En effet, le rapport stipule que le drame de Ceuta et Melilla demeure structurellement le « résultat de la volonté européenne d'externaliser le traitement des migrants » (p. 9) et que de ce point de vue les pays du Nord font preuve d'un « égoïsme forcené quant aux conséquences dramatiques de leur politique » (p.17). Ainsi, et à ses dépens, le Maroc est devenu le « vigile obligé de la frontière sud de Schengen » (p. 9), devenant par ce biais une énorme salle d'attente. Or toujours selon le rapport, le Maroc n'est « pas apte à accueillir une population étrangère » (p. 7) pour laquelle il n'aurait ni travail ni richesse. Enfin, le pays serait victime de la politique géostratégique de son voisin algérien. En effet, les membres du CCDH estiment qu' « il n'y a pas beaucoup de risque de se tromper en affirmant que l'Algérie n'hésite pas à instrumentaliser la question des migrants clandestins avec pour objectif de poser des difficultés au Maroc » (p. 7). Le rapport estime en effet que l'Etat algérien entend « brouiller le Maroc avec ses amis africains traditionnels. Le tout avec pour arrière plan la question du Sahara marocain » (p. 8). Communiqué de l'AFVIC « Rapport du CCDH : Objectif manqué »
Points positifs du rapport
Pour autant, les auteurs du rapport semblent bien percevoir les enjeux profonds qui découlent des évènements dramatiques de Ceuta et Melilla. Le CCDH insiste avec raison sur le fait que les causes profondes de ce drame sont à chercher dans « le différentiel de développement entre deux continents » (p. 5). Il n'est donc pas faux que la gestion des évènements de Ceuta et Melilla ne saurait relever de la seule responsabilité du Maroc. De même, les membres du Conseil ont raison quand ils estiment qu'il est « illusoire de compter sur la seule politique sécuritaire » (p. 6). Les membres du CCDH somment donc urgemment l'Europe d'avoir une stratégie globale sur la problématique des migrations, qui doit passer par un véritable partenariat dans le respect de la souveraineté nationale de tous les pays concernés, ce en quoi l'AFVIC les rejoints. Par ailleurs, les recommandations énumérées à la fin du rapport sont pour la plupart pertinentes. L'AFVIC estime en effet également que le Maroc se doit de multiplier ses efforts pour honorer ses engagements internationaux ; qu'il est nécessaire de réviser et de faire appliquer les lois relatives au droit d'asile tout en veillant à leur harmonisation avec les normes internationales en vigueur ; que les pouvoirs publics doivent mettre en place des campagnes de lutte contre toutes les formes de discrimination raciale ; et que le gouvernement marocain doit favoriser la délégation à la société civile du traitement humanitaire de certaines situations.
Conclusion
L'AFVIC reconnaît le caractère innovant d'une telle initiative pour un pays dans lequel la culture de la commission d'enquête n'existe pas encore. Pourtant, ce rapport qui avait pour objectif de souligner les manquements aux Droits de l'Homme survenus lors du drame de Ceuta et Melilla est passé à côté de sa finalité. Les rapporteurs se contentent en effet de parler de « gestion malencontreuse » des évènements due à une « forme de panique et d'inexpérience » (p.41), sans dénoncer précisément les violations avérées des Droits de l'Homme. En fait, loin de stigmatiser le comportement des forces de sécurité marocaines, les auteurs du rapport essaient non seulement de justifier ce qui s'est passé, mais encore tentent de présenter le Maroc comme victime et bouc émissaire. Force est de constater toutefois que ces manquements ne résultent pas forcément d'une volonté délibérée de masquer la vérité, mais plus simplement de l'inexpérience du CCDH dans ce genre d'exercice.
Publié par KJEMMAH à 22:30:20 dans News | Commentaires (0) | Permaliens
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Immigration - 26-09-2007 - 12:42
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Publié par KJEMMAH à 02:37:54 dans News | Commentaires (2) | Permaliens
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Publié par KJEMMAH à 19:17:37 dans Communiqués Ongs | Commentaires (0) | Permaliens
par Comité de suivi de la Conférence euro-africaine non gouvernementale | A lire sur le site www.migreurop.org/article1113.html
Après des années de négociations, le Maroc a annoncé, le 20 juin dernier à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, sa décision de finaliser l'accord de siège avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Le Comité de suivi de la Conférence euro-africaine « Migration, droits fondamentaux et liberté de circulation » se réjouit de cette décision qui met le Maroc, signataire de la Convention de Genève, en conformité avec ses engagements internationaux. Cet accord devrait permettre au HCR d'assurer pleinement son mandat dans ce pays. Il implique également que le Maroc reconnaisse aux réfugiés sur son sol le droit au séjour et tous les droits y afférant. Nous entendons exercer la plus grande vigilance sur la réalisation effective de ces deux effets bénéfiques de l'accord.
