Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,
j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus.
Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.
J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!
La manifestation pacifiste à Québec, organisée par deux organismes opposés à la guerre en Afghanistan, aura permis aux partisans de cette même guerre à se faire entendre. La parade des militaires du Royal 22e régiment, menée avant leur départ pour combattre le fanatisme et rétablir l'espoir selon leurs chefs, a eu à subir quelques désapprobations de leurs concitoyens. Les commentateurs semblaient espérer quelques troubles, si on observe la couverture médiatique accordée à l'événement durant la semaine. Finalement, on a eu droit à quelques mots entre les manifestants et les proches des militaires, sans plus. On a reproché aux manifestants de ne pas respecter les soldats et leurs proches, ceux-ci ont rétorqué que ce n'est pas aux soldats que s'adressaient leurs messages, mais bien à l'institution militaire et au gouvernement Harper.
En fait, on aura entendu surtout la frange néo-conservatrice, présente et de plus en plus bruyante au Québec. Toute la semaine, ces va-t-en-guerre ont laissé libre cours à leurs récriminations, sur le pacifisme des Québécois (70% des interrogés, selon un sondage cette semaine), sur l'opposition aux manœuvres militaires en Afghanistan et comme d'habitude, sur la gauche en général. Ces griefs ont été repris un peu partout, si j'en crois ce que j'ai entendu, notamment René Hormier-Roy à son émission de vendredi dernier ou encore quelques éditoriaux dans les quotidiens. Pourtant, la position pacifiste n'a pas été tellement reprise, on n'a pas lu ou entendu sur les raisons de leur opposition, mis à part les organisateurs de cette marche à Québec. Et encore, ce fut plutôt bref et dilué.
Ce que nous entendrons pas de leur part, c'est évidemment les travers de ces opérations en terre afghane. Bien sûr, les militaires, relayés par les médias et les partisans du volontarisme conservateur reprennent en cœur la ritournelle sur les bienfaits de ces missions. La liberté des populations opprimées par les Talibans, les enfants qui retrouvent le sourire, les femmes qui se libèrent du joug religieux et de leur burkas, etc. Pourtant, plus de cinq ans après la chute du pouvoir taliban et l'instauration de la démocratie (du moins, au semblant de démocratie institué là-bas), on n'a pas l'impression que ça progresse très fort pour les gens ordinaires. Les soldats de Valcartier, ont affiché une belle vision optimiste de leur mission, j'entend encore un de ceux-là dire à un journaliste son désir de ramener le sourire aux enfants. Ils ont sans doute raison, je les crois sincères dans leur démarche et ils vont faire leur possible pour y arriver. Le problème avec leur présence là-bas, c'est le fondement de cette mission. Après un examen minutieux des prémisses de cette occupation, dont le Onze-septembre en est le déclencheur, on dirait que les raisons humanitaires se succèdent, au gré des modes. Ou encore, pour cacher les bavures énormes ayant entachée ces missions, d'où les représailles contre les troupes canadiennes et étrangères, de la part de la population afghane.
Peu de régime a eu moins de popularité que celui du califat taliban de l'Afghanistan. Pourtant, lorsqu'on compare ce régime avec celui de quelques alliés de l'Occident, il ne semble pas si différent, et pour cause. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont d'une nature autoritaire semblable. Le fondement religieux sur lequel les Talibans s'appuyaient, outre les visions mystiques du Mollah Omar, est le wahhabisme, en fait une variété très proche, le soufisme déobandis. Pire encore, la majorité des chefs de guerre sur lesquels s'appuient la coalition occidentale sont de la même nature obscurantiste. Dans plusieurs zones contrôlées par les alliés de l'Alliance du Nord, le régime imposé sur place est à peine moins oppressif que celui des Talibans. Dans ces zones, les femmes sont soumises aux mêmes règles que sous le régime déchu. Et puis, pensez-vous, comment peut-on croire que les néo-conservateurs se soucient des femmes afghanes, les États occidentaux également, par les dépenses de milliards de dollars, simplement pour leur apporter l'égalité? Comme les anglophones disent dans des cas semblables: « Sure! »
L'argumentaire néo-conservateur sur l'importance de ce maintien des troupes occidentales, dont les régiments canadiens sur le sol afghan, vous les avez entendu amplement la semaine dernière. Ils avaient un air de déjà entendu, à mes oreilles. Ce que j'ai lu aussi, étrangement, avaient une parenté avec des textes pas mal plus anciens. En fait, l'argumentaire est celui du colonialisme d'autrefois. Ce dernier a toujours eu un fondement de générosité et de bienveillance, à l'égard d'une population dite « en besoin », pour ne pas la décrire comme « arriérée ». Pourtant, l'apport de la paix et de la démocratie se fait toujours attendre, après plusieurs années... pourtant, le régime des Talibans s'est effondré en un peu moins de trois semaines. Que se passe-t-il donc, pourquoi nous n'en sommes encore qu'au début, que la présence canadienne est requise pour plusieurs années? Probablement que l'émancipation des femmes afghanes va prendre beaucoup plus de temps que prévu, ou bien il existe d'autres raisons que l'humanisme militaire...
