ALWATAN ALGER 20 AVRIL 2006Publié par KJEMMAH à 01:57:18 dans Sélection presse | Commentaires (0) | Permaliens
ALWATAN ALGER 20 AVRIL 2006 « Même si ton père TE fait du stop... ! »« C’était le grand vide. Quand je voyais de la poussière au loin sur la route vers Amguid, j’étais content : un camion. Mais souvent ce n’était que du vent », raconte ammi Boudjemâa qui a cédé la station essence à l’APC au bout de douze ans de galère au quart de son prix réel : « en tout, j’ai perdu un milliard et demi de centimes. » La station est toujours là. Pas le pompiste. « Et voilà, y’a personne à la pompe. Il faut l’attendre. Il est peut-être parti faire un tour dans les environs, fait la sieste ou je ne sais quoi », râle notre compagnon chauffeur. « Et depuis, j’ai ouvert une épicerie avant de déposer bilan... Les gens ici gagnent 5000 dinars, et ils font des courses pour 6000. Beaucoup de pauvreté dans ces régions », soupire ammi Boudjemaâ. « A part partir trimer dans les bases à In Amenas, faire le guide ou le chauffeur pour une agence de tourisme ou trouver un petit commerce, y pas grand-chose. Qui va rester pour faire paître les chèvres ? », dit-on à Djanet, capitale du Tassili, vitrine urbaine de la confédération tribale des Kel Ajjer, dont la nouvelle digue se promet de protéger ce joyeux de la colère de l’oued. Djanet accueille ses hôtes de partout : touristes, clandestins, commerçant de l’Est, routiers de passage, chasseurs de prime autrichiens, appelés militaires au bout de leurs vingt ans, fonctionnaires, européennes mariées à des Touareg, contrebandiers aux larges épaules, Mozabites tenants de riches échoppes, etc. Belgacem Essoufi, la trentaine, originaire de Oued Souf, chauffeur de 4X4 adroit et audacieux, caresse son véhicule avec l’amour du chevalier pour sa noble monture. « Il connaît sa Toyota pièce par pièce », dit, admirateur, Djemî, un autre chauffeur, de Hassi Messaoud. « J’aime travailler ici. C’est tranquille et on rencontre beaucoup de gens différents. J’ai appris un peu l’anglais, l’espagnol et l’italien avec les touristes », dit Essoufi. Les chauffeurs-guides se connaissent et ne sont pas avares de conseils : « Si tu croises un véhicule dans l’après-midi, fait lui un appel de phare. Si le conducteur en face ne répond pas, serre à droite, car les gens ont tendance à somnoler sur leur volant quand le soleil tape. » De Djanet à Tamanrasset, de In Salah à Ouargla, ces chauffeurs sillonnent le désert, coincés entre la canicule et les bandits des grands espaces. « Dès que tu quittes une ville, tu roules à toute vitesse, tu ne t’arrêtes sous aucun prétexte, même si ton propre père te fait du stop », conseille l’un des conducteurs qui raconte avoir été poursuivi une fois par des bandits. « Ils garent leurs puissants 4X4 en bord de route, cachés derrière une dune, puis te prennent en chasse, et parfois fois ils tirent sur les roues. Il faut rouler vite, ne pas paniquer », poursuit-il. Que pensent les néo-méharistes de Mokhtar Belmokhtar (MBM), dit Belaouar, le borgne, alias Khaled Abou El-Abès, présenté comme chef d’une bande de voleurs de 4X4 et comme « émir » terroriste ? « Lui au moins, il ne s’attaque qu’aux entreprises publiques. Sa bande oblige le conducteur à s’arrêter, le laisse tranquille, prend le véhicule, le ‘‘désosse’’ pour revendre les pièces détachées et acheter un nouveau 4X4 au Mali ou ici. Point important : ce ne sont pas des assassins », raconte un routier adossé sur sa Toyota devant la place du marché de Djanet qui râle par contre, contre la rareté organisée du mazout, comme c’est le cas à Tindouf ou à Tamanrasset. « Tu promènes des touristes en ne pensant qu’au mazout. Eux ils ont payé une prestation, ils se moquent des décisions du gouvernement », poursuit-il. Les autorités opèrent le rationnement pour limiter, disent-ils, la contre-bande du fioul vers le Mali, le Niger ou le Maroc. Frauduleusement, l’on exporte du carburant et on « importe » cigarettes, drogues et armes. « Comment voulez-vous faire du tourisme lorsque l’Etat ne suit pas. Les Algériens préfèrent passer leurs vacances en Tunisie ou en Grèce plutôt que de venir à Djanet. Avec 27 000 dinars le billet d’avion Alger-Djanet (deux vols par semaine, l’un transitant par Ouargla et l’autre par Ghardaïa, environs trois heures de vol), rares sont les nationaux qui viennent », regrettent