Nous appelons toutefois le HCR à examiner les demandes qui lui sont soumises avec la plus grande bienveillance, au regard de la latitude dont il dispose dans son appréciation et au vue de la situation politique des pays dont proviennent la majorité des demandeurs d'asile. L'accord de siège ne doit en aucun cas entraîner une plus grande sévérité dans l'appréciation des demandes.
Notre Comité tient également à rappeler que toute personne, quel que soit son statut, et qu'elle réside ou non dans son pays d'origine, doit se voir reconnaître l'ensemble des droits énumérés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ainsi que la Convention sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, dont le Maroc est signataire.
C'est pourquoi la reconnaissance du HCR, et des réfugiés qui sont placés sous sa protection, ne saurait en aucun cas servir de prétexte à une répression accrue à l'encontre des migrants ne relevant pas de sa compétence, même en cas de situation administrative irrégulière. Les droits internationalement reconnus aux migrants doivent être garantis.
La reconnaissance du droit d'asile au Maroc ne doit pas non plus inciter l'Union européenne à renforcer les contrôles à ses frontières extérieures, au risque d'en interdire l'accès aux demandeurs d'asile, et à sous-traiter à ce pays les obligations internationales qui lui incombent.
Notre Comité rappelle que les mesures sécuritaires mises en œuvre par l'Union européenne et ses « partenaires », qui ont pour effet de renvoyer les personnes migrantes d'un pays à l'autre à coup d'accords de réadmission en cascade et de refoulements sans base légale ne constituent pas une réponse adéquate aux situations de violence et de misère qui sont à l'origine de la majorité des migrations africaines.
Les restrictions actuelles à la liberté de circulation des personnes, quand les capitaux circulent, eux, librement, font uniquement obstacle à la migration des plus démunis, alors même que la pauvreté et le non développement sont sciemment entretenus par les mécanismes du commerce international, de la dette déjà plusieurs fois remboursée, etc. et que les écarts de revenu par habitant entre l'Europe et l'Afrique ne cessent de s'accroître.
Non seulement les mesures répressives ne mettront pas fin aux flux migratoires mais, face à la recomposition permanente des déplacements des personnes, elles ne feront qu'en accroître la dangerosité - les drames humains qui se déroulent quotidiennement aux frontières en sont la criante démonstration. .
Aussi nous exigeons le renoncement à l'idéologie sécuritaire et répressive qui oriente aujourd'hui les politiques migratoires, notamment à « l'externalisation » de l'asile et des contrôles aux frontières, à la criminalisation des migrations, ainsi qu'à toute loi raciste, xénophobe ou discriminatoire.
Nous demandons la refondation des politiques migratoires sur la base du respect des droits humains, d'une réelle égalité des droits des personnes, vivant sur un même territoire et, dans l'immédiat, de la régularisation de tous les migrants sans papiers.
