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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Quelle horreur! | 16 novembre 2007

J'ai eu un malin plaisir à lire le reportage du Journal de Montréal, sur l'occupation du CEGEP du Vieux-Montréal par les étudiants et de son évacuation forcée par la police. On aurait dit que le quotidien de Quebecor cherchait à imiter un journal réactionnaire des années 60. Encore un peu et en lettres frontispices rouges, on aurait pu lire « SEXE-DROGUE-ÉMEUTE ». Comme l'amour libre du temps de la génération précédente s'est éteint quelque part en 1983, on ne peut plus faire allusion au sexe, pour discréditer le mouvement étudiant. Ce qu'il reste à faire, pour les journaleux du JdeM, c'est de s'introduire auprès des militants, prendre des photos-chocs, les dépeindre comme des alcooliques, des drogués, des vandales sans autre cause que celle du plaisir au dépend des autres. Du grand art, ce qu'a fait la rédaction de ce journal jaune, afin de maintenir captive sa clientèle, en manque de nouvelles. Quand tous les médias n'avaient pas autre chose à faire cette semaine que de dépenser pour couvrir le passage de l'Airbus A320, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Alors, une grève étudiante en novembre, c'est du pain béni pour les patrons de la presse. Mieux encore, quand il y a du grabuge, avec assez d'images pour faire réagir les vieux réacs des cafés de centre-d'achat :

 

-Mon cher monsieur, ces jeunes-là, c'est une bonne guerre qui leur faudrait. Dans notre temps, on savait c'était quoi, les vrais affaires. Pis eux-z-autres, là dans leur CEGEP, avec leur drogue, c'est des coup de pied au derrière!

-Oui, mon cher monsieur. Ces jeunes-là, y'apprennent rien là-bas qu'à faire du trouble. Regardez dans le journal. Toute d'la vermine. Pourquoi ils sont comme ça, mon cher monsieur? C'est parce qu'ils ont tout cuit dans le bec, pis ils apprennent rien que des niaiseries. Dans mon temps, on laissait pas des barbus enseigner, regarder c'que ça l'a donné!

(c'est fictif, mais j'exagère à peine...)

 

J'ai pu lire quelques éditoriaux et commentaires de nos bien-pensants de Quebecor, Gesca et Radio-Canada. Pour eux, fatalement, il faut absolument augmenter les frais de scolarité, après tant d'années de gel, car les universités ne peuvent pas arriver à boucler leur budget (ah oui? Et la crise budgétaire de l'UQÀM, elle provient d'où?), peu importe si ça ne réglera rien à court terme. Alors, vous imaginez bien que le programme de l'ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante), qui privilégie la gratuité scolaire est aux antipodes du sens commun imposé par la garde journalistique du patronat. Car nos bons patrons, comme les hôpitaux, les universités et le système collégial actuel leur a créé des envies, surtout de posséder un réseaux, à peu de frais. Les système est coûteux et inabordables ailleurs, pourquoi ça serait différent ici? Quand ils en sont rendu à faire dire à leurs portes-queue (Nathalie Elgraby, dans le JdeM, toujours très édifiante dans la bêtise néo-libérale), que ce sont les riches qui ont profité du coût trop bas de l'éducation, pour nier l'évidence des résultats des quarante années du système public, c'est qu'ils sont déjà rendu au bout de l'argumentation.

 

Ça me rassure, de voir que le mouvement étudiant est quand même pris au sérieux. Quand la grande économiste Elgraby tente de s'attirer la sympathie des étudiants, en leur suggérant de refuser de payer leur cotisation, au nom d'une solidarité qu'on leur impose, ça en dit long sur son paradigme. Sachant que le mouvement conserve son ascendant, même en cette année où le mouvement est plus difficile à démarrer, elle tente de le saper, en utilisant la stratégie qui lui sied bien : la dissociation, par l'appel à l'individualisme obligatoire. Je la cite :

« Vos associations étudiantes soutiennent que les droits de scolarité ont pour effet de réduire l'accès à l'éducation. Pourtant, elles n'hésitent pas à exiger de vous des cotisations obligatoires dont certaines s'élèvent à plus de 50 $ par trimestre. N'y voyez-vous pas un non-sens? Devons-nous conclure qu'une hausse de 50 $ par trimestre réduit l'accessibilité uniquement lorsqu'il est question de frais de scolarité, mais qu'elle est sans conséquence quand ce montant est destiné aux coffres des associations étudiantes?! Pourquoi ne demanderiez-vous pas à vos associations de faire preuve de «solidarité étudiante» et de favoriser l'accès à l'éducation en abolissant les frais qu'elles vous imposent? »