J'ai trouvé curieux qu'à aucun moment, un commentateur a souligné qu'une partie de la mission des plus importante serait l'éradication de la culture du pavot, la plante d'où est tirée la morphine et surtout l'héroïne, la presque totalité de la production internationale provient de l'Afghanistan. Si au moins les représentants de l'armée canadienne avaient évoqué que la mission serait d'aider à éliminer ce problème. Les Talibans, sans les excuser en quoi que ce soit, avaient presque réussi à réduire à néant cette culture; pourquoi une coalition d'armées modernes et équipées n'y arriveraient pas? La réponse est ailleurs. Dans le plan de colonisation de l'Afghanistan, la coalition s'est appuyé sur les uns contre les autres, selon le vieux principe aussi « colonial » que la division pour mieux régner. Il apparaît que les alliés des Occidentaux sont ceux qui cultivent et profitent de la vente de cette drogue, à travers le monde. Quand on voit leur armement comparable avec les Occidentaux, on constate la nature de l'enrichissement de ces chefs de guerre. Elle passe par le pavot et le contrôle de sa distribution.
Autre silence des commentateurs, ce sont les accusations de violation des droits fondamentaux par les troupes canadiennes, à l'encontre des prisonniers de guerre. Les régiments canadiens successifs ont été accusés, par les organismes chargés de la surveillance des droits humains, d'avoir confiés des prisonniers ou des suspects à des milices proches du pouvoir de Kaboul, afin d'en disposer à leur guise... Les néo-conservateurs pourront toujours accuser les détracteurs de l'occupation occidentale de jouer le jeu des terroristes et des islamistes, si l'armée canadienne est incapable de se maintenir vierge de toute action indigne d'une armée nationale et civilisée, aussi bien qu'elle se retire. Sa mission prétendue humanitaire devient caduque.
Pour finir, un aspect qui m'a agacé la semaine dernière, c'est cette nouvelle sacralisation du militaire. On dirait que les soldats sont devenus exempts de toute critique. Ils sont des héros, avant même d'avoir posé les pieds sur place. Se moquer d'eux, ou faire preuve d'une réserve dissidente quant à l'origine de leur fonction, c'est faire preuve de blasphème. De mon jeune temps de cégépien, lorsque des recruteurs de l'armée canadienne avaient tenté de nous séduire avec leurs armes et leurs uniformes sur notre campus, on avait fait leur fête. On les avait tellement harcelé à leur kiosque, on avait passé des chansons anti-militaristes à la radio-étudiante tout le temps de leur présence, je crois qu'ils ne sont pas revenus avant longtemps...Désormais, ça serait à nous de justifier notre divergence de vue? Pas question! L'anti-militarisme et le pacifisme ont droit de cité, cette subversion est tout à fait légitime, dans un contexte d'une propagande intense, menée tambour battant par un gouvernement désirant plaire à ses alliés, au détriment des besoins de la populations civile.
Ce qui va vous étonner, chers lecteurs et lectrices, c'est que je me suis senti ambivalent, pendant les premières années de l'occupation de l'Afghanistan. Je vous ai exposé une partie de mes arguments contre l'occupation. Je n'ai même pas évoqué la position hautement géostratégique de ce pays, pour les Occidentaux, avec les États-Uniens en tête, devant la concurrence chinoise et russe dans ce secteur. Pourtant, je sais bien qu'un départ de la coalition, telle que souhaité par certains opposants à la présence canadienne en territoire afghan, est irréaliste et impensable. Alors, que faire?
Surtout que l'occupation en Afghanistan est désormais indissociable avec la guerre en Irak...

Publié par oktobre7 à 03:33:57 dans Le subversif | Commentaires (0) | Permaliens