ABCDS (Association Beni Znassen pour la culture, le développement et la solidarité), ADEG (Appui au Développement de la Guinée), AFVIC (Association amis et familles des victimes de l'immigration clandestine), AFVMC Cameroun (Aide aux familles et victimes de l'immigration clandestine), AMDH Maroc (Association marocaine des droits humains), AMDH Mauritanie (association mauritanienne des droits de l'homme), APDHA (Association pour les droits de l'homme en Andalousie), ARCI-Italie, ARCOM (association des réfugiés et demandeurs d'asile congolais au Maroc), ARSF Cameroun (Association des réfugiés sans frontière), ATTAC-Maroc, ATMF (association des travailleurs maghrébins en France), Cimade, Collectif des réfugiés, CMSM (Conseil des migrants subsahariens au Maroc), FTCR, Fluechtlingsrat Hamburg (Conseil des réfugiés Hambourg), GADEM (groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants), GISTI (Groupe d'information et de soutien des immigrés), Homme et environnement, Migreurop, OEPI-Bruxelles (Organisation des exilés politiques ivoiriens), RRIM (Rassemblement des réfugiés ivoiriens au Maroc), RSF Maroc (Réfugiés sans frontière), SdL Intercategoriale (Italia), Shabaka (réseau des association du Nord du Maroc pour le développement et la solidarité)
Publié par KJEMMAH à 03:21:11 dans Communiqués Ongs | Commentaires (0) | Permaliens
Le dispositif mis en place aux frontières de l'Europe pour combattre l'immigration clandestine transforme nombre de pays limitrophes en vastes zones de rétention. Reportage au Maroc, où quelque dix mille migrants et réfugiés politiques africains sont ainsi bloqués sur le chemin de l'Espagne. Conduits à se fixer dans les grandes villes, victimes de violences de plus en plus graves, ces exilés sont les otages d'un marchandage entre Rabat et l'Union européenne.
Quelques chrétiens se recueillent devant un autel improvisé, un carton de téléviseur recouvert de papier brillant, d'une croix et de bouquets de fleurs sauvages. Plus loin, des pierres disposées à même le sol signalent la direction de La Mecque. A Oujda, dans un coin retiré du campus universitaire, les migrants subsahariens coincés dans cette ville frontalière du nord-est du Maroc ont grand besoin de prier pour continuer à croire à leur destin. « Nous sommes dans la main de Dieu », disent-ils.
A l'intérieur de ce camp de rétention informel, trois cents à quatre cents personnes survivent grâce à l'aide d'associations locales et de Médecins sans frontières (MSF), à la solidarité des femmes du quartier et aux maigres revenus tirés de la mendicité, de petits boulots et de trafics divers. Elles dorment sous des bâches en plastique pendues aux arbres fluets et aux murs du campus. Mal vêtues, mal nourries, elles sont exposées aux rafles policières et à la loi des mafias qui régissent le camp.
Les occupants sont pour la plupart originaires du Nigeria, du Cameroun, de Guinée, du Sénégal, du Mali, de Côte d'Ivoire, de République démocratique du Congo (RDC). Quelques rescapés du Darfour échouent ici de temps en temps. Agés de 18 à 30 ans, ils vivent regroupés par communautés, francophones d'un côté, anglophones de l'autre. La majorité a un niveau d'éducation dépassant le secondaire et un métier. Dans leur vie antérieure, ils étaient artisans, commerçants, ouvriers, fonctionnaires, agriculteurs, médecins ou ingénieurs.
Pour ces Africains partis « chercher la vie » en Europe, la région d'Oujda a longtemps représenté une ultime étape avant de passer « de l'autre côté de la Terre », moins violent et tellement plus riche. La plupart s'en allaient traverser le détroit de Gibraltar. Puis, ils ont visé l'entrée dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, survivances singulières d'une époque, celle de la colonisation, où les flux de population transméditerranéens se faisaient dans le sens nord-sud.
Mais, lors du Conseil européen de Séville (juin 2002), plusieurs Etats européens emmenés par l'Espagne de M. José María Aznar ont menacé de bloquer les aides financières aux pays de départ et de transit qui ne les aideraient pas à combattre les clandestins. Objectif : créer un cordon sanitaire autour de l'Union européenne en sous-traitant aux pays voisins la rétention des migrants et demandeurs d'asile... ainsi que les violations des droits de la personne qui vont de pair.
Directement visé, le Maroc prend acte de cette nouvelle conditionnalité de l'aide. Il a beaucoup à perdre puisqu'il est le premier bénéficiaire, à hauteur de 20 %, des fonds européens destinés aux pays méditerranéens (programme MEDA). Au total, l'Union européenne accorde au royaume 150 millions d'euros d'aides par an, sans compter les prêts.
En novembre 2003, Rabat promulgue la loi 02-03 sur les migrations irrégulières. Inspiré du droit français, ce texte privilégie la dimension répressive, même s'il protège du refoulement les réfugiés politiques, les femmes enceintes et les mineurs. Côté opérationnel, Rabat opte pour la création d'une direction chargée de la migration et de la surveillance des frontières au sein du ministère de l'intérieur, dotée d'une dizaine de milliers d'hommes.