 

Tout à fait édifiant. Bien sûr, à quoi ça sert d'être représenté par une association? Les directeurs sont des gens bien, les gens des CA des établissements aussi, pourquoi des étudiants se mêlerait de ces affaires qui ne regarde que ces gens biens? En somme, Elgraby demande aux étudiants, ceux qui savent les « vrais affaires », qu'ils ont intérêt à se dissocier de leurs association, et ainsi abandonner leur possibilité de changer quelque chose. Belle façon d'encourager le pouvoir des individus, en lui suggérant de contribuer à miner le mouvement étudiant. Son paradigme est simple, chacun peut obtenir ce qu'il veut, par soi-même. Tant pis si les frais de scolarité s'ajuste à ceux des autres provinces, chacun doit penser à soi. Imaginez une telle mentalité, au sortir de la Grande noirceur, en 1959... vous faites partie de l'Union nationale, ou encore des Bérêts blancs!

 

                                            

 

À propos de l'Université...

 

Mon ami Éric, ancien camarade du syndicat et désormais étudiant à Ottawa, m'a envoyé cette lettre ouverte, parue dans le journal Le Droit. Ça en dit long, sur le genre de mécénat que souhaite les Elgraby de ce monde...

 
Le Droit
Actualités, mardi, 13 novembre 2007, p. 13
 
 

Le capitalisme académique à l'Université d'Ottawa

 
 
(Sauf pour M. Wolfe, tous les signataires sont inscrits à la maîtrise ou au doctorat en pensée politique à l'Université d'Ottawa.)
 
L'inauguration récente d'un pavillon au nom de Paul Desmarais à l'Université d'Ottawa nous inquiète quant à la mutation du rôle de l'Université dans l'économie du savoir. Lorsque l'État réduit son financement, l'institution tend à se commercialiser et à entrer dans une logique de capitalisme académique où la connaissance n'est plus transmission de culture, mais un instrument servant à la création de valeur marchande.
À l'Université d'Ottawa, le recteur Gilles Patry reconnaît que le sous-financement public provoque une dépendance croissante vis-à-vis des fonds privés. C'est pourquoi des donateurs sont invités à investir en retour de considérations futures, dont l'attribution de leur nom à un édifice ou à un département. Parmi ceux-ci, Paul Desmarais, magnat financier influent du secteur des communications, et Ian Telfer, président du conseil d'administration de Goldcorp, société minière canadienne.
L'emprise grandissante du financement privé s'accompagne d'une commercialisation de l'espace public universitaire. Une brève visite sur le campus universitaire suffit pour s'en convaincre. En lieu et place d'un café étudiant, le pavillon Desmarais s'est doté d'une succursale Starbucks. La bibliothèque, quant à elle, a remplacé des espaces de travail par un Second Cup. Des étudiants qui protestaient lors de l'inauguration du Desmarais se sont vus refuser l'accès à notre université par les policiers et les agents de sécurité, sous prétexte que l'université est maintenant "une propriété privée".
Nous déplorons que le campus universitaire ressemble de plus en plus à un centre commercial privé où les clients viennent acheter des connaissances instrumentales qui en feront de bons producteurs de contenu pour "l'économie du savoir". La plupart d'entre nous serons réorientés dans des domaines techniques pour y acquérir les capacités d'être de bons gestionnaires flexibles sur le marché du travail.

 

Le capitalisme académique
 
"Partenariat, gouvernance, excellence, innovation" : le langage managérial de nos administrateurs trahit déjà la mutation de l'institution universitaire en organisation dont le rôle est de gérer des flux de savoir en réponse immédiate à l'offre et à la demande de main d'oeuvre. Nous sommes en droit de nous demander si l'Université n'est pas en voie de se détourner alors de sa mission fondatrice (transmission d'une culture humaniste et critique) pour se brancher directement sur l'appareil productif.
 
