TELQUEL MAROC
A Khouribga, on rêve d'Italie. Alors on fait confiance à des rabatteurs, à des passeurs, tous peu scrupuleux. Puis, contrat de travail bidon en poche, on vient s'entasser devant le consulat d'Italie, dans l'attente du visa…
Dans la cohue qui anime les abords du consulat d'Italie, dans le très chic quartier Gauthier de Casablanca, un jeune candidat à l'émigration pour le pays de Berlusconi, de Baggio et des spaghettis, jubile de bonheur. Après une journée d'attente épuisante, il semble, d'un coup, avoir retrouvé toutes ses forces et tient à annoncer vite la grandePublié par KJEMMAH à 03:33:03 dans Sélection presse | Commentaires (417) | Permaliens
"Le h’rig est une soupape pour le système"| Antécédents | Khalil Jemmah (Militant associatif, fondateur de l'AFVIC) |
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Smyet bak ? Salah Ben Mohamed. L’agent OCP 94521 ? Exactement. L’agent qui a purgé 29 ans de sa vie à l’OCP. 29 ans de soumission dans un régime militaire. Calmez-vous Si Jemmah, c’est grâce à ce régime que votre papa a fait de vous un grand assureur aujourd’hui ! Ça pouvait se faire sans la soumission. Une entreprise qui se respecte doit privilégier la motivation et le mérite plutôt que la servitude et la sanction. Ou n’ta malek ? Le 4 décembre 1970, ma mère, enceinte, s’est présentée à la clinique OCP pour accoucher. On lui a alors demandé le grade de son mari pour lui allouer la chambre qui sied à son rang social. C’est le premier acte de discrimination sociale dont j’ai été victime. Portez plainte ! C’est une action que nous coordonnons avec différentes associations de droits de l’enfant. La démarche de l’OCP est contraire à la déclaration universelle des droits de l’enfant, dont le Maroc est signataire. Cette dernière stipule qu’un enfant ne doit pas subir de discrimination à cause des activités de ses parents. Smyet mok ? Khadija Scadi. Nimirou d’la carte ? Q 142 360. Un assureur prospère à la tête d’une association de harraga, ça fait louche… Qu’est-ce qui vous fait courir ? La peur que mes filles aient, un jour, besoin de faire leur vie ailleurs, loin de moi - comme plusieurs membres de ma famille - ou de périr au large comme ces milliers de jeunes chaque jour. C’est un sentiment de hogra qui me fait courir, une ferme volonté de changer les choses, de parler au nom des morts. L’État a récemment lancé une campagne contre l’émigration clandestine, y avez-vous pris part ? Non et c’est malheureux. Pourtant, les membres de l’AFVIC sont des experts agréés auprès du Conseil de l’Europe, qui les consulte régulièrement. C’est une campagne qui se trompe de message. Elle veut faire peur aux candidats, mais ça ne sert à rien, ils sont tous conscients du risque. Il faut, au contraire, leur donner de l’espoir. Que le pays n’offre peut-être pas finalement… Ce sont les ambitieux qui partent. Le h'rig est une soupape de sécurité pour le système. Il faut peut-être bloquer cette soupape et pousser les gens à réclamer leurs droits, à se bouger, au lieu de partir. Le système encourage le h’rig ? L’émigration est la première source de revenus du pays, mais c’est de l’argent stérile. Les nouvelles générations n’envoient plus autant. Comment fera-t-on dans 50 ans, sans l’argent des émigrés ? C’est un modèle économique dangereux. Vous montez une école privée qui prétend faire de l’économie sociale, c'est nouveau, ça ! C’est un centre de formation de militants économiques, d'opérateurs qui, nous l'espérons, investiront dans leur région. Comme nous n’arrivions pas à avoir de fonds, nous avons dû mobiliser des fonds privés. C'est une initiative de l'AFVIC. Il ne manquait plus que ça, demander à des bailleurs de fonds associatifs de financer une affaire privée ! Ce n’est pas une affaire privée. Les étudiants qui ne peuvent payer les frais de scolarité, d'environ 300 DH par mois, ne le font pas. Les écoles privées de commerce coûtent 10 fois plus cher ! Si demain vous rencontrez le roi, que lui demanderez-vous ? Ce que les morts auraient aimé lui demander : nous soutenir pour faire du Maroc un espace de réalisation et des Marocains des citoyens de plein droit. Des sujets non ? Nous revendiquons le statut de citoyen ? |