A partir de 2004, l'Union européenne et son allié marocain bouclent la route de Gibraltar. A la suite de sanglants assauts à l'automne 2005, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont également transformées en forteresses quasi imprenables et les forêts environnantes ratissées par les forces marocaines. Les routes de la migration se détournent alors vers le sud. Aux pateras, embarcations de vingt à quarante personnes qui visaient les rivages andalous, succèdent des cayucos de plus de cent places, qui s'élancent vers les îles Canaries depuis les plages du Sahara occidental.
Puis, en 2006, des dizaines de milliers de migrants tentent le voyage en partant de Nouadhibou (Mauritanie), Dakar ou Saint-Louis (Sénégal). La traversée est plus longue et plus dangereuse un passager sur six serait mort noyé l'an dernier, selon les autorités espagnoles. Mais elle est moins coûteuse : 500 euros environ, contre de 1 000 à 1 300 euros via El-Ayoun (Sahara occidental).
Néanmoins, la route marocaine n'a pas été abandonnée. Elle a même repris de la vigueur en 2007 après une pause liée au drame de Ceuta et Melilla, explique M. Jelloul Arraj, de la cellule assistance migrants mise en place par deux associations locales. Depuis quelques mois, des nouveaux venus d'Algérie arrivent chaque nuit à Oujda. Ils s'y mêlent à d'autres migrants qui ont été brutalement arrêtés dans leur course vers l'Europe. « Chaque semaine, il y a un ou deux refoulements », témoigne M. Arraj. Les migrants concernés ont été arraisonnés en mer, repêchés après un naufrage ou simplement raflés par la police, à Oujda et dans le reste du royaume. Personne n'est épargné, ni les femmes enceintes, ni les enfants, ni les réfugiés ou demandeurs d'asile. En pleine nuit, tout le monde est reconduit à la frontière algérienne située à 13 kilomètres.
La plupart reviennent aussitôt côté marocain. Au passage, ils sont dépouillés par des militaires (algériens et marocains), des bandes de voyous des quartiers pauvres d'Oujda ou des pillards nigérians. De nombreux cas de viols ont été constatés par les organisations non gouvernementales (ONG). Les gangs opèrent par ailleurs des séquestrations de personnes, avec demande de rançon à la famille restée au pays.
Et puis, à Oujda, il y a les anciens, ceux qui sont bloqués au Maroc depuis des années, et qui attendent. Comme Alphonse, 34 ans, qui a quitté la RDC en août 2002. « J'étais en dernière année d'agronomie à Kinshasa, raconte-t-il. Je militais contre [Joseph] Kabila. Mes amis ont été arrêtés. J'ai appris que j'étais recherché et j'ai traversé le fleuve pour Brazzaville. Je ne suis même pas repassé chez moi dire au revoir à ma petite fille ni prendre mes affaires. A l'époque, l'idée d'aller en Europe ne m'effleurait même pas. »
« Nous ne pouvons pas revenir chez nous les bras ballants après avoir laissé filer tout notre capital »
Depuis trois ans, Alphonse patiente. Après quelques aventures qui l'ont conduit, d'un « plan » à l'autre, du Nigeria à l'Algérie, il a établi sa base à Oujda, même s'il repart quelquefois en forêt tenter le passage par les enclaves, ou en Algérie pour travailler. Il rapporte avoir vécu plus de trente refoulements, dont deux après avoir réussi à entrer à Melilla : « On te prend tout, ton portable, ton argent. Puis on te jette comme ça dans le désert ; ça, c'est l'humiliation de la peau noire. » Aujourd'hui, il aide des étudiants marocains qui suivent un cursus scientifique, corrige, saisit et édite leurs mémoires de fin d'année.