des patrons d’agence de tourisme, dont le jeune Ahmed Khirani à la tête notamment de l’hôtel Ténéré-village, ouvert en 1992. « On fera du tourisme, réellement, lorsque le policier, le douanier, le porteur ne feront plus la gueule aux étrangers à l’aéroport. On fera réellement du tourisme, lorsque le ministère nous entendra, lorsque les banques suivront ainsi que les autorités locales, quand il y aura moins de bureaucratie », résume Ahmed, qui a fait des études en tourisme et hôtellerie et qui a fréquenté l’USTHB de Bab Ezzouar à Alger. Dans son hôtel, à 5 kilomètres de la ville de Djanet sur la route de l’aéroport, vingt- deux touristes japonais, visiblement retraités, s’installent avant d’entamer un circuit d’une journée au Tassili. En dix jours, il devront faire le tour des sites algériens inscrits au patrimoine universel, nous explique Chafika, la vingtaine, de l’agence Chèche Tour basée au Mali. Depuis octobre 2005, douze groupes de japonais ont fait des séjours en Algérie. « La catastrophe ? C’est l’état des hôtels, et Air Algérie avec ses prix et ses retards », regrette Chafika. Autre difficulté : les vénérables nippons demandent systématiquement le nombre d’habitants de la ville où ils se trouvent, or les statistiques sont aussi rares qu’un bureaucrate affable. Les touristes japonais ont découvert l’offre Algérie grâce aux foires de tourismes mondiales organisées au Pays du Soleil levant. Sinon, « aucune présence de l’Algérie dans des guides à audience internationale », indique Chafika, d’origine algéro-espagnole, qui vient de placarder sur une porte du restaurant de l’hôtel un plan du circuit autour de Djanet parsemé d’idéogrammes nippons. « Avec la bouffe ça se passe bien. Les japonais exigent que le plat soit chaud et veulent, pour le petit-déjeuner, des œufs, des fruits et du thé », explique la jeune guide qui refuse de donner le montant du circuit. Mais ces touristes arrivent rarement là où même l’Etat central peine à pénétrer : monter 200 kilomètres vers le carrefour d’Ihrir, couper plein ouest pour traverser une piste de 220 kilomètres en territoire jupitérien, passer devant les gravures rupestres détériorées à Houcher dans le plateau de Tasset, s’incliner devant le pic d’Adredj et la montagne scindée en deux d’Inadh dont les Touareg expliquent la forme par le cri que la montagne a poussé lorsque le mont Mezriren a atteint Adredj avec une ballâ (lance), pour arriver dans la vallée de Tamadjert (« T’madjert », corrige le guide Yahia) et nager dans l’édenique guelta Timadouendi, à l’abri des roches gravées par des hommes il y a des milliers d’années. Des hommes qui ont immigré depuis dans l’histoire humaine et l’espace lybique sans se faire traiter de « clandestins », de « trafiquants de drogue » ou de « sidéens » en puissance.
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Publié par KJEMMAH à 01:46:04 dans Sélection presse | Commentaires (8) | Permaliens
TELQUEL MAROC
A Khouribga, on rêve d'Italie. Alors on fait confiance à des rabatteurs, à des passeurs, tous peu scrupuleux. Puis, contrat de travail bidon en poche, on vient s'entasser devant le consulat d'Italie, dans l'attente du visa…
Dans la cohue qui anime les abords du consulat d'Italie, dans le très chic quartier Gauthier de Casablanca, un jeune candidat à l'émigration pour le pays de Berlusconi, de Baggio et des spaghettis, jubile de bonheur. Après une journée d'attente épuisante, il semble, d'un coup, avoir retrouvé toutes ses forces et tient à annoncer vite la grandePublié par KJEMMAH à 03:33:03 dans Sélection presse | Commentaires (455) | Permaliens
"Le h’rig est une soupape pour le système"| Antécédents | Khalil Jemmah (Militant associatif, fondateur de l'AFVIC) |
