Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,
j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus.
Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.
J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!
J'ai eu une entrevue hier après-midi, avec un autre employeur qui a vu ma fiche sur Emploi-Québec. N'en déplaise à mon ex-bon patron chez Renaud-Bray, les neuf années que j'ai fait à son service me font remarquer très favorablement. Même pas besoin de faire des efforts, on me sollicite directement. En fait, ce n'est pas tout à fait vrai. Je continue à envoyer des CV là où il y a des offres d'emploi, aussi j'ai eu quelques contacts parallèles, par le biais de mes amis et connaissances. Si je suis encore en chômage à cette heure-ci, c'est une question d'attente, sur des offres éventuelles. Je garde l'espoir de revenir au travail très bientôt.
Je reviens sur la rencontre d'hier, où on m'avait sollicité pour un boulot dans le domaine de la télécommunication, avec un sous-traitant de Bell Canada. Vous savez, c'est le genre d'entreprises parallèles entièrement sous la propriété de Bell, pour amener une pression à la baisse sur les salaires de ce domaine. En fait, je devrais être déjà à leur emploi quelque part au centre-ville, mais je ne suis pas allé à la seconde entrevue aujourd'hui. Après qu'on m'ait fait miroiter la possibilité de faire du service à la clientèle, voilà qu'on voulait me proposer un emploi dans le télémarketing, avec des clients déjà établis. Je voyais se répéter la même démarche que j'ai eu l'autre semaine, avec la compagnie d'assurance. Comme cette dernière, le sous-traitant de Bell a épluché les candidatures sur Emploi-Québec, il nous a appâté avec un emploi allant dans les 40 000$ par année et je les voyait venir, il nous a offert d'entrer à leur service, sans plus de question. Ce qui m'a bloqué, c'est la façon cavalière de nous faire passer les entrevues à la chaîne et nous pousser à prendre un boulot très prometteur... à 10,60$ de l'heure, plus des commissions dont la nature ne nous a pas été précisé. Ce salaire, c'est beaucoup mieux que celui de Renaud-Bray à l'embauche (à peine 9,00$ de l'heure, si je me souviens bien), mais moins de celui que je gagnais au moment de mon renvoi. La dame qui m'a fait passer l'entrevue ne m'a pas donné d'autres précisions sur les commissions, en prétextant que j'allais savoir cela le lendemain, lors de la prochaine entrevue, qui serait collective... je voyais exactement le même scénario, comme la compagnie d'assurance. Une fois en groupe, on nous aurait fait promis toute sortes d'avantages, en autant qu'on travaille comme des forcenés, à un emploi où systématiquement on dérange des gens d'affaires bêtes et affairés, le bonheur... De plus, on m'a offert d'avoir une formation pendant une semaine, au salaire minimum! J'ai trouvé cela carrément insultant, mais je me suis évidemment retenu de tout commentaire. Pour ma curiosité, lorsque la dame m'a demandé si j'avais des question, suite à l'entrevue, je lui ai demandé s'il y avait un code vestimentaire à respecter, pour l'entreprise. Elle m'a affirmé que oui, il en existait un et qu'il me serait précisé le lendemain. À 10,60$ de l'heure, je me demande à quoi cette entreprise veut que nous ressemblions, à contacter la clientèle par téléphone...
En sortant de l'entrevue et du bâtiment, une des grandes tours à bureaux du centre-ville, j'ai marché un peu en réfléchissant sur la bonne décision à prendre. C'est alors que j'ai rencontré par hasard Geneviève, une ancienne collègue de Renaud-Bray, du temps de la succursale de la rue Sainte-Catherine ouest. Elle allait acheter des fringues pour son époux, qui n'a pas trop le temps de se choisir du beau linge, il a un horaire chargé (je connais l'époux et l'horaire chargé...). C'est elle qui m'a convaincu que ce n'était pas de ma nature de vendre des trucs auxquels je voue un réel mépris, comme les assurances et les contrats de service d'Internet. En la laissant aller à ses achats, c'est là que j'ai décidé de ne pas me présenter à la fameuse seconde entrevue en groupe.