De plus en plus, le corps professoral se transforme en agrégat d'entrepreneurs-chercheurs qui doit prouver son excellence, sa capacité d'innovation et son potentiel de leadership... ce qui se mesure au nombre de subventions obtenues. Les étudiants sont appelés à investir dans leur potentiel ou "capital humain" afin de le faire fructifier à la Bourse des existences. Est-ce un hasard si la campagne de recrutement de l'Université d'Ottawa 2006-2007 avait pour thème : "I invest in myself" ?
 
Fin de la liberté académique ?
 
Les administrateurs de nos universités nous appellent à être des "citoyens du monde" dans une "société planétaire". Mais quelle est au juste cette société à laquelle on nous somme de nous adapter sinon cette sphère d'échanges impersonnels où transitent des flux de savoir qui se transforment en flux de capitaux ?
 
Alors que sa mission devrait favoriser chez chaque individu autonome l'émergence d'un rapport critique au réel, lui-même ancré dans le partage d'un monde commun, l'Université tend de plus en plus à produire des personnes-objets dotées des capacités de s'adapter sans broncher aux sursauts de l'environnement économique "objectif".
 
L'économie devient donc l'instance qui mène le monde, et les universités sont à sa remorque. Et c'est pourquoi nous craignons pour la liberté de penser.
 
Jean-François Bissonnette,
Tina Lafrance,
Marie-Hélène Choinière,
René Lemieux,
Eric Mallette,
Eric Martin,
Maxime Ouellet,
Julie Paquette,
Martin Parrot,
Olivier Roy,
Seamus Wolfe,
Vice-président aux affaires universitaires,
Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa
 

© 2007 Le Droit. Tous droits réservés.

 

Facebook

 

Je suis un accroc à Facebook. Je ne devrais pas, je le sais, mais c'est plus fort que moi. Comme c'est bien fait! Je peux savoir ce que deviennent mes amis, en autant qu'ils passent de temps en temps. De plus, je retrouve d'autres amis, que j'ai perdu de vue. Une sacré bonne invention.

 

Le hic, c'est quand j'ai lu ce texte, envoyé par mon camarade André. Ça vient de la Presse du 3 novembre, dans un dossier sur les danger de MySpace et Facebook, vis-à-vis l'attitude inquisitrice des employeurs... tien, ça je connais!

 
Êtes-vous accro?
 
Par Marie Lambert-Chan, collaboration spéciale
 
Le site de réseautage Facebook regroupe plus de 33 millions 
d'internautes à travers le monde, dont environ 11 millions au Canada. 
Il n'est pas rare d'entendre un Facebookien avouer qu'il est 
complètement accro à cette application. Pas étonnant quand on sait 
que les utilisateurs se connectent à ce site en moyenne 18 fois par 
jour.
 
Peu d'adeptes de Facebook sont toutefois conscients que le temps 
qu'ils y passent est proportionnel à l'étendue de leur cyber-
réputation qui, souvent, est loin d'être flatteuse. Comme il vaut 
mieux prévenir que guérir, voici un petit test pour mesurer votre 
dépendance à Facebook. Un sevrage s'applique si vous répondez oui à 
plus de trois affirmations.
 
- Je visite Facebook plus de 10 fois par jour.
- Vous avez plus de 50 amis.
- Lorsque vous prenez une bonne photo, vous voulez immédiatement la 
mettre dans votre profil Facebook.
- Vous faites partie de plus de cinq réseaux.
- Vous avez créé votre propre réseau.
- Vous savez qui est Mark Zuckerberg.
- Vous avez forcé des amis à joindre la communauté Facebook.
- Vous faites une mise à jour quotidienne de votre profil.
- Vous écrivez au moins cinq commentaires par jour sur le " mur " de 
vos amis.
- Vous utilisez davantage Facebook que le téléphone pour communiquer 
avec vos amis.
- Vous utilisez Facebook Mobile.
 

© 2007 La Presse. Tous droits réservés.

 

Heu...ben ouais, c'est vrai pour moi, dans la majorité des affirmations...

 

En passant, cher Big Brother, on sait que tu fouilles dans les fiches des employés de Renaud-Bray sur Facebook. Qu'est ce que tu penses y trouver, des louanges envers l'entreprise? Va sur les fiches des cadres, c'est là que tu vas en trouver...c'est bien les seuls qui peuvent en faire!