Publié par KJEMMAH à 03:10:39 dans Best Of | Commentaires (3) | Permaliens
(DR) |
| Vous défendez les clandestins, hier Marocains, aujourd’hui Subsahariens. Que pensez-vous du drame que ces derniers vivent aux frontières maroco-espagnoles et maroc-algériennes ? Entendons-nous bien, le Maroc, comme tous les états du Sud, est juste un pays de transit. Il est à ce titre victime du phénomène. Et quand ce n’est pas le Maroc, c’est l’Algérie ou la Tunisie. Le royaume a été victime de pressions étrangères, et c’est la réaction des sécuritaires qui a été à l’origine du drame. Rien ne justifie que l’on jette des êtres humains dans le désert. A fortiori quand on sait que les frontières maroco-algériennes sont fermées. C’est comme si on envoyait les gens à la mort, tout simplement.. N’est-ce pas, aussi, une faillite des politiques marocains ? |
| Les politiques ont été absents, comme d’habitude. Seule la société civile essaie de faire contre-poids aux sécuritaires. Mais les conséquences restent avant tout politiques. Nous avons alerté nos autorités du risque qu’il y a à abandonner les clandestins (récupération par la Minurso, par le Polisario ou l’Algérie). Mais rien n’a été fait. Disposez-vous d’un bilan des pertes humaines dans les rangs des clandestins ? Il n’y a aucun bilan officiel, mais nos estimations font état d’au moins trente immigrés morts de soif et d’épuisement dans le désert marocain. |
Publié par KJEMMAH à 03:04:44 dans Entretien Khalil JEMMAH | Commentaires (8) | Permaliens
Pourquoi partent-ils tous ?
MAROC - 27 février 2005 - par PAR JACQUES BERTOIN
Trois millions de Marocains sont aujourd'hui expatriés
: 86 % d'entre eux dans les pays de l'Union
européenne, 9 % dans le monde arabe et 5 % en
Amérique. Ce sont donc plus de trois millions de
personnes qui ont été déposées sur « l'autre rive »
après s'être laissé emporter par les « flux
migratoires », expression contemporaine désignant un
immémorial exil. Un Marocain sur dix, au moins, vit
aujourd'hui à l'étranger. Et chaque année, ce sont
encore plus de 100 000 candidats au départ qui se
mêlent aux touristes dans les ports et les aérogares
du Maroc, pour ne pas dire sous les camions et sur ses
plages. Aucun grand pays, dans l'Histoire, n'a subi
une hémorragie d'une telle importance, sur une aussi
longue période.
Changer de lieu, faute de pouvoir changer le monde.
Parfois au péril de sa vie. Pour ne pas revenir. Sauf
en vacances, quand les circonstances s'y prêtent. Ou
en rêve. Parce qu'on n'a pas oublié, quand on est «
là-bas », qu'on sera toujours « d'ici », parce qu'on a
conservé sa nationalité d'origine, qu'on n'a pas rompu
les liens avec la famille, que résonnent encore les
rumeurs de la médina et qu'on a, sur la langue, le
goût du tajine ou du thé à la menthe...
Concernant les premières vagues de l'émigration, on
peut encore comprendre : l'Occident, qui avait besoin
de chair à canon pour ses guerres et d'ouvriers pour
ses usines, a jeté ses filets sur des populations
démunies, raflées dans les villages du Sud avec la
complicité de rabatteurs locaux. Plus tard, la misère
des agriculteurs victimes de la sécheresse, le chômage
des jeunes que l'exode rural a jetés dans les rues des
villes, la répression policière qui sévissait durant
les « années de plomb », le sous-équipement des
hôpitaux, le manque de maîtres dans les écoles
publiques et plus généralement le différentiel de
richesse existant entre le Maroc et l'Europe prospère
des « Trente Glorieuses » se sont chargés d'alimenter
une émigration qui n'a pas faibli malgré la fermeture
progressive des portes de la « forteresse Schengen ».