Alphonse continue à militer pour une autre RDC via Internet, mais aussi pour les droits des migrants au Maroc. « Ici, nous vivons dans la terreur. Moi, je suis devenu insomniaque. Je m'attends toujours à une descente de police. On nous vole, on nous tape, on nous enferme à huit cents dans une pièce où on ne peut pas respirer. Tout ce que je demande, c'est le droit d'avoir des droits. »
Très populaire dans le quartier de l'université, Gustave a établi son « bureau » dans un cybercafé. Il joue aussi le rôle d'intermédiaire pour les ONG, qui n'arrivent plus à sécuriser la distribution de l'aide humanitaire aux migrants. « Je me bats pour que tout le monde soit servi à égalité, dit-il. Il y a parmi nous des leaders négatifs qui visent les poches des autres. Hier, j'ai été giflé par l'un d'eux, mais ça ne veut pas dire que je vais me fatiguer. »
En ce début de printemps, l'ambiance sur le campus est plus que tendue. La saison des passages (avril-septembre) approchant, les affaires reprennent. Deux chairmen (présidents) nigérians s'affrontent pour contrôler la place. « Il y a quelques années, les leaders étaient des intellectuels. On a eu un prof d'économie, un pédiatre. Ils géraient le campement en sages, témoigne un humanitaire. Mais, plus les années passent, plus les gens sont désespérés, et plus le régime se durcit. Maintenant, ceux qui s'imposent sont les plus violents. » Une petite minorité d'hommes gèrent les filières, rackettent les plus faibles et terrorisent les récalcitrants. Ils servent également de base arrière aux bandes de pillards qui écument la zone frontalière. On comprend pourquoi plusieurs centaines de migrants préfèrent éviter le campus et se cacher, aux alentours, dans des fermes abandonnées et des abris de fortune dans les bois.
Ali est de ceux-là. « Je suis venu ici pour me reposer, dit ce jeune Gambien de 24 ans qui s'exprime dans un anglais parfait. Je suis fatigué et je réfléchis. J'ai quitté mon pays le 15 juillet 2005. Jusqu'en 2004, tout allait bien. Mon oncle me payait mes études d'économie à l'université de Banjul. Puis il est mort et, comme personne ne pouvait m'aider, j'ai dû abandonner la fac. J'ai travaillé un peu dans une entreprise de transfert d'argent mais, au bout de deux mois, le bureau a fermé. Avec l'argent que j'avais gagné, j'ai fait une formation en informatique parce que j'aime trop les études. Je voulais continuer. Un ami m'a dit qu'en Europe ce serait possible. Je n'avais qu'à partir avec lui. »
Seydou a rassemblé 500 euros, qui l'ont mené au Maroc, via le Sénégal, le Mali et l'Algérie. « J'ai participé à l'attaque massive du grillage de Melilla à l'automne 2005, poursuit-il. Mais j'ai reçu une balle en plastique dans le genou. Les Espagnols m'ont capturé et renvoyé au Maroc. J'ai été refoulé sur Oujda avant de repasser du côté algérien, à Maghnia. Il fallait que je reste immobile à cause de mon genou. Comme je parle bien l'arabe, des Algériens m'ont aidé. Des islamistes m'ont emmené et hébergé à Alger, où je suis resté pendant trois mois. Mais ces gens-là sont surveillés par la police. Un jour, j'ai été arrêté, puis relâché. Un islamiste m'a donné 100 euros et m'a demandé de partir. Je suis revenu dans les forêts du Maroc. »
« Avec quatre autres gars, on a réattaqué le grillage de Melilla. Il y en a deux qui sont passés, mais moi j'ai été attrapé et encore refoulé à la frontière algérienne du côté d'Oujda en décembre 2006. Avec mon genou qui est abîmé, je dois renoncer à attaquer le grillage. Il faut que je trouve de l'argent pour tenter le passage autrement. Je ne vois pas de place pour moi en Afrique. » « Nous ne pouvons pas rentrer chez nous bras ballants après avoir laissé filer tout notre capital, renchérit l'un de ses compagnons, un jeune Camerounais de 22 ans. Moi, je vais rester là jusqu'à trouver ma solution. »
Si la route d'Oujda a de nouveau une certaine cote, c'est que des filières inédites se sont développées. En réalité, pour les migrants, tout est question de moyens. Pour passer, il faut avoir de l'argent d'abord, de la chance ensuite. L'attaque du grillage des enclaves espagnoles, souvent vouée à l'échec, n'est que la voie des pauvres. Pour ceux qui disposent de 1 000 euros, la nouvelle route du Rif (depuis les côtes nord-est du Maroc jusqu'à la zone d'Almería, en Espagne) peut les valoir, s'ils tombent sur un passeur honnête et une mer clémente.