Publié par oktobre7 à 03:45:20 dans Le subversif | Commentaires (0) |

Un excellent spot publicitaire | 10 novembre 2007

Je ne pouvais faire autrement que de vous faire connaître cette excellente publicité d'Amnistie internationale, que mon camarade Patrick m'a envoyé cette semaine.

                                   

Publié par oktobre7 à 17:52:12 dans Le subversif | Commentaires (0) |

Ma grande hantise. | 07 novembre 2007

J'ai retrouvé l'excellent documentaire The War Game, réalisé en 1965 par le cinéaste britannique Peter Watkins. Ce documentaire devait être diffusé par la BBC, mais les autorités du pays, jugeant contraire aux orientations militaires, l'ont interdit de difusion. Voici ce qu'on retrouve à propos de cette controverse, sur le site de Wikipedia :

 

« La BBC lui commandant un documentaire sur les effets du nucléaire, Watkins réalise La Bombe (The War Game), où il filme, dans le style des actualités et en s'appuyant sur des documents filmés à Hiroshima et Nagasaki, le déclenchement d'une guerre entre l'OTAN et l'URSS, une attaque atomique de cette dernière sur le Kent et ses conséquences désastreuses : le massacre de milliers de personnes, le sacrifice des civils par l'État, la lutte pour survivre, le parti-pris gouvernemental des médias.

 

Les acteurs sont recrutés via des réunions publiques dans le Kent, et le tournage a lieu pour l'essentiel dans des barraquements militaires abandonnés à Douvres. Watkins veut de nouveau impliquer des « gens ordinaires » dans une recherche sur leur propre histoire, à cette différence que La Bombe fait référence à des évènements pressentis comme imminents à l'époque, mais qui n'eurent pas lieu. L'un des objectifs est de parler et faire parler des effets du nucléaire et de la course aux armements, qui, en dépit d'un mouvement de protestation contre la politique britannique de l'époque (la Grande-Bretagne, dirigée par Harold Wilson, développe son programme d'armement nucléaire), ne sont que très peu abordés par les médias contemporains.

 

La BBC apprécie modérément, le film est débattu au Parlement et au sein du gouvernement, et la chaîne justifie finalement sur des critères de qualité son interdiction du film.

 

Ce dernier recevra pourtant en 1967 le prix de Meilleur Film Documentaire (le fait est rare pour une fiction...) en Grande-Bretagne. Watkins démissionne de la BBC lorsqu'il découvre que l'interdiction fait suite à des pressions du gouvernement britannique. »

 

Il  a fallu plus d'une vingtaine d'année, avant que les Britanniques puissent voir ce documentaire à la télévision. Entre temps, aux États-Unis, le même film avait obtenu l'Oscar du meilleur documentaire et avait même été diffusé sur les grands écrans...

 

Je vous invite donc à regarder ce documentaire, que j'ai enfin retrouvé dans sa version intégrale. La durée du film est de 48 minutes, ce n'est donc pas trop long, à moins que vous soyez au travail...

 

(Si le lien ne marche pas, cliquez ici)

Pourquoi ce documentaire m'a marqué? Vous en jugerez par vous même. La première fois que j'ai eu vent de ce film, c'est par le biais du groupe punk Discharge. Celui-ci avait intégré un extrait sonore du film entre deux pièces, sur l'album Hear Nothing, See Nothing, Say Nothing. L'une d'entre elles s'intitule A Hell on Earth...

 

              

 Dans le contexte des sérieux troubles secouant le Pakistan, un pays détenant la bombe nucléaire, de même que les menaces que font planer la Turquie sur le Kurdistan irakien, il n'est peut-être pas vain de brandir à nouveau la crainte de voir la situation géopolitique dégénérer rapidement, comme l'exprime le film.

Publié par oktobre7 à 06:06:46 dans Le subversif | Commentaires (0) |

Sur René Lévesque. | 02 novembre 2007

Le 1er novembre 1987 nous quittait l'ancien premier ministre René Lévesque, emporté subitement par un infarctus, si je me rappelle bien. J'étais à ma première année de CEGEP, à Lévis-Lauzon. J'avais 17 ans. La nouvelle avait tombé durant le Téléjournal, le soir. Lévesque n'a pas survécu à l'attaque. Le Québec venait de perdre un grand homme, un géant, malgré sa petite taille physique.

