Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,
j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus.
Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.
J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!
Vendredi dernier, j'ai eu la surprise d'avoir été distancé sur un sujet de mon blogue. Depuis quelques semaines, j'avais l'intention d'écrire un texte sur l'une des innovations les plus improductives que mon employeur, la chaîne de librairies Renaud-Bray, a persisté à implanter dans toutes ses succursales. Il s'agit d'une radio interne, Radio Renaud-Bray. Dans le journal culturel Voir de cette semaine (14-20 juin 2007), de l'édition montréalaise, la chanteuse Lhasa de Sela a été citée longuement, sur son appréciation très mitigée de cette stratégie commerciale. Elle a très bien exprimé un sentiment que partage, de façon presque unanime, les employés des succursales. J'ai écrit « presque », du fait de la présence dans les magasins de quelques flagorneurs prêts à dire ce que nos bons patrons veulent entendre. La flagornerie est ce qui coulera cette entreprise...enfin, je ne pouvais omettre de vous faire part de cette article du Voir, afin que vous puissiez en juger par vous-même.
Olivier Robillard Laveaux
De plus en plus de chaînes commerciales diffusent dans leurs succursales une programmation musicale préétablie, où maisons de disques et distributeurs paient afin qu'on fasse jouer leurs artistes. Dans une lettre adressée à Voir, Lhasa de Sela se prononce contre la Radio Renaud-Bray qui a fait son apparition dans tous les magasins de l'entreprise. "Autrefois, quand j'entrais chez le Renaud-Bray de mon quartier, le disquaire me disait: "J'ai quelque chose à vous faire écouter!" et me mettait un disque qui, plus d'une fois, a changé ma vie", explique la chanteuse. "Ceci n'est plus possible chez Renaud-Bray parce que, désormais, dans toutes leurs succursales, ils ne font passer que la nouvelle Radio Renaud-Bray. Les disquaires, tous des mélomanes passionnés, n'ont plus qu'à allumer leurs ordinateurs. Ils n'ont plus le pouvoir de communiquer leur enthousiasme et leur savoir pour nous faire découvrir de la musique. Dans un monde où les radios (à quelques exceptions près) ne passent que de la musique "formatée" de plus en plus homogène, la musique indépendante, non commerciale, a de moins en moins de possibilités de trouver son public. Les magasins de disques sont devenus des méga-entrepôts impersonnels. Renaud-Bray a été pour moi un des derniers endroits qui laissaient une place à l'échange de nos découvertes. J'ai déposé une plainte il y a six mois, la première fois que j'ai remarqué ce changement. Je crois que si les patrons de Renaud-Bray se rendaient compte que leurs clients tiennent à ce que les disquaires gardent la liberté de nous faire entendre leurs découvertes, à ce lien personnel et vivant entre nous, ils pourraient leur rendre leur juste rôle dans leurs magasins. Mais il faut qu'on soit plus nombreux à se faire entendre. S'il vous plaît, si vous tenez vous aussi à ces petites choses (qui ne le sont pas), prenez une minute pour déposer une plainte la prochaine fois que vous passerez chez Renaud-Bray."
Quand j'ai eu terminé de lire ce texte, je me suis exclamé « Brave et honnête Lhasa! ». Je lui souhaite néanmoins de ne pas subir le genre de sournoiseries dont mes patrons sont capables, dont le boycott de ses disques. Remarquez que la dernière fois, avec les Zapartistes, la porte-parole de Renaud-Bray avait été trop loquace, lorsqu'elle avait laisser sous-entendre que le diffuseur du groupe d'humoristes subirait des représailles. Elle ne travaille plus chez Renaud-Bray, depuis le mois dernier, je pense qu'elle est passé à la trappe à son tour... mes bon patrons et leurs valets se sentent-ils surveillés?