On aura beau faire partie d'une compagnie de télécommunication, il faut croire que ça ne communique pas fort à l'interne. Le même type quoi m'a parlé la veille, deux heures avant l'entrevue, a laissé un message en mon absence aujourd'hui, sur mon répondeur. Malgré mon absence de l'entrevue collective, le voilà qui me donne rendez-vous lundi matin, à 10h00, pour le début de la formation... misère! Autrement dit, peu importe si je m'étais présenté avec mes pantalons écossais couverts de patches de groupes, il m'aurait engagé quand même!
La seule consolation, c'est que juste avant l'entrevue, on m a fait passer un test de vitesse d'écriture au clavier, que j'ai réussi haut la main. J'ai vu le résultat, c'est encourageant, pour la prochaine job de bureau qui sera à ma portée. En espérant que cette fois-là, on ne m'emmerdera pas avec de la vente sous pression!
Les statistiques de l'emploi sont très optimistes, autant à Montréal qu'au Québec. Ce n'est pas pour plaire à tout le monde. À commencer aux faiseux de l'Institut de la Vérité Révélée de l'Économie Libérée (IEDM), lesquels comptent toujours sur un haut taux de chômage, pour soutenir les bas salaires et la sainte compétitivité des entreprises d'ici. Toujours la même bouillie pour les chats, vous allez voir que bientôt, on va encore mettre les soubresauts des bourses du mondes la hausse appréhendée des salaires en Occident. Tant qu'à faire, pourquoi ne pas nous ramener la légitimité de l'esclavage, comme quand on le faisait au États-Unis, au XIXe siècle, pour justifier la vigueur de l'économie des États du sud? On va finir par lire cela, dans une étude sérieuse de l'Institut Fraser...
Un exemple? Mon ancien employeur. Les offres d'emplois s'accumulent sur les babillards, mais ils n'intéressent personne. Les salaires sont trop bas, pour des horaires trop exigeants, dans un contexte de pénurie d'employés spécialisés avec de l'expérience. Mon ancien employeur n'est même plus dans le coup. Encore l'autre jour, on fêtait l'anniversaire d'une collègue d'une autre succursale, dont je tais le nom, pour lui éviter des représailles (on ne sait jamais, avec le Big Brother de la rue Saint-Denis). On m'apprenait que de plus en plus, les difficultés d'embauche sont telles qu'on offre directement l'emploi au premier venu, un emploi de caissier, sur une affiche à la porte de la succursale...
Devant les employeurs, qui ont toujours eu l'avantage de nous regarder de haut, lorsque nous étions plus nombreux à nous soumettre à leurs diktats et leurs bas salaires, je suis bien satisfait de voir la situation se renverser. Surtout dans le tertiaire, mon secteur d'activité depuis des années, où on nous a fait sentir le plus grand mépris à notre égard, grâce à l'interchangeabilité et la flexibilité dont on nous serinait les oreilles. Il est temps pour eux de passer à la caisse.
Comme hier, je me suis dit que ça valait la peine de vous faire connaître une autre belle chanson, cette fois-ci des Dead Kennedys, pour terminer ces réflexions sur le monde du travail. J'en ai trouvé une version sur Youtube, un clip non-officiel, que j'ai trouvé très bien réalisé. Ce n'est peut être pas la meilleure de ce groupe mais à mon avis, elle exprime bien l'aliénation que nous avons envers nos emplois, lorsque ceux-ci en viennent à nous définir. Moi-même je n'y échappe pas, je me définis toujours comme libraire...
AT MY JOB
chorus
de l'album Frankenchrist (1985)

Publié par oktobre7 à 02:40:43 dans Le libraire inconnu | Commentaires (0) | Permaliens