 

  

 

Malgré que je ne suis pas du genre à conserver uniquement une image idyllique des gens, surtout de ceux que j'admire, en reconnaissant volontiers leurs défauts et leurs faiblesses, il m'est encore difficile de ne pas voir René Lévesque comme un mortel ordinaire. J'étais de ceux qui trouvaient la statue grandeur nature qu'on lui avait érigé, sur le terrain de l'Assemblée nationale, placée sans socle, ne rendait pas justice à l'homme. Elle est maintenant à New-Carlisle, son village natal, remplacée à Québec par une statue plus imposante. Mais comme on le soulignait encore cette semaine, c'est bien la dernière chose que Lévesque se serait soucié de son vivant. L'humilité de l'homme lui allait comme une seconde nature.

 

À ses funérailles, on avait diffusé les images du reportage en direct sur les moniteurs du CEGEP. Il fallait entendre les nombreuses fois que la population, entourant la basilique à Québec, entonner « Mon cher René, c'est à ton tour... », retentir dans le bâtiment. J'ai manqué une heure de mon cours, pour regarder la célébration. Mon père, sergent de la SQ à cette époque, était des agents posté à l'entrée de l'église pleine à craquer. Il m'a raconté les scènes déchirantes, des anciens ministres pleurer à chaudes larmes, des adversaires sincèrement émus, de simples admirateurs anéantis par cette perte si soudaine. C'est peut-être ce vide qu'il a laissé, une cause qui n'a pas encore abouti, qui a amené sa stature à avoir autant d'importance, pour autant parler de lui après vingt ans.

 

On l'a beaucoup évoqué la mémoire de l'ancien premier ministre, ces derniers temps. Certains à l'ADQ ont prétendu, dans la foulée de l'ancien maire de Lévis Jean Garon, que Lévesque se serait reconnu dans ce parti. Une belle niaiserie qu'il a dit, mon ancien maire! Plusieurs libéraux l'ont également évoqué, de même que quelques intervenants à la commission Bouchard-Taylor, pour dénoncer le projet de citoyenneté du Parti québécois. Encore une fois, on a cherché à brandir la vertu que représente encore le souvenir de Lévesque, afin de se l'approprier. Comme par automatisme, sa mémoire semble être à l'origine de tout ce qui s'est fait de bien, même ses adversaires d'autrefois n'hésitent pas à franchir la ligne. Jean Chrétien lui-même, lorsque son gouvernement a imposé la limite aux contributions financières des particuliers aux partis politiques lors des campagnes électorales, a admis s'être inspiré de la loi adoptée au Québec sous le gouvernement de René Lévesque. Ce gouvernement dont Chrétien a fait contre lui bon nombre de basses manœuvres, du temps où il était ministre sous P.E. Trudeau, à Ottawa.

 

Pourtant, de son vivant, Lévesque n'a pas toujours suscité l'admiration. À commencer par ses adversaires politiques, dont Trudeau lui-même, qui n'a pourtant pas hésité à aller à ses funérailles. J'ai lu, il n'y a pas si longtemps, dans la biographie de Trudeau écrite par les auteurs Clark et Stephenson, une description peu flatteuse de Lévesque, perçu comme un alcoolique à l'esprit brouillon, préférant les parties de poker aux discussions de haute voltige intellectuelle. Parmi les fédéralistes suivant la pensée de Trudeau, bon nombre d'entre eux, pas seulement des anglophones, n'ont jamais eu une once d'appréciation de Lévesque. Je ne peux les blâmer, les Trudeau, Jean Marchand, Gérard Pelletier ne suscitent guère de sympathie chez moi, même décédés. Pourtant, je ne m'abaisserai jamais comme l'ont fait Max et Nicole Nemni, dont la revue Cité Libre, la création des trois individus cités plus haut, s'employait à qualifier René Lévesque de raciste et de fasciste, tout comme le Parti québécois et l'idée de la souveraineté. Je passe sur bien d'autres qui ont craché sans discerner sur l'homme et sur son travail, pour tous les prétextes. Je retiens surtout que ces individus ont en commun d'en vouloir à Lévesque, parce qu'il représente, même après sa mort, l'accomplissement de la Révolution Tranquille. Ses pires détracteurs, ont les retrouvent dans le camp des néolibéraux près de l'IEDM, pour le développement de l'appareil d'État québécois, de même que les nostalgique de la Grande Noirceur, ceux dont l'émancipation de la nation québécoise leur semble un péché contre-nature.