La radio de Renaud-Bray, j'avais l'intention de la dénoncer, depuis que nos patrons se sont lancé sur un projet voué à l'échec une première fois, en 2002. à l'époque, on voulait brider le choix des disquaires, il paraît que ça dérangeait notre président. La première tentative n'avait donc pas été concluante, il a fallu qu'un autre flagorneur pilote à nouveau l'idée, pour voir le résultat qu'on connaît aujourd'hui. Comme l'écrit Olivier Robillard Laveaux, ce sont effectivement les diffuseurs qui imposent leurs choix musicaux. Et quels choix! À ma succursale, je peux vous assurer que RIEN du répertoire musical imposé par l'ordinateur aurait été celui de notre chef disquaire et de son équipe. Pire, lorsque le disquaire décide de « skipper » une chanson, le responsable de cette radio peut le détecter sur son ordinateur et peut ainsi achaler le directeur de la succursale, qui verra à ce que le fautif reçoive la consigne, avec la menace habituelle de sanction. La seule sanction possible serait d'empêcher le disquaire de mettre la musique qu'il désire, dans la seule période possible, entre 9h00 et 10h00 le matin....Alors, nous sommes obligé de nous farcir les mêmes platitudes que les stations de radio CITF ou CITE diffuse en boucle depuis leur début. Dans mon jargon bien personnel, j'appelle ça de la musique de « matante », mais je ne voudrais pas heurter quelques sensibilités... Ce sont d'ailleurs des techniciens de l'entreprise derrière ces stations, habillés à leurs couleurs, qui nous ont installé le matériel.
Alors, comme l'exprime Lhasa de Sela, les disquaires pouvaient faire connaître toute sorte d'artiste valant la peine d'être connu. Comme je n'écoute pas de radio, sauf la première chaîne de Radio-Canada, je ne peux être très au fait de ce qu'il se produit de bon. Idem pour de très nombreux clients, désormais, ils ne verront pas la différence avec ce qu'il entendent dans les salles d'attente de dentiste. Du Céline Dion, comme si on avait besoin d'en rajouter en promotion, quand ses disques se retrouvent même à la caisse du supermarché, à côté de la gomme balloune...du Francis Cabrel d'il y a vingt ans...du Dalida, du Pierre Lapointe dont on n'est plus capable d'entendre l'imitation de Kermit la grenouille, des tounes du très mauvais album de chanson en duo avec Claude Dubois et j'en écrirais long sur les autres cochonneries de centre d'achat. Le pire, ce sont les pubs qui reviennent sans cesse, avec la voix altérée aux Qaaludes de l'animateur typique de CITE, qui nous annonce des choses insignifiantes comme « celui qui est considéré comme un trésor national, Claude Dubois »...vraiment, il faut que Renaud-Bray trouve son compte (en dollars!) pour imposer une stratégie commerciale aussi imbécile.
Comme si ce n'étais pas suffisant et Lhasa de Sela l'ignore, les disques disponibles sur les portes d'écoute sont également soumis à la règle. Le choix est déterminé par les membres de l'équipe commerciale, en relation avec les diffuseurs. Vous n'aurez donc plus à douter des choix du disquaire, ça l'emmerde forcément de voir l'album de Dubois sur un poste d'écoute, mais il n'a pas un mot à dire sur cette décision.
Comme les « Coups de Cœur » sur les livres, comme les palmarès trafiqués, Radio Renaud-Bray s'inscrit également dans une stratégie globale très discutable. Faisant peu de cas des choix et des demandes de la clientèles et encore moins de son personnel dans les succursales, les responsables du secteur commercial s'emploient à imposer l'offre, au détriment de la logique de la demande. Comme dans le secteur de la godasse et de la guenille de luxe, Renaud-Bray impose la mode, le ton de la saison, la couleur, etc. Évidemment, c'est de connivence avec les diffuseurs, selon les quantités dont nous sommes obligés de disposer. C'est pourquoi on retrouve des « Coups de Cœur » sur des livres nuls, comme le roman de Janette Bertrand. Le prochain livre de Nelly Arcan est déjà consacré « Coup de Cœur », soyez-en assuré : mes bon patrons la voient dans leur soupe... même si elle écrit un roman merdique.
Comme Lhasa, je vous lance l'invitation à adresser vos plaintes à mon employeur et de lui dire tout le mal que vous pensez de ses choix musicaux. Ce n'est pas grave pour le responsable de la radio, il ne perdra pas grand'chose, c'est le fils cadet de mon bon patron...bon, c'est vrai que le fils aîné a été « éloigné », suite à ses cafouillages monumentaux de l'an dernier. Quand il s'agit de l'emploi de centaines de personnes, qui dépendent de la direction commerciale de quelques sagouins nommés non pas pour leur compétence, mais bien pour leur obséquiosité et leur lien de parenté ou d'amitié, ça vaut la peine d'en dire du mal un peu...
Ah oui...je suis toujours surveillé sur ce blogue, c'est pourquoi je n'ose être sévère sur mes jugements. Vous comprendrez ma retenue...

NON aux "Coups de Coeur"!
Publié par oktobre7 à 03:31:24 dans Le libraire inconnu | Commentaires (1) | Permaliens