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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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La liberté de manifester en péril? | 14 août 2007

J'ai reçu ce communiqué hier, de la part du PCQ. Il faisait suite à une manifestation dont j'aurais pu faire partie, si je n'avais pas cette possibilité de pratiquer avec mon groupe, la même journée. Les témoignages sont dignes de foi, je connais bien celui qui a rédigé le communiqué, ce n'est pas son genre d'en rajouter inutilement.

 

Ce n'est pas la première fois qu'une manifestation est ainsi réprimée en région. En l'absence d'une couverture médiatique suffisante, on dirait que les corps policiers sont encouragés à intervenir de façon musclée, pour empêcher les organisations politiques de manifester, en contradiction avec les lois de ce pays. Aussi, on peut pointer du doigt les dirigeants de ces municipalités en régions, souvent des roitelets associés directement avec le milieu des affaires. Lâcher les forces policières contre une manifestation est une réponse immédiate devant une politisation des problèmes sociaux qu'ils cherchent à nier.

 

Le PCQ condamne la brutalité policière survenue lors d'une manifestation à St-Jérôme, samedi le 11 août

 

C'est par une belle journée ensoleillée du mois d'août qu'avait lieu, hier samedi le 11 août, une manifestation au centre-ville de St-Jérôme. Le contexte de tensions, existant entre des compagnies de  St-Jérôme et leurs employés, renforçait la valeur du rassemblement autour des droits des travailleurs. Appelée par le Parti Communiste Révolutionnaire (PCR), cette manifestation était destinée à revendiquer les droits des prolétaires et à dénoncer l'exploitation exercée sur eux par les employeurs, tout en contestant le système capitaliste lui-même.

 

Plusieurs membres du PCQ y étaient également et marchaient avec leurs propres drapeaux, avec le logo du PCQ. Nous étions là pour appuyer le message central de la manifestation, comme quoi il est juste de se révolter contre l'exploitation capitaliste. Malgré que nous ayons de nombreuses critiques à faire au PCR et à son attitude très sectaire et gauchiste, ils nous semblaient importants d'être là. D'autant que des manifestations comme cela, cela ne se produit pas très souvent dans les Laurentides.

 

Nous nous sommes donc tous réunis au parc Mélançon pour amorcer la marche. Déjà, on pouvait voir des patrouilles de polices en quantités industrielles sillonner les rues pour guetter les communistes alors que rien ne s'était encore mis en branle. Trois agents de la police, tous baraqués, se sont présentés pour déclarer que "la manifestation aura bien lieu, mais qu'il sera interdit de circuler dans la rue. Seulement sur le trottoir. Des constats d'infractions seront donnés aux contrevenants". Cette mise en garde a vite été répondue par des cris de protestations. La foule se composait d'une quarantaine de manifestants; longer le trottoir en une longue ligne était inconcevable. La rue est le lieu des revendications populaires, quand même, pas le trottoir !

 

Malgré tout, le cortège se mit en branle et s'empara finalement des rues de St-Jérôme en criant à l'unisson des slogans rédigés par le PCR tels que:" Qui sème la misère récole la colère / L'exploitation c'est assez, on a raison de se révolter / Le peuple uni, armé, jamais ne sera écrasé /". Bien des manifestants portaient aussi le drapeau rouge. Quelques citoyens venaient poser des questions et prendre des tracts. Des voitures de police suivaient l'attroupement sans cependant intervenir.  Ils disaient vouloir protéger la sécurité publique (de qui nous nous le demandons), mais de minutes en minutes, d'autres se rajoutèrent à l'escorte.

 

Tout se déroulait selon les règles de l'art jusqu'à ce que l'attroupement fît escale devant la compagnie Mueller pour dénoncer l'oppression bourgeoise sur les travailleurs y peinant jours après jours. Sans crier gare, une horde de voitures de patrouilles bloquèrent la route devant les manifestants. On pouvait compter près d'une vingtaine d'automobiles de trois corps de polices municipaux (St-Jérôme, Mirabel et St Hyppolite) ainsi que de la SQ. Une armée d'innombrables agents, main sur ceinture, avancèrent vers les manifestants qui, alors, ne faisaient que professer leurs poings dans un stationnement désert.

 

D'un seul coup, la situation prit une tournure chaotique. Comme s'ils avaient affaires à une émeute plutôt qu'à une manifestation, les policiers sortirent matraques et leur poivre de Cayenne, bloquèrent les issues, interdisant à quiconque d'en sortir et ce sous le silence des multiples lois qui régissent la société; les jets de poivre et les coups fusaient.  Plusieurs policiers se mirent à plusieurs pour encercler un des manifestants.  C'était un cas classique d'abus de pouvoir.  On utilisait la répression la plus honteuse, non pas pour combattre le crime organisé -- – chose que ne sont pas les communistes -- mais tout simplement pour réprimer une manifestation qui s'était déroulé jusqu'à là de manière tout à fait pacifique.  Des gens se firent traîner dans la poussière et la pierre, d'autres s'enfuirent, d'autres se firent arrêter.