Pour le même prix, on peut aussi tenter d'entrer à Ceuta ou Melilla, caché dans une voiture ou un camion. « Ces enclaves sont des fiefs de la contrebande : drogue, cigarettes, etc. Le trafic de migrants n'en est qu'un parmi d'autres », rappelle un humanitaire. A Melilla, les migrants asiatiques arrivés via l'Afrique et le Maroc sont aujourd'hui plus nombreux que les Subsahariens. « Ils payent très cher au départ, jusqu'à 10 000 dollars par personne, et ont des filières bien structurées. »
Mais c'est dans les villes de la côte atlantique que la plupart des personnes en transit à Oujda vont se rendre. « On observe deux grandes tendances depuis les événements de Ceuta et Melilla », explique M. Javier Gabaldón, coordinateur de MSF au Maroc. La première est la sédentarisation des migrants, la seconde la montée de l'intensité des violences dont ils sont victimes, y compris de la part des leurs : près de 30 % des violences sont imputables aux trafiquants africains, contre 35 % aux forces de sécurité marocaines et 31 % aux délinquants marocains. « Nous constatons aussi une croissance très préoccupante des cas de violences sexuelles lors des refoulements », dit-il.
« En Algérie, quand on te rafle, tu glisses à des milliers de kilomètres »
Près de 80 % des quelque dix mille migrants africains au Maroc sont regroupés à Rabat et, dans une moindre mesure, à Casablanca. La capitale du royaume est devenue le quartier général des filières et une étape obligée avant El-Ayoun et le départ pour les Canaries. Les Africains y vivent dans des appartements loués deux fois le prix du marché, et ils sont agressés s'ils ne payent pas. Chaque communauté a son quartier de prédilection, son chef, sa loi, ses réseaux. « Les nouveaux font vivre les anciens, explique Mme Gwenaëlle de Jacquelot, de Caritas, une ONG catholique qui gère un centre d'accueil pour les migrants. Quand on arrive dans un logement, il faut payer un droit de ghetto de 50 euros. » Comme les migrants n'ont pas accès à l'emploi, ils développent une économie informelle de survie.
« Tout est très organisé et le devient de plus en plus », explique M. Pierre Tainturier, de Médecins du monde. Les chairmen encaissent des revenus importants. Ils gèrent leur groupe et les transactions de leurs « protégés » avec les connection men, ces hommes-clés qui disposent de tous les contacts nécessaires, y compris dans la police ou l'armée, pour organiser le passage.
Pour financer l'attente et amasser de quoi partir, les autres migrants se débrouillent comme ils peuvent. Certains reçoivent de l'argent de la famille restée au pays. D'autres mendient, tiennent un étal de légumes ou de vêtements. Et puis, il y a les trafics : fausse monnaie, maisons de passe, faux papiers.
Dans ce système de plus en plus dur, la vie est un enfer pour les plus vulnérables. A commencer par les femmes, presque toutes condamnées à se vendre pour un toit ou une pièce de 10 dirhams (moins de 1 euro). « Nous avons quitté le pays parce que ça n'allait pas, explique Françoise, une Congolaise de 29 ans arrivée en 2004. Mais nous n'avons pas voulu cette vie. A tout moment, on nous chasse, on nous jette à Oujda, on nous viole. Il faut toujours courir derrière un homme, qui te demande ton corps en échange. Après, il te donne la grossesse ou la maladie [le sida]. Dieu seul sait quand on va quitter cette misère. »
Le parcours de Françoise est un calvaire tragiquement banal pour une femme migrante. « J'ai quitté la RDC en 2001 à cause de la situation politique. J'avais 21 ans. Mon père était militaire de Mobutu. Quand Kabila a pris le pouvoir, il a été envoyé dans le Nord à Kisangani. Un jour, les rebelles ont attaqué son camp et réquisitionné les armes. Mon père est passé de leur côté. Alors, Kabila s'est vengé. Il a envoyé ses hommes chez nous à Kinshasa. Ma mère a été violée sous mes yeux. Ma tante a été tuée. Moi, j'ai fait une crise et je me suis retrouvée paralysée d'un côté. Des voisins m'ont emmenée à l'hôpital, où j'ai passé au moins un an. En sortant, j'ai appris que ma famille était allée à Brazzaville. Ma mère avait laissé de l'argent pour moi à un ami. Je l'ai pris et je suis partie à sa recherche. »