Mais aujourd'hui ? Incontestablement, plusieurs de ces
causes subsistent. Toutefois, elles ne sauraient
suffire à elles seules à justifier la persistance
d'une telle pression migratoire. Comment expliquer en
effet, dans un pays jouissant désormais, au contraire
de tant d'autres, d'une paix civile durable, où la
population bénéficie d'une liberté d'expression
enviable, où le débat démocratique s'est largement
ouvert et où tous les indicateurs économiques ne sont
pas dans le rouge, que le désir d'émigrer y confine
encore si souvent à l'obsession ? Parmi les jeunes de
moins de 30 ans interrogés en 2001 par l'AFVIC
(Association des familles et victimes de l'immigration
clandestine), la quasi-totalité de ceux ne disposant
pas d'un revenu stable (94 %), la plupart des lycéens
(82 %) et une majorité d'étudiants (54 %) ont déclaré
qu'ils avaient « l'idée d'aller vivre en Europe ».
Une autre manière de nommer ce « syndrome du départ »
qui frappe désormais, au Maroc, l'ensemble de la
population. Non seulement les plus défavorisés, mais
aussi les coeurs à prendre, la classe moyenne des
diplômés (il est bien connu que les ingénieurs
informaticiens de l'École Mohammedia se sont exilés
par promotions entières), voire les négociants nantis
qui vendent leurs biens avant de s'expatrier, les
intellectuels et les artistes qui s'en vont donner
ailleurs la pleine mesure de leur talent ou les
professeurs qui occupent au Canada les chaires des
universités francophones.
Qu'ont-ils, ceux-là, qui les pousse à fuir à tout prix
la terre où ils sont nés ?
Moins telle ou telle raison objective que des
sentiments, à commencer par cette conviction qu'une
unique clé, le visa, est susceptible de déverrouiller
leur vie dans une société marocaine à jamais bloquée.
La culture de l'émigration se nourrit de toutes les
peurs - l'inévitable triomphe des islamistes, sinon le
chaos annoncé d'une explosion sociale -, de tous les
fantasmes - avivés sans répit par les télé-réalités
étrangères -, de toutes les rancoeurs - vis-à-vis
d'une hiérarchie injuste, ou seulement d'un rival
chanceux - et de toutes les humiliations subies au
pays du « Makhzen ».
En fin de compte, c'est la singularité marocaine
elle-même qui alimente les départs, conçus non plus
comme le passage d'un territoire à un autre, mais
comme la fuite hors d'un espace clos vers un ailleurs
supposé sans limites. Un horizon bordé par la mémoire,
les retours estivaux et une bonne conscience qui se
mesure en devises... Par Jacques Bertoin
Publié par KJEMMAH à 02:47:58 dans Sélection presse | Commentaires (0) | Permaliens
| L'Economiste Avril 2006 |
| · Des victimes par centaines à Khouribga, Kelaâ des Sraghna et Béni Mellal · Véritable plaque tournante de l’émigration clandestine «Moi aussi, si je trouve un moyen, je n’hésiterais pas. Je partirais dès demain!». Ce n’est pas un jeune téméraire qui exprime ainsi sa décision à gagner, lui aussi, coûte que coûte, le Vieux Continent. Mais, une jeune veuve de Boujaâd. La trentaine environ, Loubna(1) porte le deuil de son mari même si elle n’a pas encore la confirmation officielle de son décès. A près de deux mois du naufrage de la barque qui transportait son mari avec 35 autres personnes, Loubna attend que sa dépouille soit rapatrié. Dans ce qui tient lieu de salle de séjour dans la maison de sa belle-famille, dans ce vieux quartier de Boujaâd à quelque 50 kilomètres de Khouribga, Loubna raconte son calvaire. Comme d’autres familles de victimes, elle a multiplié les tentatives pour avoir le cœur net sur le décès de son mari. En vain. Hormis les informations glanées auprès des rescapés de ce naufrage, survenu près des côtes espagnoles selon eux le 19 février dernier, rien. Emmitouflée, de pieds en cap, dans ses vêtements blancs de deuil, Loubna fixe obstinément le sol pour cacher ses yeux larmoyants. Elle explique calmement son désir de quitter, elle aussi, pour