 

Les policiers confisquèrent par la suite tous les mégaphones, les micros ainsi que tous les drapeaux et les bannières.  La police, de toute évidence, n'accepte pas d'être remise en question; elle n'accepte pas que son autorité soit remise en cause.  Sous le socialisme, il n'y aurait pas de corps de police organisé et mandaté afin d'exercer une telle répression sur la société civile.  Mais nous sommes encore dans un État bourgeois où l'élite s'amuse à organiser la répression, par son cerbère qu'est la police, sur les moins bien nantis, les prolétaires, les revendicateurs de droits et les communistes.

 

Plus d'une vingtaine de citoyens de St-Jérôme ont assistés à la scène et ont protestés contre la brutalité gratuite de ces "hommes de loi". Un camarade s'est même fait accuser d'intimidation parce qu'il prenait des photos avec son cellulaire (alors qu'il était encerclé de trois immenses gorilles pompant leurs muscles); il a finalement été embarqué sous prétexte qu'il est illégal de sacrer (!!!) ...

 

Les policiers exigeaient en effet que toutes les caméras et les appareils enregistreurs soient fermés ...  Sans doute pensaient-ils ainsi à mieux se protéger au cas où il y aurait une plainte de loger au service de la déontologie... Ils voulaient sans doute s'assurer, en agissant de la sorte, que les manifestants n'auraient pas de preuves de ce qu'ils disent.  Nous le disons, nous du Parti Communiste du Québec, et nous dénonçons les abus  policiers qu'il y a eut ce 11 août.  Il faut aussi penser que ces mêmes "gens de lois" ne les connaissent même pas leur propre loi : ils étaient incapables de citer une seule loi, un seul article de loi, pour justifier leurs interventions, alors que des manifestants les interpellaient pour savoir au nom de quoi ils ne pouvaient manifester pacifiquement.  ‘'Brutalité, Répressions et Matraquage'' est le dicton de la police.

 

Bref, voilà bien une preuve flagrante de répression policière telles que l'on a vu dans les pires chapitres sous le règne de Maurice Duplessis, ainsi que dans les pays du tiers monde; cependant, nous ne sommes pas au tiers monde, et cela se produit pourtant ici, au 21e siècle. Voilà le soulignement de la véritable allégeance des agents de police au service de la bourgeoisie et des ministres. Le portrait, que nous garderons longtemps en souvenir, d'un assaut policier gratuit sur une mobilisation populaire au porche d'une usine oppressive lève le voile sur les priorités de la justice capitaliste.

 

"To serve and to protect", disent les policiers. Pour servir qui et pour protéger quoi ? Le 11 août 2007 a donné réponse à ces questions.  D'ailleurs, les seuls changements sociaux que veulent et souhaitent les corps policiers, ce sont davantage de budgets pour exercer leur répression, et ce sont aussi pour pouvoir se payer de nouveaux jouets avec lesquels exercer cette même répression.  Après tout, comment raisonner autrement alors qu'ils sont entraînés à user de la force de leur corps et non de celle de leur raison critique.  S'il y avait un brin d'autocritique dans la police, elle réévaluerait l'entraînement qu'elle reçoit, la façon et le temps qu'elle est autorisée à l'utiliser et se rendrait compte, par exemple, que c'est ridicule d'envoyer 6 auto patrouilles dans un quartier cossu, alors que le niveau de criminalité y est bien moindre, et qu'une seule voiture dans un quartier défavorisé et empreint d'une criminalité en hausse.

Publié par oktobre7 à 15:10:19 dans Le subversif | Commentaires (1) |

Une affaire criminelle presque résolue. | 14 août 2007

Un souvenir de ma jeunesse a peut être connu son épilogue, l'autre jour. En fait, il s'agit d'un affaire criminelle impliquant une personnalité du monde artistique, dont je m'étais souvenu et que j'avais ressassé pendant quelques années, pour en faire un canevas d'un roman policier. Ce n'est pas dans mon habitude de commenter ce genre d'affaire, par souci de ne pas ajouter à la douleur des proches, même si l'événement est lointain. Cependant, je ne pouvais passer cela sous silence.

