Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,
j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus.
Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.
J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!
Je suis libraire depuis plus de neuf ans, pour Renaud-Bray, cette chaîne à l'histoire mouvementée, ponctuée de quasi-faillites, d'une fusion et d'un conflit de travail causé par l'imbécillité de sa direction. Certains jours, je me demande ce que je fait encore à leur emploi, quand je vois se répéter les mêmes erreurs de planification commerciale, les mêmes commandes inutiles de produits sans intérêts, les mêmes questions lancinantes de certains clients et pourtant, je suis toujours au poste. Pour tout dire, j'ai encore énormément de plaisir à travailler dans ce domaine, à ma succursale de Montréal, malgré tout le mal que je pense de mon employeur et de certains de ses cadres.
Un de ces plaisirs est évidemment le fait d'être au contact du livre. Pour le lecteur boulimique que je suis, lorsque je devrais éventuellement voir ailleurs, pour gagner ma vie plus facilement, la séparation va être dure. Le privilège d'être à la première ligne, lorsqu'un nouveau titre très attendu est sur le point d'arriver, je ne sais comment je pourrai trouver la même fébrilité ailleurs. Mes meilleurs souvenirs de libraire, ce sont évidemment les fois où j'ai conseillé une personne, qui est satisfaite de mes choix, puis cette dernière revient me demander mon avis, les semaines et les mois qui suivent. Nombre de clients me sont réguliers, au grand dam de mon bon patron, persuadé de l'inutilité de notre service et de la réussite de sa stratégie des «Coups de cœur », que j'ai déjà abondamment décrié dans le passé et ici même dans ce blogue.
Aujourd'hui, je crois avoir fait un bon coup, lorsque j'ai déconseillé à un client d'attendre le prochain livre de Paulo Coehlo, La Sorcière de Portobello, à paraître dans les prochains jours. On venait de lire la critique de son dernier opuscule, dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Rarement, je n'ai vu un livre descendu en flammes comme je l'ai lu, sous la plume de Jérôme Garcin. Lorsque le client m'a demandé à quel jour nous l'attendions, je lui ai fait lire l'article, par souci d'honnêteté. Tant qu'à savoir qu'un livre est très mauvais, aussi bien le faire savoir. Évidemment, ce n'est pas ce qu'attend mon bon patron, plus soucieux de se remplir les poches que de savoir sa clientèle satisfaite des livres arborant le disgracieux autocollant vert-rouge-jaune avec un cœur dessus...J'ai bien sûr dirigé le client vers d'autres suggestions de lecture. Ce n'est pas ça qui manque, même dans un Renaud-Bray de moyenne surface.
Je tenais à vous faire lire cette critique sans compromis. Jérôme Garcin n'est pas de la catégorie des poètes maudits, frustrés de ne pas avoir été reconnus et qui se vengent sur les auteurs publiés. Lui-même romancier, il ne se permet pas d'écrire n'importe quoi. Cette fois-ci, il clou le cercueil à un auteur surévalué, dont nous sommes encombrés par les centaines d'exemplaires de ses livres ennuyeux.
Je bats ma coulpe. A l'exception de « l'Alchimiste », cette daube molle doublée d'une imposture grotesque, je n'avais rien lu de Paulo Coehlo. Ce qui ne m'empêchait pas, je l'avoue, de me moquer parfois du guerrier brésilien de la lumière, du prophète de chez Auchan et de ses annuelles têtes de gondole. Cette fois, devant la puissance de la campagne de promotion ( tirage de 200 000 exemplaires, affiches dans les gares et sur les flancs de bus, « displays comptoir et sol » dans les librairies, sans compter le lancement du livre à Dubaï !), j'ai décidé de lire « la Sorcière de Portobello» ( Flammarion, 18, 50 euros ). Je pensais que ce serait mauvais. C'est pire. Ça commence par un mémorable : « Le but de la lumière , c'est d'apporter davantage de clarté autour de vous », et ça se termine par : «L'amour est. » Entre ces deux maximes dignes des chanteurs et acteurs qui ont soutenu Nicolas Sarkozy , Paulo Coehlo, 60 ans au compteur, 6 d'âge mental, déroule pendant 380 pages les témoignages de ceux qui ont connu Athéna. De son vrai nom Sherine Khalil, abandonnée par des Tsiganes, adoptée par de riches Beyrouthins, elle va vivre à Londres, dans les Balkans, à Dubaï, et rechercher sa mère biologique. Qu'elle travaille dans un supermarché ou une banque, Athéna, qui se prend pour Thérèse de Lisieux, a toujours été « une prêtresse qui comprenait les forces de la nature». Est-elle une sainte blanche ou une vierge noire ? On s'en fout. Ce roman n'est, pour notre évangéliste, qu'un prétexte à brasser de vagues notions de mysticisme, de paganisme, de taoïsme, de bouddhisme. On y ajoutera l'abrutisme. Car Coehlo délivre des messages dont même la scientologie ne voudrait pas : « Le Sommet est caché en nous et nous pouvons arriver jusqu'à lui si nous reconnaissons sa lumière » ; « On ne peut pas écrire sur la danse, il faut danser » ; « Le péché , c'est empêcher que l'amour ne se manifeste ». Que ce soit con, passe, mais que ça se vende...
Le livre que vous n'achèterez pas...
Publié par oktobre7 à 02:36:03 dans Le libraire inconnu | Commentaires (0) | Permaliens