l’Italie. «J’ai maintenant à charge un fils de 10 ans et qui doit, en plus, être opéré sans tarder de l’œil. Pensez-vous que j’y arriverai avec pour uniques ressources l’aide de ma sœur et de ma belle-sœur résidant en Italie». Et d’ajouter, «figurez-vous que dernièrement mon fils m’a demandé si le passeur ne pouvait pas l’emmener à la place de son père!». Mais plus frappant encore: le cas de ces parents qui consentent à «confier» leurs enfants à des passeurs. L’on trouve de plus en plus de mineurs parmi les people boat potentiels, affirme ce jeune avocat à Khouribga. Le drame, s’indigne-t-il, c’est que leurs parents savent pertinemment que de l’autre côté, leurs enfants vont tomber entre les mains de mafieux qui ne s’embarrasseront d’aucun scrupule pour les enrôler dans les filières de drogue ou de mendicité ou encore de prostitution. «Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse? Oui, mon petit-fils qui n’a pas encore franchi ses 15 ans vient de passer de l’autre côté. Nous n’avons pas d’autre choix”, se lamente cette vieille femme dans ce bidonville de Khouribga, habituée depuis longtemps à tendre la main aux passants. Dans ce bidonville de «Kellala» à Boujaâd, (son nom, Kellala, rappelle l’ancien métier de ses habitants dans la fabrication de jarres en terre cuite), à voir les gens traîner les pieds, il est facile de deviner que tout le monde ici a «migré» mentalement. Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, actifs ou chômeurs… tous sont habités par la même flamme: émigrer dans le Vieux Continent, précisément l’Italie. Un pays qui semble incarner, pour eux, une sorte de «terre promise» où ils doivent parvenir quels que soient le prix et les risques. Cet état d’esprit est, comme le souligne les responsables de l’Association des amis et familles des victimes de l’émigration clandestine (AFVIC), un dénominateur commun entre les habitants de cette plaque tournante d’émigration (Khouribga, Kalaâ des Sraghna et Béni-Mellal), désormais désignée sous le nom évocateur du «triangle de la mort». Ces gens sont convaincus que, pour eux, il n’y pas d’autre choix: «la fortune ou la mort», explique Paco, chargé de la communication à l’Afvic et qui parle en connaissance de cause. D’ailleurs, le surnom Paco qui lui colle désormais est le prénom d’un Espagnol qui, dit-il, l’aurait secouru. Lui aussi a caressé le rêve d’émigrer depuis l’adolescence. Il avait alors 22 ans et avait contraint sa mère, dont il est fils unique, à emprunter la somme nécessaire: 30.000 dirhams. Son rêve a failli tourner à la tragédie suite à un naufrage et sa mère en garde encore des séquelles psychiques. Mais pourquoi veulent-t-ils tous partir? Et pourquoi des parents et familles endeuillés, qui pour la plupart attendent encore le rapatriement des cadavres de leurs fils, consentent-ils à répéter le même «sacrifice» avec d’autres membres? «C’est notre destin, une fatalité», lance philosophiquement un chauffeur de taxi à Khouribga. Comme beaucoup de ses confrères, il est intarissable dès que le sujet de l’émigration est abordé. «Dans ces coins marginalisés, nous sommes tous comme dans une grande salle d’attente où chacun attendrait son tour pour tenter sa chance», dit-il. Pas donc de répit tant qu’on a pas foulé de ses pieds la terre italienne, ajoute-t-il. L’idée s’exacerbe à l’occasion de promesses de régularisation comme quand l’Italie a décidé de le faire pour 4.000 dossiers (quota du Maroc dans le cadre d’un total de 170.000 dossiers à régulariser). Le cas de Mustapha(2), ce fils de Boujaâd de 27 ans est à ce sujet éloquent. A son actif trois tentatives ratées pour gagner l’Europe en empruntant la voie classique pour arriver en Espagne. La dernière lui a valu une fracture de jambe. «Je me suis cassé la jambe en sautant de la remorque du camion où je me cachais». Sans cet accident, déplore ce père d’une fillette de 4 ans, il serait à