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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Sur René Lévesque. | 02 novembre 2007

Le 1er novembre 1987 nous quittait l'ancien premier ministre René Lévesque, emporté subitement par un infarctus, si je me rappelle bien. J'étais à ma première année de CEGEP, à Lévis-Lauzon. J'avais 17 ans. La nouvelle avait tombé durant le Téléjournal, le soir. Lévesque n'a pas survécu à l'attaque. Le Québec venait de perdre un grand homme, un géant, malgré sa petite taille physique.

 

  

 

Malgré que je ne suis pas du genre à conserver uniquement une image idyllique des gens, surtout de ceux que j'admire, en reconnaissant volontiers leurs défauts et leurs faiblesses, il m'est encore difficile de ne pas voir René Lévesque comme un mortel ordinaire. J'étais de ceux qui trouvaient la statue grandeur nature qu'on lui avait érigé, sur le terrain de l'Assemblée nationale, placée sans socle, ne rendait pas justice à l'homme. Elle est maintenant à New-Carlisle, son village natal, remplacée à Québec par une statue plus imposante. Mais comme on le soulignait encore cette semaine, c'est bien la dernière chose que Lévesque se serait soucié de son vivant. L'humilité de l'homme lui allait comme une seconde nature.

 

À ses funérailles, on avait diffusé les images du reportage en direct sur les moniteurs du CEGEP. Il fallait entendre les nombreuses fois que la population, entourant la basilique à Québec, entonner « Mon cher René, c'est à ton tour... », retentir dans le bâtiment. J'ai manqué une heure de mon cours, pour regarder la célébration. Mon père, sergent de la SQ à cette époque, était des agents posté à l'entrée de l'église pleine à craquer. Il m'a raconté les scènes déchirantes, des anciens ministres pleurer à chaudes larmes, des adversaires sincèrement émus, de simples admirateurs anéantis par cette perte si soudaine. C'est peut-être ce vide qu'il a laissé, une cause qui n'a pas encore abouti, qui a amené sa stature à avoir autant d'importance, pour autant parler de lui après vingt ans.

 

On l'a beaucoup évoqué la mémoire de l'ancien premier ministre, ces derniers temps. Certains à l'ADQ ont prétendu, dans la foulée de l'ancien maire de Lévis Jean Garon, que Lévesque se serait reconnu dans ce parti. Une belle niaiserie qu'il a dit, mon ancien maire! Plusieurs libéraux l'ont également évoqué, de même que quelques intervenants à la commission Bouchard-Taylor, pour dénoncer le projet de citoyenneté du Parti québécois. Encore une fois, on a cherché à brandir la vertu que représente encore le souvenir de Lévesque, afin de se l'approprier. Comme par automatisme, sa mémoire semble être à l'origine de tout ce qui s'est fait de bien, même ses adversaires d'autrefois n'hésitent pas à franchir la ligne. Jean Chrétien lui-même, lorsque son gouvernement a imposé la limite aux contributions financières des particuliers aux partis politiques lors des campagnes électorales, a admis s'être inspiré de la loi adoptée au Québec sous le gouvernement de René Lévesque. Ce gouvernement dont Chrétien a fait contre lui bon nombre de basses manœuvres, du temps où il était ministre sous P.E. Trudeau, à Ottawa.

 

Pourtant, de son vivant, Lévesque n'a pas toujours suscité l'admiration. À commencer par ses adversaires politiques, dont Trudeau lui-même, qui n'a pourtant pas hésité à aller à ses funérailles. J'ai lu, il n'y a pas si longtemps, dans la biographie de Trudeau écrite par les auteurs Clark et Stephenson, une description peu flatteuse de Lévesque, perçu comme un alcoolique à l'esprit brouillon, préférant les parties de poker aux discussions de haute voltige intellectuelle. Parmi les fédéralistes suivant la pensée de Trudeau, bon nombre d'entre eux, pas seulement des anglophones, n'ont jamais eu une once d'appréciation de Lévesque. Je ne peux les blâmer, les Trudeau, Jean Marchand, Gérard Pelletier ne suscitent guère de sympathie chez moi, même décédés. Pourtant, je ne m'abaisserai jamais comme l'ont fait Max et Nicole Nemni, dont la revue Cité Libre, la création des trois individus cités plus haut, s'employait à qualifier René Lévesque de raciste et de fasciste, tout comme le Parti québécois et l'idée de la souveraineté. Je passe sur bien d'autres qui ont craché sans discerner sur l'homme et sur son travail, pour tous les prétextes. Je retiens surtout que ces individus ont en commun d'en vouloir à Lévesque, parce qu'il représente, même après sa mort, l'accomplissement de la Révolution Tranquille. Ses pires détracteurs, ont les retrouvent dans le camp des néolibéraux près de l'IEDM, pour le développement de l'appareil d'État québécois, de même que les nostalgique de la Grande Noirceur, ceux dont l'émancipation de la nation québécoise leur semble un péché contre-nature.