 

De mon côté, j'ai eu la chance de connaître l'époque où Lévesque a été premier ministre, jusqu'en 1984. Mes parents l'ont aimé et l'ont apprécié, il en parlaient surtout en bien, malgré les déboires de la fin du deuxième mandat. Je n'ai pas de souvenir précis de l'élection de 1976, mais beaucoup du référendum de 1980 et de la réélection du PQ en 1981. Comme plusieurs, je demeure nostalgique, devant les images de Lévesque prononçant ses discours célèbres, cette émotion qui a réussi à transmettre à tant de gens désireux d'aller de l'avant, selon  ce qu'ils sont, des Québécoises et des Québécois. Une fierté aussi, durant ces moments d'une grande intensité. On pouvait facilement se reconnaître, l'homme n'avait tellement rien du héros et tout de l'homme ordinaire, mais celui là, il nous avait amené loin en avant.

 

Quand on y pense, il nous a quitté prématurément. Aujourd'hui, René Lévesque aurait eu 85 ans. Certain s'imagine quels auraient été ses prises de positions, si jamais il avait voulu faire valoir son point de vue. Si on peut imaginer quelque chose il faut savoir que l'homme était avant tout un libéral, selon la définition anglo-saxonne du concept, quelqu'un aux allégeances plutôt libérale au plan économique, sans pour autant nier l'importance du rôle de l'État. Pour la référence, il aurait bien paru comme un démocrate, aux États-Unis. De son temps, la nationalisation de l'électricité et le développement des services sociaux allaient de soi. Je crois qu'il défendrait la prépondérance de l'État dans ces secteurs, pour répondre à son ex-collègue Claude Castonguay, qui s'est vendu aux compagnies d'assurances, pour nous concocter un système de santé à deux vitesses. Remarquez, c'est à nous de défendre ces acquis, dont bien des pays nous envient, après qu'ils aient eux-même bradé leurs systèmes sociaux aux sacro-saintes lois du marché, pour le bonheur de quelques-uns seulement...

 

Il est bon de relire une autobiographie comme « Attendez que je me rappelle... », paru en 1986. Lévesque nous en apprend beaucoup, avec une qualité d'écriture qu'il a conservé de ses années de journalisme. Il faut le relire, pour se rappeler ces combats contre les chantres de la Grande noirceur, ceux qui relèvent la tête aujourd'hui, pour nous ramener à une époque révolue, le catholicisme en moins mais l'égoïsme en plus. Avec autant de performance de politicailleurs pitoyables, je ne peut que penser à ces paroles des Cowboys Fringants :

 

Lettre à Lévesque

Ta cigarette au bec

Du haut du firmament

Tu dois r'garder l'Québec

Pis t'dire que c'est ben décevant

 

Quand tu vois les pas bons

Et tous les p'tits carriéristes

Qui s'présentent aux élections

Comme des vrais opportunistes

 

Mais loin de moi, René

L'envie d'en beurrer épais

Ou de trop te glorifier

Le monde l'a déjà assez fait

 

Mais c'est quand même un peu dommage

De voir que de ton héritage

Il reste juste ma p'tite chanson

Pis un boulvard à ton nom

 

Quand je r'garde ma contrée

Perdue et à l'abandon

Sans projet d'société

Et m'née par des pauvres pions

Champions de la langue de bois

Et du politicaly correct

'Me semble que c'pas ça

Qu'tu voulais pour le Québec

 

À part de ça mon Ti-Poil

La vie es tu moins plate au ciel ?