Françoise n'a jamais retrouvé sa famille. Elle l'a cherchée jusqu'au Cameroun, où elle a été aspirée vers le nord par les filières. « Je ne connaissais personne et j'étais obligée de continuer, dit-elle. Au Niger, un monsieur nous a entassés dans une Jeep. Il y avait des Maliens, des Nigérians et seulement deux autres femmes, dont une avec un enfant. On est partis, mais le chauffeur nous a laissés au milieu du désert. Au loin, on voyait les lumières de Djanet, en Algérie. »
« Des hommes ni blancs ni noirs sont venus. Ils nous ont tout pris et nous ont violées, moi et les autres femmes. Je me suis mise à vomir du sang, à étouffer. Mais il fallait continuer. On est partis à pied jusqu'à Djanet, où des frères m'ont laissée à l'hôpital. » Françoise y rencontre une Algérienne qui prend soin d'elle. « Elle habitait à Alger et m'a fait remonter avec elle. Je faisais son ménage et l'aidais dans son salon de coiffure. Elle me payait et me traitait bien. J'ai fait une année comme ça, et j'ai décidé d'aller au Maroc. A l'époque, en 2004, le Maroc était plus sûr pour les sans-papiers. En Algérie, quand on te rafle, tu glisses à des milliers de kilomètres. »
« En 2005, les hommes sont partis attaquer le grillage à Ceuta. Moi, je ne pouvais pas. Avec un groupe, on a choisi de contourner l'enclave de nuit par la mer. Des guides marocains te donnent des chambres à air où tu t'accroches, et eux ils nagent en tirant trois personnes reliées par des cordes. Mais mon guide a eu un coup de froid et m'a lâchée. Je suis restée cinq heures dans l'eau glacée. Un jeune Camerounais s'est noyé sous mes yeux. Finalement, des pêcheurs sont venus nous sauver au petit matin. »
Après avoir encore passé plusieurs semaines traquée dans la forêt, Françoise a finalement suivi son groupe à Rabat. « On a marché pendant vingt jours en se cachant. Je suis arrivée ici le 24 février 2006. » Aujourd'hui, Françoise se débrouille seule, évite les hommes et les mafias. Elle loge dans un coin de la cuisine d'une femme marocaine qui lui prend 150 dirhams par mois (14 euros). Pour vivre, elle compte sur les associations, les églises et le peu d'argent que lui rapportent ses talents de coiffeuse clandestine.
Françoise fait également partie des demandeurs d'asile reconnus par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Depuis l'ouverture de son bureau à Rabat début 2005, le HCR a enregistré en moyenne cent demandes d'asile par mois, essentiellement de Congolais (RDC) et d'Ivoiriens. Jusqu'ici, il a accordé le statut de réfugié à moins de quatre cents personnes, affichant un taux de reconnaissance de 17 %.
Pourtant, c'est davantage à sa discrétion qu'à son statut théoriquement protecteur que Françoise doit d'avoir échappé aux coups de filet policiers. Car le Maroc, qui met en avant ses graves déficits sociaux, ne veut pas entendre parler d'instaurer un droit d'asile sur son sol, comme le lui demandent le HCR et l'Union européenne. Résultat, les réfugiés n'ont droit ni à la carte de séjour ni au permis de travail qui leur permettraient de reconstruire leur vie au Maroc, à défaut d'atteindre l'Europe. Pis, ils sont régulièrement pris dans des rafles et refoulés à la frontière algérienne, malgré la loi 02-03 et la convention de Genève censées les protéger.
Pour M. Mohamed Kachani, juriste, il est plus que temps de rompre avec l'obsession sécuritaire et de considérer la problématique des migrations dans sa globalité. Il faut « agir au niveau des causes fondamentales », dit-il. Pour cela, le premier impératif serait de s'atteler sérieusement à sortir l'Afrique de la crise où elle s'enfonce.
Avant de tenter la traversée vers l'eldorado européen sur des embarcations de fortune, ils brûlent leurs vaisseaux... ou plutôt leurs documents d'identité. Le photographe Thomas Chable, qui les a suivis, a aussi gravé sur la pellicule ces étranges testaments, dessinés sur les tiroirs de leur dernier hôtel à Ceuta.
Le Monde Diplomatique - Sophie Boukhari
Publié par KJEMMAH à 03:05:29 dans News | Commentaires (1) | Permaliens
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