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Smyet bak ? Salah Ben Mohamed. L’agent OCP 94521 ? Exactement. L’agent qui a purgé 29 ans de sa vie à l’OCP. 29 ans de soumission dans un régime militaire. Calmez-vous Si Jemmah, c’est grâce à ce régime que votre papa a fait de vous un grand assureur aujourd’hui ! Ça pouvait se faire sans la soumission. Une entreprise qui se respecte doit privilégier la motivation et le mérite plutôt que la servitude et la sanction. Ou n’ta malek ? Le 4 décembre 1970, ma mère, enceinte, s’est présentée à la clinique OCP pour accoucher. On lui a alors demandé le grade de son mari pour lui allouer la chambre qui sied à son rang social. C’est le premier acte de discrimination sociale dont j’ai été victime. Portez plainte ! C’est une action que nous coordonnons avec différentes associations de droits de l’enfant. La démarche de l’OCP est contraire à la déclaration universelle des droits de l’enfant, dont le Maroc est signataire. Cette dernière stipule qu’un enfant ne doit pas subir de discrimination à cause des activités de ses parents. Smyet mok ? Khadija Scadi. Nimirou d’la carte ? Q 142 360. Un assureur prospère à la tête d’une association de harraga, ça fait louche… Qu’est-ce qui vous fait courir ? La peur que mes filles aient, un jour, besoin de faire leur vie ailleurs, loin de moi - comme plusieurs membres de ma famille - ou de périr au large comme ces milliers de jeunes chaque jour. C’est un sentiment de hogra qui me fait courir, une ferme volonté de changer les choses, de parler au nom des morts. L’État a récemment lancé une campagne contre l’émigration clandestine, y avez-vous pris part ? Non et c’est malheureux. Pourtant, les membres de l’AFVIC sont des experts agréés auprès du Conseil de l’Europe, qui les consulte régulièrement. C’est une campagne qui se trompe de message. Elle veut faire peur aux candidats, mais ça ne sert à rien, ils sont tous conscients du risque. Il faut, au contraire, leur donner de l’espoir. Que le pays n’offre peut-être pas finalement… Ce sont les ambitieux qui partent. Le h'rig est une soupape de sécurité pour le système. Il faut peut-être bloquer cette soupape et pousser les gens à réclamer leurs droits, à se bouger, au lieu de partir. Le système encourage le h’rig ? L’émigration est la première source de revenus du pays, mais c’est de l’argent stérile. Les nouvelles générations n’envoient plus autant. Comment fera-t-on dans 50 ans, sans l’argent des émigrés ? C’est un modèle économique dangereux. Vous montez une école privée qui prétend faire de l’économie sociale, c'est nouveau, ça ! C’est un centre de formation de militants économiques, d'opérateurs qui, nous l'espérons, investiront dans leur région. Comme nous n’arrivions pas à avoir de fonds, nous avons dû mobiliser des fonds privés. C'est une initiative de l'AFVIC. Il ne manquait plus que ça, demander à des bailleurs de fonds associatifs de financer une affaire privée ! Ce n’est pas une affaire privée. Les étudiants qui ne peuvent payer les frais de scolarité, d'environ 300 DH par mois, ne le font pas. Les écoles privées de commerce coûtent 10 fois plus cher ! Si demain vous rencontrez le roi, que lui demanderez-vous ? Ce que les morts auraient aimé lui demander : nous soutenir pour faire du Maroc un espace de réalisation et des Marocains des citoyens de plein droit. Des sujets non ? Nous revendiquons le statut de citoyen ? |
Publié par KJEMMAH à 03:10:39 dans Best Of | Commentaires (4) | Permaliens
(DR) |
| Vous défendez les clandestins, hier Marocains, aujourd’hui Subsahariens. Que pensez-vous du drame que ces derniers vivent aux frontières maroco-espagnoles et maroc-algériennes ? Entendons-nous bien, le Maroc, comme tous les états du Sud, est juste un pays de transit. Il est à ce titre victime du phénomène. Et quand ce n’est pas le Maroc, c’est l’Algérie ou la Tunisie. Le royaume a été victime de pressions étrangères, et c’est la réaction des sécuritaires qui a été à l’origine du drame. Rien ne justifie que l’on jette des êtres humains dans le désert. A fortiori quand on sait que les frontières maroco-algériennes sont fermées. C’est comme si on envoyait les gens à la mort, tout simplement.. N’est-ce pas, aussi, une faillite des politiques marocains ? |
| Les politiques ont été absents, comme d’habitude. Seule la société civile essaie de faire contre-poids aux sécuritaires. Mais les conséquences restent avant tout politiques. Nous avons alerté nos autorités du risque qu’il y a à abandonner les clandestins (récupération par la Minurso, par le Polisario ou l’Algérie). Mais rien n’a été fait. Disposez-vous d’un bilan des pertes humaines dans les rangs des clandestins ? Il n’y a aucun bilan officiel, mais nos estimations font état d’au moins trente immigrés morts de soif et d’épuisement dans le désert marocain. |
Publié par KJEMMAH à 03:04:44 dans Entretien Khalil JEMMAH | Commentaires (8) | Permaliens
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