 

De mon côté, j'ai eu la chance de connaître l'époque où Lévesque a été premier ministre, jusqu'en 1984. Mes parents l'ont aimé et l'ont apprécié, il en parlaient surtout en bien, malgré les déboires de la fin du deuxième mandat. Je n'ai pas de souvenir précis de l'élection de 1976, mais beaucoup du référendum de 1980 et de la réélection du PQ en 1981. Comme plusieurs, je demeure nostalgique, devant les images de Lévesque prononçant ses discours célèbres, cette émotion qui a réussi à transmettre à tant de gens désireux d'aller de l'avant, selon  ce qu'ils sont, des Québécoises et des Québécois. Une fierté aussi, durant ces moments d'une grande intensité. On pouvait facilement se reconnaître, l'homme n'avait tellement rien du héros et tout de l'homme ordinaire, mais celui là, il nous avait amené loin en avant.

 

Quand on y pense, il nous a quitté prématurément. Aujourd'hui, René Lévesque aurait eu 85 ans. Certain s'imagine quels auraient été ses prises de positions, si jamais il avait voulu faire valoir son point de vue. Si on peut imaginer quelque chose il faut savoir que l'homme était avant tout un libéral, selon la définition anglo-saxonne du concept, quelqu'un aux allégeances plutôt libérale au plan économique, sans pour autant nier l'importance du rôle de l'État. Pour la référence, il aurait bien paru comme un démocrate, aux États-Unis. De son temps, la nationalisation de l'électricité et le développement des services sociaux allaient de soi. Je crois qu'il défendrait la prépondérance de l'État dans ces secteurs, pour répondre à son ex-collègue Claude Castonguay, qui s'est vendu aux compagnies d'assurances, pour nous concocter un système de santé à deux vitesses. Remarquez, c'est à nous de défendre ces acquis, dont bien des pays nous envient, après qu'ils aient eux-même bradé leurs systèmes sociaux aux sacro-saintes lois du marché, pour le bonheur de quelques-uns seulement...

 

Il est bon de relire une autobiographie comme « Attendez que je me rappelle... », paru en 1986. Lévesque nous en apprend beaucoup, avec une qualité d'écriture qu'il a conservé de ses années de journalisme. Il faut le relire, pour se rappeler ces combats contre les chantres de la Grande noirceur, ceux qui relèvent la tête aujourd'hui, pour nous ramener à une époque révolue, le catholicisme en moins mais l'égoïsme en plus. Avec autant de performance de politicailleurs pitoyables, je ne peut que penser à ces paroles des Cowboys Fringants :

 

Lettre à Lévesque

Ta cigarette au bec

Du haut du firmament

Tu dois r'garder l'Québec

Pis t'dire que c'est ben décevant

 

Quand tu vois les pas bons

Et tous les p'tits carriéristes

Qui s'présentent aux élections

Comme des vrais opportunistes

 

Mais loin de moi, René

L'envie d'en beurrer épais

Ou de trop te glorifier

Le monde l'a déjà assez fait

 

Mais c'est quand même un peu dommage

De voir que de ton héritage

Il reste juste ma p'tite chanson

Pis un boulvard à ton nom

 

Quand je r'garde ma contrée

Perdue et à l'abandon

Sans projet d'société

Et m'née par des pauvres pions

Champions de la langue de bois

Et du politicaly correct

'Me semble que c'pas ça

Qu'tu voulais pour le Québec

 

À part de ça mon Ti-Poil

La vie es tu moins plate au ciel ?

Parce qu'ici les temps sont un p'tit peu sombres

J'te dis ça d'même mais r'vire toi pas dans ta tombe

 

Toi qui étais au coeur

De cette grande révolution

Qui a mis l'Québec à l'heure

De toutes les modernisations

 

Tu dois être franchement déçu

De voir qu'on retourne en arrière

Vous qui vous étiez battus

Pour qu'on soit maîtres de nos affaires

 

Pour c'qui est d'la souveraineté

On peut pas dire que c'est la fièvre

Le projet s'est mal renouvelé

Et on en parle du bout des lèvres

 

Mais quoique qu'à voir les extrémistes

Qui se réclament Patriotes

Avec leur discours passéiste

J'me dis qu'on est loin du jack-pot

 

Si on r'garde ça René

Les enjeux ont bien changé

Et les jeunes se conscientisent

Faudrait écouter ce qu'ils disent

Et que pour bâtir un pays

Faudrait pas oublier d'inclure

Les citoyens des autres ethnies

Et leur culture

 

À part de ça mon Ti-Poil

La vie es tu moins plate au ciel ?

Parce qu'ici les temps sont un p'tit peu sombres

J'te dis ça d'même mais r'vire toi pas dans ta tombe

 

Pour moi l'projet idéal

S'rait d'garder les droits acquis

Et les bases fondamentales

De la sociale-démocratie

 

Tout en restant vigilants

Face aux courants mondialistes

Mais bien sûr sans pour autant

Devenir anti-capitalistes

 

Moi j'verrais un pays

Qui ferait un compromis

Entre les mots écologie

Justice et économie

 

Parce que bien avant ma Patrie

Et toutes les politicailleries

J'prône les causes humanitaires

Et j'suis amoureux de la terre

 

Alors j'sais pas c'que t'en penses

Mais pour moi ça a ben du sens

De faire quecqu'chose de rassembleur

Qui f'rait d'nous des innovateurs

Une société plus équitable

Où l'développement serait durable

Et là c'est sûr que j'cocherais " oui "

Pour un pays...

 

Facque d'ici-là j'prends c'qui m'reste

De ma fierté de Québecois

Et j'te dis, René: " à la prochaine fois ! "

Et j'nous dis: " à la prochaine fois ! "


 

Publié par oktobre7 à 02:09:12 dans Le subversif | Commentaires (0) |