Parce qu'ici les temps sont un p'tit peu sombres

J'te dis ça d'même mais r'vire toi pas dans ta tombe

 

Toi qui étais au coeur

De cette grande révolution

Qui a mis l'Québec à l'heure

De toutes les modernisations

 

Tu dois être franchement déçu

De voir qu'on retourne en arrière

Vous qui vous étiez battus

Pour qu'on soit maîtres de nos affaires

 

Pour c'qui est d'la souveraineté

On peut pas dire que c'est la fièvre

Le projet s'est mal renouvelé

Et on en parle du bout des lèvres

 

Mais quoique qu'à voir les extrémistes

Qui se réclament Patriotes

Avec leur discours passéiste

J'me dis qu'on est loin du jack-pot

 

Si on r'garde ça René

Les enjeux ont bien changé

Et les jeunes se conscientisent

Faudrait écouter ce qu'ils disent

Et que pour bâtir un pays

Faudrait pas oublier d'inclure

Les citoyens des autres ethnies

Et leur culture

 

À part de ça mon Ti-Poil

La vie es tu moins plate au ciel ?

Parce qu'ici les temps sont un p'tit peu sombres

J'te dis ça d'même mais r'vire toi pas dans ta tombe

 

Pour moi l'projet idéal

S'rait d'garder les droits acquis

Et les bases fondamentales

De la sociale-démocratie

 

Tout en restant vigilants

Face aux courants mondialistes

Mais bien sûr sans pour autant

Devenir anti-capitalistes

 

Moi j'verrais un pays

Qui ferait un compromis

Entre les mots écologie

Justice et économie

 

Parce que bien avant ma Patrie

Et toutes les politicailleries

J'prône les causes humanitaires

Et j'suis amoureux de la terre

 

Alors j'sais pas c'que t'en penses

Mais pour moi ça a ben du sens

De faire quecqu'chose de rassembleur

Qui f'rait d'nous des innovateurs

Une société plus équitable

Où l'développement serait durable

Et là c'est sûr que j'cocherais " oui "

Pour un pays...

 

Facque d'ici-là j'prends c'qui m'reste

De ma fierté de Québecois

Et j'te dis, René: " à la prochaine fois ! "

Et j'nous dis: " à la prochaine fois ! "


 

Publié par oktobre7 à 02:09:12 dans Le subversif | Commentaires (0) |

Crevé, le gars... | 30 octobre 2007

Ce soir, je suis épuisé. La fin de semaine m'a eu, je ne me suis pas reposé du tout, surtout avec le spectacle de Down hier soir. J'ai dormi pensant à peine quatre heures et je me suis endormi à mon poste, à quelques reprises...vous comprendrez que je m'en tien ce soir à vous présenter les résultats de mon petit sondage personnel, sur la commission Bouchard-Taylor, devenue très populaire depuis quelque temps.

 

Ma question était : Pensez-vous que la commission Bouchard-Taylor va donner des résultats concrets et positifs? Je l'ai posé le 24 octobre, avant le brouhaha qu'a causé le projet de citoyenneté du Parti québécois.

 

« NON Personne ne le désire vraiment. » Bastien

 

« Avec les 2 intellectuels zoufs qui président et la peuplade de 450 et de 819 et de 418 et de 514 zoufs qui y assistent, ça va donner des résultats concrets et zoufs. Ça sert uniquement au arabashing à date. » Patrice

 

« Traiter les autres de zoufs, c'est pas du bashing çà? Évidemment, des intellectuels au Québec, on aime pas çà! La commission Taylor-Bouchard est à l'image du problème qu'ils essaient de résoudre: deux solitudes incapables de se comprendre... » Julie A.

 

« Il y a déjà eu des résultats positifs. Après une décennie de négation, le peuple québécois peut enfin se poser la question de ce qui constitue être québécois en 2007. La condition première de cette citoyenneté est la connaissance du français. » Éric

 

« Radotage partout où la commission va ! La diversité est partout dans le monde, autant apprendre à vivre avec bordel ! Quel gaspillage! Les gens viennent au Québec, c'est leurs choix, fuck les extrémistes minoritaires ! Répondre à une provocation... » Judyth

(je reconnais bien là le franc parler de Judyth...)

 

« J'ose encore espérer que les commissaires vont offrir au gouvernement des moyens de résister au tsunami islamophobe qui souffle sur le Québec et qui nous mène à des gouvernements Dumont et Harper majoritaires, et des années de guerre en Afghanistan. » Benoît

 

« Oserais-je qualifier cela de démagogie autosuffisante? Oui... on dirait qu'on a toujours besoin de chercher, de trouver, de la marde pour la brasser pis animer des passions extrémistes de part et d'autres? » Julie A.

 

Publié par oktobre7 à 00:31:10 dans Le subversif | Commentaires (0) |

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