l’heure qu’il est en Europe. Mustapha qui avoue avoir dépensé jusque-là plus de 120.000 dirhams ne baisse pas les bras. Actuellement, il est en négociation avec un passeur pour un autre essai. «J’ai déjà la somme qu’il faut. Cette fois-ci, c’est plus sûr et moins risqué: j’aurai un contrat». Tant d’acharnement alors que Mustapha n’est pas vraiment dans le besoin: Il vit d’un petit commerce qu’il mène entre Casablanca et Nador. «Mais cela ne marche plus comme avant». C’est aussi ce que pense son frère, Saïd, dont la petite menuiserie ne serait plus aussi rentable que par le passé. En tout cas, pas assez à ses yeux, pour lui permettre de mener le même train de vie que ses anciens collaborateurs et apprentis-menuisiers. «Allez voir tous ces apprentis que je payais parfois moins de 600 dirhams/mois. A peine un an qu’ils sont en Italie, qu’ils roulent déjà dans de luxueuses voitures», lance-t-il avec amertume. Et d’ajouter, «à moins d’émigrer, je ne pourrais jamais accéder à ces belles maisons qui restent fermées à longueur d’année». Le fait qu’il y ait une victime, voire plusieurs dans la famille, comme c’est le cas pour Saïd et Mustapha, ne les empêche pas de tenter l’expérience à plusieurs reprises. Plus que la pauvreté, explique Khalil Jemmah, président de l’Afvic, ce sont, en effet, les success-stories des «anciens» qui expliquent cette ténacité à réussir son projet d’émigration. L’ascension sociale rapide d’anciens migrants fait fantasmer voisins, familles et amis. Normal, puisque, comme le soutient-on, beaucoup, partis de rien, sont parvenus, en peu de temps, à se hisser au plus haut niveau de la hiérarchie sociale. «Certains évoluent aujourd’hui dans le cercle fermé de l’élite politique de la région», soutiennent des responsables de la société civile. On parle même de certains présidents de communes qui auraient été au départ d’anciens passeurs. «Au lieu d’être inquiétés, ces anciens passeurs jouissent de tous les privilèges que leur permet leur nouveau statut et surtout leur manne de devises», déplorent des militants associatifs. C’est dire qu’au fond, avec de telles «réussites», rien ne peut dissuader un clandestin de partir. Ni les drames humains multiples, ni le durcissement des mesures de surveillance, encore moins les sommes exorbitantes exigées par les passeurs ou les arnaques dont ils sont souvent victimes. Comment peut-il en être autrement, lorsqu’on sait que cette région a une longue tradition d’émigration et que l’idée de «brûler» berce les esprits depuis la petite enfance. C’est ce que confirment d’ailleurs les conclusions d’une enquête menée en 2001 par l’Afvic auprès des jeunes de la région. «L’idée de migrer apparaît dès l’enfance et continue à se développer jusqu’à sa concrétisation». Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les candidats au départ ne se recrutent pas uniquement parmi les laissés-pour-compte, ces jeunes sans diplôme et sans emploi. L’envie de s’expatrier tenaille tout aussi bien ceux qui ont une situation professionnelle. Cette catégorie sociale veut à son tour s’installer sous d’autres cieux et améliorer son quotidien et celui de sa progéniture. Les récits des rescapés d’épisodes macabres semblent renforcer les people boat potentiels dans leur projet d’émigration. Des familles pleurent toujours les victimes du naufrage des embarcations qui tentaient de passer par la Tunisie, d’autres attendent encore le retour de leurs fils qui croupissent dans les geôles de la Libye. Des victimes par centaines, voire milliers, comme l’affirme l’Afvic, mais qui n’altèrent pas l’obstination des habitants de ces régions. Khadija EL HASSANI --------------------------------------------------------------------------------- (1) et (2) Les prénoms ont été modifiés |
Publié par KJEMMAH à 02:38:42 dans Sélection presse | Commentaires (5) | Permaliens
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