 

Le 18 juillet 1984, la police retrouvait le corps de la comédienne Denise Morelle dans un appartement vide de la rue Sanguinet, dans le quartier latin à Montréal. La veille, elle aurait été battue sauvagement, violée puis assassinée. Au moment du drame, j'avais 14 ans et cet événement m'avais marqué. Non pas que j'ai été un fan de la Ribouldingue et de Dame Plume, une émission dont j'ai vu les reprises, dans mon enfance, c'est plutôt le mystère autour de ce meurtre. En effet, on s'est interrogé à l'époque de la raison pour laquelle madame Morelle avait été visité un appartement, dans un environnement peu recommandable, à l'époque. Quelques théâtres avaient pignon sur rue aux alentours, mais ce secteur ne jouissait pas de l'attrait qu'il a aujourd'hui. L'édifice où on a découvert le corps de Denise Morelle fait le coin des rues Sanguinet et Emery, tout près du cinéma Quartier Latin. On a expliqué que le propriétaire de l'appartement avait laissé la porte déverrouillée, en prévision de la visite de madame Morelle. Dans les hypothèses soulevées, on croit que l'assassin aurait été surpris à l'intérieur, ou qu'il aurait suivi sa victime, pour l'agresser à son arrivé à l'intérieur du logement. C'est ce que nous allons savoir prochainement, maintenant qu'un suspect a été arrêté et que la justice a enclenché son processus.

 

L'idée de mon canevas était de construire une histoire autour de ce mystère, entourant l'absence de preuve et de la présence de madame Morelle dans un appartement plutôt sordide. Évidemment, dans la construction de ma fiction, j'aurais créé des personnages purement fictifs et je n'aurais fait qu'une lointaine allusion à cette affaire. Dans mon projet, je voulais créer un personnage d'un policier hanté par ce meurtre dix ans plus tard, qui poursuit l'affaire jusqu'à quelques jours de sa retraite. La vision du corps de la victime l'ayant ébranlé de façon définitive, il a tout fait pour retrouver le moindre indice, jusqu'au jour où un second meurtre se produit, avec des similitudes avec la première affaire, sur les lieux du drame.

 

Pour mon histoire, je dois admettre que je vais suivre l'affaire. Je ne suis pas de ces fanas des histoires juridiques, les lecteurs de Photo-Police et autres journaux « jaunes » visant un public friand d'histoires infectes ou macabres. J'ai même un peu de mépris pour ce genre de journaux et leurs lecteurs. Pourtant, pour la suite de mon projet, aujourd'hui et depuis longtemps sur la glace, je saurais en même temps que vous l'aboutissement de cette longue enquête.

 

La Fête au Bouc

 

J'ai terminé hier la lecture du roman de Mario Vargas Llosa, La Fête au Bouc. Je dois dire d'emblée que j'ai été fortement impressionné par ce roman à connotation historique. Le personnage principal en particulier, le dictateur Raphael L. Trujillo Molina, sorte de « père de la partie » autoproclamé, dont le règne de 31 années sur la République dominicaine a été particulièrement ubuesque et sanglant, sert de catalyseur à plusieurs histoires particulières.

 

                

 

Nous suivons trois trames dans ce roman. Celle du dictateur, dans la dernière journée de son règne et de sa vie, celle des ses assassins et des membres du complot ayant permis son exécution et celle d'une femme mûre, de retour dans son pays natal, après une absence et un silence avec sa famille de plus de quarante ans. Au fil des rencontres et des histoires particulières de protagonistes tout à fait crédible, finement précisé dans les intrigues, on ne peut lâcher ce roman, dont le dénouement révèle quelques recoupements habilement soutenu.

 

Je ne reprocherais pas à l'auteur d'avoir joué un peu avec l'histoire réelle de l'assassinat de ce dictateur et lui-même assassin de dizaines de milliers de personnes, durant son trop long règne. Bénéficiant de l'appui des États-Unis, lui-même ex-Marine, Trujillo a construit sa tyrannie, « l'ère Trujillo », sur la mort de ses opposants et de leurs familles, de même qu'il s'est rendu responsable des meurtres en masse de milliers de travailleurs haïtiens, en voulant « blanchir » la race dominicaine. Particulièrement mégalomane, le « Chef », ou « le Bienfaiteur », comme l'appelaient ses partisans, a obtenu des institutions politiques à sa cause un statut quasi-monarchique, qui a fait de lui le véritable chef d'État dominicain, en dépit de la présence d'un président, directement sous ses ordres. La capitale, Saint-Domingue, a été connu sous le nom de « Ciudad Trujillo », du vivant de son inspirateur. De nombreux édifices importants, ponts, monuments à sa gloire et autres lieux (montagnes, rivières, régions, etc.) ont également porté le nom de Trujillo. Pour éviter les répétitions, on a fait de même avec les membres de sa famille, sa mère, ses frères, ses fils et sa fille.

 

Le roman m'a longtemps été suggéré par Nicole, ma cheffe-libraire. C'est un des romans préférés, qu'elle a vendu avec beaucoup d'enthousiasme. Peu de temps avant mon renvoi, je m'étais résolu à le lire cet été. C'est chose faite et j'en suis enchanté, l'impression favorable qu'il a laissé à Nicole se partage aisément. Je vous suggère fortement à le lire, si vous aimez les romans historiques, dans un contexte aussi éprouvant que celui d'une dictature sud-américaine.

 

Quelques images du vilain bonhomme:

 

    

 

                   

Publié par oktobre7 à 02:22:34 dans Le libraire inconnu | Commentaires (0) |